[THECONVERSATION.COM, 3 février 2026] Les outils d’intelligence artificielle semblent dialoguer avec les internautes qui les interrogent. Mais il n’y a aucune réciprocité dans ce type d’échanges, les réponses de ChatGPT résultent d’une production de langage automatisée. Quelles conséquences cette illusion a-t-elle sur notre rapport au savoir ? Mobiliser le concept de “résonance“, développé par le philosophe Hartmut Rosa permet de mieux évaluer ces transformations.
L’usage des intelligences artificielles (IA) génératives, et en particulier de ChatGPT, s’est rapidement imposé dans le champ éducatif. Élèves comme enseignants y ont recours pour chercher des informations, reformuler des contenus ou accompagner des apprentissages. Mais, au-delà de la question de l’efficacité, une interrogation plus fondamentale se pose : quel type de relation au savoir ces outils favorisent-ils ?
Pour éclairer cette question, il est utile de mobiliser le concept de “résonance“, développé par le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa. La résonance désigne une relation au monde dans laquelle le sujet est à la fois affecté, engagé et transformé, sans que cette relation soit entièrement maîtrisable. Rosa voit dans cette forme de rapport au monde une manière de résister à l’aliénation produite par l’accélération contemporaine. Dans son ouvrage Pédagogie de la résonance, il applique ce cadre au domaine éducatif et précise les conditions dans lesquelles une relation résonante au savoir peut émerger. C’est à l’aune de ces critères que nous proposons d’interroger l’usage de ChatGPT en contexte éducatif.
Que signifie “entrer en résonance” avec le savoir ?
Chez Hartmut Rosa, la résonance ne se réduit ni au plaisir d’apprendre, ni à l’engagement ponctuel, ni à la simple interaction. Elle désigne une relation au monde dans laquelle le sujet est d’abord affecté – quelque chose le touche, le surprend ou le déstabilise. Cette affectation appelle ensuite une réponse active : le sujet s’engage, répond, tente de faire quelque chose de ce qui lui arrive.
Mais la résonance ne se limite pas à cette dynamique interactive. Elle implique une transformation durable du sujet, parfois aussi de son rapport au monde, et repose sur une condition essentielle : elle ne peut être ni produite à volonté ni entièrement maîtrisée. Pour Rosa, une relation totalement disponible et contrôlable est, par définition, une relation muette.
Ces critères permettent désormais d’interroger ce que l’usage de ChatGPT fait – ou ne fait pas – au rapport au savoir en contexte éducatif.
ChatGPT peut-il satisfaire aux conditions de la résonance ?
ChatGPT se caractérise par une disponibilité quasi permanente : il répond sans délai, s’adapte aux demandes de l’utilisateur et semble toujours prêt à accompagner l’apprentissage. Cette facilité d’accès peut apparaître comme un atout pédagogique évident.
Pourtant, à la lumière de la notion de résonance développée par Hartmut Rosa, elle soulève une difficulté majeure. Une relation résonante au savoir suppose une part d’indisponibilité, une part de résistance et d’imprévisibilité sans lesquelles le rapport au monde risque de devenir purement instrumental.
Cette disponibilité permanente s’accompagne d’une interaction qui peut donner le sentiment d’une relation engageante. ChatGPT répond, reformule, encourage, s’ajuste au niveau de l’utilisateur et semble parfois “comprendre” ce qui lui est demandé. Le sujet peut ainsi se sentir affecté, soutenu, voire stimulé dans son rapport au savoir. Pourtant, cette affectation repose sur une asymétrie fondamentale : si le sujet peut être touché et répondre activement, l’agent conversationnel ne l’est jamais en retour.
La réponse de ChatGPT ne procède pas d’une expérience, d’un engagement ou d’une exposition au monde, mais d’une production de langage optimisée. L’échange peut alors prendre la forme d’un dialogue en apparence vivant, sans que s’instaure pour autant la réciprocité qui caractérise une relation véritablement résonante.
Des transformations à sens unique
La question de la transformation permet de préciser encore cette asymétrie. L’usage de ChatGPT peut incontestablement modifier le rapport du sujet au savoir : il peut faciliter la compréhension, accélérer l’accès à l’information, soutenir l’élaboration d’idées ou influencer des pratiques d’apprentissage. À ce titre, le sujet peut effectivement en ressortir transformé.
Mais cette transformation n’est jamais réciproque. Rien, dans l’échange, ne peut véritablement arriver à l’agent conversationnel : il ne conserve pas de trace existentielle de la relation, n’en est ni affecté ni engagé, et ne voit pas son rapport au monde durablement modifié. La transformation, lorsqu’elle a lieu, concerne donc exclusivement le sujet humain, ce qui marque une différence décisive avec les relations résonantes décrites par Rosa, où les deux pôles de la relation sont susceptibles d’être transformés.
On pourrait toutefois objecter que ChatGPT n’est pas toujours pleinement disponible ni fiable. Il lui arrive de produire des erreurs, d’inventer des références ou de fournir des informations inexactes – ce que l’on désigne souvent comme des “hallucinations“. Ces moments d’échec peuvent interrompre l’échange et surprendre l’utilisateur.
Mais cette forme d’indisponibilité n’est pas celle que décrit Rosa. Elle ne procède pas d’une résistance signifiante du monde, ni d’une altérité qui interpelle le sujet, mais d’un dysfonctionnement du dispositif. Loin d’ouvrir un espace de résonance, ces ruptures tendent plutôt à fragiliser la confiance et à rompre la relation, en rappelant que l’échange repose sur une production de langage fondée sur des modèles probabilistes intégrant des régularités, des associations et des inférences apprises, plutôt que sur une rencontre.
On pourrait également faire valoir que certains agents conversationnels peuvent être configurés pour adopter des réponses plus rugueuses, plus critiques ou moins accommodantes, introduisant ainsi une forme de résistance dans l’échange. Cette rugosité peut déstabiliser l’utilisateur, ralentir l’interaction ou rompre avec l’illusion d’une aide toujours fluide.
Toutefois, cette résistance reste fondamentalement paramétrable, réversible et sous contrôle. Elle ne procède pas d’une altérité exposée à la relation, mais d’un choix de configuration du dispositif. L’indisponibilité ainsi produite est scénarisée : elle peut être activée, modulée ou désactivée à la demande. À ce titre, elle ne satisfait pas à la condition d’indisponibilité constitutive qui, chez Rosa, rend possible une véritable relation de résonance.
La comparaison avec le livre permet de mieux saisir ce qui distingue une indisponibilité scénarisée d’une indisponibilité constitutive. Contrairement à ChatGPT, le livre ne répond pas, ne s’adapte pas et ne reformule pas à la demande. Il impose son rythme, sa forme, ses zones d’opacité, et résiste aux attentes immédiates du lecteur. Pourtant, cette absence de dialogue n’empêche nullement la résonance ; elle en constitue souvent la condition.
Le texte peut affecter, déstabiliser, transformer durablement le sujet précisément parce qu’il demeure indisponible, irréductible à une simple fonctionnalité. À la différence d’un agent conversationnel, le livre expose le lecteur à une altérité qui ne se laisse ni paramétrer ni maîtriser, et c’est cette résistance même qui rend possible un rapport résonant au savoir.
Cela ne signifie pas que l’usage de ChatGPT soit incompatible avec toute forme de résonance. À condition de ne pas l’ériger en point d’entrée privilégié dans le rapport au savoir, l’outil peut parfois jouer un rôle de médiation secondaire : reformuler après une première confrontation, expliciter des tensions, ou aider à mettre en mots une difficulté éprouvée. Utilisé de cette manière, ChatGPT n’abolit pas l’indisponibilité constitutive de la rencontre avec un contenu, mais intervient après coup, dans un temps de reprise et de clarification. Il s’agirait alors moins de produire la résonance que de préserver les conditions dans lesquelles elle peut, éventuellement, advenir.
L’analyse conduite à partir de la notion de résonance invite à ne pas confondre assistance cognitive et relation résonante au savoir. ChatGPT peut indéniablement soutenir certains apprentissages, faciliter l’accès à l’information ou accompagner l’élaboration d’idées. Mais ces apports reposent sur une logique de disponibilité, d’adaptation et de contrôle qui ne satisfait pas aux conditions de la résonance telles que les décrit Hartmut Rosa.
Le risque, en contexte éducatif, serait alors de substituer à un rapport au savoir fondé sur la confrontation, la résistance et la transformation, une relation essentiellement instrumentale, aussi efficace soit-elle. La question n’est donc pas de savoir s’il faut ou non recourir à ces outils, mais comment les inscrire dans des pratiques pédagogiques qui préservent – voire réactivent – les conditions d’un rapport véritablement résonant au savoir.
Le premier novembre a lieu chaque année la fête de la Toussaint, dont le nom devrait être écrit avec un s final, puisqu’il s’agit de la fête de tous les saints.
La Toussaint est une grande fête dans l’Eglise catholique, une fête solennelle, au même titre que Pâques, la Pentecôte et Noël.
La Toussaint, célébrée à Rome depuis l’an 731, ne fut introduite en France que cent ans après, en 825, sous le pontificat de Grégoire IV.
Au commencement du onzième siècle, Odilon, abbé de Cluny, eut l’idée d’ajouter à la fête des saints des prières pour les morts, et, depuis cette époque, le lendemain de la Toussaint, fut consacré aux trépassés.
Depuis le 22 octobre nous sommes entrés dans le mois républicain qui s’appelle brumaire, mois des brouillards.
La température s’est considérablement, refroidie ; le thermomètre accuse 6 degrés et demi en moyenne. Cependant, alors que chaque jour est plus court et plus froid que le jour qui précède, on a remarqué depuis longtemps que, vers le 11 novembre, le beau temps semblait avoir repris pour quelques heures. Le soleil parait plus clair, plus chaud ; pendant quelques jours on garde encore l’illusion de la belle saison qui vient de disparaître : c’est, dit-on, l’été de la Saint-Martin.
Chaque année vers la mi-novembre on observe un phénomène semblable à relui qui est aperçu vers le 13 août : celui des étoiles filantes. Les étoiles filantes de novembre semblent toutes émaner d’un même point du ciel situé dans la constellation du Lion. Aussi ces étoiles s’appellent Léonides, par opposition aux Perséides d’août.
En novembre les semailles doivent être terminées ; les fruitiers doivent être remplis.
A la Toussaint les blés semés Et tous les fruits rentrés.
Malgré les quelques heures de répit que nous donne saint Martin, les froids annoncent l’arrivée de l’hiver :
Si l’hiver va droit son chemin, Vous l’aurez à la Saint-Martin.
Albert LEVY (1844-1907) était un physicien français, directeur du service chimique à l’Observatoire de Montsouris (en 1894). Il a écrit sous son nom ainsi que sous le pseudonyme de “A. Bertalisse”. Nous avons retranscrit ici le texte de plusieurs de ses “tableaux” : les légendes du mois de…
Un site web pour entendre les langues et accents du monde entier !
[BYOTHE.FR, 9 février 2017] Ce que j’aime avec le web, c’est qu’il existe une multitude de sites internet dont le seul et unique but est d’assouvir votre curiosité. C’est le cas de Localingual. Lorsque vous arrivez sur ce site, vous découvrez immédiatement une carte du monde très colorée. Mais aucune explication de l’utilité de cette carte. Alors, préparez-vous à balader votre souris sur cette carte et ouvrez grand vos haut-parleurs, vous allez pouvoir visiter le monde en écoutant les langues et accents de chacun des pays à l’écran !
Cliquez pour essayer…
L’idée de ce site web a muri dans l’esprit d’un passionné de voyages. David Ding est un ancien ingénieur de chez Microsoft fasciné par les langues et dialectes. Dans ses divers périples, il a été amené à en découvrir beaucoup. Du coup il s’est lancé dans le projet de créer une sorte d’encyclopédie audio des langues. Mon rêve pour ce site est qu’il devienne le Wikipedia des langues et dialectes parlés dans le monde
Cette encyclopédie des langues n’est pas encore très remplie – pour le moment ! Les dialectes et langues locales de nombreux pays sont encore manquants, mais chaque jour de nouvelles langues apparaissent. Vous pouvez donc cliquer sur n’importe quel pays de la carte pour découvrir comment se prononce le pays dans la langue locale, mais également dans d’autres langues (à condition que des utilisateurs aient pris le temps de s’enregistrer).
Vous pouvez en plus de cela retrouver des phrases de la vie courante pour en découvrir un peu plus sur la langue. Bien sûr, comme ce site est collaboratif, vous n’êtes pas à l’abri de tomber sur des petits farceurs qui enregistrent un peu n’importe quoi (mais c’est de bonne guerre). Rassurez-vous, il est possible de signaler les enregistrements bidons ! N’hésitez pas à aller faire un tour sur la langue de votre pays pour faire un peu de nettoyage !
Enfin, si vous souhaitez contribuer, vous êtes les bienvenus pour enrichir cette encyclopédie en pleine croissance ! Bref, voici un petit site sans prétention qui mérite un peu plus d’attention tant son objectif va dans le sens de l’éveil au monde et de la préservation des cultures locale ! Franchement, j’aime bien !
Byothe
Cet atlas sonore vous permet de découvrir les langues régionales de France
Cliquez pour essayer…
[BYOTHE.FR, 5 janvier 2025] Il y a quelque temps, je vous avais présenté une carte interactive des langues et accents du monde entier. Cette carte permettait de découvrir des langues d’à peu près partout sur notre planète. Mais un peu plus proche de chez nous, en France, il existe également une très grande diversité de langues et de patois régionaux. Et un grand nombre de ces langues régionales a été répertorié sur un Grand Atlas des langues régionales de France disponible gratuitement en ligne.
Si le français est bien sûr la langue officielle de notre pays, les langues régionales appartiennent à notre patrimoine culturel. À ce titre, certaines d’entre elles sont désormais enseignées à l’école et peuvent être choisies comme langues vivantes au bac comme le basque, le breton, le catalan, l’occitan, le corse et même certaines langues créoles comme le guadeloupéens, le martiniquais ou encore le réunionnais.
Mais il n’y a pas si longtemps, à la fin du XVIIIe siècle, seulement 25% de la population française… parlait français ; les autres utilisaient les langues régionales. Paradoxalement, à la même époque, le français était la langue parlée dans toutes les cours d’Europe… c’était en quelque sorte la langue internationale comme peut l’être l’anglais aujourd’hui.
Un atlas sonore des langues régionales de France
Dans un projet soutenu par un grand nombre d’institutions (notamment le CNRS ou le Musée de l’Homme), deux linguistes et un chercheur en visualisation de l’information, ont donc voulu rassembler sur une carte plus de 280 enregistrements d’une même fable d’Ésope :
La bise et le soleil se disputaient, chacun assurant qu’il était le plus fort, quand ils ont vu un voyageur qui s’avançait, enveloppé dans son manteau. Ils sont tombés d’accord que celui qui arriverait le premier à faire ôter son manteau au voyageur serait regardé comme le plus fort. Alors, la bise s’est mise à souffler de toute sa force mais plus elle soufflait, plus le voyageur serrait son manteau autour de lui et à la fin, la bise a renoncé à le lui faire ôter. Alors le soleil a commencé à briller et au bout d’un moment, le voyageur, réchauffé, a ôté son manteau. Ainsi, la bise a dû reconnaître que le soleil était le plus fort des deux.
Cliquez pour essayer…
Vous pouvez écouter tous ces dialectes ou patois en cliquant sur leur nom sur la carte… vous obtiendrez également la retranscription de la fable dans cette même langue régionale. Les langues sont classées par couleurs en fonction de leur racine : langue romane, langue d’oc, langue germanique…
Bref, au-delà de l’aspect encyclopédique de ce projet, cet atlas sonore des langues régionales est un très bel outil pour découvrir la richesse de notre patrimoine linguistique du nord au sud de la France en passant par l’outre-mer !
Byothe
Atlas sonore des langues et dialectes de Belgique
Une même fable d’Ésope peut être écoutée et lue en français (en cliquant ici) et en langues régionales endogènes de Belgique (en cliquant sur les différents points de la carte). […] Ce projet est le résultat de la collaboration pluridisciplinaire de deux linguistes, chercheurs au CNRS (Philippe Boula de Mareüil et Albert Rilliard) et d’un chercheur en visualisation d’information, Maître de conférences à l’Université Paris-Saclay (Frédéric Vernier). La plupart des enregistrements en wallon, en flamand et en francique carolingien proviennent respectivement de Lucien Mahin, de Jacques Van Keymeulen et de Léo Wintgens.
Cliquez pour essayer…
L’atlas sonore de Belgique : promenade à travers les enregistrements présents fin 2020 et illustrant les langues régionales reconnues par la Communauté Wallonie-Bruxelles
[DENEE.WALON.ORG] Introduction. Le site web https://atlas.limsi.fr/?tab=be présente une carte de Belgique colorée par langue régionale, avec des points représentant des communes ou des villages. En cliquant sur ces points, on peut retrouver la traduction de la fable d’Ésope La bise et le soleil à la fois en audio et en texte apparaissant dans une fenêtre en bas d’écran.
La version de la fable mise à la disposition de nos collaborateur·trice·s est fondée sur un texte français de 120 mots (environ une minute de parole), que les linguistes ont l’habitude d’utiliser et que voici :
La bise et le soleil se disputaient, chacun assurant qu’il était le plus fort, quand ils ont vu un voyageur qui s’avançait, enveloppé dans son manteau. Ils sont tombés d’accord que celui qui arriverait le premier à faire ôter son manteau au voyageur serait regardé comme le plus fort. Alors, la bise s’est mise à souffler de toute sa force mais plus elle soufflait, plus le voyageur serrait son manteau autour de lui et à la fin, la bise a renoncé à le lui faire ôter. Alors le soleil a commencé à briller et au bout d’un moment, le voyageur, réchauffé, a ôté son manteau. Ainsi, la bise a dû reconnaître que le soleil était le plus fort des deux.
La traduction en langues endogènes de Belgique peut être littérale ou littéraire. La transcription de l’oral est donnée dans un système orthographique choisi par le locuteur ou la locutrice, ou encore, à défaut, par son encadrant, un des co-auteurs de cette note. Ce travail a été présenté d’un point de vue linguistique à trois occasions (expliquant que nous ne reviendrons pas sur certains aspects techniques et dialectologiques) :
en février 2020, sous le titre Le wallon et les autres parlers romans ou franciques de Wallonie dans l’atlas sonore des langues et dialectes de Belgique au Prix de philologie de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’analyse portait sur 50 points, 45 belgo-romans (5 picards, 3 gaumais, 2 champenois et 35 wallons), ainsi que 5 points en francique mosellan. Une version légèrement corrigée est publiée sur le site L’Aberteke.
en septembre 2019, sous le titre Les parlers romans dans l’atlas sonore des langues et dialectes de Belgique (32 points d’enquête) faisant suite au colloque Quel dialogue numérique entre les atlas linguistiques galloromans ?, organisé par Esther Baiwir, Pascale Renders et Cécile Kaisin à l’Université de Lille. La présentation a abouti à un article dans les actes du colloque qui ont pris la forme d’une revue, sous le titre Les parlers romans dans l’atlas sonore des langues et dialectes de Belgique (Bien dire et bien aprandre, n° 35, 2020, pp. 85–108). Ce texte est également disponible sur le même site.
en avril 2018, sous le titre Atlas linguistique sonore de la GalloRomania : focus sur le wallon. Il concernait alors les 18 premiers points d’enquête et faisait suite au colloque Promotion ou relégation : la transmission des langues minorisées d’hier à aujourd’hui, organisé par Stéphanie Noirard et Jean-Christophe Dourdet à l’Université de Poitiers, dont les actes sont à paraître aux Presses universitaires de Rennes.
Presque tous les enregistrements ont été réalisés au domicile des locuteurs. L’année 2020, avec ses multiples péripéties ayant limité le travail de terrain, nous a néanmoins permis d’enrichir le corpus, grâce à de nouvelles collaborations. Nous présentons ici 82 points illustrant les langues régionales reconnues par la Communauté Wallonie-Bruxelles, à savoir, par ordre de superficie des berceaux de la langue : le wallon, le picard, le gaumais, le francique mosellan, le champenois et le thiois brabançon sous sa variante bruxelloise. Cet article est principalement constitué d’une première visite éclair des différents enregistrements, classés par langue, ou variante régiolectale 2pour le wallon. Nous commenterons ensuite quelques points techniques avant de conclure et d’ouvrir quelques perspectives. [Pour lire la suite…]
Philippe Boula de Mareüil, Lucien Mahin, Frédéric Vernier, Jean-Philippe Legrand, Bernard Thiry
Nous avons trouvé ce premier texte dans un des registres aux délibérations du Conseil municipal de Jalhay. Les titres de maire, préfet, la qualification de municipalité ne doivent pas surprendre. Les territoires qui forment l’actuelle Belgique sont, à ce moment, annexés à la France.
La fin de l’Ancien Régime se distinguait déjà par un souci de centralisation conjugué à une volonté de mieux connaître les ressources des Etats administrés. Cette tendances s’accentue encore durant le régime français : dénombrements, recensements, enquêtes abondent. Déterminer le chiffre de population des villages permet d’ajuster la fiscalité, mais aussi de connaître le nombre d’individus susceptibles de prendre les armes. Faut-il voir dans le document qui suit une tentative de l’administration de Jalhay d’épargner ses citoyens face aux obligations de la conscription ? Seul un examen plus approfondi des documents pourrait éventuellement le confirmer. Il reste à faire…
Avertissement : les documents présentés sont retranscrits dans leur orthographe originale. Le lecteur ne s’étonnera pas d’y trouver des fautes ou d’anciennes formulations…
Jalhaÿ, le neuf février 1808,
Le Maire de Jalhaij
A Mr de Perignÿ sous Préfet du
2me arrondissement
J’ai l’honneur de répondre a votre lettre en date du 26 janvier dernier, par laquelle vous me demander d’ajouter une observation concernent la disproportion qui existe entre les hommes et les femmes au tableau de population de cette commune.
Sur quoi j’aurai l’honneur de vous observer Mr le Préfet qu’après avoir tous bien examiné je trouve les motifs ci desous tres bien fondé et qui sont veritablement la cause de cette disproportion.
Je remarque ici que le genre de vie des hommes est bien plus exposé en deperissement que celui des femmes attendu que les hommes en cette commune se livrent habituellement dès leur plus tendre jeunesse a des travaux presque forcé et cela sans interruption jusqu’à la fin de la carrière, la grande majorité sont neufs mois de l’année dans les bois et les fanges, ils ÿ logent dans des monceaux de litières ou des huttes, exposés peux ainsi dire a toutes les injures de l’air et a l’intemperie des saisons, y passant successivement du chaud au froid et vise versa, ce qui occasionne des fréquentes incommodités et qui abrège sensiblement leurs vies.
Cela est aussi a ce que je crois la cause que les jeunes gens de la conscription sont ici de plus petites tailles que dans beaucoup d’autre communes, nous en avons une autre preuve ; nous avons toujours le double plus des femmes veuves que d’hommes, il ni a donc pas de doute que ce ne soit leurs genre de vies et leurs excessives travaux qui les expose plutôt au deperissement que les femmes ; voilà monsieur le Préfet le vrai motif de cette disproportion car il est certain que dans aucune Commune du département il ni a des si fort travailleur au bois et a la campagne que dans la commune de jalhaÿ ; je suis avec le plus profond respect.
Monsieur le préfect
Votre tres humble et tres obeissant serviteur
A. J. Gregoire Maire adjoint
Mais apprécions plutôt le tableau que nous dresse Mr Grégoire. Il était rude de vivre à proximité du haut plateau fagnard. Notons cependant que ce devait être le cas dans beaucoup de villages ardennais. Le maire adjoint, en ces temps de conscriptions, défend évidemment ses administrés. On ne peut l’en blâmer. Il met en tout cas ici en évidence les nuitées passées en Fagnes, attestées par ailleurs, notamment pendant la saison d’extraction de la tourbe.
Les femmes étaient-elles d’avantage épargnées ? Probablement. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut supposer qu’elles ne participaient pas aux activités agro-pastorales sur le haut plateau.
Pas de panique ! On arrête les “effroyable“, “effrayant“, “c’est la fin du monde“, “c’est la fin de l’humanité“, “c’est la fin de mon emploi“, “le petit chat est mort” et autres “Maman, j’ai peur !” Devant la progression impressionnante des outils liés à l’intelligence artificielle, il est grand temps de profiter de l’intermède de Frankl, cet espace de temps mental inséré entre les phénomènes que nous percevons (les stimuli) et la réponse raisonnée avec laquelle nous pouvons y donner suite… et continuer à vivre. Bref, il nous faut raison garder et convertir nos réflexes – si conformes – de sidération (et si pilotés par le matraquage promotionnel sur le sujet !) en une énergie plus justement dépensée à rester curieux et à s’informer sur les avantages réels offerts par ces… outils. N’oublions pas la parole apaisante de Jacques ELLUL dans les années 1950 (!) : “Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique.” Et le sacré, chez wallonica, procède de notre attitude face aux objets de pensée, pas d’une fatalité transcendante qui ferait descendre sur nos tête apeurées une huitième plaie d’Egypte. Notre humble conseil reste donc de jeter un coup d’oeil sur notre portail dédié à l’intelligence artificielle (IA) puis de lire la Tribune libre qui suit (qui prévient assez justement : “Une IA pour vous aider à penser mieux, pas pour vous en dispenser“) et ce, avec la tête froide et avec ce réflexe universellement bénéfique : cliquer curieux !
Patrick Thonart
[LESNUMERIQUES.COM, 6 février 2025] Lancé en 2023, mais en forte amélioration depuis le printemps 2024 surtout, NotebookLM est un outil qui ingère de grandes quantités d’informations, et vous permet ensuite de questionner une base de savoir, d’en faire des résumés, des fiches et même… des podcasts. Voici comment ça marche.
Les partiels et les examens de fin d’année approchent, le bac se précise doucement, les dossiers complexes s’empilent dans votre boîte mail, et chaque fois ce sont des heures que vous devrez passer à lire des documents de dizaines de pages, prendre des notes, faire des recoupements, établir des lignes directrices, des problématiques, cerner les acteurs clés, etc.Si seulement il y avait un outil à qui vous pourriez fournir ces documents, et que vous pourriez interroger ensuite pour vous faciliter la tâche, vous aider à écrire une synthèse, vous aidez à approfondir le sujet et à en apprendre les tenants et aboutissants…
Bonne nouvelle, cet outil existe, il s’appelle NotebookLM, il appartient à Google – il vous faut donc un compte Gmail pour y accéder -, est totalement gratuit et pourrait bien vous bluffer, ou, en tout cas, vous faire gagner un temps précieux !
Présentation générale : pas une nouveauté, mais quand même une belle révolution…
Si NotebookLM fait beaucoup parler de lui maintenant, il n’est pas du tout une nouveauté. Il a été annoncé en mai 2023, lors de la Google I/O. Un représentant du géant américain présentait alors ce qui était le projet Tailwind “comme un vrai carnet de notes” qui serait alimenté par “vos notes et vos sources“. Une promesse un peu vague et floue, mais qui plaçait le futur NotebookLM au croisement de l’IA (les modèles de langage naturel) et de la mise en forme d’information, deux activités au cœur du métier de Google. Depuis, l’outil de Google a été mis dans les mains du grand public, a disparu un peu des écrans radars, avant de revenir en fanfare à la fin de l’été 2024 avec l’annonce d’une nouvelle fonction qui donne à NotebookLM la capacité de générer des podcasts à la volée. Une fonction intéressante, surtout si vous êtes anglophone, mais qui a à nos yeux le mérite de remettre en avant un outil qui pourrait bien vous changer la vie si vous êtes lycéen.ne, étudiant.e ou si vous passez vos journées à jongler avec des dizaines de documents longs et complexes.
Car, NotebookLM est “un assistant virtuel de recherche qui résume les faits, explique les idées complexes et fait jaillir de nouvelles connexions – le tout à partir de sources que vous sélectionnez“, explique Google. Dans cette phrase, chaque élément est important. Intéressons-nous au dernier point, car il est capital.
Une interface Web, perfectible mais facile à dompter
NotebookLM ne va pas piocher dans le Web des informations sur lesquelles vous n’avez pas la main et dont la véracité est discutable. Non, c’est vous qui sélectionnez les éléments qui vont servir de sources, qui vont nourrir votre assistant. Pour cela, rendez-vous sur le site de notebookLM. La page Web affiche alors des modèles de carnets de notes. Ou, en l’occurrence, ceux que nous avons déjà créés.
Cliquez sur le bouton Créer, en dessous du message de bienvenue, afin de créer votre premier Notebook. Une nouvelle interface s’ouvre alors, et une fenêtre vous propose d’emblée d’ajouter une source, c’est ainsi que NotebookLM appelle les documents qui vont servir à son travail et à votre réflexion.
Vous avez quatre moyens d’ajouter une source en fonction de son type :
En glissant-déposant (ou sélectionnant le document) depuis l’arborescence de votre disque dur. Cela peut être un PDF, un fichier audio, un document .txt, etc.
Attention tous les documents ne sont pas pris en charge. De manière, surprenante les .doc ou .ppt ne sont pas gérés nativement. Ce n’est pas très grave, vous pourrez en effet, les importer dans la Google Suite, et les ajouter ensuite dans NotebookLM, et c’est l’option suivante.
En sélectionnant un document au format Google Docs ou Google Slides.
En copiant-collant une URL, qu’il s’agisse d’un site Web ou d’une vidéo YouTube. À noter que pour l’instant, ce sont les transcriptions des vidéos YouTube qui sont importées, ce qui implique que certaines vidéos très récemment mises en ligne pourraient ne pas avoir encore été traitées.
En copiant-collant simplement du texte, qu’il provienne d’un document, d’une page Web ou que vous l’ayez récupéré grâce à un outil de reconnaissance OCR depuis la photo d’une page d’un livre ou d’un polycopié.
Ces quatre méthodes permettent d’ajouter jusqu’à 50 sources par dossier, par Notebook. Un conseil, donnez des noms explicites à vos sources afin de pouvoir les consulter facilement. Optez pour une nomenclature systématique : Sujet détaillé – Origine de la source, par exemple.
Gérer les sources et posez des questions
Une fois vos sources ajoutées, vous vous trouvez face à l’interface principale de NotebookLM.Elle se divise en trois parties :
Sources, où sont listés tous les documents que vous avez importés/liés ;
Discussion, la partie principale de l’interface, où s’affiche le résumé des documents et en dessous duquel est placée une fenêtre d’interaction, de chat, qui vous permettra de poser des questions en langage naturel pour obtenir des réponses contextualisées, qui renvoient aux différentes sources ;
Studio, la partie où vous pourrez traiter les données emmagasinées en créant des notes, des synthèses, des chronologies et même des quizz pour vous aider à réviser. Voici venir l’ère des fiches 2.0.
Intéressons-nous pour l’instant à la partie Discussion. Une fois la première source affichée, vous constaterez que des questions automatiques sont proposées. Elles sont généralement très pertinentes, mais rien ne vous empêche d’en taper une vous-même. Vous pouvez interroger NotebookLM en français comme si vous chattiez avec quelqu’un. Le langage naturel vous tend les bras ! Ces questions vont vous permettre de dégager des angles, des thématiques, des réponses pour mieux cerner le sujet. Ces questions changent ou évoluent en fonction des sources que vous ajoutez. C’est un point important. Vous constaterez trois choses :
La première, que la réponse apportée s’affiche dans la partie supérieure de Discussion.
La deuxième chose qu’on relève, c’est qu’au sein de la réponse, des chiffres inscrits dans des petits cercles renvoient à différents passages des documents importés. Ce qui évite les affabulations et les propos erronés, en vous permettant de les vérifier. Conseil : si la réponse ne vous satisfait pas, vous pouvez par ailleurs l’indiquer à l’algorithme de Google, à l’aide des pouces vers le bas ou le haut.
La troisième remarque, enfin. En bas de la réponse s’affiche un bouton : Enregistrer dans une note. Transformé en note, le contenu de la réponse s’affichera alors dans la partie inférieure de la rubrique Studio.
Les notes : une base de travail et d’amélioration des sources
Comme leur nom l’indique, les notes sont des éléments détaillés qui répondent à une question que vous avez soumise à NotebookLM afin qu’il trouve une réponse dans les sources que vous lui avez confiées.
Cinq types de notes pour différents usages
Mais il y a plusieurs types de notes, et chacune à sa spécificité, son utilité dans un contexte particulier. Autrement dit, vous n’aurez pas besoin de tous ces types de note à chaque fois, mais ils couvrent un large panel de besoins récurrents quand on est étudiant ou mène un travail de recherche. Voici les cinq types de note :
Les notes créées depuis une question ou que vous aurez ex nihilo pour y copier des notes dactylographiées obtenues lors d’une réunion ou d’un cours, par exemple. Conseil : Les notes créées depuis une question sont hélas en lecture seule. Pour pouvoir les amender ou les enrichir, nous vous conseillons de copier-coller leur contenu dans une nouvelle note créée manuellement que vous pourrez alors librement modifier et compléter.
Les guides d’étude : il s’agit en fait d’une sorte de quizz généré automatiquement et qui contient les questions et les réponses. Un excellent moyen de faire un point sur vos connaissances si vous préparez un examen, ou un très bon moyen de prendre la mesure d’un dossier, des intervenants et acteurs concernés. Parfait pour se préparer à une présentation, par exemple.
Les documents de synthèse : c’est ce qui pourrait se rapprocher le plus d’un plan synthétique. En fonction du sujet, il pourra être chronologique, thématique, etc. Généralement une bonne base pour dégager des tendances et préparer un plan ou une réponse à une problématique, par exemple. Conseil : Si vous utilisez des documents dans lesquels plusieurs interlocuteurs ou personnes sont citées, veillez à ce que les citations soient attribuées aux bonnes personnes.
Questions fréquentes : à ne pas confondre avec les quizz des guides d’étude, il s’agit d’une série de questions et de réponses plus approfondies qui permettent de mieux saisir certains enjeux ou mécanismes.
La chronologie, enfin : le nom est explicite, vous voulez avoir un déroulé clair des évènements, NotebookLM établira alors une liste des dates importantes.
Si vous avez ouvert une note, il suffit de cliquer sur Studio pour revenir à l’interface principale.
Les notes, une vraie source de richesse
Armé de vos notes, vous avez éclusé la liste de vos questions. Mais considérer que ces différentes notes sont une fin en soi serait une erreur. Comme quand on lit des documents et prend des notes, qui vont ensuite servir à nourrir la réflexion, ces nouveaux documents peuvent prendre une nouvelle importance. Afin d’améliorer encore votre notebook thématique, nous vous recommandons en effet, quand les notes vous semblent particulièrement intéressantes, de les ajouter à leur tour au corpus de sources que vous aviez établi. Il suffit de cliquer sur le bouton Convertir en source en bas de chaque note, que vous aurez ouvert depuis la rubrique Studio.
Pourquoi ? Parce que cela va permettre à NotebookLM de générer de nouvelles questions qui vous permettront d’affiner votre travail, votre recherche, votre compréhension du sujet. Mieux, dans un contexte où on pourrait croire à tort que l’IA vous dispense de penser, cela peut vous aider à prendre conscience qu’il manque certains points importants. Autrement dit, que vos sources ne sont pas assez complètes. Dans ce cas, éclairé sur les points manquants, il est plus facile de rechercher des compléments, et éviter des révisions incomplètes, un exposé partiel ou partial, etc. Et si jamais vous avez atteint la limite des 50 sources, vous pourrez toujours supprimer les plus anciennes, ou les moins pertinentes, puisque de toute façon les notes, fusion de ces sources et de vos questions, nourrissent désormais votre base de connaissance.
Des voix synthétiques pour donner vie aux connaissances
Maintenant, intéressons-nous aux deux nouveautés qui ont remis NotebookLM sous les feux de la rampe : d’une part, le résumé audio, qu’on lance depuis le bouton Résumé audio, présent dans la rubrique Discussion et Studio, d’autre part, le mode interactif (encore en bêta), et qui, pour l’instant, ne nous a pas conquis, car les « interactions » ne semblent tout simplement pas avoir d’effet… Selon toute vraisemblance, ces deux options reposent sur le projet Soundstorm, de Google, lui aussi lancé en 2023, lors de l’édition de la Google I/O. Cet outil est capable de générer des voix synthétiques à la volée.
Un podcast… en anglais
Quoi qu’il en soit le Résumé audio signifie que NotebookLM va, à partir des sources que vous lui avez fournies, créer une sorte de podcast, avec deux intervenants, qui vont alors interagir et revenir sur les informations clés de manière assez vivante et dynamique.
Pour aller au plus rapide, vous pouvez simplement cliquer sur le bouton Générer, dans la partie Studio. Elle créera alors un fichier son que vous pourrez écouter depuis l’interface ou enregistrer au format .wav. La création du fichier peut prendre assez longtemps, mieux vaut faire autre chose en attendant, comme vous y invite Google.
[WALLONICA : on a fait le test avec le résumé de Sanctuaires : c’est bluffant, avec les drôleries liées aux voix de synthèse – ce n’est pas moi qui parle – et les erreurs – peu fréquentes – dues à l’automatisation comprises, comme des faux noms propres, des éléments importants relégués au deuxième et l’inverse…]
Mais il est aussi possible de donner des consignes à NotebookLM en cliquant sur le bouton Personnaliser. Vous vous trouvez alors face à un champ de texte dans lequel vous pouvez donner des ordres à l’IA de Google via un prompt. Il est ainsi possible de lui indiquer de n’utiliser que certaines sources, par exemple.
Des prompts pour une version en français…
Si la version anglaise est confondante de réalisme, très impressionnante, on peut malgré tout être tenté de passer à une langue qu’on maîtrise mieux. Depuis que l’outil de création de fichiers sons est disponible, la communauté des utilisateurs semble mener une petite course poursuite avec Google pour tenter de contourner la limite de la langue. Nous avons tenté plusieurs prompts et avons constaté au fil de notre utilisation que les plus simples, qui fonctionnaient au départ, ne sont plus efficaces désormais. Ainsi, le prompt : “Les deux hôtes doivent parler français et français seulement” ne semble plus fonctionner.
Nous nous sommes donc inspirés d’exemples plus détaillés, qui, à l’heure où sont écrites ces lignes, font que le fichier généré est en français. Cliquez donc sur le bouton Personnaliser. Tapez ensuite un prompt du ce type, avec les retours à la ligne : “Cet épisode doit être en français seulement / Les hôtes ne doivent parler que français /Toutes les discussions, commentaires et citations doivent être en français durant tout l’épisode / Aucune autre langue ne doit être utilisée, sauf pour des termes spécifiques, techniques, qui devront être expliqués ensuite en français.” Validez le prompt et lancez la génération. Votre podcast devrait être produit en français, avec un très léger accent québécois, parfois. Mais, attention, pour le podcast comme pour les notes écrites générées, il est important de s’assurer que l’intelligence artificielle n’a pas commis d’erreur.
Prenons un exemple, nous avons créé un notebook sur Léon Blum à partir de quelques sites Web officiels et de l’excellente série de podcasts de Philippe Collin, diffusée par France Inter. On y parle du fait que l’extrême droite à chercher à créer la controverse autour de Léon Blum, notamment en mentant sur ses origines. Une controverse infondée et diffamatoire. Or notre podcast généré en français commence tout de go comme suit : “Bienvenue à tous pour une nouvelle exploration, on plonge aujourd’hui dans la vie d’un personnage fascinant et controversé, Léon Blum…” Première phrase, et un carton rouge, qui montre toute la puissance et les limites de NotebookLM.
Une IA pour vous aider à penser mieux, pas pour vous en dispenser
L’IA de NotebookLM ne vous dispense pas de réfléchir, d’ailleurs Google vous invite systématiquement à vous assurer qu’elle n’a pas commis d’erreur, qu’elle n’a pas halluciné, même si le corpus restreint et contrôlé aide en cela. NotebookLM est là pour vous permettre de concentrer votre intelligence là où elle compte le plus, dans l’interprétation des données de base, dans la création de liens entre les concepts et les idées. Elle met à votre disposition un outil puissant, pour gagner du temps, et vous concentrer sur l’essentiel, sur ce qu’aucune IA ne peut faire pour vous, apprendre et progresser.
Un outil qui peut aussi vous aider à transcrire vos cours et réunions
Même si ce n’est pas forcément son but premier, NotebookLM peut également être utilisé pour transcrire et résumer un fichier son, qu’il s’agisse d’un cours ou d’une réunion. Il suffit d’importer le fichier audio dans un nouveau notebook. Ensuite, en cliquant sur le fichier correspondant dans la partie Sources, vous devriez pouvoir consulter la transcription. Il vous suffira ensuite de cliquer sur le bouton Document de synthèse dans la rubrique Studio pour avoir une liste des points et propos essentiels. Si plusieurs interlocuteurs ont pris la parole, veillez à ce que les propos soient toutefois attribués à la bonne personne. Comme nous vous l’avons déjà conseillé pour les citations écrites…
Les carnets de chasse de Georges Lebrun au Congo belge (1912-1920) constituent un recueil de 140 pages, rassemblé, coordonné et édité par son frère, René Lebrun. De diffusion limitée, ces carnets nous ont été remis par Pierre Lebrun, leur neveu, président de l’asbl Faune, Education, Ressources naturelles.
Jean-Claude RUWET (1991)
L’extrait des Cahiers d’Ethologie consacré à Georges Lebrun (1884-1920) a été remis par son petit-neveu, Michel Lebrun, à l’équipe de wallonica.org en 2025, aux fins de conservation et de partage avec les plus jeunes générations, peut-être moins conscientes que la violence et le respect forment un duo antagoniste qui a varié selon les lieux et les époques. Une lecture critique de cet article et du livre lui-même [en cours de transcription] permet de comprendre que ledit Congo belge et l’époque coloniale étaient un lieu et une époque où le respect n’était pas le facteur dominant dans le duo. C’est notre histoire. C’est notre Travail de Mémoire. Nous livrons ce témoignage tel quel : lisez curieux !
[Cahiers d’Ethologie, 1991, 3 : 375-378] Georges Lebrun débarque pour la première fois au Congo belge en 1912 pour un premier terme de trois ans, en tant qu’agent de l’administration coloniale. Il est désigné comme adjoint au lieutenant-chef de poste de Dungu (3° 26’N, 28° 37’E), localité située au confluent du Kibali et de la Dungu dans la région des Uele.
Celle-ci n’est pas encore complètement “pacifiée” ; elle est très instable, et les rébellions sont fréquentes. Le rôle d’un chef de poste est alors considérable ; il dirige et contrôle quelques centaines de travailleurs de l’administration coloniale, remplit les fonctions d’officier de police judiciaire, d’officier de l’état civil, de commissaire de police, d’agent de transport, de surveillant des marchés “indigènes” ; il dirige la politique des chefferies, en s’appuyant sur les chefs et sultans plus ou moins ralliés, gère le budget de son territoire.
G. Lebrun se voit confier le recensement des villages, de leur population et de la perception de l’impôt. C’est pour lui l’occasion de la vie aventureuse qu’il a choisie, et pleine de risques il faut le dire : difficultés de déplacement, maladies endémiques – paludisme, fièvre jaune, maladie du sommeil -, bêtes sauvages, insécurité de toutes natures, responsabilités écrasantes. On a peine aujourd’hui à imaginer ce qu’était réellement ce Congo de grand-papa. Les missions qui lui sont confiées obligent Lebrun à de longs trajets en brousse, d’un village à l’autre. En cours de route, il abat le gibier à plumes et à poils nécessaire au ravitaillement de sa troupe. Accompagné d’un seul pisteur, il se lance aussi à la chasse au gros gibier, à la recherche d’émotions fortes. Tintin au Congo, c’est lui.
Dans la région de Gangara, chefferie Beka, le long de la rivière Dungu, il abat, le 24.12.1912, en une seule sortie de chasse, huit antilopes – sans doute des cobes – et un buffle ; le 01.01.1913, il abat cinq antilopes, deux phacochères, trois buffles. Le 05.04.1913, il est dans la chefferie de Faradge ; il va faire connaissance avec le gros gibier. Il abat 12 antilopes, trois “sangliers”, un rhinocéros blanc. Le lendemain, deux antilopes, deux rhinocéros blancs, un éléphant. A la mi-juin, il est chez le chef Azanga, en territoire Azandé, dans l’extrême pointe nord-est de la colonie ; il tombe sur un groupe de quatre rhinocéros blancs ; il tue une femelle (cfr. photo en en-tête de cet article), les autres fuient ; il retrouve leur trace le lendemain et blesse un mâle qui le charge ; il le tue à deux mètres, est bousculé et blessé à la jambe ; il “éprouve comme contre-coup une véritable rage de massacre.” Il reprend la piste des deux sujets qui se sont échappés. Il les rejoint, en blesse un mortellement.
Lebrun fait part des émotions fortes que lui procurent les risques encourus. Cela devient une drogue. En matière de danger, dit-il, “l’éléphant et le buffle sont à classer à égalité ; le rhinocéros vient après ; quant au lion, on l’assassine comme une antilope.” Lebrun, clopin-clopant, et son pisteur se rendent alors au village de Bere, en territoire Mundu, sur la Lodja près de la Garamba. Le 26 juin, à peine remis de ses blessures, Lebrun et son guide Baia sont de nouveau sur la piste des rhinocéros. Ils approchent un groupe de quatre à moins de 10 m ; les bêtes s’éveillent et fuient ; les chasseurs reprennent la piste, se rapprochent au plus près ; Lebrun tire sur deux cibles : une femelle mortellement blessée fuit ; le deuxième coup a fauché un jeune “de la taille d’un sanglier.” Les chasseurs se mettent sur la piste de la femelle et sont chargés par derrière par le mâle, qui est abattu à bout portant ; ils rejoignent la femelle gisante et le chasseur l’achève. Lebrun et Baia prennent la pose près du mâle abattu.
En septembre 1913, l’administrateur-adjoint qu’est Lebrun doit procéder à la délimitation des territoires Koboro et Azanga. C’est l’occasion d’une nouvelle chasse. Un jour, il abat un rhino qu’il avait d’abord jugé trop petit, mais qui a la malencontreuse idée de le charger. Le lendemain, “d’un magnifique doublé“, il “couche sur le sol deux énormes rhinos porteurs de cornes splendides.” Quelques jours plus tard encore, dans la même région, le chasseur rejoint trois rhinos : une énorme femelle qui contemple deux jeunes mâles qui s’affrontent. “Vident-ils entre eux une querelle d’amoureux ? Je laisse cette question pour un plus psychologue que moi.” La femelle est abattue ; un jeune mâle fuit ; l’autre, vraisemblablement un jeune de deux ans de la morte, ne prétend pas partir; il fait mine de charger quand le chasseur tente d’approcher; commentaire : “bref, j’ai dû le faucher pour être débarrassé.” Le temps d’attendre l’enlèvement des cornes, et on se remet en route. Les cadavres sont donc abandonnés aux hyènes et aux vautours.
Lebrun, adjoint à l’administrateur du territoire, déclare donc et décrit la mise à mort de 14 rhinocéros blancs ; il en comptera 15 à son tableau de chasse. Pour mémoire, le rhinocéros blanc de la variété nordique est, dans la décennie quatre-vingts, devenu une espèce en danger d’extinction dans le nord-est du Zaïre ; il n’en restait qu’une douzaine au Parc National de la Garamba. Grâce à d’immenses efforts et contributions financières, les effectifs se seraient rétablis en 1990 au niveau d’une vingtaine de sujets.
A la fin de l’année 1913, Lebrun a à faire dans la région de Bomo-Kardi, au nord de Faradge, où la forêt commence à apparaître. Rencontrant une troupe de chimpanzés, il avise une femelle de 1,50 m, perchée dans un arbre, étroitement enlacée à la poitrine par son bébé ; tous deux sont touchés par une cartouche à 24 ballettes ; pendant que les chimpanzés font grand tapage, la mère grimpe plus haut, se cale dans une fourche, où elle meurt pendant que le petit tombe au sol… Le Nemrod manifeste alors le désir de tirer un élan de Derby, cette énorme “antilope“, confinée au nord-est de la colonie, près de la frontière “anglaise“, d’où elle fait des incursions. L’espèce aurait été beaucoup plus abondante, mais la rumeur prétend que la peste bovine l’aurait décimée au début du siècle. Dans l’extrême nord de la zone de Maruka, Lebrun localise un élan, le tire, le blesse ; l’animal est à terre et râle dans les herbes ; commentaire :”une sorte de folie s’empare de moi ; il se meurt, et pourtant je crains qu’il ne s’échappe, et, coup sur coup, je tire deux balles” ; c’est le pisteur qui le calme: – “c’est assez, ne tire plus” – “j’aurais tiré encore.” Le spécimen est de taille : 1,40 m de longueur de cornes.
En deux ans, de mars 1912 à mars 1915, Lebrun aligne le tableau de chasse suivant : 3 éléphants, 15 rhinocéros blancs, 11 hippopotames, 8 phacochères, 4 lions, 2 léopards, 3 hyènes, 29 buffles de savane, 1 buffle de forêt, 2 girafes, 4 élans de Derby, 27 antilopes onctueuses, 19 bubales, 67 cobes de Thomas, 3 cobes des roseaux, 3 potamochères, 5 antilopes harnachées et une douzaine d’antilopes plus petites, 19 crocodiles, 5 chimpanzés, 3 cynocéphales, singes et gibiers divers : 147, soit un total de 400 pièces.
Après un bref retour dans l’Europe de 1915 en guerre, Lebrun revient quasi immédiatement au Congo pour un nouveau terme, de 1915 à août 1919. Il est cette fois administrateur en titre du poste d’Ilembo. Les devoirs de sa charge lui laissent moins de temps pour voyager en brousse. Il est plus sédentaire, et s’est assagi. Il s’est pris d’admiration pour la faune et, tout en demeurant chasseur, il se constitue une collection d’animaux vivants : 2 grands ducs, 1 marabout, 1 vautour, 1 serval, 2 civettes, 1 colobe à camail, 1 cynocéphale, 1 chimpanzé, 1 jeune lionne partagent sa parcelle. A cette ménagerie, se joignent 2 léopards, des hylochères et potamochères, des porcs épics, céphalophes et chevrotains. A son congé en 1919, il ramène cette ménagerie au zoo d’Anvers dont les collections ont été dispersées par la guerre. Sa pièce maîtresse est un Okapi ; capturé bébé dans la région de Buta, dans le Bas Uele, élevé au biberon; c’est le premier exemplaire ramené vivant en Europe. A ces animaux vivants, s’ajoutent des peaux, trophées, squelettes qui prennent le chemin du Musée du Congo à Tervuren [aujourd’hui Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren].
En 1919, ces collections font sensation. Georges Lebrun apparaît comme un spécialiste de la faune dont les services officiels veulent utiliser les talents. Il s’agit d’enquêter sur les possibilités et la pérennité du commerce de l’ivoire ; il faut évaluer cette ressource, définir des mesures pour en réglementer l’exploitation, documenter les services coloniaux sur la vie et les nombres des éléphants, choisir et délimiter des zones de protection comme celles à réserver à la chasse, examiner l’extension possible de la domestication des pachydermes. “La législation sur la chasse doit être modifiée sous peine de voir disparaître cette faune splendide ; l’exploitation et la vente des dépouilles d’animaux de tous genres ayant pris une si grande extension.” En mai 1920, Lebrun revient ainsi du Congo, en mission zoologique officielle pour un 3ème terme de deux ans. Il est nanti d’un équipement de récolte et de préparation.des spécimens. Il se dirige vers le Kwango, qu’il découvre bien plus pauvre que le Nord-Est ; il s’installe à Kwamouth, au confluent de la rivière Kasaï et du fleuve. Il commence ses récoltes, dans des conditions pénibles, notamment du point de vue du ravitaillement. Miné par les privations et les fièvres, il se tue à la tâche. Le 5 juillet 1920, Lebrun meurt d’une crise d’urémie au village de Matia.
Cette brève carrière coloniale et les notes du protagoniste jettent une lueur crue sur l’évolution rapide des mentalités.
En 1912, le chasseur n’a aucune retenue : sur le bateau navigant sur le fleuve, les Blancs s’amusent à faire des canons sur les crocos et les hippos, dont les cadavres descendent au fil de l’eau. En brousse, Lebrun se dit pris d’une frénésie de chasse. C’est l’esprit de l’époque. Il rencontre un chasseur d’éléphants américains qui, pour l’année 1912, avoue 45 pachydermes à son tableau. En 1913, il rencontre le récolteur d’une mission zoologique américaine, Mr Lang, qui s’en retourne avec les dépouilles de 10 élans de Derby.
Lors de son second terme, Lebrun s’intéresse davantage à la constitution de collections de spécimens, préparés ou vivants.
Pour son troisième terme, dans le cadre d’une mission zoologique, il s’éveille à la protection. Mais sa mission tourne court.
En 1925, ce sera la création du Parc National Albert, le premier parc national africain, conçu sur le modèle des parcs nationaux américains. Le pays s’organise, la conservation se met en place sous la Pax belgica. Le Blanc règne. Après l’indépendance, et dans les bouleversements de celle-ci, qu’il soit européen ou américain, le Blanc s’instaure volontiers censeur et se fera donneur de leçons. N’est-ce pas pourtant le moment, en toute humilité, de songer à nos responsabilités originelles ? Quels spectacles lamentables n’avons-nous pas donnés quand, avant de nous assagir, et par le droit du plus fort, nos passions destructrices se sont déchaînées? Avant de donner des leçons, je pense qu’il est juste que nos nations anciennement coloniales fassent acte de contrition et reconnaissent leurs erreurs.
L’article ci-dessous est la transcription intégrale d’un opuscule aujourd’hui disparu : LOUSSE E., Le Moyen-Âge (Paris : Desclée de Brouwer, 1944). Le professeur Emile LOUSSE (1905-1986) enseignait à l’Université catholique de Louvain (diplomatique, histoire du droit). Un bouquiniste avisé commentait : “Petit miracle : l’auteur, professeur à l’Université de Louvain, raconte le Moyen-âge (chrétien, bien entendu) en 27 pages.” Et de mettre en vente l’ouvrage si miraculeux au prix de… 2 €.
Les petits et les grands pouvaient collectionner des chromos à l’effigie du Prof. Lousse !
Obtenue frauduleusement pendant mon service militaire, en 1986, notre copie provient de la bibliothèque du Service d’Education à l’Armée. Tout un programme… “Tout un programme” également l’angle ouvertement lyrique et religieux choisi par l’auteur pour expliquer ce qu’était le Moyen-Âge (si peu) et ce que devrait être une société chrétiennement régie (beaucoup plus).
Pour lever toute équivoque : nous partageons ce document par souci documentaire (à savoir, le sauver des souris et provoquer le débat) mais pas par adhésion au propos qui, manifestement, ne supposait aucune contradiction. Il nous semblait important de partager ce type de texte historisant qui fit autorité… en son temps, tout en nous distançant d’un argumentaire interneà la foi chrétienne. En effet, parmi les différents discours offerts au citoyen critique pour explorer le monde qui l’entoure, il en est qui se fondent sur eux-mêmes et valident d’autorité leur propos (“c’est vrai puisque Bossuet l’a dit“, “comment le nier puisque c’est Saint Paul qui l’affirme“) : c’est le cas de l’approche dogmatique assénée ici par le professeur Lousse. D’où l’intérêt de goûter ce texte dans son jus : comment mieux montrer à nos enfants les mentalités qui ont présidé un temps à l’histoire de notre pays ? Comment mieux les rassurer ensuite en leur montrant combien les choses ont changé et que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis ? Comment ça, pas partout… ?
N.B. Nous transcrivons ci-dessous l’intégralité du texte de E. Lousse sans en reprendre les notes de bas de page, fort riches de références : les plus curieux d’entre vous pourront télécharger une copie de l’original, avec notes donc, dans notre documenta (PDF avec reconnaissance de caractères).
A proprement parler, le moyen âge est la période historique qui s’étend de 476 à 1453, de la fin de l’Empire romain d’Occident à celle de l’Empire d’Orient, de la chute de Rome à celle de Byzance, de Romulus Augustule à Constantin Dracosès, d’Odoacre à Mahomet II. Plus largement comptée, c’est la période de mille ans qui va de la fin du Ve à la fin du XVe siècle. Mais la division tripartite de l’histoire générale date de la Renaissance ; c’est une convention qui s’appuie sur des considérations d’ordre philologique. Avec le recul d’aujourd’hui, on en voit mieux l’étriqué, l’artificiel, tous les défauts. Il n’est pas indiqué d’en faire fi, surtout dans l’enseignement où l’on ne voit pas comment la remplacer. Mais dans un propos aussi libre que celui-ci, nul ne peut nous interdire de survoler d’un seul coup la période, plus longue de cinq cents ans, qui va de 313 à 1789 : de Constantin Ier à Louis XVI, du Labarum à la Déclaration des Droits, de la révolution chrétienne jusqu’au début de la révolution libérale, de la conversion officielle du monde occidental jusqu’à son abjuration non moins officielle de la religion de Jésus-Christ. Entre le paganisme antique et le néo-paganisme actuel, se trouve un âge vraiment moyen : l’âge d’une Europe qui avait le droit de se dire chrétienne et qui en concevait aussi la fierté.
Cette époque de chrétienté se différencie profondément des âges païens qui l’entourent et que nous connaissons beaucoup mieux. Les chefs-d’œuvre du paganisme qui la précède servent d’aliments à nos classes d’humanités. Nous sommes plongés dans le paganisme qui la suit, et nous y sommes, hélas ! accoutumés. Nos yeux se détournent à peine de ses spectacles, nos poumons respirent ses miasmes, nos oreilles ne peuvent se passer des enchantements de sa musique, nos membres amollis renonceraient si difficilement à son confort. Notre esprit est tellement imbu du sien, que son esprit est devenu le nôtre, réserve faite de réactions apologétiques chez une minorité. Quant à nous représenter le tableau du monde sous un climat moins délétère, dans une atmosphère plus sereine, quand le freudisme, la radio, le cinéma, la presse à grand tirage et l’école laïque n’existaient pas, comment le tenter sans imagination, comment le réussir avec l’information dont on dispose ? Le moyen âge nous est beaucoup moins familier que l’antiquité classique. Il y a moins de livres qui nous en parlent. Et ils en parlent tellement moins bien. Autour des contradictions de principes, ils accumulent des détails réputés pittoresques, mais qui sont plutôt déroutants. Ont-ils pour dessein de ne pas livrer son âme, ou ne l’ont-ils jamais approchée ? Sous l’empire du diable, on semble avoir perdu jusqu’à la nostalgie du royaume de Dieu : dont la splendeur se manifestait jadis parmi les chrétiens.
Le royaume de Dieu ! Ce fameux royaume dont il est question plus de cent fois dans le Nouveau Testament et que le Christ annonçait comme la Bonne Nouvelle ! Ceux-là même qui n’ont pas oublié l’oraison du Seigneur pour son avènement, savent-ils seulement comment il faut l’entendre : rénovation de l’âme, rénovation de la Société et béatitude céleste ? Ceux qui, à la suite de Pie XI, proclament la royauté universelle de Jésus-Christ, sont-ils persuadés qu’il y aurait des forces à détruire pour en être moins détournés, des idées à restaurer, des institutions à ressusciter pour réaliser leur idéal ? Et lesquelles ? La société du moyen âge était mieux organisée pour le salut des âmes et la conquête du ciel. Le fondement s’en trouvait dans la théologie. Il en résultait des conséquences importantes pour les rapports des autorités et des sujets. Tous les actes humains en étaient intimement pénétrés. La sanction ultime de ces rapports gisait, non pas dans la liberté de conscience, si chère à nos contemporains, mais dans l’obligation. Des millions de textes subsistent qui prouvent ces thèses fondamentales, d’où le reste se déduit. Nous pardonnera-t-on de n’en citer que quelques-uns ? Ceux-ci suffisent, croyons-nous, à fonder nos opinions et à piquer la curiosité.
***
L’ordre social est fondé sur deux pôles : sur l’homme, ou bien sur Dieu, nécessairement [sic]. Depuis le XVIIIe siècle, c’est uniquement sur l’homme que le rationalisme s’évertue à le faire pivoter. Mais le moyen âge, qui croit en Dieu, lève ses regards vers Lui. La Société, il la voit sous l’espèce de l’Eglise “une, sainte, catholique, apostolique“, professée par les conciles de Nicée et de Constantinople ; c’est “la société des fidèles“, “le corps mystique du Christ”, “la maison de Dieu” définis par saint Thomas d’Aquin, “la cité de Dieu” célébrée par le grand évêque d’Hippone, “le royaume de Dieu” ou “le royaume des cieux” annoncé par le message évangélique. Ce royaume est une société, c’est-à-dire une réunion d’hommes en vue d’une activité commune. Il n’a qu’une seule fin : la possession de Dieu (fruitio divina) ; il est éternel (cujus regni non erit finis) et les damnés en sont exclus. Il est soumis à un seul roi : Dieu lui-même, qui s’est manifesté aux hommes par son Christ. Il est régi par une loi suprême : la loi de Dieu. Il embrasse une multitude de membres : les anges et les hommes, les morts aussi bien que les vivants (vivos et mortuos). Il se décompose en trois parties : le ciel, la terre et le purgatoire. Il se réalise en deux stades successifs : un stade purement transitoire d’abord, le status viae, qui sur la terre et par le purgatoire conduit à l’état définitif de la patrie (status patriae). Dans chaque partie et dans chaque stade, il y a plusieurs ordres, qu1 sont des degrés de participation à l’activité commune et à la fin ultime. Le royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Transcendant à la société terrienne, il impose cependant les règles qui, à l’intérieur de celle-ci, régissent les rapports entre l’autorité et les sujets. Dieu est la source unique et éternelle de l’autorité. La puissance (potestas) est à Lui sans limites, dans le ciel et sur la terre. Toutes puissances terrestres, – celle de l’époux sur l’épouse, celle du père sur ses enfants, du magistrat sur ses administrés, du prince sur ses sujets, des prêtres, des évêques et du pape sur l’Eglise militante, – sont voulues par Lui, instituées par Lui. Saint Paul l’a dit dans un passage de l’Epître aux Romains : “Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit. Non est enim potestas nisi a Deo : quae autem sunt, a Deo ordinatae sunt.” Ce passage est la charte de l’autorité dans la société chrétienne. Il s’oppose à l’article 3 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen[sic], dans lequel on a mis l’accent sur l’origine naturelle de la souveraineté. “Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu, ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.” Viviani a dit un jour à la Chambre française qu’il s’agissait de mettre fin à la société basée sur la volonté de Dieu et d’en fonder une autre, sur la volonté de l’homme. Aucune opposition ne saurait être plus frappante : Dieu ou l’homme, l’investiture divine ou l’autonomie de la raison !
Toute puissance est instituée dans un ordre, et c’est dans cet ordre uniquement qu’elle peut légitimement s’exercer. Il n’y a de souverain, au sens absolu, que Dieu, “de qui relèvent tous les empires“, qui “communique sa puissance aux princes“, “qui se glorifie de faire la loi aux rois.” C’est Lui “qui règne dans les cieux“, d’où Il préside à l’ordre universel (Bossuet). Toutes “les puissances de la terre” sont “investies” par Lui d’une “portion d’autorité” dans une “sphère de compétence.” Le pape, vicaire de Jésus-Christ (vicarius Christi), n’est que le chef visible de l’Eglise militante : c’est le guide du terrestre pèlerinage, nouveau Moïse, dont la mission s’achève en vue de la Terre Promise. Le chef du Saint-Empire romain, “qui divina institutione est princeps“, est dans l’ordre temporel le défenseur, l’avoué, de cette même fraction du royaume de Dieu (advocatus Ecclesiae). Dans l’ordre ecclésiastique, les patriarches, primats, archevêques et évêques, les archiprêtres, curés et vicaires, les supérieurs d’ordres, de congrégations et de communautés religieuses, les recteurs d’universités, doyens de facultés et présidents de collèges exercent la puissance qui leur est dévolue respectivement, sur des circonscriptions ou des corps, sans empiéter au-delà. Les rois, les princes, tous les seigneurs, grands et petits, jusqu’à la moindre communauté d’habitants, jusqu’à la dernière communauté d’artisans, font de même dans l’ordre civil. Dans l’ordre familial enfin, où le civil et le religieux se rejoignent comme au temps des patriarches, le paterfamilias revêt une triple autorité : maritale, paternelle et patronale. Tout pouvoir de gouverner vient d’en haut, non d’en bas. Il s’échappe d’une céleste fontaine et se répand en cascades, non seulement parmi les hommes, comme nous venons de le décrire, mais aussi parmi les choeurs d’anges et les légions d’élus : “per ordines et gradus.”
Toute puissance terrestre s’exerce, non pour la propre jouissance de celui qui la détient, mais pour le service d’autrui. Premièrement et en dernière analyse, pour le service de Dieu, à qui rien n’échappe. Secondairement – et nous allons voir que c’est la même chose – pour le bien commun de l’ordre auquel elle préside. Tel est le rayon de sa sphère de compétence. L’intérêt général n’est trop souvent, pour les modernes, que la somme des intérêts particuliers poursuivis avec le maximum d’intensité. Le bien commun (bonum commune), d’après l’opinion du moyen âge, résulte de la coordination d’activités multiples en vue d’un seul but. Il est surtout moral, et non pas matériel comme l’intérêt. Il est propre à l’ordre qui le poursuit et qui, de ce point de vue, est irremplaçable. Il dépasse le bien singulier des individus qui composent cet ordre, et aussi le bien commun des ordres inférieurs ; il est moins considérable que le bien commun de chacun des ordres supérieurs et surtout de l’ordre universel. Il est distinct de tout autre bien. Mais il ne saurait être en opposition avec le bien de l’ordre universel, ni avec la fin dernière de chaque individu, qui se réalisent en Dieu. Il doit y être “ordonné”, “subordonné” : tout groupement devant aider ses membres à bien vivre et contribuer au salut de la collectivité universelle des hommes. C’est en vertu de sa fin que l’on juge un ordre, une société. C’est par le caractère relatif de toute autre fin, de tout autre bien, que l’on explique et justifie la subordination nécessaire de tous ordres et communautés jusques et y compris l’Etat, à l’autorité de l’Eglise, “ratione salutis” et “ratione peccati“. Car, seul le bien commun de l’Eglise, qui est la vision béatifique (conjunctio Dei in perfecta visione, visio divinae essentiae, contemplatio Dei), est absolu. Et seule l’Eglise est à même d’assurer la possession de ce bien. C’est pour cela que toute puissance lui a été donnée. “Hors d’elle, point de salut.” En elle, pas davantage, si ce n’est par coopération. “Potestates quae sunt, a Deo ordinatae sunt.“
L’exercice de la puissance est donc conditionné par le but immédiat et le but final de l’ordre dans lequel il s’opère ; mais dans cet ordre, il ne subit aucune limitation. Un chef quelconque, légitimement investi, peut ordonner tout ce qui est de nature à promouvoir le bien commun de ses sujets (subditi), c’est-à-dire de ceux qui sont en sa puissance (sub ditione). “Finis autem legis est bonum commune.” Il y a environ deux cents ans, Montesquieu a proposé la théorie de la séparation des pouvoirs, que les fils spirituels de la Révolution française ont brandie, tel un palladium de liberté. Le moyen âge n’a rien inventé d’aussi abstrait ; il s’est contenté d’observer la réalité et d’y adapter au moins mal ses formules politiques. Et voici l’esquisse de sa vision. Le chef (dominus), quel qu’il soit, règne sur des hommes, c’est-à-dire sur des âmes, et sur des biens, des choses sans âme, ni raison, ni droits. Il a premièrement le pouvoir d’administrer les biens qui sont en son domaine, au mieux des intérêts de toutes les personnes qui relèvent de lui. Ces personnes, il a comme devoir initial de leur garantir la subsistance (nutritio) et comme second devoir de les protéger (tuitio). Entre elles, il maintient la paix (pax), c’est-à-dire la tranquille communauté de vie dans l’ordre (tranquillitas ordinis). Ce qui revient à écarter toute violence. En vue de la paix intérieure, il exerce le pouvoir judiciaire (rex a recte judicando) et, subsidiairement, le pouvoir ordonnantiel (lex est quaedam ordinatio rationis ad bonum commune, ab eo., qui curam habet communitatis, promulgata). En vue de la paix extérieure, il exerce un “pouvoir” militaire, qu’il faut plutôt concevoir comme une “fonction” de défense : soit par les armes dont il dispose, soit en faisant appel à ses garants. Il a finalement le pouvoir de solliciter le concours de ses sujets pour toutes entreprises les concernant. Et ceci nous amène à parler des obligations des “sujets” à l’égard de leur “seigneur” : “Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit.“
Les obligations des subditi consistent à rendre au dominus tous les services dont celui-ci ne saurait se passer pour réaliser le bien commun de l’ordre. Ces services sont matériels et moraux, comme la nutritio et la tuitio du seigneur. Ils sont d’aide et de conseil (auxilium et consilium, suit and service, bede ende raad) : d’aide de force ou d’argent, de conseil législatif autant que judiciaire. Ils correspondent adéquatement aux différentes branches de la potestas. Au pouvoir d’administration du maître correspond l’aide de corps, sans armes : “le service du travail”, que le moyen âge appelait pour certains la corvée. Au pouvoir militaire du chef correspond l’aide corporelle en armes : le service militaire. Au pouvoir financier, l’aide d’argent, c’est-à-dire la contribution. Aux pouvoirs judiciaire et législatif répond le devoir de conseil, qui consiste à garnir la cour de justice et à prendre, par délibérations communes, les mesures ordonnantielles les plus importantes. L’exercice des pouvoirs est donc, dans chaque ordre, le résultat d’une collaboration entre celui qui est investi pour commander et ceux qui n’ont pas pour devoir d’obéir aveuglément. Car, les obligations d’aide et de conseil ont les mêmes limites théoriques que l’exercice du pouvoir : les exigences du bien commun. En fait, et pour éviter les abus, les bornes de la puissance et de la sujétion sont posées de commune volonté : ce sont les privilèges concédés par le maître à la requête de ses sujets.
Ces limites, nous les connaissons aujourd’hui par une règle générale du droit féodal, que le droit canonique n’a pas encore abrogée, et par des cas d’application. La règle générale se formule en forme positive ou négative : “Quod omnes, uti singulos, tangit, ab omnibus probari debet” ou “Nil de nobis sine nobis.” Concrètement, voici les principaux cas d’espèces, qui correspondent, comme on le verra, aux différentes manifestations du pouvoir et de la sujétion. Le pouvoir et le service d’administration sont limités par des concessions de monopoles. Le pouvoir et le service judiciaires le sont par des concessions d’immunités, qui traduisent l’usage universel du jugement par les pairs (judicium parium) : “Tout homme doit être jugé par ses pairs selon son droit.” Dans le domaine législatif, on trouve la théorie des volontés concertées : “Lex fit consensu populi et constitutione regis.” Le service militaire n’est dû que durant quelques jours, – parfois un seul, – dans un rayon relativement court, uniquement pour la défense de la terre, à la condition surtout d’avoir été consenti. L’aide financière est conditionnée de même par le consentement préalable. Rien d’important ne peut être décidé par l’autorité, sans l’approbation de ceux qui doivent supporter la charge. De ces garanties vraiment efficaces, quelques-unes ont été conservées par le droit libéral. Ainsi, l’exclusion de l’arbitraire judiciaire ; ainsi encore, la compétence des représentants de la nation pour élaborer les lois et voter les impôts.
Ce qui s’est perdu depuis la Révolution française sur le continent européen, c’est le service militaire non obligatoire. C’est la réciprocité d’obligations entre les gouvernants et les gouvernés. C’est, peut-être par-dessus tout, la conception chrétienne et médiévale de la liberté.
La liberté du moyen âge peut en effet se définir ainsi : un obstacle dressé sur un point précis contre l’exercice arbitraire du pouvoir. Or, nous découvrons dans l’histoire deux conceptions antinomiques de la liberté, auxquelles toutes les autres finalement se ramènent : celle-là d’abord et, ensuite, celle des stoïciens, qui est aussi celle des libéraux. Cicéron, dans ses Paradoxes, se pose la question de savoir ce qu’est en définitive cette liberté, idéal de ses jours, mobile de ses actions politiques, thème inépuisable de ses discours, but de ses combats, cette liberté pour laquelle, dernier républicain, il voudra mourir. C’est, dit-il, “potestas vivendi ut velis.” Et dans une autre oeuvre : “Libertas non in eo ut justo utamur domino, sed ut nullo.” Lisons aussitôt l’article 4 de la Déclaration des Droits : “La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui“… et n’est pas défendu par la loi. De part et d’autre, c’est la même idée : “la liberté sous la loi” (sub lege libertas), la liberté dans un parc, dans un enclos qui peut être réduit aux dimensions d’une cage. C’est la conception qui correspond au primat de la volonté humaine, celle qui s’impose pour autant que le principe d’autorité ne réside pas en Dieu. Mais si l’autorité vient de Dieu, il faut la supposer première. Et concevoir la liberté comme une protection du sujet, organisée au nom du bien commun, contre l’abus possible de la part de celui qui gouverne. Il n’y a pas de “Liberté” unique, avec un grand L, mais des libertés qui résultent de la réciprocité correspondante des droits et des devoirs, et de leur limitation. Le moyen âge estime que ce sont les seules véritables, tandis que l’autre ne serait qu’un simulacre de liberté, ainsi qu’il est dit dans la Première Epître de l’Apôtre saint Pierre : “Subjecti igitur estote omni humanae creaturae propter Deum : sive regi, quasi praecellenti ; sive ducibus, tamquam ab eo missis ad vindictam malefactorum, laudem vero bonorum ; quia sic est voluntas Dei, ut benefacientes obmutescere faciatis imprudentium hominum ignorantiam : quasi liberi, et non quasi velamen habentes malitiae libertatem, sed sicut servi Dei.“
La limitation des pouvoirs et des services, et donc l’accumulation des libertés particulières, engendrent forcément des inégalités. La société libérale est fondée sur l’égalité des citoyens devant la loi, la justice et l’impôt, pour l’admission aux fonctions publiques et la participation au gouvernement. La société d’ancien régime reconnaît l’égalité de substance, de nature, établie par Dieu entre ses créatures raisonnables. Mais elle se refuse au nivellement du troupeau. Elle s’élève comme une harmonie de rapports inégaux, qui s’établissent entre les différents ordres et, dans chaque ordre, entre les chefs et les subordonnés. L’inégalité entre les ordres, – et donc entre les autorités qui président à chacun d’eux, – est déterminée par la subordination des fins particulières. L’inégalité entre les autorités et les sujets résulte du fait brutal, qu’il est des gens incapables de se gouverner eux-mêmes et des hommes particulièrement doués ou éduqués en vue du commandement. L’inégalité entre les sujets, individuels ou collectifs, est engendrée par le sexe, l’âge, la vitalité, le caractère, les capacités, par la fonction surtout qu’ils assument pour le bien commun. Les inégalités juridiques s’ajoutent aux inégalités sociales, non pour les accentuer dans le sens de l’injustice, mais pour faciliter l’exécution des services et pour récompenser les mérites que l’on acquiert ainsi. L’ordre, dit Loyseau, est une espèce de dignité. Dans une société orgarniciste, la dignité entoure ceux qui la méritent par leur effort : “Ex labore dignitas provenire consuevit.“
Le statut des différentes personnes est fixé par des contrats institutionnels (Statuskontrakte). Ainsi, le mariage, sur lequel est fondée la première cellule sociale. Il ne crée pas seulement des droits et des devoirs réciproques entre les époux. Il fonde l’autorité du mari et du père, il règle le statut de la femme et légitime celui des enfants. Ainsi encore, l’engagement que contracte un clerc fraîchement ordonné à l’égard de son évêque, un nouveau moine à l’égard de son abbé. Dans l’ordre civil, le contrat féodal règle les relations entre le suzerain et le vassal et confère à ce dernier une position juridique, subordonnée, mais munie de protection. Les chartes que le pape, l’empereur, les princes et les seigneurs, tous ceux qui sont constitués dans un degré quelconque de puissance, concèdent aux corporations de métiers, aux compagnies de marchands, aux universités d’études, aux villes et franchises, aux ordres, aux pays, aux unions permanentes de pays, à toutes les entités corporatives sans distinction, dérivent de là. Ces contrats et ces chartes consacrent le statut des parties en présence, ils déterminent leurs obligations réciproques, limitent la potestas du supérieur, circonscrivent la libertas des inférieurs et, par-là, ils établissent une réglementation générale des inégalités. Eléments générateurs de stabilité sociale, leurs dispositions sont stipulées à jamais (perpetuo).
La sanction suprême de ces contrats perpétuels est la plus efficace qui se puisse concevoir. C’est le sacramentum, par lequel les parties se promettent réciproquement la fides. Les coutumes, contrats, chartes et ordonnances d’autrefois sont pourvus d’abord des mêmes sanctions pénales que les lois modernes : amendes, confiscations de biens, privations de liberté, rarement la peine de mort. Mais ce sont là des sanctions purement extérieures, et dont l’application doit réunir les conditions d’une réussite : le transgresseur doit être découvert, arrêté, attrait devant les tribunaux, reconnu coupable, condamné dans les formes de la procédure, finalement exécuté. Le moyen âge, dont l’appareil judiciaire avait moins que le nôtre de prétentions à l’infaillibilité, le moyen âge connaît une sanction bien plus terrible. Une sanction qui se déclenche automatiquement. Une sanction à laquelle nul n’échappe et dont la rigueur est exactement proportionnée à la gravité de l’infraction. Une sanction intérieure, enfin, qui touche l’homme au coeur, où elle s’insinue ensemble avec le remords. Cette sanction incomparable, dont le monde moderne s’est volontairement privé depuis qu’il a cessé de croire, c’est l’obligatio conscientiae, qui s’oppose à la “liberté de conscience“. Celui qui viole, même en secret, son sacramentum, celui qui renie la fides, se rend coupable de parjure (diffidatio). Il s’exclut de l’ordre aux avantages duquel il communiait. Il s’excommunie lui-même : les juges, s’ils sont saisis, ne font que le constater. Il perd son statut, ses privilèges, le bénéfice de la pax. Il est déféré au seul tribunal qui ait désormais juridiction sur lui : le tribunal qui possède le pouvoir de lier et de délier, le tribunal de la Pénitence où Dieu lui-même l’attend pour l’absoudre et lui rendre la paix, à condition qu’il manifeste le repentir de sa faute et forme le propos de s’amender.
***
Ainsi, la société chrétienne du moyen âge, la société d’ancien régime, tient au divin par les deux bouts. Elle part de Dieu, fondement de toute puissance. Elle retourne à Lui, fin dernière des justes et scrutateur des consciences. L’autorité émane de Lui, et non pas de la volonté populaire. Elle se répand par ordres, en suivant le dégradé des groupes intermédiaires, au lieu de se précipiter d’un seul coup de la hauteur de l’Etat souverain sur le citoyen, précairement garanti par quelques droits. Elle s’exerce en vue du bien commun de chaque ordre particulier et de l’ordre universel, non de l’intérêt général d’une seule nation. Elle n’impose que des services limités, consentis, et ne profère aucun impératif despotique. Elle établit une correspondance harmonieuse entre l’autorité et la liberté, entre les fonctions et les droits. Elle est exclusive d’égalité niveleuse, mais dispense à chacun selon ses mérites. Y eut-il jamais une époque où le monde fut mieux organisé ? Auguste Comte lui-même assure que non. Ce monument de sagesse politique, les Philosophes du XVIIIe siècle lui ont infligé le même traitement que les architectes, leurs contemporains, aux cathédrales gothiques. Moyennant des mutilations irréparables, ils l’ont dissimulé sous le toc. Ils ont ainsi pensé ressusciter l’antique. Ce qu’il en a coûté, c’est le spectacle du monde actuel qui nous le dit.
Dans la Déclaration des Droits, charte universelle du XIXe siècle, on découvre encore, sous le fard du droit naturel qui s’effrite, certains traits de l’ordre ancien. En passant, nous avons souligné le maintien des distinctions sociales basées sur l’utilité commune, les garanties judiciaires, fiscales, législatives et politiques, solennellement promises aux citoyens. Mais à côté de ceux-ci, il y a d’autres articles moins traditionnels : ceux-là, par exemple, qui instituent la liberté d’opinion ou la séparation des pouvoirs. Ils ont beau avoir été “reconnus et déclarés… en présence et sous les auspices de l’Être Suprême“, ils ont largement suffi à déchristianiser le monument : à faire tomber la croix du fronton où, quinze cents ans plus tôt, elle avait été plantée. Ils ont proclamé la souveraineté populaire et l’égalité, supprimé les notions de service et d’ordre, établi la liberté de conscience et ruiné le principe d’autorité. Ils ont annoncé la fin de l’âge chrétien que nous avons décrit ; ils ont inauguré l’ère de la Révolution française et du libéralisme.
Si l’on objectait que le tableau du moyen âge par nous brossé, est suspendu dans les nuées inconsistantes d’un faux idéalisme, il serait trop commode de nous retrancher derrière l’argument d’autorité et d’évoquer une parole de Léon XIII : “Fuit aliquando tempus.” Il y eut réellement une époque où la philosophie contenue dans l’Evangile servait à gouverner les Etats. Mais nous possédons le propre témoignage du passé. Les meilleurs textes théologiques, philosophiques, juridiques qu’elle nous a laissés, nous la montrent, cette époque, comme elle aurait dû être si les hommes avaient conformé leur conduite aux préceptes. D’autres textes, de même date, non moins probants et plus voisins de la pratique, nous disent que ces hommes, nos ancêtres, n’ont pas toujours eu le courage de la fidélité. Nous ne nous refusons pas à les voir, ces hommes, avec leurs penchants, leurs passions, leurs travers et leurs vices, avec leur incorrigible faiblesse surtout, les pieds en terre, répugnant à s’élever. La question reste de savoir ce qu’il y a de plus naturel, de plus normal : de bien vivre, c’est-à-dire de pratiquer la vertu et de gagner sa fin dernière, sous un climat nocif ou dans une ambiance favorable ? Pour répondre, il suffit d’un seul instant.
[COMMON COLLECTIONS] Common Collections est un réseau constitué à l’initiative de la Province de Liège, rassemblant seize institutions culturelles de Wallonie, de statut public et associatif. Le projet a pour but de rassembler au sein d’un espace numérique commun – et par conséquent de rendre accessible au plus grand nombre – les collections patrimoniales conservées par les différents partenaires, dont une partie seulement est exposée.
À partir de 2014, la Province de Liège a lancé un ambitieux projet d’informatisation de ses collections grâce à l’acquisition d’un logiciel professionnel dédié à cet usage. Initialement déployée au Musée de la Vie wallonne pour ses collections ethnographiques, cette solution a ensuite été étendue à l’ensemble du patrimoine artistique provincial, puis dès 2022 à d’autres partenaires à l’échelle régionale qui illustrent notamment les domaines technique, scientifique, archéologique ou encore historique. Cet ensemble compose aujourd’hui le réseau Common Collections, auquel l’asbl Musées et Société en Wallonie est associée.
Le catalogue en ligne, vitrine publique du réseau, réunit aujourd’hui plus de 70.000 notices descriptives, illustrant la diversité des collections de chacun de ses membres. Grâce au travail d’inventaire des équipes scientifiques de chaque établissement, le catalogue est en développement constant. Pour des recherches plus poussées au sein de chacune des collections, nous vous invitons à contacter directement les institutions gestionnaires. Seuls les documents et informations dont les droits ont été accordés et/ou cédés, conformément aux législations en vigueur, ont été mis en ligne.
[MUSEES.ULIEGE.BE, 13 septembre 2023] Le pôle muséal et culturel de l’Université a rejoint cette année le réseau Common Collections, en partenariat avec une dizaine d’autres institutions culturelles.
A l’initiative de la Province de Liège, Common Collections est un projet de mutualisation du logiciel de gestion de collections The Museum System (TMS), conçu pour les musées et les institutions culturelles. Il permet de stocker, organiser et accéder facilement l’ensemble des informations et médias sur les collections et les objets qu’elles renferment. Avec une interface conviviale pour la saisie, une sécurité renforcée des données sensibles et une vision efficace qui aide la prise de décision en matière de gestion, le logiciel se veut utile aux gestionnaires de musées et collections. Une interface web commune définie par un groupe de travail composé par les partenaires, permet la visibilité des collections aux chercheurs, étudiants, ou à un large public tout en facilitant leur découverte et leur compréhension.
Au sein des collections universitaires, une phase de test a été menée principalement avec les collections du Musée Wittert et du Pôle muséal et culturel (héritées notamment de l’ancien Centre d’Histoire des Sciences et des Techniques). Elle a permis de vérifier le bon fonctionnement du système et de résoudre quelques petits problèmes d’importation, en cours de résolution, avant une utilisation plus large. On a ainsi pu s’assurer que les informations sur les collections sont stockées de manière cohérente et accessible, et que le système répond aux besoins de l’institution.
Actuellement (septembre 2023), l’encodage a commencé également dans les collections de la Maison de la Science, celles d’Anatomie humaine et celles de Médecine vétérinaire (objets provenant de l’École vétérinaire de Cureghem).
Dans un avenir proche, d’autres collections s’y joindront : celles de dendrochronologie et d’archéométrie, de tératologie, des coupes histologiques végétales, la collection de préhistoire (en partenariat avec le Préhistomuséum pour la réflexion liée aux fiches), et celle du Musée de Zoologie.
Nous invitons les gestionnaires des autres collections universitaires qui le souhaitent à nous contacter pour organiser la migration des données, avec l’objectif de rationaliser la gestion des collections et de faciliter le partage des informations. Nous travaillerons en étroite collaboration avec eux pour assurer le succès de ce projet.
La propagande est une technique, quel qu’en soit le contenu, de simplement édifiant (ex. santé publique) à ouvertement fasciste. Elle nécessite un discours partagé et la mise en oeuvre de dispositifs visuels que l’on retrouve également dans ce marketing qui, hélas, baigne notre espace mental quotidien, visuel et/ou sonore. Reste que certains objets, supports de propagande, ne sont pas dénués d’une réelle flamboyance esthétique, quand ce n’est pas l’humour qui en est la caractéristique la plus remarquable. Nous en voulons pour preuve la collection de cartes postales commerciales que nous avons réunie pour vous dans la DOCUMENTA.
C’est cette considération qui nous a également amenés à vous proposer en téléchargement gratuit dans la DOCUMENTA un authentique petit fascicule de propagande chinoise, daté de 1977 et rédigé en… esperanto ! Nous livrons ici à votre curiosité éclairée la transcription de quelques vignettes (traduites par des robots puis révisée par nos soins avec le souci de conserver la grandiloquence kitsch de l’original). Tout ceci, en laissant, bien entendu, la responsabilité des propos guerriers tenus au Parti Communiste Chinois :
Cinq héros sur lE mont Langja
À l’automne 1941, les agresseurs japonais lancèrent une opération de ratissage vers le [Sanhi-êahar-Hebei-a], une région frontalière contrôlée par le Parti communiste chinois. Lorsque les ennemis atteignirent la région montagneuse de Langja à l’ouest du comté de Ji dans la province du Hebei, une troupe de la Huitième Armée [de Route] décida de se déplacer vers une ligne extérieure pour les exterminer. Cinq camarades, le caporal Ma Bauju, le caporal suppléant Ge Genlin et les combattants Hu Delin, Hu Fucaj et Song Hjueji, restèrent là pour couvrir le transfert et arrêter les ennemis. Ces cinq héros, avec un réel esprit d’abnégation, ont délibérément attiré les ennemis vers un précipice. Ils ont mené une bataille déterminée contre les ennemis et ont courageusement sauté dans un abîme, après avoir jeté sur les ennemis leurs dernières grenades. Ces héros incarnent la noblesse et l’héroïsme du peuple armé dirigé par le Parti communiste chinois.
1. À l’automne 1941, les agresseurs japonais balayèrent la région frontalière de [Sanhi-Cahar-Hebei]. Selon la stratégie du Président Mao, certains corps de la Huitième Armée [de la Route] ont combattu dans la région de la rivière [Ji§uj] et du mont Langja et, sous l’action conjointe des milices, ont fortement attaqué les ennemis.
2. Le 25 septembre, les agresseurs japonais répartissaient soudain leurs forces de tous côtés pour assiéger notre régiment. Les commandants du régiment décidèrent de retirer immédiatement les troupes et ordonnèrent au sixième groupe de la septième compagnie de laisser cinq combattants derrière eux pour bloquer l’avancée de l’ennemi et surveiller le transfert secret de notre force principale en utilisant le terrain favorable de [Kipantuo] sur le mont Langja.
3. Le plus gros des troupes s’est déplacé rapidement cette nuit-là et seuls les cinq combattants sont restés sur place. Ils se souvenaient clairement des paroles des officiers du régiment : ils lutteraient courageusement pour retenir l’avancée des ennemis et les battraient durement.
4. Au clair de lune, ils ont chacun pris quelques grenades laissées par l’état-major du régiment et les ont enterrées comme des mines au pied de la montagne, jusqu’à mi-hauteur de celle-ci.
5. Après cela, les combattants se sont tous cachés dans la zone la plus stratégique de Kipantuo. Le vent de la montagne soufflait, mais personne n’avait froid et le cœur de chacun était plein d’indignation.
6. Au deuxième cri du coq, tout à coup, un incendie apparut au pied de la montagne : les ennemis avaient incendié un village et les habitants subi à nouveau de lourdes pertes. En voyant les tirs s’intensifier, les combattants étaient remplis de haine.
7. C’est alors qu’ils entendirent vaguement les pleurs d’une femme, plus bas dans la montagne, qui se rapprochaient de plus en plus. Les villageois sont en marche vers nous ! Ce serait terrible s’ils marchaient sur les mines enterrées ! Le vice-caporal Ge Genlin s’est levé d’un bond, a signalé la situation à un caporal et a immédiatement dévalé la montagne…
La suite est disponible dans la DOCUMENTA. Cliquez ici… Mais, rassurez-vous : l’histoire finit (presque) bien !
35. Comme s’il s’agissait d’un assaut ordinaire, le caporal cria en sautant dans le gouffre : “Camarades ! Sautez après moi !” et les autres sautèrent aussi. C’est alors qu’un écho solennel retentit dans toute la vallée : “A bas l’impérialisme japonais ! Vive le Parti communiste chinois !“
Guillaume d’Orange-Nassau a reçu le trône des Pays-Bas, de Belgique et la couronne grand-ducale au Luxembourg, trois territoires qui restent différents et le Grand-Duché a un statut particulier : il fait partie de la confédération germanique. Guillaume Ier s’intéresse au développement de son royaume et participe à la constitution de la Société Générale des Pays-Bas. Elle est au départ caissière de l’état, émet des billets de banque, gère un patrimoine foncier et agricole fort important et soutient l’économie nationale. En bon Hollandais, Guillaume Ier développe notre réseau de canaux. Le Grand-Duché a une surface double de celle actuelle : il englobe notre province de Luxembourg actuelle.
Rémi de Puydt, né juste après la Révolution française, est le fils d’un médecin militaire. En 1813, officier des armées napoléoniennes, il est blessé, puis devient receveur des droits et accises au Luxembourg. Après quatre ans d’études d’ingénieur de génie civil à Paris, il s’installe dans le Hainaut où il réalise le canal du Hainaut. De sa rencontre avec Guillaume Ier naît l’idée du canal de Meuse et Moselle, long de 263 km, destiné à relier Liège à Trèves et de faire sortir le Luxembourg de son isolement économique. Un dénivelé de 379 mètres côté mosan et de 305 mètres côté rhénan entraînerait la construction de 205 écluses. Pour franchir la ligne de partage des eaux entre les deux bassins, Rémi de Puydt a l’idée, non pas de creuser une tranchée qui eut été énorme, mais de forer un tunnel (le mot n’existait pas encore, on parlait de ‘galerie souterraine’) à 60 m sous la crête. Il fallait aussi canaliser les rivières, installer des chemins de halage, modifier certains ponts, prévoir des lacs réservoirs pour régulariser le cours en période d’étiage. Le projet prévoyait aussi neuf autres souterrains plus courts pour recouper des méandres de l’Ourthe.
L’empereur romain Claude au 1er siècle après Jésus-Christ avait déjà eu le projet de raccorder la Meuse au Rhin, en passant au nord de Visé. Au 16e siècle, Philippe II d’Espagne, soucieux de créer une frontière naturelle avec les Pays-Bas protestants, reprit l’idée. Quelques siècles plus tard, Frédéric le Grand, célèbre roi de Prusse, revient au projet sans succès. Napoléon rêve aussi d’un canal qui serait passé plus au nord dans les plaines de Hollande, financé par un impôt sur l’eau-de-vie.
Rémi de Puydt parvint à convaincre une série de financiers à la Société Générale et est soutenu par le roi Guillaume Ier. La Société du Luxembourg créée, elle obtient la concession à perpétuité à condition que les travaux soient finis en cinq ans. Nous sommes en 1827. L’évaluation des travaux monte à 100 000 florins, somme considérable, répartie en 2 000 actions de 5 000 florins que l’on peut payer en cinq tranches. Dans l’ensemble de la Hollande, seulement vingt titres sont vendus ! À Bruxelles, cent titres sont acquis essentiellement par les administrateurs. Au Luxembourg, on en vend sept. Guillaume Ier et sa famille souscrivent 500 actions, espérant relancer l’entreprise, mais sans résultat. Malgré tout, les entrepreneurs décident de commencer les travaux par le percement du tunnel. Le chantier est installé près du village de Tavigny [Houffalize]. On attaque la galerie de 2 728 m par les deux extrémités ; la largeur est de 3,5 m et la hauteur de 5,5 m. Le travail avance d’un mètre par jour. 200 à 300 ouvriers sont sur place, ce qui provoque un grand bouleversement social et un choc culturel dans un monde d’agriculteurs.
A part les travaux du souterrain, peu de choses bougent et les finances sont trop faibles. Les travaux à réaliser tout au long du cours de l’Ourthe sont démesurés. Le délai imparti de cinq ans est trop court. En 1829, de Puydt obtient la collaboration d’artificiers de l’armée. Entretemps, la tension contre les Hollandais monte, l’armée néerlandaise est mise en déroute à Bruxelles et se retire. Le gouvernement provisoire proclame l’indépendance. Au Luxembourg, la moitié des communes a pris parti pour la Belgique, l’autre moitié est restée sous le joug des Hollandais et même des Prussiens car, si le territoire est menacé, en vertu des accords de la Confédération germanique, la Prusse vient à la rescousse. Il faudra attendre neuf ans pour que la situation se clarifie.
Rémi de Puydt a été nommé commandant de la garde civique de Mons, puis lieutenant-colonel, commandant en chef des troupes du génie de la jeune armée belge. Beaucoup d’entrepreneurs partent en exil. On continue à creuser le souterrain mais il n’y a plus de liquidités, plus de poudre, la situation politique est de plus en plus compliquée. Guillaume Ier vient de revendre toutes ses parts de la Société Générale, à la Belgique. En août 1831, le gestionnaire des travaux décide d’interrompre le chantier, de façon provisoire espère-t-il. 1130 mètres ont été creusés. En 1839, le traité des 24 articles scelle la situation du Grand-Duché et le territoire est séparé en deux, en suivant la ligne des crêtes. Cela change tout : une frontière coupe désormais le canal et le projet s’enlise complètement. En 1848, le canal de l’Ourthe refait parler de lui. À Londres, trois hommes d’affaires détiennent toutes les actions de la Société du Luxembourg et ils se disent prêts à reprendre les activités. Le canal se limiterait désormais au tronçon entre Liège et La Roche. Entre 1852 et 1857, les travaux reprennent et ce canal a fonctionné jusqu’au milieu du 20e siècle. Puis c’est le chemin de fer qui a progressivement tué cette activité.
Rémi de Puydt sera nommé ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, deviendra député pour l’arrondissement de Mons et, enfin, administrateur de l’établissement belge au Guatemala.
Les terrains expropriés sont revendus progressivement. Actuellement, comme la nature a repris ses droits, l’entrée du tunnel devient de moins en moins visible. La galerie s’est effondrée à près de 400 m, les puits ont été rebouchés, le site, classé, est voué à devenir un refuge pour les chauves-souris.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Géry de Pierpont, organisée en février 2003 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
John Cockerill est un peu l’arbre qui cache la forêt. Il la cache par son génie, par le mythe qui s’est créé autour de son personnage et autour de ses œuvres. Et pourtant, il n’était pas le seul, les vieux ouvriers disaient qu’ils travaillaient “amon Dallemagne“, “amon Michiels” ou “amon Orban” [“chez Orban”] selon qu’on parlait de l’une ou l’autre usine. Il y a tout un monde qu’il faut évoquer. Pourquoi, dans les années 1780-1830, notre région liégeoise est-elle devenue un des pôles du développement industriel européen ? Pourquoi à Liège et pas ailleurs ? Certes, il y avait du minerai de fer, on a recensé 300 anciennes petites mines de fer ; il y avait du charbon, mais il y en avait aussi ailleurs. Il faut chercher la réponse du côté des hommes, de leur savoir, de leurs réactions.
C’est ce monde des années 1780 à 1830 que nous vous invitons à découvrir. Il a donc connu cinq régimes : les derniers princes-évêques, la Révolution française, l’Empire français, le régime hollandais et la Belgique léopoldienne. Il faut pénétrer dans les lieux où se réunit ce monde. Trois grandes sociétés liégeoises sont créées dans les mêmes années : la Loge “La parfaite Intelligence“, la société libre d’Emulationet la Société littéraire. Les personnes qui se retrouvent dans ces sociétés sont souvent les mêmes. C’est un univers d’intellectuels, d’aristocrates, de bourgeois qui partagent les mêmes intérêts. Il y a des politiques, des inventeurs, des financiers dont l’idéal est celui des Lumières. C’est à la fois le libre examen et le libre échange. Ils désirent appliquer la méthode scientifique dans tous les domaines, dans les matières de sciences, dans les matières d’éducation, de politique, de religion, d’économie c’est-à-dire qu’ils mettent la science au service de la prospérité publique. Ils veulent introduire toute espèce de nouveau procédé, élever le niveau d’instruction des ouvriers qui sont trop souvent, à ce moment, esclaves de la routine.
Au cours des cinq régimes évoqués ci-dessus, on trouve la même politique d’encouragement et de développement. Velbrück était un ami des encyclopédistes, il était franc-maçon et un des aspects de lui moins connu : ami des arts et des manufactures. Ce concept d’émulation se défini à l’époque comme une honnête rivalité pour l’honneur et pour le bien, une compétition dans le pays pour susciter le plus possible de talents. La société l’Emulation pose des questions : comment prémunir les mineurs contre les accidents, trop fréquents ; comment perfectionner les moyens de pompage dans les mines ; comment fabriquer du fer avec du charbon de terre alors qu’on utilisait le charbon de bois.
Les élites anglaises et américaines venaient étudier à Liège au collège des jésuites anglais, supprimé en 1773. Velbrück y voit l’occasion de créer un enseignement supérieur de la physique et des mathématiques de très haut niveau, ouvert cette fois aux élites liégeoises et européennes. Il crée en même temps le grand collège installé dans l’université, l’académie et des écoles de mathématiques et de géométrie pour les artisans. Il s’agit de doter Liège d’un enseignement spécialisé à la fois du point de vue technique, du point de vue général et même du point de vue médical et juridique. Ces idées seront reprises après la parenthèse révolutionnaire. Le régime français crée un conseil d’agriculture et des arts et manufactures, équivalent de la chambre de commerce. Il crée aussi une société des sciences physiques et médicales.
Les inventeurs sont trouvés dans le même milieu de la société d’Emulation. Ils se tiennent au courant de l’actualité scientifique. Spa est le rendez-vous de toutes les élites industrielles. Autour de l’analyse des eaux, se développe un milieu scientifique avec deux frères ennemis, les frères de Limbourg : Jean-Philippe et Robert, un chimiste et un géologue. Dans leur fourneau de Juslenville, ils font des recherches pour utiliser le charbon de terre en le transformant en coke. Jean-Jacques-Daniel Dony prend la concession de la Vieille Montagne et cherche comment produire du zinc métallique à partir du minerai. Les frères Poncelet de Sedan s’intéressent à la cémentation du fer pour faire de l’acier. Jean Gossuin les invite à Liège où ils entrent en contact avec un chimiste pour expérimenter les céments afin de fabriquer des limes. Ils trouvent un client important : la fonderie de canons créée par les préfets en 1803. Napoléon a, en effet, voulu redonner à Liège sa vocation de grande cité armurière en créant la fonderie de canons. Il y a donc eu interaction entre des savants et des chercheurs. La société d’encouragement de Paris couronnera deux liégeois en 1810 : Cockerill pour ses machines à tisser et à filer, et les frères Poncelet pour leur fabrication de limes en acier. Ils vont ensuite arriver à pouvoir fondre l’acier dans leurs creusets et fabriquer de l’acier coulé. Nous sommes dans un monde d’inventeurs doublés de bons investisseurs et de bons financiers.
Voici maintenant le monde des financiers. John Cockerill est le plus mauvais exemple car c’est un génie de la mécanique qui croit que ses machines sont tellement bonnes qu’il pourra toujours en vendre ! Les Orban sont des petits commerçants qui construisent un haut fourneau, produisent des tôles, fabriquent des bateaux en fer. Les Lamarche démarrent par la mécanique et s’associent avec un constructeur britannique pour construire des machines à vapeur. Pour celles-ci, il faut du fer et ils vont acheter des hauts fourneaux, des charbonnages, des fours à coke. Il sont aussi liés à la politique car une des filles Orban a épousé un avocat du nom de Frère qui deviendra l’illustre Frère-Orban.
Le milieu des travailleurs qui possèdent le savoir-faire et qui ont su s’adapter aux techniques nouvelles joue aussi un rôle important. Les Liégeois ont été forts dans la construction des machines à vapeur parce qu’ils étaient spécialisés dans l’industrie armurière. Puisqu’ils savaient forer et polir des canons de fusils, ils pouvaient faire de même pour les cylindres de machine à vapeur.
Le grand développement liégeois résulte d’un milieu complexe qui interagit. Le capital des uns, le savoir-faire traditionnel des autres, l’innovation technologique des savants, l’appui des politiques, constituent la recette de cette première réussite.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Robert HALLEUX, organisée en janvier 2003 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
André-Modeste GRETRY est né en 1741 en Outremeuse, rue des Récollets au n°34. Le premier Grétry à être recensé est Arnold, fermier de la Comtesse Marie d’Argenteau, en 1540. Son nom provient d’un petit hameau de la région de Bolland. Le père d’André-Modeste était premier violon à Saint-Martin puis à Saint-Denis. Son fils commence sa carrière musicale à Liège où il va rester pendant 19 ans. Comme il n’existe pas encore d’école musicale, il doit entrer dans la maîtrise d’une église et son père l’introduit à Saint-Denis où il chante comme enfant de chœur. Il s’intéresse plus à la musique théâtrale qu’à la musique religieuse.
Le chanoine Simon de Harlez, de la cathédrale Saint-Lambert, le remarque et lui permet de se rendre à Rome où il sera intégré à la fondation Lambert Darchis. Dans ses mémoires, il raconte son voyage à pied. L’italianisme est en vogue et Grétry entend une troupe de chanteurs italiens qui chante La servante maîtresse de Pergolèse. C’est pour lui une révélation car il découvre l’opéra italien. À Rome, le théâtre Alberti lui commande, en 1766, un opéra qui s’appelle Les vendangeuses. Il obtient un grand succès. Au retour de son voyage, il passe par Genève où il entre en contact avec la musique française et l’opéra comique, alternance de parties chantées et de parties parlées. Il y rencontre Voltaire et Jean-Jacques Rousseau.
Grétry se rend ensuite à Paris. Il va être rebuté par l’art de Rameau qui est assez statique et froid par rapport à l’italianisme. Son premier opéra parisien sera un échec retentissant. Il va alors essayer de faire une synthèse entre l’art français, statique, et l’art italien, plus chaleureux. Il écrit Le huron qui triomphe unanimement dans la capitale française. Grétry était devenu un familier de la cour de Louis XV puis de Louis XVI. Dans ses opéras, il prône des valeurs de la noblesse, des valeurs assez élitistes.
En 1789, il va devoir ajuster sa vision dans des œuvres qui ne seront pas ses meilleures. Il s’installe au boulevard des Italiens, au n°7. Il aura une deuxième gloire sous le Directoire et le Consulat. Il sera admis à l’Institut, où il va siéger à côté de David, et il sera nommé Chevalier de la Légion d’honneur par Bonaparte. Sa santé commence à décliner et il acquiert alors l’ermitage de Jean-Jacques Rousseau, son philosophe préféré, ermitage où il se retire. Mais il est trop lié au contexte de son époque pour pouvoir continuer à avoir du succès. C’est la différence entre un artiste créateur et un génie créateur. Alors, il n’écrit plus de la musique mais de la littérature intéressante : il consigne son esthétique, sa pensée musicale, il écrit son autobiographie.
Grétry a quitté Liège à 19 ans et y est revenu deux fois au cours de sa vie : en août 1776 et en décembre 1783. Lors de ses deux passages, il a reçu un accueil triomphal. Velbruck l’a nommé son conseiller musical personnel. La société l’Emulation a tenu une séance exceptionnelle en son honneur et la foule se pressa pour l’accueillir. En 1804, il voulait revenir voir sa sœur qui était abbesse dans un couvent près de Huy mais sa santé ne le lui permit pas. Il décède en 1813 et reçoit à Paris des funérailles grandioses. Il est inhumé au Père Lachaise. Il avait émis le souhait d’être enterré à Liège et la Ville a voulu suivre ses volontés mais il y eut un très long procès de 14 ans entre la Ville de Liège et les héritiers de Grétry. Ceux-ci voulaient conserver la dépouille à l’ermitage de Jean-Jacques Rousseau pour y attirer du public.
Le Conseil d’Etat de Charles X a donné raison à la Ville de Liège qui a fait revenir le cœur dans la Cité ardente. L’urne qui a servi au transfert est restée longtemps dans le cabinet du bourgmestre et elle est maintenant au Musée Grétry. La Ville a lancé en 1836 un concours pour la réalisation de la statue que nous connaissons et dans laquelle le cœur sera déposé. Son érection, face à l’Emulation place du XX Août en 1842, a donné lieu à une fête populaire où se remarqua la présence de Meyerbeer et de Mendelssohn, et Liszt a donné un concert. La statue a été finalement déplacée, 24 ans plus tard, en face du Théâtre Royal.
La maison natale de Grétry, un immeuble de style liégeois Louis XV, a été pendant longtemps la propriété d’une famille d’imprimeurs, les Dubois-Desoer, qui l’a donnée à la Ville de Liège au milieu du 19e siècle. Deux conditions furent exigées : perpétuer les souvenirs attachés aux lieux et faire don des profits éventuels à l’encouragement des études musicales. La collection Grétry a réintégré la maison natale en 1913. Les premiers éléments avaient été mis en place par Jean-Théodore Radoux qui était le directeur du Conservatoire de Liège. Celui-ci avait rassemblé quelques souvenirs de Grétry mais ils n’étaient pas accessibles au grand public.
En 1985, Madame Radoux décédée, les responsables se sont trouvés dans l’embarras. Le musée a été fermé, hélas, pendant plusieurs années jusqu’en 1991. Dans le grenier de l’annexe de la maison de Grétry ont été retrouvés des sculptures et des instruments de musique. La bibliothèque recèle de nombreux écrits musicaux et littéraires de Grétry. On a recensé 125 effigies de Grétry : peintures, dessins, lavis, médailles, bustes… Dans cet intéressant musée, se trouve aussi la copie du célèbre portrait peint par Élisabeth Vigée-Lebrun, dont l’original est au Musée de Versailles (…).
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Nathalie HOSAY, organisée en mars 2004 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
[CAMINTERESSE.FR, 21 janvier 2023] Depuis 1906, quelque 10.000 termes ont été supprimés du Petit Larousse. Certains sont devenus obsolètes, mais pour d’autres, cette disgrâce est plus mystérieuse.
Les milliers de mots qui remplissent nos dictionnaires ne cessent de se renouveler. Dans cette communauté de noms, de verbes, d’adjectifs, d’adverbes, il y a ceux qui arrivent. L’édition 2023 du Petit Larousse a accueilli mégafeu (incendie hors norme), vaccinodrome (lieu de vaccination mis en place pour lutter contre une épidémie), ou encore halloumi (fromage fabriqué à Chypre). Dans le même temps, d’autres termes disparaissent. Alors que les ajouts ont lieu chaque année, ces purges, plus rares, sont effectuées tous les dix à vingt ans environ. En 2012, des verbes comme musiquer (mettre en musique), gaminer (faire l’enfant), ont ainsi été effacés. Et cette saignée est moins marginale qu’on ne le croit. En comparant l’édition du Larousse de 1906 avec celle de 2002, le lexicologue Jean Pruvost a comptabilisé plus de dix mille mots radiés ! Dans le dictionnaire de l’Académie française, le plus ancien, des milliers de termes sont aussi tombés aux oubliettes au fil des neuf éditions successives, depuis la première en 1694.
Des mots que l’on n’utilise plus
Pourquoi des mots sont-ils ainsi rayés des pages des dictionnaires ? Tout simplement parce qu’on ne les emploie plus. Certes, mais pourquoi, un beau jour, a-t-on cessé de les utiliser ? Les raisons sont les plus diverses. Ils peuvent par exemple qualifier un métier qui s’est éteint. On ne rencontre plus de coffretier (artisan spécialisé dans les coffres) dans nos villes, ni de bouquetier (vendeur de bouquets de fleurs). Dès lors, les noms qui les désignent sont peu à peu tombés en désuétude…
Les mots disparus racontent une France rurale et préindustrielle dont nous n’avons plus guère de souvenirs. Une France, par exemple, où d’infinies variétés de fruits et de légumes existaient par autant de noms délicieusement évocateurs. La cuisse-madame ou la mouille-bouche, effacés du Petit Larousse, qualifiaient jadis deux variétés de poires. À noter, d’ailleurs, que ces termes ont subi des sorts différents selon les dictionnaires : la cuisse-madame a été préservée dans celui de l’Académie française – mais la mouille-bouche en a été radiée.
Parfois, des technologies disparaissent, et avec elles les termes y afférents. Magnétoscoper, ainsi, a été supprimé du Petit Larousse en 2012, car il renvoie à une pratique obsolète. Mais la frontière entre oubli et souvenir est parfois ténue : si le verbe qui lui est rattaché s’en est allé, le nom magnétoscope a sauvé sa peau. Pourquoi ? Parce que cet appareil est encore vivace dans nos mémoires. “En règle générale, nous gardons le mot-souche pour laisser un repère, mais nous supprimons l’action qui lui est liée”, justifie Carine Girac, directrice du département dictionnaires et encyclopédies aux éditions Larousse.
La mode a aussi sa part de responsabilité
Par exemple, l’usage du substantif drink (à la place de “verre”) était courant chez les jeunes, dans les années 1960-1970, à l’heure de l’apéritif. Puis il est devenu, dans les décennies suivantes, ringard. Il a alors cessé d’être employé. Mais n’aurait-il pas pu rester dans le Petit Larousse, comme témoignage d’une époque ? En vérité, la question a provoqué un sérieux débat au moment de réactualiser ce dictionnaire, en 2012. Linguistes et lexicologues des éditions Larousse se sont affrontés entre partisans et adversaires du drink. Et ces derniers l’ont emporté : “Nous avons finalement décidé d’éliminer ce mot car il se comprend tout seul, sans définition“, conclut Carine Girac. Il faut bien procéder à des arbitrages puisque les pages d’un dictionnaire ne sont pas extensibles sans fin – hormis Le Petit Robert, troisième dictionnaire de référence, qui a choisi de ne pas retirer de mots mais d’ajouter ”vieilli’ ou ‘vieux’ quand il s’agit d’un terme dont on ne se sert plus guère ou plus du tout.
Il arrive enfin que des mots, ni obsolètes ni démodés, disparaissent sans que l’on sache pourquoi. Le lexicologue Jean Pruvost ne peut s’empêcher d’en regretter certains, qui mériteraient selon lui une deuxième chance. Inartificiel, par exemple. C’est un mot qui se trouvait “chez Montaigne et Littré, plaide-t-il. N’est-ce pas l’un des idéaux d’aujourd’hui, bénéficier d’une vie inartificielle” ? Il ne faut cependant jamais désespérer : Maille, qui désignait une petite monnaie sans valeur, a disparu de notre langue au XVe siècle. Et ce sont les rappeurs de la fin du XXe siècle qui ont réveillé ce terme, en en faisant, dans leurs chansons, un synonyme d’argent. Les mots ne meurent jamais pour toujours, et les dictionnaires seront toujours prêts à leur faire une nouvelle place !
Liste de mots enlevés du dictionnaire :
Architriclin n. m. Celui qui était chargé de l’ordonnance d’un festin dans l’Antiquité romaine.
“(…) comme l’architriclin des noces de Cana goûte à l’eau transformée en vin (…)” Paul Claudel.
Assoter v. t. Rendre sot ou rendre sottement amoureux.
“Comme elle est assotée du jeune Robin” Molière.
Délicater v. t. ou pron. Gâter, traiter avec trop de délicatesse.
“On gâte les enfants à force de les délicater“.
Gobelotter v. t. ou int. Boire à petits coups.
“Vous ne me disiez pas que vous aviez gobelotté au cabaret (…)” Voltaire.
Impugner v. t. Combattre une proposition, un droit.
“Ceux qui ne travaillent pas tant à bien concevoir une chose qu’à l’impugner (…)” René Descartes.
Chasse-cousin n. m. Mauvais vin et, par extension, ce qui fait fuir les parasites.
“(…) elle avait son vinaigre tourné, son chasse-cousin, si imbuvable, qu’on se montrait d’une grande discrétion” Émile Zola.
Lendore n. Personne lente, paresseuse, qui semble toujours endormie.
“Je ne sais pas à quoi elle pense, cette lendore-là” Honoré de Balzac.
Poiloux n. m. Homme misérable, sans qualité.
“Toute la France, toute la cour, poiloux ou autres (…) attendent à la porte” Marquis d’Argenson.
Sade adj. Gentil, agréable.
“Ces femmes jolies qui, (…) gentes en habits et sades en façons” Mathurin Régnier. C’est de ce mot que vient maussade !
Futurition n. f. Caractère d’une chose future.
“Ce qui n’a aucune possibilité n’a aucune futurition” Fénelon.
Afforage n. m. Droit féodal qui se payait à un seigneur sur la vente du vin.
“Les religieux ont certain droit seigneurial en ladite ville de Laigny, appelé droit d’afforaige ou tavernerie,” Charles du Cange.
Crapoussin, sine n. Personne de taille petite et contrefaite.
“Ces crapoussins-là, quand ça vient au monde, ça ne se doute guère du mal que ça fait” Émile Zola.
Chipotier, tière n. Celui ou celle qui chipote.
“Je ne suis pas un chipotier (…) Il n’y aura pas de difficultés entre nous” Edmond et Jules de Goncourt.
Tous ces mots ont été supprimés au fil des huit dictionnaires de l’Académie française publiés depuis 1694. La neuvième édition est en cours.
Nina Mir
Cliquez ici…
L’Académie française propose sur son site une liste, partagée à titre d’exemple, des mots qui ont été retirés de son Dictionnaire. Pour l’afficher, cliquez sur le logo ci-dessus…
Comment le Petit Larousse choisit de supprimer des mots
[d’après LEPOINT.FR, 15 novembre 2018] Alors que l’on parle beaucoup des nouveaux mots du dictionnaire, ceux qui en sortent font beaucoup moins de bruit. Pourtant, ils sont nombreux…
À l’occasion de la nouvelle édition du Petit Larousse, de nouveaux mots font leur apparition alors que d’autres sont supprimés. Beaucoup moins médiatisés que la première catégorie, des mots disparaissent après avoir été jugés trop peu utilisés dans la vie de tous les jours… Parmi les mots qui ont quitté le Petit Larousse, il y a, par exemple, aumusse, boursicaut, amphigourique, ou encore lourderie qui était défini comme tel au début du XXe siècle : “Lourderie ou lourdise, n.f. Faute grossière contre le bon sens, la bienséance”.
Bernard Cerquiglini, linguiste et professeur à l’université Paris-Diderot, déclare : “Dire qu’on a ôté un mot magnifique, c’est un crève-cœur.” Et de nuancer : “Le Larousse est chaque année une photographie de l’évolution de notre société.” Alors qu’environ 150 mots font leur entrée tous les ans dans le dictionnaire, un petit comité d’environ trois ou quatre personnes se réunit tous les dix ans pour choisir les mots qui le quitteront. “Au fond, nous sommes tous des sortes d’Albert Cinoc, malheureux à l’idée d’ôter un mot du dictionnaire“, assure Bernard Cerquiglini. Depuis la première édition du Petit Larousse illustré en 1906, près de 10 000 mots ont été supprimés, alors que 18 000 ont été ajoutés.
Ainsi, Patrick Vannier, rédacteur au service du dictionnaire de l’Académie, estime qu’environ 500 mots sont supprimés entre chaque édition (il peut parfois y avoir plus de dix ans entre deux éditions). “On en sort quelques-uns, mais on le fait un peu à regret, car on considère que l’Académie française a quand même une mission patrimoniale, donc on essaie d’éviter d’en sortir trop“, explique-t-il.
Des enquêtes de terrain pour ne pas se tromper
Après une proposition du service du dictionnaire, ce sont les académiciens eux-mêmes qui décident quel mot sera conservé ou amené à disparaître. Pour être sûrs qu’ils prennent la bonne décision, des enquêtes de terrain peuvent avoir lieu. “Pour un mot du vocabulaire de la charpenterie, on avait contacté quelqu’un qui avait été charpentier depuis plus de soixante ans et avait écrit un ouvrage sur le vocabulaire de la charpenterie. Il ne l’avait jamais rencontré. Dans ce cas-là, on sort le mot parce que si même les plus grands spécialistes n’en ont pas entendu parler, ça ne sert à rien de le conserver“, raconte Patrick Vannier.
De son côté, Le Petit Robert a fait le choix de ne sortir aucun mot de son dictionnaire. Même si la place commence à manquer, Marie-Hélène Drivaud, la directrice éditoriale, se félicite des nouvelles techniques de composition numérique qui “aident bien pour varier l’interlignage de manière absolument imperceptible.“
Quelques exemples de nos chers disparus :
Accordé,e : fiancé, fiancée,
Accul : lieu sans issue,
Branloire : sorte de balançoire,
Claquedent : gueux, misérable,
Déprier : retirer une invitation,
Galantin : homme ridiculement galant, amoureux,
Hippomanie : passion des chevaux,
Hollander : passer des plumes dans la cendre chaude, pour les dégraisser,
Jaculatoire : se dit d’une prière courte et fervente (oraison jaculatoire),
Jobarder : duper en se moquant,
Lourderie : faute grossière contre le bon sens, la bienséance,
La période envisagée s’étend entre Henri Dumont, grande figure liégeoise du 17e siècle qui est allé faire carrière auprès du roi de France Louis XIV, et César Franck, un des tout premiers étudiants issu de notre Conservatoire de Liège, qui est allé, lui aussi, faire carrière à Paris. Au 18e siècle, la mode conduisait plutôt les musiciens liégeois vers l’Italie et le goût italien.
A la fin du 17e siècle, un voyageur français, Duplessis, visitant Liège, avait admiré la somptuosité du service à la cathédrale Saint-Lambert. Il a écrit ceci : “Le service s’y fait avec une plus grande cérémonie qu’en aucun lieu que j’aie vu excepté à Rome et à Notre-Dame de Paris. Il y a une musique excellente et très bien entretenue, remplie toujours d’une très grande quantité de voix, et donne envie à tous ceux qui entrent dans cette église d’y arrêter avec attention pour l’entendre”. Par l’évocation de ces deux villes, Rome et Paris, Duplessis avait sans le vouloir désigné la double influence qui se manifestait dans la musique à Liège au 17e siècle. Un événement important allait modifier l’équilibre au profit de l’Italie. En 1699, le chanoine Lambert Darchis fonda à Rome l’Hospice liégeois. Cette fondation devait permettre à de jeunes liégeois, sculpteurs, peintres, musiciens, architectes, étudiants en droit et en médecine, d’aller se perfectionner en Italie sans dépendre du Collège germanique comme c’était le cas auparavant. Dès lors, le mouvement qui orientait déjà si volontiers les musiciens liégeois vers la péninsule s’accentuera. Théâtre, concerts, musique d’église feront de Liège au 18e siècle une province de l’Italie.
En 1728, un jeune homme âgé de 19 ans, élève des jésuites et chantre à la cathédrale Saint-Lambert, se rendait à Rome afin d’y parfaire sa formation. C’est Jean-Noël Hamal. Il était né le 23 décembre 1709 et allait décéder le 26 novembre 1778. Il était fils de Henri-Guillaume Hamal, second maître de chant à la cathédrale, et avait reçu de son père une tradition musicale qui remontait aux origines du style. De ce premier séjour italien qui se termina en 1731, il rapporta le goûût d’une musique nouvelle et plus animée. Celle-ci allait exiger des musiciens plus avertis et des orchestres plus fournis.
Ont existé aussi des clavecinistes à Liège. Un facteur de Theux émigré à Paris apporta des améliorations dans la conception de ces instruments pour les rendre plus expressifs et plus chantants. Il atteignit ce but par l’utilisation de becs en cuir de buffle à la place des becs en plumes de corbeau, ainsi que le placement de genouillères pour actionner les registres. On doit plusieurs pièces de clavecin à Jean-Noël Hamal. À cette époque fleurirent de très nombreux périodiques musicaux, signe d’une grande culture musicale.
De son deuxième séjour en Italie, Hamal rapporte plus de maîtrise mais aussi l’idée de composer de petits opéras-bouffes en langue dialectale. Le théâtre liégeois, c’est, en fait, un ensemble de quatre opéras en langue wallonne mis en musique en 1757-1758 par Jean-Noël Hamal. Il est la source de tout le théâtre en wallon liégeois, tant parlé que chanté. Les librettistes sont notamment le chevalier Simon de Harlez et Jacques-Joseph Fabry, qui deviendra bourgmestre de Liège. Ces messieurs sont des assidus du théâtre de la Baraque, premier théâtre de Liège. Ce dernier s’érigeait sur le quai de la Batte, pas loin de la passerelle Saucy, dans l’espace actuellement dégagé devant la grand-poste. Des troupes italiennes s’y produisent, ce qui inspirera notamment un opéra burlesque en wallon, en 1757, Le voyage de Chaudfontaine.
André-Modeste Grétry est né à Liège le 8 février 1741 et il mourra à Paris le 24 septembre 1813. Il traversera tous les régimes et tirera chaque fois son épingle du jeu. Musicien de la reine Marie-Antoinette, révolutionnaire, il s’est retiré dans l’ermitage de Rousseau. Il est souvent revenu à Liège. Il y chercha un maître qu’il ne trouva pas car il y manquait un conservatoire et des maîtres savants. Alors, il se rendit à Rome.
L’essor du nouvel opéra comique français développé par Grétry (il en a écrit 40) confirme la disparition du théâtre italien à Liège et étouffe le jeune théâtre liégeois en wallon. Hamal retourne à la grande musique des messes et des oratorios.
En 1789, le pays de Liège fit sa révolution, à l’image de la France. La cathédrale fut démolie en 1793 et Henri Hamal, neveu de Jean-Noël, put heureusement sauver une grande partie des partitions qui avaient fait la réputation de la ville aux 17e et 18e siècles. Elles se trouvent maintenant à la bibliothèque du Conservatoire de Liège.
Sous le régime hollandais, la vie musicale renaît et une école de musique, créée en 1826, deviendra conservatoire royal en 1831. Dans la Belgique nouvelle, la ville de Liège ne tardera pas à jouer un rôle musical important.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Philippe GILSON, organisée en avril 2002 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
Une légende nous raconte qu’en 712, la fille du Roi d’Ecosse retrouva la vue sur les hauteurs de Liège, à Sainte-Walburge, en découvrant la beauté de la ville, et qu’elle y fit ériger un oratoire.
Mais la première trace historique de ce sanctuaire remonte à 1338, dans un courrier du prince-évêque Adolphe de la Marck. A la même époque, dans ce qui s’appelait “le faubourg Sainte-Walburge”, un Liégeois, un certain Guillaume Gillard del Cange, y fit ériger une construction pour lépreux. Ce type d’établissement, que l’on nommait à l’époque une maladrerie, tenait plus de l’hospice que de l’hôpital et, de par sa nature, exigeait la proximité d’un cimetière. Très vite, ce cimetière devint pour la population “le cimetière des Lépreux”.
Après l’abandon de l’hôpital, pillé par des escrocs, c’est un nommé Pierre Stevart qui racheta le terrain et ce qui restait de l’ancien édifice pour y faire construire une église. Lors des troubles, en effet nombreux à l’époque, les portes de la ville restaient fermées et les habitants n’avaient plus d’accès à une église. Quant au “cimetière des Lépreux”, il fut reconverti en cimetière paroissial, autour de l’église, selon la tradition de l’époque.
Le décret de Napoléon de 1804 modifiera le paysage des cimetières liégeois. Ce décret interdit l’inhumation dans les églises et à l’intérieur des villes. Tous les petits et nombreux cimetières paroissiaux vont disparaître, celui de Robermont est créé. Cependant, le cimetière de Sainte-Walburge subsistera jusqu’en 1866, notamment parce qu’il se trouve en dehors des remparts.
Un seul cimetière sur la rive droite était insuffisant et la décision d’implanter un nouveau cimetière rue Fosse Crahay fut prise par la Ville de Liège en 1868. Le projet de créer un nouveau cimetière sur la rive gauche de la Meuse réunit une belle unanimité. Par contre, le choix du lieu exact d’implantation donna lieu, déjà, à des palabres qui s’éternisèrent cinq mois durant, de mai à octobre 1868. Le conflit portait sur la salubrité des eaux de captage de la Ville, qui aurait pu être mise en cause selon l’endroit où la nouvelle nécropole serait située. En effet, les galeries des fontaines Roland ne sont distantes du site que de 600 mètres.
Finalement, un accord émergea et le Conseil communal vota l’implantation du cimetière de Sainte-Walburge à l’endroit où nous le connaissons actuellement. Il sera inauguré le 20 mars 1874 et une voie d’accès créée pour le relier au faubourg Sainte-Walburge, le boulevard Fosse Crahay.
Bien qu’il ne représente que la moitié des 44 ha de Robermont en superficie, le cimetière de Sainte-Walburge n’a rien à lui envier sur le plan historique, botanique ou environnemental. Même si une telle notion peut surprendre, chaque nécropole possède sa propre philosophie dans l’art funéraire et cette différence apparaît intéressante à analyser dans le cas des deux plus grands cimetières liégeois.
On ne trouve à Sainte-Walburge que peu de sépultures imposantes, beaucoup moins qu’à Robermont, beaucoup moins aussi de personnages qui se rappellent à nous par le nom d’artères importantes de la ville que nous empruntons quotidiennement ; on n’y découvre pas non plus la même recherche architecturale qui fait une partie de l’éclat de Robermont. Par contre, et ceci est symptomatique, d’innombrables médaillons rappellent aux visiteurs la physionomie des défunts, ce qui reste une indication que Sainte-Walburge possède une philosophie plus familiale que Robermont, plus proche de la population qui le fréquente. On y découvre ainsi énormément de personnages néanmoins connus et qui se sont révélés très attachants, parfois surprenants.
Si vous vous promenez dans le cimetière de Sainte-Walburge, vous découvrirez ainsi les sépultures de Emile Sullon, Jean Haust et Théophile Bovy, auteurs wallons, Henri Noinem, Désiré Horrent et Louis Radermecker, résistants, Maurice Destenay, Joseph Bologne et Georges Truffaut, hommes politiques, Jacques Ochs, dessinateur et caricaturiste, Henri Koch, violoniste, Henri Lacroix, guérisseur, Auguste Mindels et Ferdinand Delarge, sportifs, Edgar Scauflaire et Fernand Vetcour, peintres, et Maurice Waha, héros de Sainte-Marguerite, et bien d’autres.
Il est évidemment impossible de citer tous les personnages repris dans le livre, Le cimetière de Sainte-Walburge, 130 ans d’histoire, que j’ai consacré à cette nécropole. Il convient aussi de ne pas négliger l’aspect botanique du cimetière. C’est pourquoi un bel après-midi d’automne vous permettra de passer d’agréables moments dans un environnement bucolique tout en redécouvrant des pans de l’histoire liégeoise.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Chantal MEZEN, organisée en février 2008 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
[ULIEGE.BE] Le climat se réchauffe et cela ne fait plus aucun doute que les activités humaines en sont responsables. Mais concrètement, qu’est-ce qui nous attend chez nous à Liège et à quoi devrons-nous nous adapter ? Quel climat allons-nous avoir dans un monde à +2°C (en 2040) ? Comment seront nos étés ? Pourrait-on encore avoir un événement pluvieux extrême comme celui de Juillet 2021 ou doit-on se préparer à des sécheresses extrêmes ? Quels seront les impacts sur nos forêts, l’agriculture ou encore notre santé ?
Après une licence en mathématiques à ULiège en 2000, Xavier Fettweis défend sa thèse sur le climat du Groenland chez le Prof. Jean-Pascal van Ypersele de l’UCL en 2006. De retour à ULiège, il coordonne le développement du modèle régional du climat MAR utilisé notamment pour étudier la fonte des calottes polaires et les changements climatiques en Belgique au Laboratoire de Climatologie qu’il dirige depuis 2017, d’abord en tant que chercheur qualifié du FNRS, puis comme professeur depuis 2023.
A cause des activités humaines, on pourrait gagner en Belgique près de +4°C en 2100 par rapport à 1981-2010 et c’est surtout en été et en Ardenne que la hausse des températures sera la plus importante. Il faudra aussi faire face de plus en plus à des sécheresses en été, entrecoupées de quelques événements pluvieux intenses comme celui de juillet 2021. L’eau manquera donc souvent en été, ce qui impactera durablement nos forêts (qui devront s’adapter) ainsi que des écosystèmes uniques comme celui des Hautes-Fagnes qui ne seront plus en équilibre avec notre climat.
Ce n’est plus un secret pour personne que le climat est en train de réchauffer et il n’y a maintenant plus aucun doute que ces anomalies climatiques sont dues aux activités humaines car naturellement, on irait plutôt vers une glaciation dans 100.000 ans. Depuis 1850, la concentration des gaz à effet de serre a augmenté de près de 50 % à cause des activités humaines et il n’y a plus aucun doute que cette augmentation explique la hausse des températures observée. Au début des années 2000, le GIEC restait encore prudent sur le lien entre activités humaines et hausse de température car seuls les modèles suggéraient une hausse des températures qui n‘était pas (encore) observée. Depuis lors, les changements climatiques se multiplient (hausse du niveau des mer, retrait des glaciers, fonte des calottes polaires, augmentation du nombre et intensité de canicules….) et si on veut reproduire avec les modèles du climat ce qui est observé, on est obligé de tenir compte de l’augmentation des concentrations des gaz à effet serre liée aux activités humaines. Cela a permis au GIEC de conclure sans équivoque dans son 6ème rapport (en 2021) que seules les activités humaines peuvent expliquer le réchauffement climatique observé. Bref, il n’y a plus lieu aujourd’hui d’être climato-sceptique même s’il y a 20-30 ans, une telle position restait défendable.
Figure 1: Evolution de la température annuelle à Liège simulée par la modèle MAR d’ULiège forcé par les réanalyses ERA5 (~ observations) en bleu et par 6 modèles globaux du GIEC (en rouge) en utilisant le scénario SSP370.
Et en Belgique, qu’en est-il ? Par rapport à la période 1981-2010 (respectivement 1850), on a gagné près de +1°C (respectivement +2°C) sur la période 2011-2022 et ce, en particulier en Ardenne et en été. Les précipitations annuelles ont peu changé ; par contre, les chutes de neige ont déjà diminué de près de 25 % en moyenne sur la dernière décennie. Malheureusement, cette tendance ne va pas s’inverser dans les prochaines années. Même si, à la suite des Accords de Paris (COP21, 2015), on aurait pu espérer limiter le réchauffement climatique à +1.5°C en 2100 par rapport à 1850 (scénario SSP126 du GIEC), on est malheureusement aujourd’hui loin de cet objectif avec les engagements réellement pris jusqu’ici (COP28, 2023). Le scénario le plus probable actuellement est une hausse de la température globale de ±3.5°C en 2100 par rapport à 1850, ce qui correspond au 2éme moins « pire » scénario du GIEC (scénario SSP370) montré sur la Figure 1 pour la ville de Liège. On peut notamment y voir que les modèles sous-estiment le réchauffement actuellement observé (courbe en bleu) et donc que ces chiffres sont donc la fourchette basse de ce qui nous attend, hélas.
Figure 2: Statistiques observées (basées sur le modèle MAR forcé par les réanalyses ERA5) et projetées (basées sur MAR forcé par 6 modèles globaux) pour différentes périodes selon le scénario SSP370 pour Liège.
En Belgique, le hausse de température sera tout d’abord la plus marquée en Ardenne qu’en Flandre où la Mer du Nord (qui met beaucoup plus de temps à se réchauffer que l’atmosphère) va en quelque sorte atténuer le réchauffement climatique dans un premier temps (voir Figure 3). En hiver, c’est surtout les nuits qui vont devenir moins froides alors qu’en été, c’est surtout les maximums de température qui s’envoler.
Alors que la température annuelle augmenterait de près de +1.5°C en moyenne en Région Wallonne en 2040 (Monde à +2°C) par rapport à 1981-2010, la hausse de température atteindra par contre +2°C en été en Ardenne. N’oublions pas que la période de référence pour le GIEC est 1850-1900 et donc un Monde (i.e. la température moyenne globale) à +2°C selon le GIEC correspond à une Belgique à +3°C selon cette même période de référence. A l’échelle annuelle, la quantité de précipitations changerait peu mais par contre, les précipitations diminueront significativement en été alors que seuls les hauts sommets de nos Ardennes verront encore un peu de neige à la fin de ce siècle.
Figure 3: a) Anomalie de la température annuelle simulée en ~2040 (Monde à +2°C) par rapport à 1981-2010. b) pour la température en été (Juin-Juillet-Aout). c) pour les précipitation annuelles (en % par rapport à la moyenne 1981-2010) et d) pour les précipitation en été selon le modèle MAR.
Après les inondations de juillet 2021, il est légitime de se poser la question de savoir si cet événement est dû au réchauffement climatique et s’il pourrait se répéter. Pour répondre à ces questions, nous avons forcé notre modèle du climat MAR avec des observations depuis 1950 et avec plusieurs scénarios futurs du GIEC. Tout d’abord, par comparaison au maximum de précipitation sur 3 jours observé dans la Vallée de la Vesdre depuis 1950, 3 événements ressortent 7-9 octobre 1982, 12-14 septembre 1998 et 13-15 juillet 2021. Déjà en 1982 et 1998 la Vallée de la Vesdre avait été inondée mais la quantité de précipitation tombée en moyenne sur la Vallée en Juillet 2021 (160mm/3jours) surpasse largement la quantité tombée en 1982 (105mm/3jrs) et 1998 (115mm/3jours) ce qui explique le caractère exceptionnel de l’événement de juillet 2021. Dans les projections futures, on constate tout d’abord que ce genre d’événement n’est pas suggéré dans les simulation MAR forcées par les scénarios du GIEC avant 2020 ; ce qui montre que sans le réchauffement climatique lié aux activités humaines, un événement d’une telle intensité aurait été improbable. Après 2020, le modèle suggère malheureusement que cet événement pourrait se répéter 2-3 fois d’ici 2050. Après 2050, si on limite le réchauffement global à +1.5°C, le climat de la Belgique serait alors très favorable à ce genre d’événements qui pourraient devenir récurrents (tous les 10-20 ans). Si par contre le climat continue à se réchauffer, les étés deviendraient alors trop chauds et secs pour favoriser de tels événements qui resteront toutefois probables.
Le problème en été serait alors plutôt les sécheresses et les canicules favorisant des feux de forêts. Il est important de noter que nos forêts ne sont (ou ne seront) plus en équilibre avec le climat actuel et sont donc malades favorisant la présence de bois morts augmentant ce risque d’incendie. Pour ce qui est des autres événements extrêmes locaux comme les orages, tornades, rafales de vent…, il reste encore beaucoup d’incertitudes car les modèles du climat ne sont pas encore capables de les représenter explicitement. La hausse des températures permettrait d’augmenter l’intensité de ces événements locaux car il y aurait plus d’énergie pour les alimenter mais les connaissances actuelles ne suggèrent pour le moment pas de changement dans leurs fréquences. Toutefois, une chose est sûre, avec l’augmentation du bâti et des surfaces imperméables, un même événement du passé fera plus de dégâts qu’avant. Enfin, il est important de noter que la variabilité interannuelle (c-à-d. le fait d’avoir une succession d’années humides ou sèches) des précipitations aussi bien annuelles qu’en été va augmenter significativement en Wallonie (voir Figure 8). Cela suggère notamment qu’on aura plus souvent des étés secs (1 été sur 3 contrairement à 1 sur 6 actuellement) compensés par des étés plus humides (1 été sur 5 contrairement à 1 sur 6 actuellement) expliquant qu’en moyenne la diminution projetée des précipitations reste faible.
Pour rester en équilibre avec un climat qui leur est favorable, les écosystèmes vont soit devoir s’adapter, soit migrer en altitude ou en latitude pour retrouver un climat plus froid. Un exemple d’écosystèmes chez nous qui ne pourra ni monter en altitude ni en latitude est celui qu’on retrouve dans nos Hautes-Fagnes et qui a besoin d’un climat froid et humide. Les Hautes-Fagnes risquent donc à terme de s’assécher en surface et donc se reboiser.
Autres exemples d’écosystèmes qui ne sera plus en équilibre avec notre climat, ce sont les forêts d’épicéas et de hêtres qui sont des arbres avec des racines peu profondes et donc très sensibles aux sécheresses estivales qui devraient malheureusement s’intensifier et se multiplier dans le futur.
Jusqu’à maintenant, on considérait en Belgique que les ressources en eau étaient infinies, en particulier en Ardenne. Ce ne sera bientôt plus le cas car notre climat va progressivement s’approcher de celui du Gers (au Sud-Ouest de la France) où on ne compte plus les petites retenues au fond des vallées stockant les pluies hivernales pour irriter l’agriculture en été. Ces petites retenues permettraient aussi d’atténuer les conséquences d’événements de pluie extrêmes déjà intensifiés par l’augmentation de l’imperméabilisation des sols, indépendamment des changements climatiques. Enfin, il faudra s’adapter aux grosses chaleurs en construisant des maisons passives à la chaleur et plus au froid comme jusque maintenant.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Xavier FETTWEIS, organisée en août 2024 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
“Waterloo, morne plaine ?” Il est tentant d’emprunter ce titre à Victor Hugo, chantre inégalé d’une des batailles les plus ancrées dans l’imaginaire collectif, notamment en Wallonie. En réalité, le champ de bataille de Waterloo n’est pas une plaine, mais l’essentiel n’est pas là. D’entrée de jeu, il me paraît plus important de souligner ma préoccupation de ne pas faire de la stratégie en chambre, mon manque de goût pour l’uniformologie et mon pacifisme, que l’étude de l’époque napoléoniennne ne cesse de renforcer.
Quelle est la situation de notre région, au moment où l’Armée française du Nord va y pénétrer, en juin 1815 ? Nous sommes, par la volonté de l’Angleterre, finalement devenus hollandais, bien que la rive droite de la Meuse ait failli tomber dans l’escarcelle de la Prusse. A la nouvelle du retour de Napoléon en France, une armée prussienne de 120.000 hommes stationne entre Charleroi et Liège. Liège, où, quelques jours avant Waterloo, le vieux Maréchal Blücher échappe de peu à un massacre par les troupes saxonnes, en principe alliées des prussiens ! Entre la mer du Nord et Mons, se trouve une armée hétéroclite de 90.000 hommes, anglo-écossais, mercenaires allemands combattants pour l’Angleterre, Hanovriens, Nassauviens, Brunswickois et Hollandais. La dénomination “Hollandais-belges” est évidemment trompeuse. Qu’on le veuille ou non, nous sommes hollandais, et les anciens grognards engagés dans l’armée des Pays-Bas le savent bien, eux qui ont été rétrogradés, et qui comprennent tout à coup qu’ils vont devoir tirer sur leurs anciens compagnons d’armes. Durant les cent-jours, beaucoup d’entre eux désertent et vont retrouver leurs anciens régiments dans l’armée impériale, refusant la curieuse proposition de Napoléon qui voulait que les belges s’engagent dans un “régiment étranger”.
La France sait qu’elle est lancée dans une course de vitesse. En principe, le temps travaille contre elle. En quelques semaines , Davout et Carnot, qui ont tous deux des adjoints liégeois, rééquipent une armée efficace, dont 125.000 hommes vont se porter en Belgique, en se regroupant discrètement vers Beaumont et Philippeville, alors françaises. La troupe a retrouvé l’état d’esprit des armées de la République, et est animée d’un désir de vengeance, surtout chez ceux qui ont fréquenté les prisons prussiennes ou les pontons anglais. Le plan de bataille est admirablement conçu, mais le nouveau chef d’Etat-major, le détesté et détestable Maréchal Soult, oublie de convoquer la cavalerie, ce qui épuise cette arme en marches forcées dès avant la campagne. Où sont les grosses épaulettes ? En fuite à Gand, avec Louis XVIII, terrées dans leurs châteaux, ou, choix étrange de Napoléon, reléguées dans des rôles secondaires, comme le très intelligent Suchet ou comme Jourdan, le vainqueur de Fleurus et d’Esneux-Sprimont en 1794. Passons sur la trahison du général de Bourmont, qui n’eut aucune conséquence pratique mais a permis à des générations d’historiens bonapartistes de trouver une cause à la défaite qui n’impliquait pas “l’Idole” .
Le 15 juin 1815, l’année du Nord passe la Sambre à Charleroi et se porte principalement vers l’armée prussienne. Le choc, brutal, a lieu à Ligny le lendemain. 78.000 Français affrontent 83.000 Prussiens. Le corps d’armée stationné à Liège n’a pas eu le temps de rallier. Les pertes sont sévères : 10.000 Français et 20.000 Prussiens. Tous seront soignés par les services de l’admirable Percy, chirurgien de la ligne, tandis que son confrère Larrey, le chirurgien de la Garde, sera à Waterloo. Cette “dernière victoire” de Ligny n’est pas complète. Vingt mille Français exécutent une navette inutile entre Ligny et les Quatre-Bras, à l’Ouest, où le maréchal Ney, à qui, la veille de la campagne, Napoléon a confié l’aile droite, tergiverse. Hésitation qui permet aux alliés de renforcer leur position à ce carrefour, bien que Wellington ne prenne pas conscience du danger. Celui qui deviendra beaucoup plus tard, et pour d’autres raisons, “The Iron Duke”, assiste à un bal et pense que Napoléon, qu’il craint cependant, est encore loin. Après le massacre réciproque des Quatre-Bras, 5.000 morts dans chaque camp, l’Empereur, le 17 juin, avec les deux tiers de l’armée, se lance dans une poursuite frénétique des anglo-germano-hollandais. Hasard ou pas, la course s’achève juste avant le village de Waterloo. Un an auparavant, Wellington avait repéré l’endroit pour y attendre “Bony” au cas où celui-ci s’échapperait de l’Ile d’Elbe. La cuvette de Waterloo offrait à Wellington la possibilité d’user de la tactique, éprouvée en Espagne, de la contrepente, à savoir placer ses troupes à l’abri d’une crête et y attendre l’offensive adverse pour la fusiller à bout portant. En même temps, Napoléon confie 33.000 hommes, beaucoup trop ou beaucoup trop peu, au dernier promu des Maréchaux, Grouchy, afin de poursuivre les Prussiens supposés en déroute.
Le 18 juin 1815, entre Mont-Saint-Jean et Belle Alliance, au matin, 75.000 alliés font face à 75.000 Français. Parmi ces derniers, autant de Wallons que dans le camp d’en face, ce qui met à mal la fiction d’une armée hollando-belge soudée face à un envahisseur venu du sud. Les phases de la bataille sont terribles dans leur simplicité : une attaque de diversion par l’aile gauche, menée par un frère de Napoléon, et, qui va s’épuiser à essayer de prendre une ferme brabançonne à la baïonnette, une avancée de la droite en colonnes serrées, magnifiques cibles pour les artilleurs alliés, de sanglants combats de cavalerie, où l’on s’étripe pour un drapeau, une dizaine de charges de la cavalerie française, menée par l’imprudent Ney, contre des carrés anglais qui plient mais ne rompent point, et pour terminer, une offensive désespérée d’une partie de la Garde. Depuis plusieurs heures, les autres bataillons de la Garde tentent de contenir les Prussiens, qui depuis le début de l’après-midi se répandent de plus en plus nombreux sur le flanc français. Lorsque, pour la première fois, le cri “La Garde recule !” retentit, c’est la panique. Il ne reste aux carrés de vielle et moyenne garde qu’à écrire la dernière page de l’épopée, et au Général Cambronne à, peut-être, prononcer un certain mot.
Waterloo est une des batailles les plus meurtrières de l’époque. Environ 50.000 hommes, dont 30.000 Français restent sur le terrain, morts ou blessés. Certains blessés français ne seront pris en charge que quatre jours après la bataille. On dit qu’à la moisson suivante, les blés de Waterloo étaient particulièrement beaux. L’armée Grouchy, qui n’a pas marché au canon, mais elle n’a fait qu’appliquer les ordres plus ou moins clairs de Napoléon et de Soult, prend Wavre, puis fait retraite avec ses blessés par Namur, avec la complicité de la population, pas fâchée de jouer un tour aux Prussiens.
Une autre issue à Waterloo était-elle possible ? Il est à peu près certain que, sans l’arrivée des hommes de Blücher , le front allié aurait fini par céder. Le 19 juin 1815, l’armée française aurait bivouaqué à Bruxelles. L’espoir de Napoléon était de forcer ses adversaires à signer un traité de paix, qui lui aurait conservé nos régions. Espoir fou, même à supposer que les Anglais reprennent le bateau à Ostende, ce que manifestement Wellington avait préparé, et que les Prussiens fuient vers la Rhénanie. Espoir vain, car plus de 400.000 Russes et Autrichiens se préparaient à entrer en Alsace, où ils n’auraient rencontré qu’un rideau de troupes. 1814 recommençait, en plus terrible sans doute.
Qui a gagné le 18 juin 1815 ? L’Angleterre, qui gagne enfin la guerre séculaire avec la France, les familles Wellington et Rothschild, la Prusse, qui s’installe sur le Rhin, la Hollande, qui trouve une légitimité qu’elle va matérialiser par l’orgueilleux “Lion”, et, provisoirement, l’Ancien régime. Quinze ans plus tard, la Révolution gronde à nouveau partout en Europe, et notamment en Belgique. Paradoxalement, c’est une armée française qui, en 1831-32, interviendra au nom des Puissances pour sauver le jeune Royaume de Belgique.
Qui a perdu à Waterloo ? la France, qui rentre dans le rang, paye une lourde contribution de guerre, perd la Savoie, la Sarre, le Sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse et Bouillon. Napoléon, mais il veillera à écrire sa propre légende à Sainte-Hélène. Les généraux français déchus, parfois fusillés, et les grognards, notamment liégeois, qui cultiveront leur nostalgie, comme l’exprime si bien la chanson Li Pantalon trawé.
Les visiteurs du champ de bataille ne s’arrêtent pas toujours à la Colonne Hugo, le seul monument local consacré à une personne qui n’a pas participé au combat. La colonne reproduit quelques mots que Victor Hugo, pionnier de l’idée européenne, devait prononcer en 1849, au Congrès de la Paix : “Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées”.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Patrick HEUSCHEN, organisée en janvier 2001 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
Le concept de révolution industrielle a été créé au moment de la révolution de 1830 par un littérateur qui remarquait un parallèle entre les événements politiques, c’est-à-dire l’indépendance belge et les grands changements que l’on voyait dans l’industrie. On percevait l’aurore de temps nouveaux, comme l’a écrit un poète : “Oui, l’industrie est noble et sainte, son règne est le règne de Dieu.” Une révolution industrielle, c’est un changement de système technique, c’est-à-dire un ensemble constitué par des matériaux et des méthodes de transformation, et des énergies.
Pendant le moyen-âge nous avons vécu sur un matériau qui était le fer produit avec du charbon de bois et l’énergie hydraulique. Au début du 19e siècle, l’énergie hydraulique atteint ses limites et les forêts se déboisent terriblement. C’est à cette époque que s’introduit, à Liège d’abord, un nouveau système technique. Au charbon de bois, on substitue le coke, du charbon de terre que l’on a cuit pour le débarrasser des matières volatiles. Les premières machines à vapeur créées en Angleterre s’introduisent aussi chez nous. Pourquoi à Liège ? Parce qu’il y avait de la houille et du minerai facile à extraire. Mais surtout une conjonction entre, d’une part un savoir-faire traditionnel et, d’autre part, un dynamisme de la bourgeoisie et d’une aristocratie investisseuse.
Le peintre Léonard Defrance affectionne les représentations des usines, des manufactures et des charbonnages. Le commanditaire de ces tableaux se fait représenter dans son usine avec ses ouvriers et souvent avec un vieillard pensif qui personnifie le passé et un petit enfant qui personnifie l’avenir, Jean-Jacques Daniel Dony invente un procédé de fabrication du zinc, son usine sera reprise par Mosselman qui va fonder la Vieille-Montagne. Nous trouvons un certain nombre d’hommes nouveaux qui ne sont pas des techniciens : les Orban qui sont des merciers, les Lamarche qui sont des marchands de tabac et de denrées coloniales, les Michiels, les Dallemagne, les Beer. Tous ces gens débutent en achetant un fourneau ou un charbonnage. Ils essaient de créer une usine intégrée où on commence par les matériaux extraits du sol, et où on va jusqu’à la fabrication des machines. C’est l’origine des sociétés comme la Société de Sclessin, la Société d’Angleur, la Société de Grivegnée, les deux fabriques d’Ougrée qui vont donner Ougrée-Marihaye et la Société d’Espérance. Ce sont des entreprises familiales montées par des hommes de négoce qui s’approprient les nouvelles techniques. Ils font venir des techniciens anglais qui construisent les nouveaux outils. Le haut-fourneau liégeois conçu pour le charbon de bois ne convient plus pour le coke. Mais très vite, les Anglais seront dépassés par les techniciens locaux.
John Cockerill n’a pas fait d’études. C’est essentiellement un ouvrier formé par son père avec un prodigieux génie entreprenant qui commence par construire des machines à filer et à tisser. De là, il découvre l’opportunité des machines à vapeur puis, partant d’un atelier de construction de ces machines, il construit un haut-fourneau, des fours à coke, achète des houillères et des mines de fer. Il inonde l’Europe de ses produits. C’est un vrai génie mais un piètre gestionnaire. Il connaîtra des revers et ainsi mourra d’une manière triste et mystérieuse en Russie en essayant de rétablir ses affaires.
Certes, ces hommes ont un certain savoir. Aujourd’hui, les ingénieurs ont étudié à l’université. À cette époque, ce sont généralement des ouvriers formés sur le tas qui ont suivi des cours de dessin industriel et qui viennent de toute l’Europe. L’Université de Liège a été fondée en 1817 en même temps que l’usine Cockerill et a eu des écoles spéciales des mines et des arts et manufactures. A cette époque les ingénieurs ne vont pas dans l’industrie, ils font carrière dans les grands corps de l’État : ponts et chaussées, corps des mines, et plus tard au chemin de fer. Les industriels se fient plutôt à leur chef fondeur, leur chef puddleur, leur chef mécanicien qui tous ont de l’or dans les mains.
Le paysage est encore très rural. Petit à petit, les usines s’entourent de maisons, de corons. Par cette imbrication entre les zones d’habitats, nos usines vont se trouver à l’étroit et cela va les handicaper par la suite.
Un système technique est condamné à saturer. Vers 1860, le fer ne répond plus à certaines contraintes notamment pour faire des rails. L’acier apparaît alors. De nouvelles énergies apparaissent. L’électricité, la dynamo inventée par Zénobe Gramme, les moteurs à combustion interne : à gaz inventé par Lenoir. Ensuite à essence, puis le moteur diesel. Ces moteurs légers et plus puissants vont s’imposer sur la route puis dans l’air. L’école industrielle de Liège, créée à l’initiative de la Société libre d’Émulation, date de 1826. Quant à l’école industrielle de Seraing, elle est créée à l’initiative du docteur Kuborn et a le souci d’actualiser sans arrêt ses cours pour suivre le progrès scientifique. Désormais, il faudra de plus en plus de science et une nouvelle génération d’ingénieurs, sortis de l’université et de l’Institut Montéfiore. Ils vont entrer dans l’industrie, ils vont se frayer un chemin jusqu’au conseil d’administration et ils vont souvent s’allier aux filles des grandes dynasties industrielles.
Le minerai de fer de notre bassin ne convient plus pour l’acier et celui de la Lorraine prend le relais. Il faut des capitaux importants pour adapter les usines et les premières fusions ont lieu. Les rapports sociaux changent vers 1886 avec la crise et les luttes ouvrières. Entre 1914 et 1918, toutes les industries liégeoises ont été démantelées par l’occupant dans le but de détruire un concurrent commercial. Paradoxalement, ces destructions ont été une chance car avec le dynamisme qui nous caractérisait et qui caractérisait nos industriels, très vite, ils vont rebâtir avec du matériel ultramoderne.
La situation fut différente en 1945 car les besoins étaient énormes et nos usines ont tourné à plein rendement pendant quelques années. Seulement, l’outil n’a pas été modernisé assez vite et est devenu obsolète.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Robert HALLEUX, organisée en mai 2002 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
Dès 1581 se sont installés dans l’évêché de Liège les Wittelsbach qui ont cumulé sur leur tête, dans le prolongement du concile de Trente, différents évêchés de l’Empire. Cette “dynastie” s’est perpétuée par des neveux ou des parents. Un des premiers protagonistes fut Ernest de Bavière dont un portrait se trouve dans le remarquable château de Brühl, au sud de Bonn. Il tenta de préserver son électorat de Cologne des avancées du protestantisme et des armées du roi de Suède. C’est lui qui a cédé à la Ville l’hôpital qui portait son nom. Cette dynastie s’est terminée en 1763 lorsque son lointain descendant Jean-Théodore est mort. Il fut le principal restaurateur des appartements intérieurs du Palais des Princes-Évêques. Le prince recevait les ambassadeurs de France. Ceux-ci étaient en possession d’instructions décrivant les relations entre les deux états. La vision que les Français avaient des Liégeois à la fin du 17e siècle ne manque pas de piquant : “Les Liégeois sont donc spirituels, civils, accostables et hospitaliers. Ils ont le jugement subtil, ils sont propres pour toutes sortes d’affaires, braves dans la guerre et dans les combats. Ils sont néanmoins fainéants et paresseux, ils sont opiniâtres, mutins, et plus portés à la discorde qu’au travail, à cause de leur témérité et de leur audace naturelle. Ils parlent un roman ou français fort grossier et corrompu qu’ils tâchent le plus qu’ils peuvent de tourner en bon français et de rendre poli, particulièrement les personnes de condition, la noblesse et les honnêtes gens. Ils ont beaucoup de piété et ils sont fort zélés pour la défense de la religion catholique.”
La principauté était très morcelée. Elle comprenait trois parties : le comté de Looz, actuelle province de Limbourg, qui se prolonge sur Liège et vers le Condroz ; l’Entre Sambre et Meuse, qui est profondément détaché ; et le marquisat de Franchimont. Comment cet état a-t-il survécu pendant mille ans ? Il a existé bien avant la date symbolique de 980 et a disparu officiellement le 1er octobre 1795 lorsqu’il a été rattaché par la Convention à la France, ainsi que les Pays-Bas autrichiens. Principauté d’empire qui comprenait trois états : l’état primaire, l’état noble, l’état tiers. À sa tête, l’évêque et prince reçoit théoriquement la souveraineté. Il est élu à partir des temps modernes par le chapitre de Saint-Lambert et est assisté dans sa mission par deux conseils : le conseil privé et la chambre des comptes. Le conseil privé a notamment pour mission de correspondre avec les cours étrangères, il doit préparer et négocier les alliances. Les déclarations de guerre devaient cependant être votées par les états. L’état primaire était en fait constitué exclusivement par les chanoines de la cathédrale Saint-Lambert, qui étaient à la fois les électeurs du prince-évêque et les représentants de tout le clergé de la principauté. L’état noble a été progressivement limité à 16 quartiers de noblesse ce qui réduisait le nombre de ses représentants. L’état tiers ne comprenait pas de représentants de la population des campagnes.
À partir du traité de Westphalie en 1648, un nouvel équilibre entre les puissances s’est établi qui durera jusqu’à la période impériale de Napoléon. La politique française a évolué en fonction des intérêts politiques, économiques et stratégiques de Versailles. La principauté était un lieu de passage idéal entre la France et la Hollande, alliée privilégiée de la France contre les Habsbourg d’Espagne et d’Autriche. Elle se trouvait aussi sur le trajet vers l’Allemagne. Il y avait une série de forts : Dinant, Huy, Liège, puis de la ville de Maastricht, en co-souveraineté commune entre la principauté et le duché de Brabant. Bouillon sera le verrou de la défense des terres liégeoises jusqu’en 1678 où Louis XIV s’en empare. Après le désastre de 1468, les Liégeois se sont rendu compte que la neutralité était le meilleur parti à prendre pour leur sauvegarde. Le passage de troupes ennemies, particulièrement au 18e siècle, fut négocié avec les belligérants : fourniture de munitions, de fourrage et, comme conséquence positive, la liberté de commerce.
Henri IV va témoigner, à la fin de sa vie, d’un intérêt un peu suspect pour nos régions puisqu’il était sensible à la présence proche de Charlotte de Montmorency. Cette dernière avait fui ses avances à Bruxelles. En 1635, Richelieu fait alliance avec les Provinces Unies pour dépecer les Pays-Bas autrichiens et se les partager ; il est vraisemblable que son intention était de faire subir le même sort à l’évêché de Liège. Sébastien Laruelle fut assassiné parce qu’il aurait eu pour objectif d’appeler au secours les troupes françaises au moment où le prince Ferdinand de Bavière était, lui, allié de l’Espagne. L’histoire de Liège a été ponctuée d’assassinats politiques et le problème est de savoir qui en est le commanditaire. On connaît mieux le commanditaire de l’assassinat de saint Lambert au début du 8e siècle, on a des hésitations au sujet de Laruelle en 1637. Nous sommes mal informés sur ce qui s’est passé plus récemment ! Richelieu avait l’idée que la rive gauche du Rhin devienne la frontière naturelle de la France. Le prince-évêque reprit par la force la ville qui était en rébellion et fit construire la citadelle, non pour se protéger d’un éventuel ennemi, mais pour mater la population.
En 1714, les Autrichiens reçoivent les Pays-Bas et veulent y développer les activités économiques, avec une volonté de couper les liens entre la principauté et la France. Un réseau de routes fut créé pour faciliter les liaisons des villes entre elles et aussi avec les autres régions, pour devenir un lieu d’entrepôt. Encore actuellement, Liège est le deuxième port fluvial européen. Louis XV adopta une politique de protectorat courtois : faire de ce petit état liégeois une plaque tournante sur le plan économique. En 1722, un ministre plénipotentiaire écrivait : “Le gouvernement de Liège est libre et les Liégeois veulent l’être dans leurs choix” ; il avait bien compris le caractère de ses voisins.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Bruno DEMOULIN, organisée en février 2002 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
Cette église est construite dans le style de Novgorod, qui date du 14e siècle. Quand les premiers émigrés russes sont arrivés à Liège, la Ville leur a cédé un bâtiment rue Mère-Dieu. En 1944, un V1 est tombé sur cette église un dimanche. Or, par chance (ou par miracle ?), le prêtre était malade et avait pu prévenir ses paroissiens qu’il ne pourrait célébrer l’office. Tout a été détruit, seul l’iconostase a été sauvé. En 1948 a démarré le projet de construire une nouvelle église. Evidemment, les fidèles n’étaient pas fortunés, aussi l’évêché catholique a-t-il donné de l’argent ; une somme importante fut également offerte par la Reine Elisabeth. Un concert a été organisé puis on a collecté, auprès des immigrés, la valeur d’une brique de l’édifice. Ce dernier a été consacré en 1953.
Le toit est surmonté de cinq coupoles dont le zinc fut offert par l’usine Cuivre & Zinc. Traditionnellement, les fenêtres sont petites et sans vitraux, pour se préserver du froid. L’iconostase est une cloison qui sépare la nef, où se trouvent les fidèles, de l’autel auquel seuls les prêtres ont accès. Sur cette sorte de mur est représentée l’histoire du christianisme. Au centre se trouvent les portes royales sur lesquelles on voit l’Annonciation avec l’ange Gabriel. À droite, figure la représentation du Christ et, à gauche, la Vierge, la Mère de Dieu avec le Christ enfant. Les portes latérales sont appelées les portes des diacres et y sont dessinés soit les archanges, soit les deux premiers martyrs saint Étienne et saint Valentin. L’église est consacrée à saint Alexandre Nevski et à saint Séraphin, qui sont représentés à l’extrême droite de l’iconostase. Le rang supérieur évoque la vie du Christ. Sur le côté, on trouve saint Nicolas et saint Vladimir. Une icône de sainte Barbe évoque le dur travail qu’ont effectué de nombreux immigrés russes. Saint Georges est le patron des nouveaux arrivants venus de Géorgie. Toutes ces décorations constituent un enseignement de la religion à l’intention des fidèles. Pendant onze siècles, cet enseignement était commun à celui de l’église catholique et la liturgie reste très proche. La langue utilisée dans les offices est le slavon.
La première vague d’immigration russe a eu lieu après la Première Guerre mondiale, suite à la révolution d’octobre 1917. Plus d’un million et demi de personnes on dû quitter l’empire à ce moment-là. Des liens existaient déjà entre Russes et Belges car, depuis 1880, des entreprises belges étaient présentes en Russie dans les mines de charbon ou de minerais. Ils étaient aussi présents grâce à la construction des réseaux de tramways et du Transsibérien, long de plus de 10 000 km. Nos entreprises participaient au développement industriel du pays tandis que de nombreux Russes venaient chez nous, attirés par les industries et l’université. Un grand nombre de ces immigrés provenaient de l’armée blanche qui avait combattu les bolcheviks. Ces Russes avaient quitté la Crimée pour Constantinople, d’où ils cherchaient à gagner l’Europe occidentale. Le cardinal Mercier a fondé, en 1921, l’Aide belge aux Russes pour leur permettre , par l’octroi de bourses, de reprendre des études universitaires. Cent cinquante enfants furent accueillis à Liège, puis à Bruxelles où un pensionnat éduquera plusieurs centaines de jeunes. Les immigrés ont voulu construire des églises et notamment à Uccle, avenue de Fré. Cette communauté était constituée principalement d’anciens militaires et de leurs familles. Ils étaient conservateurs, monarchistes, respectueux de l’ordre des choses. Par contre, les jeunes s’expatriaient facilement, notamment au Congo et en Amérique du Sud.
Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle vague d’immigrés est venue remplacer la première, déjà clairsemée. C’étaient des personnes déplacées, des prisonniers russes envoyés par Hitler pour travailler en Allemagne. En 1945, ils n’osaient pas rentrer chez eux de peur de se retrouver dans un goulag. Ils se sont tournés vers l’Occident qui avait besoin de travailleurs pour les mines de charbon. C’est ainsi qu’ils sont nombreux dans le bassin liégeois où ils se mêlent rapidement à la population ouvrière. Ils cherchaient surtout à survivre et n’avaient aucun rêve politique. Le besoin de retrouver leurs racines les amena à l’église. Leurs enfants se sont bien intégrés. Après la chute du Mur de Berlin et l’effondrement du régime soviétique, un jumelage a été réalisé entre deux paroisses : Saint-Barthélémy de Liège et une petite communauté au nord de Saint-Pétersbourg. L’aide permit la construction d’une église et l’offre d’une iconostase de 44 icônes réalisées à Liège, dans l’atelier de Madame Gottschalk.
La troisième vague est arrivée récemment, à Liège. Ce sont qui ont fui la dislocation de l’URSS, surtout des Russes provenant des républiques d’Asie centrale, chassés par les autochtones musulmans de ces républiques devenues autonomes.
Voilà un survol de cette communauté que les Liégeois ont accueillie depuis trois-quarts de siècle, avec cette chaleur humaine qui les caractérise !
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Maya DOURASSOF, organisée en octobre 2004 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
En Bourgogne, au Moyen Age, grâce au sol calcaire, les moines ont abondamment planté des vignes pour les besoins du culte. Plus tard, les laïcs ont continué la viticulture pour les plaisirs de la table. Or donc, aux alentours de Dijon, les viticulteurs ont de tout temps accordé un soin jaloux à leurs vignobles, d’abord avec des moyens rudimentaires ensuite à l’aide de techniques plus efficaces. Une tapisserie représente un vigneron tout habillé en train d’écraser les raisins avec ses pieds. Par contre, jadis, de jeunes vignerons nus comme des vers se glissaient dans de grandes cuves et allaient piétiner les grappes de raisins. Ils ont été appelés les “bareuzais“. À Dijon, sur la place François Rude, s’élève la sculpture du “bareuzai” devenu le symbole de la Bourgogne vineuse. En septembre, en pleines “fêtes de la vigne”, la ville pavoise aux couleurs du folklore international : des groupes venus du monde entier s’y rassemblent et animent la cité pendant toute une semaine.
Le fondateur de la fameuse dynastie de Bourgogne, c’est Philippe le Hardi. Il a donné une vive impulsion à l’activité artistique de Dijon, il a aimé la bonne chère, le jeu et les femmes. Son successeur a été Jean sans Peur, un prince rongé d’orgueil mais très maladroit pour gérer les affaires de l’état. Philippe le Bon, troisième Duc de Bourgogne et sans doute le plus célèbre, était né à Dijon et mort à Bruges. Il s’est conduit durant toute sa vie comme un prince fort habile, ambitieux, mécène et bon vivant. Philippe le Bon a profondément aimé les fêtes et les festins. Les historiens rapportent la magnificence d’un banquet donné par lui à Lille et à l’issue duquel son fils Charles le Téméraire et tous les seigneurs de sa Cour, ont fait le vœu de partir en croisade pour repousser les Turcs. Les serments ont été prononcés sur la tête d’un faisan vivant d’où sa dénomination : Festin du Vœu du Faisan.
Les femmes ont beaucoup intéressé Philippe le Bon. Il paraît qu’il eut 30 maîtresses et, bien entendu, 17 bâtards affichés ainsi que plusieurs filles illégitimes. Un des bâtards de Philippe le Bon a été baptisé David de Bourgogne et, grâce à son père, il a été nommé évêque d’Utrecht, principauté située à un croisement de l’Europe entre l’Allemagne et l’Angleterre. Son fils légitime, Charles le Téméraire, est devenu un seigneur plein de convoitises territoriales. Il a voulu englober Liège dans son domaine ducal mais nos révoltes à son encontre nous ont valu les trop célèbres sac et carnage de la ville en 1468. Désireux d’être pardonné, il a offert à Liège, trois ans plus tard, un reliquaire, joyau d’orfèvrerie. Il est conservé dans le trésor de la cathédrale Saint-Paul à Liège.
Prononcez “Dijon” et immédiatement les personnes pensent “moutarde”. Elles ont bien raison car elle y est confectionnée depuis six siècles ! L’usine Amora-Maille s’est édifiée près du canal de Bourgogne et il est bon de savoir que la production de ce condiment peut atteindre les 100 tonnes par jour !
Une artère fluviale a également enrichi Dijon et ses environs : le canal de Bourgogne. Ce vénérable chemin d’eau qui a 180 ans s’étire sur 242 km et joint l’Yonne à la Saône. Le déclin commercial s’est amorcé à la fin du 19e siècle. Heureusement, de nos jours, la vocation de ce merveilleux canal, c’est la plaisance. Quant aux cyclistes, ils apprécient beaucoup les chemins de halage.
Les Chemins de Fer de Bourgogne gardent le souvenir d’un de leurs ingénieurs du P.L.M. qui a eu la fibre littéraire : Henri Vincenot. Il a été tour à tour rédacteur en chef du magazine “La Vie du Rail”, écrivain, peintre, sculpteur et conteur. Henri Vincenot est né à Dijon et il est mort à Commarin, à 77 ans. Citons, parmi ses ouvrages : Le Pape des escargots, La Billebaude, Le maître des abeilles et bien d’autres…
Ici est née une armada de personnalités artistiques variées. Tout d’abord, Jacques Bénigne Bossuet, fils d’un avocat, a étonné le monde théologique parisien par sa précocité oratoire. Puis, Jean-Philippe Rameau qui est devenu à Paris claveciniste, organiste, compositeur d’opéras. Il a été le contemporain de Bach et de Haendel. Le plus connu des Dijonnais, c’est Gustave Eiffel. Il a réalisé la structure métallique de la Statue de la Liberté de Bartholdi, édifié en rade de New-York ; au Portugal, le pont sur el Douro à Porto et, enfin, la Tour Eiffel enviée dans le monde entier ! Enfin, le célèbre chanoine Kir dont l’attitude courageuse pendant la Deuxième Guerre Mondiale lui a valu d’être élu maire de Dijon, puis député. Sympathique défenseur des petits salariés, des anciens combattants, des travailleurs âgés, le nom du chanoine Kir ne s’est pas oublié. Il a donné son nom au célèbre apéritif à base de crème de cassis.
Dès la sortie sud de la capitale, les rangées de vignes nous font rêver. Certes, l’harmonie entre une plante, un sol et un climat permet d’avoir la bonne maturité pour obtenir un vin remarquable. Cependant, la solide paysannerie locale, de par son travail opiniâtre, a largement contribué au succès de la culture de la vigne. Les vignobles de la Côte d’Or sont plantés sur des coteaux exposés au levant. Ces terres valent plus chers que les parcelles des Champs-Elysées à Paris !
À Chenôve, au Clos du Roi et du Chapitre, nous remarquons un pressoir du 13e siècle qui a pu presser en une fois la vendange de 100 pièces de vin et la pièce représente 228 litres. Cela veut dire plus de 30 tonnes de vendanges ! Sur ces bornes de bois s’est assise, dit-on, Marguerite de Bourgogne pour suivre le foulage du raisin. Ce travail était fait par de jeunes hommes dévêtus et la princesse a pu ainsi en admirer la plastique. Femme de sang royal, Marguerite de Bourgogne a possédé aussi du sang chaud car elle a collectionné les amants !
Gevrey-Chambertin, vin mondialement connu, était le préféré de l’empereur Napoléon Ier. Faisant partie de ce fameux cru, la maison-forte remonterait à l’An mil et elle a un riche passé historique. Le château du Clos de Vougeot a été une propriété cistercienne puisqu’elle avait été construite par Jean Loisier, abbé de Cîteaux. Elle est restée dans les mains des moines durant près de 700 ans, c’est-à-dire jusqu’à la Révolution. Enfin, le vin rosé de Marsannay-la-Côte, pas très connu des touristes, est également un bon cru.
Nous quittons les vignobles pour nous diriger vers une région très bucolique : l’Auxois. Nous apprécions beaucoup la flore sauvage qui pousse sur le surplomb des falaises de Baulme-la-Roche. Nous avons beaucoup aimé le panorama découvert de ce belvédère naturel qui rappelle une description écrite par Henri Vincenot : “De chaque côté triomphait l’Auxois comme une mer houleuse de pâturages, une mer bordée par les falaises de Baume, par les douces collines boisées, tout cela noyé dans la brule des beaux jours…” Et c’est sur ces merveilleuses images que s’achève notre voyage historique et touristique en Bourgogne.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Claudine et Robert VIENNE, organisée en janvier 2001 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
Le rôle de la femme a longtemps été essentiellement domestique et fortement soumis à l’autorité paternelle. À l’école, le conditionnement idéologique conduisait à la reproduction des rôles selon le sexe. Il n’était pas question pour une femme de faire de la politique. Le droit de vote n’a été accordé aux femmes qu’après la guerre [en 1948], et il a fallu une importante grève des femmes de la FN à Herstal pour obtenir ce qui paraît pourtant normal : à travail égal, salaire égal. Au 21e siècle, cette situation n’est pas encore “normale” partout…
Dans les cours d’histoire, les femmes sont souvent oubliées. Pythagore disait, six siècles avant notre ère : “Il y a un principe bon qui a créé l’ordre, la lumière et l’homme, et un principe mauvais qui a créé le chaos, les ténèbres et la femme.” Et près de deux siècles plus tard, Aristote renchérissait en écrivant : “La femelle est femelle en vertu d’un manque de qualité.” Xénophon écrivait : “Les dieux ont créé la femme pour les fonctions du dedans et les hommes pour toutes les autres.”
Il y eut cependant des femmes qui se sont réfugiées dans les arts, comme Sappho de Mytilène aux 7e et 6e siècles. Elle visait à Lesbos et, chose rare, elle savait lire et écrire. Elle a écrit des strophes tout à fait originales. Alors que les jeunes femmes devaient vivre sous une stricte surveillance, voyant le moins de choses possible et posant le moins de question possible, elle s’était mise en tête d’enseigner aux femmes à lire, à écrire, à penser. Elle a été condamnée à l’exil et ses oeuvres ont été en grande partie détruites. Une célèbre fresque de Pompéi la représente, livre ouvert à la main gauche et tenant rêveusement le stylet de la main droite.
Cependant, la femme de la Rome antique est complètement absente du droit romain et ses rapports sont de la compétence du domus dont le père, le beau-père, le mari sont les chefs tout-puissants. Cela nous montre que l’oppression des femmes dans la pensée occidentale n’est pas uniquement le fruit de la pensée religieuse catholique, même si elle y a participé. La ségrégation suivant le sexe est une pensée dont on retrouve des traces antérieurement dans des sociétés non monothéistes. Les hommes étaient les seuls auteurs et interprètes des textes sacrés ou prétendument tels. Certains produisirent des traductions carrément déformantes comme la création de la femme à partir d’une côte d’Adam alors que le texte hébreu initial est précis et dit “la femme créée à côté d’Adam” !
Même au 20e siècle, la femme reste pour l’homme un mystère, peut-être parce qu’elle représente “l’autre”. Le philosophe français contemporain Emmanuel Levinas a écrit : “L’altérité s’accomplit dans le féminin” en oubliant la réciprocité évidente de ce propos. La hiérarchie des sexes se produit dans des domaines très inattendus. En 1867, Charles Blanc écrivait : “Le dessin est le sexe masculin de l’art, la couleur en est le sexe féminin. Il faut que le dessin assure la prépondérance sur la couleur.” Un peu plus tard, quand la peinture sera reconnue comme élément essentiel, Henri Matisse dira : “La couleur est l’élément viril de la peinture, le dessin en étant la part féminine.”
Nietzsche a rédigé une série d’aphorismes cinglants, notamment : “Quand les femmes deviennent savantes, c’est généralement dû à un dysfonctionnement de leurs organes génitaux” ! Sigmund Freud prétend que “la femme est un continent noir à la libido et à l’énergie pulsionnelle passive” et il associe l’actif au masculin. Quant à Jacques Lacan, il dit que l’androcentrisme reste fondamental, qu’il permet de comprendre la position dissymétrique dans les liens amoureux.
Pourquoi cette condition inférieure des femmes a-t-elle pu défier le changement depuis des millénaires ? Tant que les femmes n’ont pas pu dire “nous” comme les noirs, les homosexuels ou les travailleurs. Par leur condition, elles ne connaissent pas cette promiscuité spatiale qui est indispensable pour s’organiser. Au Moyen Âge, elles s’étaient trouvées devant une seule alternative : le couvent ou le mariage. Certaine se sont réfugiées dans l’univers monial où elles pouvaient s’instruire et vivre relativement indépendantes des hommes. Certaines abbesses ont pris beaucoup d’importance. En pleine Inquisition, elles seront réprimées.
En 1789, les femmes se mobilisent et descendent dans la rue. En 1791, Olympe de Gouges a rédigé la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, mais elle sera guillotinée en 1793.
Flora Tristan est née en 1803 ; mariée à 18 ans, découragée, elle part à 22 ans sous un nom d’emprunt. Première enquêtrice sociale, elle a pris des notes en Angleterre, au Pérou et dans diverses villes françaises pour rédiger d’intéressants rapports sur les conditions de travail de ces populations. Flora Tristan est, en fait, la grand-mère du célèbre peintre Paul Gauguin.
Clémence Royer fut co-fondatrice, dans la Grande loge maçonnique symbolique écossaise, d’un atelier de Droit Humain en 1894. C’était une obédience masculine où l’on a permis une initiation de femmes de manière clandestine et transgressive. Elle a été la première femme à enseigner à La Sorbonne et elle a traduit le livre de Charles Darwin sur l’origine des espèces. Ses compétences reconnues, elle a été la première femme à être décorée de la Légion d’Honneur. Il faut croire que la qualité de ses travaux avait impressionné les hommes !
La bibliothèque Marguerite Durand est le seul lieu en France qui rassemble la mémoire des femmes. Brillante sociétaire de la Comédie Française, Marguerite Durand a décidé de faire don de toutes ses archives à la Ville de Paris.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Myriam KENENS, organisée en juin 2004 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
Nous allons parcourir les paysages de Cointe à travers les siècles en partant de la plaine de Sclessin pour arriver au terril Piron en suivant un corridor écologique. Les corridors écologiques offrent en effet aux espèces des conditions favorables à leur déplacement (dispersion et/ou migration) et à l’accomplissement de leur cycle de vie. Ils correspondent aux voies de déplacement préférentielles empruntées par la faune et la flore.
Antiquité et Moyen Âge
Il y a 2000 ans, la vallée de Sclessin était marécageuse et la colline était couverte par la forêt d’Avroy, composée principalement de chênes, de hêtres et de frênes.
A partir du Moyen-Âge, Cointe fut partagé entre trois juridictions : la Libre Baronnie d’Avroy et la Seigneurie de Fragnée, qui toutes deux dépendaient de la Principauté de Liège, et l’avouerie d’Ougrée-Sclessin qui dépendait de la principauté de Stavelot-Malmédy. Elle se situait à l’abbaye du Val Benoît.
A partir du 10ème siècle, la vallée fut défrichée et les terrains entourant l’abbaye du Val Benoît furent cultivés ou utilisés comme pâturages. La première mention écrite de la culture de la vigne à Sclessin date de 1092 mais une étude palynologique récente de l’Université de Liège montre que la culture de la vigne sur le versant sud-ouest de la colline remonte à l’époque mérovingienne. Le sol de ces coteaux, composé de schiste, accumulait la chaleur le jour pour la restituer la nuit, créant des conditions idéales pour la viticulture.
La grande forêt d’Avroy était peuplée d’animaux sauvages tels lièvres, renards, chevreuils, sangliers et même quelques loups. A cette époque, les Princes-Evêques de Liège aimaient y chasser.
A partir du 16ème siècle, la colline fut défrichée afin de permettre l’extension des pâturages, des vergers, des vignes, des cultures céréalières, potagères et houblonnières. Une autre cause du déboisement est la fabrication du charbon de bois nécessaire aux forgerons et aux cloutiers. Des meules de carbonisation se situaient à l’actuelle place du Batty.
Si on regarde la carte de Ferraris, ci-dessous, datant de 1778, on observe que le plateau de Cointe est encore à l’époque très peu peuplé et que le paysage est essentiellement champêtre.
Le sous-sol de la colline était riche en houille et les veines de charbon affleuraient au sol. Le charbon fut exploité initialement à ciel ouvert, puis à partir du 13e siècle, des puits peu profonds appelés bures ont été utilisés. Afin de pouvoir creuser plus profondément, des galeries d’assèchement (arènes) furent creusées pour évacuer les eaux d’infiltration, permettant ainsi une exploitation plus importante des veines de charbon.
Sous le régime français, en 1797, les propriétés de l’abbaye du Val Benoît furent vendues à vil prix, et elles finissent par appartenir à Pierre Joseph Abraham Lesoinne, avocat à Liège. Son fils Nicolas réactiva le charbonnage du Val Benoît en 1824 et une de ses filles, Émilie épousa Édouard van der Heyden à Hauzeur. Il fut le patron à Sclessin du premier moulin à vapeur de Belgique, machinerie au cœur d’une importante minoterie.
Dès 1870, Sclessin va connaître un essor industriel prodigieux en exploitant systématiquement et intensivement le sous-sol grâce à plusieurs sièges charbonniers du Val Benoît.
Cette période fut marquée par une transformation majeure du paysage de la plaine de Sclessin. Les prairies et les cultures disparaissent et, à la fin du 19ème siècle, la culture de la vigne est pratiquement abandonnée. En effet, un parasite, le phylloxéra de la vigne, attaqua les vignes en provoquant une maladie du même nom. De plus, l’industrialisation permit aux entreprises d’offrir des salaires hebdomadaires garantis et un travail à l’abri des intempéries aux fils de vigneron qui abandonnèrent alors le travail de la terre. Dans le même temps, la culture houblonnière, qui permit l’extension florissante de plus de 500 brasseries dans les années 1800, fut atteinte de la rouille et disparut.
Dès 1876, la famille Hauzeur envisagea la mise en valeur des terrains qu’elle possédait sur le plateau de Cointe avec la création d’un parc résidentiel privé de haut standing. Cette partie de la colline était encore entièrement boisée.
Les travaux débutent en 1881 par l’aménagement des voiries du parc ainsi que la création d’une route en provenance de la vallée, l’avenue des Thermes qui deviendra l’avenue Constantin de Gerlache. L’Institut d’astrophysique, première construction du parc, fut érigé entre 1881 et 1882 selon les plans de l’architecte liégeois Lambert Noppius. Vint ensuite la construction de belles villas dont la villa L’Aube de Gustave Serrurier-Bovy en 1903.
Les laiteries à la fin du 19e siècle sont à la mode et on en trouve plusieurs sur le plateau de Cointe dont la laiterie du Parc. Elles attirent les familles de la bonne société qui viennent s’y restaurer et se distraire.
Dans le parc privé, en 1905, Monsieur Armand de Lairesse installa huit grandes serres à l’arrière de la villa Les Tamaris. Il y cultiva des orchidées qu’il exporta sous forme de fleurs coupées emballées dans du papier de soie et placées dans de grands paniers plats en osier. Elles ont disparu aujourd’hui.
Le parc public est créé par arrêté royal du 26 février 1900 en vue de l’exposition universelle de 1905. Il va se situer au lieu-dit Champ des oiseaux qui était encore un endroit assez sauvage avec des champs et des prairies.
Conçu par l’architecte de jardin Louis Van der Swaelmen, le parc se compose d’une section paysagère et d’une zone boisée d’aspect plus sauvage. Il comporte également une rocaille parcourue de sentiers abritant des plantes vivaces aux floraisons colorées. L’avenue de Cointe, rebaptisée en 1921 boulevard Kleyer, est l’une des principales artères du parc, offrant une vue panoramique sur la ville et ses environs.
Il accueillit l’annexe de l’Exposition universelle de 1905, avec le palais de l’horticulture belge. Un vaste terrain fut destiné aux démonstrations d’horticulture et de culture maraîchère, ainsi qu’aux concours agricoles et aux compétitions sportives. Après l’Exposition universelle de 1905, le terrain affecté aux exhibitions sportives servit aux manœuvres de l’armée. Puis la ville le reconvertit en espace public avec pistes d’athlétisme, courts de tennis, hall omnisports et plaine de jeux pour enfants.
La superficie totale de ce magnifique espace vert est de 14,7 hectares et il est aujourd’hui entretenu grâce à une gestion différenciée (fauchage tardif, éco-pâturage, plantes annuelles mellifères, nichoirs, maintien des arbres morts, tonte différenciée, absence de pesticides…) par le service des Plantations de la Ville de Liège. Il contient de nombreux arbres remarquables qui sont exceptionnels par leur âge, leur situation, leur espèce ou leur degré de rareté. La plupart de ces arbres provenaient de contrées lointaines, plantés au 19ème siècle pour instruire ou étonner. Les arbres, aujourd’hui vieillissants, présentant des maladies ou des pourritures, constituent un danger pour les usagers et doivent parfois être abattus. Ils sont remplacés par des arbres indigènes.
Le domaine du Bois d’Avroy, fut constitué progressivement par la famille de Laminne dès le début du 19e siècle. Il s’étendait sur 35 hectares et un château y fut construit de style Louis XVI. En 1910 et 1912, le château et les terrains furent vendus à la société anonyme des charbonnages du Bois d’Avroy. Autour du charbonnage, dans le quartier des Bruyères, subsistaient plusieurs fermes entourées de cultures et de pâturages.
A partir de 1966, le charbonnage commença à vendre ses terrains. On y construisit un ensemble d’immeubles situés au niveau de la rue Julien d’Andrimont ainsi que l’ONEM rue Bois d’Avroy. En 1978, un des terrains servit à la construction de l’école Saint-Joseph des Bruyères qui deviendra plus tard l’internat de l’État (aujourd’hui MDE).
Ce qui restait du terrain appartenant à la famille de Laminne, c’est à dire 4 hectares, fut vendu au début des années 1990 à un promoteur immobilier. Après bien des vicissitudes, un petit complexe immobilier verra le jour n’occupant que la partie à front du boulevard Kleyer.
Le reste des terrains, d’une surface de 5 hectares, entourant ces différents immeubles n’a plus été entretenu et a permis à la végétation et à la faune de s’installer et de se développer en toute quiétude. On y trouve plusieurs espèces communes (écureuils, hérissons, fauvettes, pics, papillons, noisetiers, ormes) et des espèces en danger comme le crapaud alyte accoucheur (Alytes obstetricans) et le coléoptère lucane cerf-volant (Lucanus cervus) qui est une espèce protégée en Wallonie et en Europe.
Le quartier résidentiel des Bruyères s’est construit sur une partie des terrains du charbonnage du Bois d’Avroy dans les années 1970. Sur ces terrains se situaient plusieurs fermes. Entre les numéros 65 et 95 de la rue des Bruyères, il y avait, à cet endroit, un ravin abrupt d’une bonne dizaine de mètres entre les cotillages des maraîchers Leblanc et Galand. C’est au fond de ce ravin que se trouvait l’œil de l’arène de Sclessin. Les eaux étant chaudes, les Galand semaient sur les bords, la première salade qu’ils livraient au marché avait quinze jours d’avance sur les autres maraîchers. Louis Leblanc, après les bombardements de 1944, a comblé ce ravin et l’a transformé en prairie où paissaient ses vaches. Aujourd’hui, les vaches ont disparu et un fermier vient y faire les foins.
Le charbonnage de la Haye, déjà présent au sommet de la rue Saint-Gilles, inaugura en 1875 un siège supplémentaire à l’emplacement d’une ancienne bure dite Piron. Jusqu’en 1930, le charbonnage va déverser ses résidus miniers au Bois Saint-Gilles.
Depuis, le terril Piron, qui couvre une superficie d’environ 7 hectares, présente un plateau herbeux, sur lequel deux terrains de football ont été aménagés et qui, aujourd’hui, sont abandonnés, ainsi que des pentes abruptes et thermophiles. La végétation y est diversifiée incluant des pelouses sèches et des espèces rares. La colonisation par les ligneux y est de plus en plus importante, y compris sur les pentes abruptes. Le site héberge une population d’orvet fragile (Anguis fragilis) et de lézard des murailles (Podarcis muralis), ainsi que le crapaud calamite (Bufo calamita) surtout en bas du versant. Le lucane cerf-volant (Lucanus cervus) est régulièrement aperçu dans le périmètre du terril.
Quel avenir pour demain ? Le plan nature de la Ville de Liège
Le Plan Communal de Développement de la Nature (PCDN) de la Ville de Liège a pour but d’intégrer durablement la nature et la biodiversité dans le développement social et économique du territoire. Il vise à établir un diagnostic précis de la nature et de la biodiversité pour orienter les actions de préservation et de restauration des milieux naturels.
La carte des réseaux écologiques thématiques synthétisés montre le maillage écologique de la Ville de Liège. Le maillage écologique est “l’ensemble des habitats susceptibles de fournir un milieu de vie temporaire ou permanent aux espèces végétales et animales afin d’assurer leur survie à long terme. Le maillage écologique de Liège se compose de zones centrales, de zones de développement et d’éléments de liaison. Les zones centrales sont prioritaires pour la conservation de la biodiversité. Les zones de développement, quant à elles, sont adaptées pour accueillir la biodiversité tout en supportant des usages anthropiques. Les éléments de liaison, tels que les alignements d’arbres le long des voiries et les haies, permettent la connectivité entre ces zones en formant des corridors écologiques. Les corridors écologiques sont importants pour le brassage génétique des populations.”
On peut observer sur la carte ci-dessous les espaces verts de Sclessin et Cointe qui sont repris en zone de centrale et en zone de développement.
La Ville de Liège désire aussi lutter contre le réchauffement climatique. Elle a déployé dans ce but son plan Canopée. Il consiste à planter plus de 24.000 arbres à l’horizon 2030 tant dans l’espace public que dans les espaces privés. Elle a formé des citoyens, bénévoles, dans chaque quartier afin qu’ils deviennent des passeurs d’arbres. Ils peuvent prodiguer des conseils en matière de plantation et de soins ainsi qu’informer sur les bonnes pratiques et la réglementation en vigueur. Grâce à ce plan, le quartier de Sclessin devrait voir le pourcentage d’arbres plantés sur son territoire augmenter de 30 à 40 %.
La Ville de Liège désire que chaque usager de la ville trouve un espace public de qualité et vert à 10 minutes à pied (voir stratégie PEP’S). Elle s’en donne les moyens grâce aux différentes actions qu’elle entreprend.
Béatrice MASUY
Bibliographie sélective :
SCHURGERS P., Cointe au fil du temps…, Liège, 2006
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Béatrice MASUY, organisée en juin 2024 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
Cette notice sur le meuble liégeois devait paraître dans la feuille intitulée ART MOSAN éditée à Liège, à l’occasion de l’exposition de 1951. En dernière minute, l’article de fond ayant dépassé les limites prévues, la notice ci-dessous, déjà imprimée en épreuve, dut être supprimée. Très aimablement, M. G. Thone et M. J. Lejeune m’ont proposé d’en faire un tirage spécial en y ajoutant une série de planches dont les clichés m’ont été prêtés par l’Institut archéologique liégeois. Que tous trouvent ici l’expression de ma reconnaissance.
H. van Heule
Si l’art est né d’une conception spiritualiste, son évolution est due à une suite de courants étrangers, d’échanges, auxquels chaque peuple apporte son génie propre. D’où différenciation dans l’unité. S’il est un art dans lequel les Liégeois ont excellé, c’est bien celui du meuble.
Le meuble est né d’une nécessité, celle de rendre la vie plus commode [sic] et de conserver des objets précieux en les mettant à l’abri des déprédations ou des tentations.
Au début, bancs, sièges pliants, tabourets pour s’asseoir, planches sur tréteaux en guise de table, lits, coffres formés de lourdes planches maintenues à queue d’aronde, c’était rustique. La recherche, l’élégance vinrent ensuite.
Les coffres furent d’ailleurs, avec les lits, les seuls gros meubles jusqu’à la fin du XIVe siècle. À l’occasion, ils servaient même de lit. Sinon, on y entassait vêtements, vaisselle, tapis, et, quand on en possédait, les bijoux. On ne s’encombrait pas, en ce temps-là. De plus, en cas d’alerte ou de déménagement, ce qui était fréquent, le tout demandait un minimum de préparation au départ. Les coffres chargés étaient emportés par l’animal de bât, cheval ou âne, ou posés sur un char.
Au cours des âges, les coffres s’étaient agrémentés de pentures en fer forgé, de solides serrures par surcroît de sécurité. S’ils étaient robustes, ils étaient aussi très pesants. On chercha à les rendre plus maniables. Les coffres furent travaillés à panneaux dès avant le XIVe siècle, travail de menuiserie plus souple, qui leur conférait une certaine élégance grâce au jeu des ombres et des lumières. Bientôt les panneaux s’ornèrent de fines arcatures inspirées par les dessins des fenestrages de nos églises, de serviettes plissées ou parchemins repliés. De menuisier, l’artisan passait ébéniste, sculpteur ; il devenait un artiste.
Quelques beaux coffres gothiques sont conservés dans nos musées liégeois, celui du Musée diocésain date du XIVe siècle ; d’autres, au musée Curtius, appartiennent aux XVe et XVIe siècles.
De la conjugaison du menuisier et de l’ébéniste, les productions allaient devenir aussi heureuses que fécondes. Les types de meubles se multiplièrent afin de s’adapter aux nécessités d’une existence rendue plus facile. L’artiste, protégé, pourra donner libre cours à son imagination : le meuble en série est une invention moderne. Les coffres reposèrent, sur une base les rendant mieux à portée de la main. Du coffre posé sur une base, tout naturellement on passa au dressoir.
Au XVIe siècle, les églises, les monastères, par destination plus sédentaires, disposant de plus d’espace, souvent aussi d’un personnel artisanal très compétent, purent s’offrir le luxe d’imposantes armoires, dont quelques-unes ont réussi à braver les siècles.
Comme pour les coffres, le décor, d’inspiration architecturale au début, empruntera ensuite des motifs puisés dans la nature tout en les stylisant. Témoins, le coffre et l’armoire influencés par le style gothique anglais (gothique Tudor), avec leurs moulures formant des courbes, des contrecourbes : décor en X autour desquels s’enroulent des pampres, conservés au musée Curtius.
Sous le souffle d’un courant venu d’Italie lors du règne d’Erard de la Marck (1505-1538), le style Renaissance, si en honneur dans la péninsule et en France, fait son entrée dans l’art liégeois. Il s’y est tempéré. L’armoire liégeoise du deuxième quart et du milieu du XVIe siècle, tout en gardant une structure encore gothique, s’orne de personnages dans des arcatures, même de motifs puisés au répertoire des céramistes. Les pentures ont un rôle plus discret. Evidemment, tous ces meubles sont devenus rarissimes.
Autre changement d’aspect au XVIIe siècle, le type du meuble brabançon prédomine : lourds bahuts avec corps supérieur en retrait et corniche débordante ; décor en méplats, pastilles en chapelet, pointes de diamants, godrons, mufles de lion retenant un anneau en cuivre. Les pentures ont disparu. Le chêne ciré a la prédilection des Liégeois. Les incrustations d’ébène, recherchées aux Pays-Bas, sont plus rarement employées. Les tables sont à traverses ou entretoises, les sièges aux lignes nettes et rigides, recouverts de cuir ou de tapisserie, agrémentés de clous de cuivre. A côté des gros bahuts, viennent se ranger les meubles d’importation dans le goût italien : ces charmants cabinets à multiples tiroirs en bois d’essences variées, incrustés d’écaille, d’ivoire, de cuivre ou d’étain, dont beaucoup furent l’œuvre des Fokkerhout, à Anvers. C’était cossu et bien en rapport avec le costume aux lourdes étoffes, avec la pompe de cette époque. Tous ces beaux meubles résultent de commandes que seuls pouvaient se permettre certaines catégories de personnages, disposant aussi chez eux de place suffisante pour les caser. En effet, c’est du XVIIe siècle que date l’essor de la grande industrie liégeoise, source de sa prospérité.
Mais, pour nous, le meuble liégeois, c’est le meuble du XVIIIe siècle. Cette période est aussi la mieux connue, parce que plus proche de nous ; le temps, de sa dent vorace, n’est pas encore arrivé à en avoir raison.
Le soleil de Louis XIV éblouissait tout l’Occident, mais ses rayons n’aveuglèrent pas les Liégeois. Mesurés et réfléchis, ils surent, intelligemment adapter le faste français en le ramenant à leurs proportions. Et voilà pourquoi, avec goût, avec tact, nos huchiers créèrent des œuvres parfaites.
Au XVIIIe siècle, le standard de vie s’était considérablement amélioré. Liège, capitale d’un petit Etat quasi indépendant, comptait un important patriciat, tant ecclésiastique que séculier. Que d’hôtel construits ou transformés à partir de 1691, après le bombardement de la ville par le marquis de Boufflers !
Que l’on songe à l’hôtel de ville, aux hôtels particuliers d’une si harmonieuse architecture de la rue Hors-Château, de Féronstrée, du Mont-Saint-Martin, de la Basse Sauvenière, et j’en passe; aux maisons plus modestes, mais si jolies quand même, des rues Neuvice, du Pont, de la place du Marché. La décoration intérieure ne pouvait que suivre : sculptures des portes, des lambris, des volets, des hottes de cheminée, des départs d’escaliers, encadrements de trumeaux ou de tableaux ; stucages des plafonds et des murs ; peintures décoratives dans le goût chinois, singeries (sous Louis XV) ; paysages, scènes de genre ou religieuses ; riches tapisseries de Bruxelles ou d’Audenarde… De tels cadres ne pouvaient que servir d’écrin à de beaux meubles.
Les ébénistes liégeois ne faillirent pas à leur tâche. Fort d’une longue tradition, le travail du bois n’avait plus aucun secret pour eux. En plein chêne, ils manièrent le ciseau ou la gouge avec dextérité, avec souplesse et légèreté, évitant les reliefs exagérés. Chez eux tout était mesure et équilibre.
Les créations se multiplièrent en raison même du confort enfin découvert : chaises aux sièges rembourrés ou cannés, aux dossiers de mieux en mieux adaptés aux courbes du dos, fauteuils savamment étudiés en fonction de leur destination, invitant au repos ou à la causerie, Les tables, elles, sont toujours de petite dimension. On continue à se servir de planches posées sur tréteaux pour les repas réunissant de nombreux convives. Mais le triomphe des ébénistes liégeois est incontestablement l’armoire, que ce soit le bahut à simple ou à deux corps, souvent le corps supérieur vitré ; que ce soit la garde-robe, l’horloge en gaine, le bureau à abattant, appelé scriban, les commodes à trois ou quatre tiroirs, rectilignes avec les styles Louis XIV ou Louis XVI, galbées ou mouvementées pour le Louis XV. Presque toujours, ces meubles sont à pans coupés, ce qui leur confère un caractère de légèreté en adoucissant le profil. Souvent, ils forment des combinaisons : un dessus plein ou vitré se posait tout aussi aisément sur une commode ou un scriban que sur un bahut à deux ou trois portes, munis ou non de tiroirs.
Toutes les fantaisies se donnaient libre cours suivant le caprice du client qui passait la commande. Aux moulures, tantôt symétriques, tantôt asymétriques, selon l’ordonnance Louis XIV ou Louis XV, rectilignes avec le style Louis XVI, s’ajoutent de fins décors inspirés de la nature : branches fleuries auxquelles se mêlent les palmettes Louis XIV, les coquilles Régence, les rocailles, les courbes et contrecourbes Louis XV.
Les styles Louis XIV et Louis XV furent connus à peu près en même temps à Liège. Nos ébénistes les amalgamèrent et créèrent un style Régence, bien à eux, qui s’éloigne du calme, de la statique du décor Louis XIV et rejette l’exubérance agitée du décor Louis XV. Il fait incontestablement leur gloire et leur tresse une couronne impérissable. Quant aux meubles Louis XVI, leurs moulures en sont fréquemment brisées : chapelets formés de bâtonnets, de perles, ou les deux motifs associés, alliés à de délicats décors floraux accompagnés de trophées, de nœuds de ruban plissé très gracieux. La décoration du meuble liégeois de l’époque Louis XVI est infiniment plus légère que celle de ses prédécesseurs, plus gracile, et, comme en France, malgré la délicatesse des sculptures, elle annonce la décadence.
Le bois de chêne ciré continuait à avoir la faveur des Liégeois, mais les meubles de marqueterie n’étaient pas dédaignés. Ceux-ci semblent avoir été fabriqués plus particulièrement dans la région de Verviers, témoins les nombreux scribans, les commodes mouvementées ou galbées que l’on y trouve.
Une étude approfondie du meuble liégeois est encore à faire. Il serait possible de mieux dégager les différents centres où œuvrèrent nos artistes, parce qu’ici, le régionalisme joue son plein effet. De plus, les recherches dans les archives permettraient peut-être de rendre un juste hommage à des artistes restés inconnus et d’ajouter leur nom à ceux des Lejeune, des Mélotte, des Herman, dont nous sommes justement fiers.
H. van HEULE, Conservatrice honoraire
des musées archéologiques liégeois
Téléchargez la brochure complète ici…
Tous les meubles figurés sur les planches disponibles dans la DOCUMENTA, ainsi que beaucoup d’autres, sont exposés dans les Musées de la Ville de Liège :
sauf le coffre pl. I, n° 1, qui appartient au Musée diocésain, Cloitres de la Cathédrale, et le meuble pl. XVIII, au Musée des Beaux-Arts, 34, rue de l’Académie.
[LORIENTLEJOUR.COM] Le xyloglotte est une nouvelle langue inventée par une jeune demoiselle nommée Claire DELAVALLEE. Le principe est de traduire dans le plus improbable gréco-latin des expressions franco-françaises, ou d’inventer les pires néologismes possibles. Pour diffuser, défendre et illustrer sa lumineuse trouvaille, Delavallée s’est construite une niche sur Internet à l’adresse : [désormais indisponible]. La webmaster s’explique : “Le xyloglotte (en grec : langue de bois) repose sur le concept incontournable du complexificationnage. L’idée maîtresse s’exprime et se comprend aisément : pourquoi, comme le disait autrefois mon prof de math, se compliquer la vie à faire simple alors qu’il est si simple de faire compliqué? Alors s’il existe des mots et des expressions compréhensibles par le commun des mortels, quoi de plus distrayant que de les rendre abscons ?“»
Voilà, le ton est lancé. À vous de jouer. La recette ? Elle est assez semblable à celle du Sky My Husband, de Jean-Loup Chiflet. Une différence : pour s’exprimer en langage xyloglotte, il faut traduire les jolies expressions françaises dans un gréco-latin de cuisine des plus approximatifs. Sont également acceptés les sigles obscurs, les barbarismes improbables, les locutions empruntées à l’Hexagone et “autres extraits bizarroïdes des pages roses du dictionnaire Vermot.” […]
Si cette langue a l’heur de vous plaire, la webmaster encourage vivement les lecteurs à l’enrichir en envoyant leurs contributions. Si le xyloglotte reste du charabia, il ne faut surtout pas s’inquiéter ou mettre en doute ses capacités cognitives. Ne pas comprendre le xyloglotte est une chose tout à fait normale, rassure Mlle Delavallée. C’est quand on commence à comprendre qu’il faut s’inquiéter pour sa santé mentale. “Mais si vous voulez vraiment savoir ce que ça veut dire, précise la gentille demoiselle, ouvrez illico le dictionnaire le plus proche (ma bible de xyloglotte, c’est le Dictionnaire des structures du vocabulaire savant, dans les Usuels du Robert), demandez à votre cousine qui a fait hypokhâgne, creusez-vous les méninges… et si rien ne marche, si vous ne comprenez vraiment pas, écrivez-moi… ou adoptez de plus saines lectures et dévorez les aventures de Babar.“
Le xyloglotte, c’est grave, docteur ? Oui, et en plus, l’épidémie s’étend. Sur Internet, elle se présente sous différents noms : les anaglossologiques, l’onoplastie. Une mise en garde : cette page contient des gros mots (oh !) et des insinuations libidineuses (oups !). Ah, ultime précision : dire ou écrire ‘un politicien xyloglotte’ est un pléonasme.
Maya GHANDOUR HERT
Page officielle de défense et illustration de la langue xyloglotte
[L’excellente Page officielle de défense et illustration de la langue xyloglotte ayant disparu, en voici une sauvegarde, ci-dessous, complètement ré-éditée et accompagnée des textes de Claire Delavallée : on verra combien la journaliste ci-dessus a généreusement copié-collé ses infos dans l’original. Prenez cette publication comme une vengeance perfide envers votre correcteur orthographique]
Le xyloglotte (en grec : langue de bois) est une langue nouvelle reposant sur le concept incontournable du complexificationnage. L’idée maîtresse s’exprime et se comprend aisément : pourquoi, comme le disait autrefois mon prof de math, se compliquer la vie à faire simple alors qu’il est si simple de faire compliqué ? Alors s’il existe des mots et des expressions compréhensibles par le commun des mortels, quoi de plus distrayant que de les rendre abscons ? Vous en avez rêvé, je l’ai fait.
La recette : elle ressemble assez à celle du Sky my husband de Jean-Loup Chiflet. La différence est que nous traduisons de jolies expressions dans un gréco-latin de cuisine des plus approximatifs. Sont également acceptés les sigles obscurs, les barbarismes improbables, les locutions empruntées à l’hexagone et autres extraits bizarroïdes des pages roses du dictionnaire Vermot.
Bon, trêve de bavardage, passons aux choses sérieuses. Voici devant vos yeux ébahis le grandiose dictionnaire xyloglotte du professeur Cosinus. S’il a l’heur de vous plaire, je vous encourage vivement à l’enrichir en m’envoyant vos contributions.
Ah, ultime précision : cette page contient des gros mots (oooh !) et des allusions paillardes (hé hé hé…). Vous pouvez encore renoncer.
Claire DELAVALLEE
Lettre A
abutyrotomofilogène : se dit d’une personne peu brillante (qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre)
acaséifique : qui n’en fait pas un fromage
acrochrome : haut en couleur
acryohématique : incapable de garder son calme en situation de crise
adermie : malchance (manque de peau…). Mention spéciale pour ce remarquable paludoludiverbisme
aéronihilisme : tendance à n’avoir l’air de rien
aheurie : incapacité au bonheur. Ne pas confondre avec ahuri, qui est rigoureusement l’inverse
albidomogynécomane : président des États-Unis
alburostre : blanc-bec
alvéopyge : personne particulièrement énervante (un trou du cul)
ambisenestre : maladroit des deux mains
ambitergobestifier : faire la bête à deux dos
ambulochrone : voyageur imprudent à la Barjavel ou à la Wells
amicrozythique : qui a de la valeur (zythos = la bière)
anachronisme : du grec “chronos” (temps) et du latin “anas” (canard). Temps de canard
anagramme : tout petit ananas / dessin représentant un canard / uUnité de mesure aujourd’hui inusitée, destinée au pesage des Baudets du Poitou
ananatriplopodoclaste : atéléurétique
ananteperforoculien : mal réveillé
anantéursucididermipoliser : ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué
anaphore : (du latin anas, canard et du grec -phore, porter) bouée canard
anaproxénète : mac… Donald !
anasurdicataauriculaire : qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd
anatomie : ablation chirurgicale du canard
anérectogène : pas bandant
anourocéphale : sans queue ni tête
antébovino-araire : qui met la charrue avant les bœufs
antéphonoheptalinguagyrateur : prudent
antiélectromélanomètre : personne convaincue que “tous ces mots en gras sur l’écran de l’ordinateur, ça use vachement plus d’électricité“
antirotondogyrateur : empêcheur de tourner en rond
apaléostéoplasique : qui ne fait pas de vieux os
apaléopithécoaneucéphalodidactisme : doctrine selon laquelle on n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces
apanivore : qui ne mange pas de pain
apertotaphostrober : rouler à tombeau ouvert
apoxobibliomanie : habitude de lire aux cabinets (apoksos : cabinets)
aphallible : imbitable
apyrolacustre : pouvant attendre
aquadiemoctus : aujourd’hui (oui, je sais, celui-là est particulièrement capillotracté)
aquastomatomane : qui a l’eau à la bouche
areno-lusitanien : dur d’oreille
archéodendrite : vieille branche
arthrophone : qui se fait craquer les articulations. La spécialité la plus courante est la digitophonie, mais j’ai même fait la connaissance d’un claviculophone
asaurisme : déclaration d’une personne pour qui il n’y a pas de lézard
aspermogène : qui n’en a rien à foutre
atripodanatoclaste : qui ne casse pas trois pattes à un canard
auréogonadiautotransmutateur : qui gagne beaucoup d’argent
auriculosismographe : appareil destiné à enregistrer les mouvements des oreilles
autoaudiologophile : personne aimant à s’écouter parler
automorphonyme : dont le nom évoque la forme. Exemple : la poire est automorphonyme puisqu’elle a la forme d’une poire. Les nuages ne sont pas automorphonymes parce qu’ils ont la forme de nains de jardin
Lettre B
bactériomancie : prévision de l’avenir dans un microscope
balaner : glander (balanos : gland)
balnéocantatophile : qui aime chanter dans son bain
balnéoantérodontie : béatitude post-prandiale
bathysylvivesperosonobuccinophile : (n. m) personne qui aime le son du cor, le soir au fond des bois. Exemple : Alfred de Vigny est un sacré bathysylvivesperosonobuccinophile. Il faut remarquer que la décadence du langage moderne a altéré ce terme si joli en une forme réduite, moins expressive : sylvivesperobuccinophile
batravore : amateur de cuisine traditionnelle française
biauriculosomniaque : qui dort sur ses deux oreilles
bibliopotame : roman-fleuve
bibliostat : presse-livre
bovinoderme : peau de vache
bovinomictiale : se dit d’une pluie particulièrement abondante
bovinopsychopathie : maladie de la vache folle
bradycéphale : (n.m.) Cerveau lent. Exemple : Le sable de la plage était tapissé de bradycéphales
buccodéridant : amuse-gueule
buccogallipyge : qui a la bouche en cul de poule
Lettre C
cacoglotte : mauvaise langue (voir péripatétiglotte)
cacographie : écriture épouvantable
cacohématofique : inquiétant (qui donne du mauvais sang)
cacosopharque : personne détentrice d’un poste dirigeant et qui raisonne comme un pied de table
cacosophigramme : médiocre copie de philo
caïssaphique : se dit d’une lesbienne qui joue aux échecs. (Caïssa est la déesse des échecs)
caligapara-ambulatoire : qui marche à côté de ses pompes
calliradiotraciste : utilisateur chevronné de POV-ray
caloriphagie : bouffées de chaleur
capilloéradicatoire : à s’arracher les cheveux
capillolingualocuteur : zozotant
capillotétratomie : tendance à couper les cheveux en quatre
N.B. il existe de nombreuses variantes, dont la tétrapilectomie
capillotracté : tiré par les cheveux
caputoparvification : rétrécissement des capacités cérébrales
caséiballistique : lancer de camembert
cénocéphale : adj. qui n’a rien dans la tête
céphaloclivisme : fendage de gueule
céphalocaptation : prise de tête
céphalogyre : capiteux
céphalorectal : qui a la tête dans le cul
cératocéphale : cocu
cétacéhilarité : fait de rire comme une baleine
chirohirsutisme : fait d’avoir un poil dans la main
chlorophytophonie : musique pour les plantes vertes
chromocapillaire : punkoïde
chronocide : action de tuer le temps
chronophage : qui vous bouffe du temps
chrysocardique : qui a un cœur d’or
circonférence : (n.f) Long exposé ou discours sans queue ni tête
Exemple : Ce politicien est un grand maître de circonférence colombophile : fan d’inspecteur américain à imper mastic, cigare et Peugeot croulante
coprolithe : merde fossilisée (jolie insulte…)
coprolupanar : bordel de merde
copromacidé : espèce de Mac de merde !
coprohélioïde : cf. précédent, mais en version Sun
coprorium : merdier
chronothérapeute : adepte du laisser-courir en matière de santé
cryogonadique : se dit d’un temps très froid
cryotropisme : afflux saisonnier dans les stations de sports d’hiver
cubitole : huile de coude
cultelloclivaire : s’applique aux brouillards très épais
cyanaurantiacée : la terre selon Paul Eluard, qui est “bleue comme une orange” (l’oranger est un aurantiacée)
cyberludothanatomane : adepte de DOOM
cyclohexagonogyration (on peut ajouter epo au début du mot) : Tour de France
Lettre D
défenestropécuniaire : qui revient à jeter l’argent par les fenêtres
dénominofélinoféliner : appeler un chat un chat
dépressoxylotactile : tendance à la superstition angoissante qui conduit à chercher du bois autour de soi
dextrophore : qui porte à droite, par opposition à sénestrophore. Si vous rencontrez un ambiphore, c’est un vantard, ou alors il porte les empreintes de la fermeture-éclair
diptéropodographie : écriture en pattes de mouches
diptérosodomite : voir capillotétratomie. Se dit également drosophilie
dodecahoroportospecter : voir midi a sa porte
dodécahorosustentation : déjeuner
dodecaquadrodecaquester : chercher midi a quatorze heure
duracellopilosité : exactitude (pile-poil…)
Lettre E
egobésité : (n.f.) hypertrophie du Moi. Exemple : La plupart des mégalomanes souffrent d’égobésité.
encyclopédie : habitude de porter son rejeton sur son porte-bagage
endonasodigital : se dit de quelque chose d’extrêmement facile (les doigts dans le nez)
endoproctocéphalique : mal réveillé (voir céphalorectal)
endovulnerocultellogyrisme : penchant sadique
entomoquester : chercher la petite bête
épicéphalocélestimonophobe : gaulois
ergophobe : personne affligée de chirohirsutisme
erratippexodactylographisie : tendance caractérisée à la faute de frappe
excornubovique : extrêmement puissant, en parlant d’un vent (à décorner les bœufs)
exjupiteropygicrédule : qui se pense supérieur aux autres
exoagoravéloaphotophonomane : personne qui s’échappe d’une réunion ennuyeuse en déclarant “Faut qu’j’y aille, y a pas d’lumière sur mon vélo.“
extrasomnoidentité : nom à coucher dehors
Lettre F
fenestronovodécaquintite aiguë : virus artificiellement créé par un professeur fou américain (pléonasme ?) connu sous le nom de Bill G.
frigidolactum : lait caillé
Lettre G
galliendomarmitodominiciste : qui a renoncé au traditionnel gigot/flageolets de belle-maman. Henri IV était un galliendomarmitodominiciste
gastéropodoconchyliphagomanie : compulsion à manger les escargots avec leur coquille
gastronolatinophonie : latin de cuisine
geopyge : adj. [grec geo et puge] designe familièrement les populations laborieuses attachées au travail de la terre – adj. fam. et péj. “cul-terreux“
gymnovitiphyllosexophore : nu, mais dont le sexe est caché par une feuille de vigne
gyrolithique : qui n’amasse pas mousse
Lettre H
hellénépiphanisation : art d’aller se faire voir chez les Grecs
hémicyclodissolutiomane : Président de la République Française
hémigame : récemment pacsé
heptauranobole : qui envoie au septième ciel
herpétophage : naïf
hexapseudonasal : fou (de hexa, six ; pseudo, faux ; nasal, le nez)
hilarothanatogène : désopilant à l’extrême
hippopyrétique : souffrant d’une fièvre de cheval. Se soigne par hippothérapie, bien sûr
hispanobovianglophone : dont l’anglais n’est pas courant
homéoanémicardiomutilatoire : qui blesse le cœur d’une langueur monotone (voir préhibernoluthidolichospasmes)
hydroluxophobe : fêtard (qui a peur de l’eau et par conséquent ne boit que de l’alcool, et qui a peur de la lumière et par conséquent vit la nuit)
hypercaputisme : attitude d’une personne qui a la grosse tête
hyperhippoascensionnisme : tendance à monter sur ses grands chevaux
hyperpsychohomotope : se dit de grands esprits qui se rencontrent
hyperthyrrhoïdien des Alpes : crétin
Lettre I
inthalassopotable : facile
intraoculodigitalie : action de se fourrer de doigt dans l’œil
intraplanéoscythique : dans les plaines de l’Asie centrale
Lettre J
judéophallotomiste : rabbin
Lettre K
kérabovidopréhension : détermination
kilopédiculteur : éleveur de mille-pattes
kilofoliophage : mangeur de mille-feuilles, amateur de roman-fleuve, rat de bibliothèque
kinésiclaste : également appelé “gendarme couché“, protubérance de la route destinée a abîmer les amortisseurs
kléidogée : clef de sol (kléidos : clef ; gée : terre, sol)
konopsoproctotrype : du grec konops (moucheron, plus rigolo que mouche…), proctos (cul), trype (qui perce, qui fore). Un bonheur à prononcer. Pour le sens, voir diptérosodomite
Lettre L
lacrymosaure : larme de crocodile
Laetitiacata : de laetitia (joie) et cata (en bas), désigne un “mobilier” municipal de la République Française dont le haut a de quoi réjouir au moins la partie masculine de la population
logotomie : action de couper la parole
latérograde : qui marche à côté de ses pompes. syn. paracaliga-ambulatoire
lithocardie : affection qui consiste à ne pas en éprouver (de l’affection)
luthomiction : action de pisser dans un violon
Lettre M
magdalenolachrymal : très triste
médianoctancomputophile : informaticien pratiquant après 23h30
mégaxérorubéophile : buveur de gros rouge sec
mélanobutyrophtalmie : oeil au beurre noir
mélanopode : Roger Hanin
microgonadoclaste : qui a une fâcheuse tendance à vous les briser menu. Syn. Gonadotrope
micromyxeux : petit morveux (myxo : morve). Voir le proverbe à ce sujet
micropèdes : petits-enfants
minilactopotage : intense satisfaction
Minosarpédorhadamantie : L’Union Européenne (car Minos, Sarpédon et Rhadamante sont issus de l’union européenne, à savoir de l’union entre Zeus et Europe). [Waaah, sauvage, celle-là]
monoculoprojection : action d’aller jeter un œil quelque part
monoculosomnie : fait de ne dormir que d’un œil
monostratodétenteur : extrêmement obtus
morbocéphaloproctologuer : parler au cul de qqn parce que sa tête est malade
morphométéorisme : condition de quelqu’un qui pète la forme
multicoprothalassotope : station balnéaire de la Méditerranée
multidomolactambule : laitier
muscarectocopulateur : voir diptérosodomite ou konopsoproctotrype mutocyprinéen : muet comme une carpe (la carpe étant un Cyprinée)
Lettre N
nabuchodinosaure : très vieil opéra de Verdi
nanipabullophile : amateur de nain de jardin à brouette
nautonoxylopode : marin pourvu d’une jambe de bois
nécroglotte : langue morte
nocticonsiliophorisme : exploitation des ressources méditatives du sommeil
nodocéphale : tête de nœud
nodovermiculotracter : interroger
nonegoculoxyloscoper : ne pas voir la poutre qu’on a dans l’œil
nucléoprojection : jeu auquel on peut se livrer après dégustation d’une salade niçoise ou d’une tarte aux prunes
nyctamère : famille de molécules chimiques ne réagissant que la nuit. À ne pas confondre avec matriosodomite, bien sûr
Lettre O
oculogynécomane : mateur
oligophrénarche : de oligos (peu abondant, peu nombreux), phréné (cerveau) et arche (chef), soit “chef à l’intelligence peu flagrante.” Mais non, ce n’est pas un pléonasme, allons, allons !
omniviaromalocomotion : principe suivant lequel tous les chemins mènent à Rome
onchopercussion : indifférence notoire
orchidopharyngite : gros, gros malaise (les avoir là)
orchidopyge : homme dont on peut dire qu’il n’a pas froid aux yeux
orchidopelliculaire : superlatif de pelliculopyge
ostéopipter : tomber sur un os
ostréipyge : fesse d’huître
otophagie : manie qu’ont certains boxeurs de se bouffer les oreilles
orchidoclaste : casse-couille
ovinotropisme : doctrine qui veut qu’on retourne à ses moutons
ovoantégallinadoxie : doctrine qui soutient que l’œuf est apparu avant la poule
ovocéphale : énarque
ovopostégallinadoxie : doctrine qui soutient que la poule est apparue avant l’oeuf
Lettre P
paléocapridé : genre de vieille bique, cfr. paléotalpidé (vieille taupe) ou paléogadidé (vieille morue)
paléodiéréminiscento-lachrymogène : propriété de la sonnerie horaire d’après un monsieur Paul qui n’était pas chauffeur de Mercedes
paléogallicisme : style “vieille France”
paludoludiverbisme : tendance à pratiquer le jeu de mots vaseux
pangéoréticule : le world wide web
panimmersion : n. [grec pan– et lat. immergere] sert à décrire une situation avantageuse ou agréable ; (“je suis en panimmersion” – fam. “tout baigne pour moi“)
parascénopode : pied à coulisse. Également appelé léiotrachéopode, par usage d’une césure supplémentaire
parturiophone : enceinte acoustique
pastacircopyge : quelqu’un qui a vraiment beaucoup de chance
pédagogue : WC pour enfants
pédigramme : pied de la lettre
péditaphoalterlapsiste : qui a un pied dans la tombe et l’autre qui glisse
pelliculopyge : extrêmement onéreux
pénémétrie : appréciation au pif
péricéramotropie : voir potogyration
périgyrostrabique : (adj) Interlope. S’applique aux activité ou personnes qui tournent autour des milieux louches (voir : strabosphère). Exemple : Les activités périgyrostrabiques d’un promoteur immobilier
péripatétiglotte : médisant
phallosophe : qui ne raisonne pas avec sa tête
phobosophe : élève de terminale jouant aux tarots durant les cours de philosophie
phocéenne mullidinsulaire : La Marseillaise (de Rouget de Lisle, le rouget étant un poisson de la famille des mullidés)
phocéodocte : savant de Marseille
phrénoremplissement : bourrage de crâne
phyllophore : porte-feuille
phyllotétanique : dur de la feuille
pictégénitotélémateur : visiteur fréquent de alt.bin.pict.erotica
piperonatriohirsutisme : le charme de la quarantaine
plomboclaste : qui pète les plombs
ploutovestitoré : dont le tailleur est riche
pluvio-anémomètre : instrument qui permet de ne pas confondre vitesse et précipitation
podoclaste : casse-pieds
podophyte : plante du pied
podopréhension : grand amusement, éclate, jouissance
podopygéplégie : coup de pied au cul
ponctuioter : donner davantage de précisions
postéro-ultimosidérodromie : impossibilité de rentrer chez soi
potogyration : action de tourner autour du pot. Exemple : Veuillez respecter le sens potogyratoire
préhibernoluthidolichospasmes : sanglots longs des violons de l’automne, phénomène météomusical aux propriétés homéoanémicardiomutilatoires, décrit pour la première fois par Verlaine en 1866
sénatorium : lieu de villégiature, de soins et de repos spécialement conçu pour accueillir les parlementaires vieillis (?) prématurément (?) par l’exercice du pouvoir. Exemple : La Côte d’Azur est le sénatorium préféré des ministres belges
sénestrochirogame : qui vit dans le péché
sinophagie : déjeuner dans le 13e arrondissement de Paris. À ne pas confondre avec cynophagie, mais certains rétorqueront que c’est une synecdoche pars pro toto
somno-orthostatique : se dit d’une histoire peu véridique
soroributyroplégique : dont la sœur bat le beurre
spinapodoectomie : coup de main
stéréotype : individu coiffé d’un walkman
strabosphère : (n.f.) Ensemble des individus plutôt louches, qui vivent en marge de la loi. Exemple : Les bulles spéculatives gonflent dans la strabosphère – Portion de l’espace visible par un individu qui louche. Exemple : bouteille de Klein ou anneau de Moebius en version 2D
stratocumulocéphale : rêveur
strobolithe : pierre qui roule. Proverbe connu : strobolithe n’amasse pas mousse
strobolithobryophytophore : pierre qui roule… et qui amasse de la mousse. Citation : “Moi, des préjugés, j’en aurais plus jamais d’la vie !“
supragastrophtalmie : tendance à avoir les yeux plus grands que le ventre
suprapygoflatulent : personne qui pète plus haut que son cul
Lettre T
tabulopodosophe : personne qui raisonne comme un pied de table
tachycollapsotracteur : mauvais amant (qui tire son coup en vitesse)
temporivore : voir chronophage
testiculotraumatique : voir orchidoclaste
thanatocéphale : tête de mort
thanatothérapie : erreur médicale. Exemple : Jean-Pierre Chevenement a subi une thanatothérapie au curare
thermostégofélidée : chatte sur un toit brûlant
thermotuberculofuge : se dit de quelqu’un qui passe un problème brûlant à quelqu’un d’autre
transrhinoscopie : capacité de voir plus loin que son nez
tridécatabulophobie : peur d’être treize à table
turbidinaute : (n.m.) personne qui sait naviguer en eaux troubles. Exemple : Cette Faculté de Droit produit d’excellents turbidinautes
Lettre U
ultrafidélocaténophone : chaîne hi-fi
uroluditélémétrie : art de jouer à celui qui pisse le plus loin
Lettre V
vésicolanternomane : qui a l’habitude de prendre des vessies pour des lanternes
vésicosufflochromateur : supérieur à 0,5 gramme
Lettre W
woolfophobe : qui a peur de Virginia Woolf. Je le garde pour le W, mais c’est beaucoup plus joli en lycoparthénophobe
Lettre X
xanthobalnéofluctuanaé : relatif aux canards en plastique jaune qui flottent sur le bain
xéropyge : action qui, en cas d’excès, peut mener à la xylocéphalie
xylocéphalie : gueule de bois
Lettre Y
yachtitropicomythivorotrièdre : triangle des Bermudes
yakocoprolithe : énorme galet des montagnes du Népal, utilisé par les sherpas pour la construction des huttes yétiscopiques
yétiscopique : relatif à certaines vapeurs des sommets himalayens
yourceniclandestolaboration : L’Oeuvre au noir
yoyomapédidromophile : qui aime à faire son jogging en écoutant du violoncelle
ypéritorhinotachytrope : colérique, qui s’énerve rapidement
yuppiexpédidétritus : cadavres gelés de grimpeurs occidentaux jonchant l’Everest parmi les yakocoprolithes
Lettre Z
zoocopulatoire : qui baise comme une bête
Remerciements
Bien entendu, c’est moi qu’a eu l’idée de xyloglotter au début, mais sans vous, on ne serait pas allé bien loin. Une grosse bise personnelle à tous les généreux granonatriofères qui ont contribué à ce dictionnaire :
Cricri-popotame, Bernard Boigelot, Guillaume Lanoo dit Garfield, Greg Trow, Nicolas Moal, Denis Fouche, Yannick Copin, Jean-Philippe Gros, Vincent Delavallée, Anton Muller, Jean-François Garmy, Yves Delavignette, Ben Rodriguez, Xavier Blondel, Philippe Delavallée, Pierre-Yves Monfrais dit Pym (voyez sa page Exquis mots, elle est extra), Gauthier de Foestraets, EIT, Éric Rozenberg, Bruno Hongre, Frédéric Juillard, Hubert Schyns, Luck Darniere, Laurent Duval, Philippe Schwemling, Michel Baillard, Dominique Portier alias Marsu ou Mad, Jacques Tramu, Maxime Boisset, Michel Bordry, Philippe Sechet, René Planel, Marie-José Loiseau, Olivier Larpin, Hervé Renaudie, Jef, Marie-Claude Delavallée, Nicolas Cornuault, Olivier Roger, Vincent Cleppe, Jean-Pierre Hache, JC Gelbard, Erich Iseli, Emmanuel Smague, Pierre-Yves Ily, Michel Dubesset, Tony Bastianelli, Mathieu Peyral, Bernard Weiss, Antoine Pitrou, Sébast, Frédéric Mingam, Christian B., Thierry Le Floch, Jacques Labidurie, Alain Gottcheiner, Johannes, Michel Derouet, Bertrand Nobilet, Guy-Denis Bertrand, Rémy Moszczynski, Martin Granger, Gérard et Denise Mourdon, Bertrand Cos, Christelle Gibergues, Olivier.Df.1999 (mention spéciale), Isabelle Asenkat, Virtual Sined, Jean-Pierre Guillet, Philippe Daniel, Bruno Marichal, Ghislain Moret de R. etc., Serge Sonia, Thierry Gilliboeuf, Pierre Arthapignet, Thierry Leys, Séverine Guisset, Fabrice Muhlenbach, Amaury Prevot-Leygonie, Michel Carsalade, Pascal Levy, Umberto Eco (par citation interposée), François Laferrière, Rémy Pradier, Thierry Pradeau, Philippe Daniel, Christophe Masson, Éric Dassié, Tristan Sauvaget, Yves Grasset… et bientôt vous, peut-être ?
Je n’y comprends rien à ces mots compliqués, à l’aide !
C’est normal. C’est quand on commence à comprendre qu’il faut s’inquiéter pour sa santé mentale. Mais si vous voulez vraiment savoir ce que ça veut dire, ouvrez illico le dictionnaire le plus proche (ma bible de xyloglotte, c’est le Dictionnaire des structures du vocabulaire savant, dans les Usuels du Robert), demandez à votre cousine qui a fait hypokhâgne, creusez-vous les méninges… et si rien ne marche, si vous ne comprenez vraiment vraiment pas, écrivez-moi… ou adoptez de plus saines lectures et dévorez les aventures de Babar.
[WALLONIE.BE/…/VIVRE-LA-WALLONIE] Véritable vitrine du savoir-faire wallon et mine d’informations sur la Wallonie, le site CONNAÎTRE LA WALLONIE s’est offert un tout nouveau design facilitant sa consultation et son exploration. Patrimoine, culture, wallons marquants, histoire, folklore… autant de rubriques à votre disposition pour mieux connaître votre Région.
Le site Connaître la Wallonie a vu le jour en 2013 afin de rassembler et de mettre en valeur, sur un même site, ce qui fait l’identité et la richesse de la Wallonie. Grâce à une collaboration entre le Service public de Wallonie, le Gouvernement wallon et l’Institut Jules Destrée, il s’est enrichi, au fil des ans, de contenus de haute qualité.
EXPLORER LE TERRITOIRE WALLON
Les quatre grandes sections du site vous invitent à parcourir l’histoire et les symboles de la Région, sa culture et son patrimoine, ses Wallons marquants et sa géographie. De la préhistoire à nos jours, en passant par Charlemagne et Napoléon, la Wallonie est le produit d’une histoire mouvementée. La rubrique Histoire et symboles s’est, en outre, enrichie d’un atlas historique comprenant 250 cartes qui permettent de suivre le cheminement séculaire de l’espace wallon au cœur du bouillonnement européen. Découvrez ou redécouvrez également les symboles de la Wallonie, fruits d’une appropriation populaire et d’une reconnaissance officielle.
Des lieux de mémoire à la littérature, en passant par toutes les facettes de la culture et du folklore, des sites et édifices remarquables au petit patrimoine populaire, tous témoignent d’une histoire riche et ouverte aux influences multiples. Vous les retrouverez dans la rubrique Culture et patrimoine.Terre à la croisée des mondes latin et germanique, la Wallonie a également engendré ou accueilli de très nombreuses personnalités qui ont laissé une trace dans l’Histoire. C’est l’objet de la rubrique Wallons marquants. Celle-ci reprend aussi, depuis 2011, les Wallonnes et les Wallons qui, par leur vie ou leurs actions, illustrent la Région ou contribuent au mieux-être de la collectivité, et qui sont, à ce titre, honorés par un Mérite wallon. Depuis cette année, les plus jeunes ayant brillé par leurs actions ou leurs réalisations sont également reconnus par la remise d’une Étincelle.
UN SITE EN CONSTANTE ÉVOLUTION. La Wallonie est une région active et créative dont on n’a jamais fait le tour. Riche de milliers de fiches sur le patrimoine, les Wallons marquants… le site Connaître la Wallonie continuera à enrichir son contenu afin de coller au mieux à l’actualité culturelle et parlementaire ainsi qu’à l’émergence de nouvelles personnalités régionales : https://connaitrelawallonie.wallonie.be
Evelyne Dubuisson
Voilà un bandeau que vous connaissez bien : l’équipe de wallonica.org l’utilise pour vous guider vers des références qui vous permettraient d’en savoir plus encore que dans nos pages, le cas échéant. “Connaître la Wallonie“, voilà un site de référence que peu d’entre vous connaissaient et qui, pourtant, figure depuis longtemps dans la liste de nos sources où nous écrivions à son propos :
Des trésors d’informations précises et rares, hélas bien enfouis dans un ensemble de bases de données distinctes, heureusement bien ratissé par un moteur de recherche. C’est bien dommage : peu de Wallons et de Bruxellois connaissent “Connaître la Wallonie“, une compilation un peu administrative de joyaux de documentation, comme la très complète “Encyclopédie du Mouvement Wallon.” A visiter !
La nouvelle interface du site laisse présager du meilleur et ce sera désormais tâche plus plaisante que de consulter ce site, où sont portés en ligne des ouvrages monumentaux comme les quatre forts volumes de l’Encyclopédie du Mouvement Wallon déjà citée, d’autres articles de Jean-Pol Schroeder sur le jazz en Wallonie ou les liens vers WalonMap que nous utilisons pour notre topoguide…
En décembre, les jours continuent à décroître jusqu’au 21 du mois. Tandis que la durée du jour est de 8 heures 30 minutes le 1er décembre, elle est réduite à 8 heures 11 minutes le 21 de ce mois : nous sommes alors au solstice d’hiver ; les jours ont heureusement atteint leur plus petite durée et les nuits vont commencer à diminuer.
Remarquez toutefois que si les jours augmentent à partir du 21 décembre, c’est le soir seulement qu’on peut s’en apercevoir, car le soleil se couche bien un peu plus tard, mais il ne se lève pas encore plus tôt que les jours précédents. Cette augmentation légère dans la durée du jour est exprimée par le dicton bien connu :
Après la Sainte-Luce,
Les jours croissent d’un saut de puce.
La température continue à décroître : le thermomètre marque en . moyenne 3,7° au-dessus de zéro. Janvier sera plus rigoureux encore.
Dans le calendrier républicain, nivôse, mois des neiges, commence le 21 décembre. La neige n’aura pas vraisemblablement attendu l’échéance fixée par le calendrier pour recouvrir la terre d’un linceul blanc. Cette neige est attendue avec la plus vive impatience par nos agriculteurs. Grâce à elle, en effet, la terre est préservée des grands froids ; la semence déposée dans le sol est garantie contre la gelée par cet excellent écran, par cette couverture blanche qui est la neige ; de plus, en traversant l’atmosphère, la neige entraîne et dépose sur le sol des poussières, des corpuscules organisés, qui serviront d’aliments aux jeunes plantes.
Le travailleur des champs souhaite en décembre de la neige, nous venons de dire pour quelle raison ; mais il désire aussi de la pluie, du brouillard, un ciel couvert, car ces phénomènes météorologiques excluent la gelée, dont il a peur durant ce mois. C’est ce que veulent dire la plupart des proverbes agricoles.
En décembre froid
Si la neige abonde,
D’année féconde
Laboureur a foi.
Ou encore :
Dans l’Avent le temps chaud
Remplit caves et tonneaux.
Toutefois, c’est moins la chaleur que l’agriculteur demande que l’absence de fortes gelées, surtout quand il n’y a pas de neige. Il demande d’autant moins la chaleur qu’il gèlera, croit-il, au printemps, si l’hiver n’est pas venu à Noël.
Soleil à Noël,
Neige à Pâques.
Qui à Noël cherche l’ombrien (l’ombre)
A Pâques cherche le foyer.
Un grand nombre de proverbes agricoles se rattachent à la grande fête chrétienne dont nous devons parler ici. Et d’abord, d’où vient ce nom : Noël ? Les uns prétendent que ce mot correspond au nom propre Emmanuel, qui vient lui-même de l’hébreu Imnuel, nom formé de trois mots : im (avec) nu (nous) el (Dieu). Nu el, abréviation de im nu el signifierait donc Dieu avec nous. Quelques étymologistes affirment que Noël vient du mot latin natalis, qui signifie naissance ; d’autres enfin pensent que Noël n’est qu’une contraction du mot français nouvel, “à cause de la bonne nouvelle qui fut annoncée aux bergers et bientôt répandue dans le monde entier.” Ce qui donnerait quelque poids à cette dernière étymologie, c’est qu’autrefois, lorsqu’un événement heureux se produisait, il était salué par le peuple aux cris de : Noël ! Noël ! ce qui voulait dire la bonne nouvelle !
L’institution de la Noël est attribuée au pape Télesphore, mort en 183. A cette époque, elle se confondait parfois avec l’Épiphanie. Ce ne fut que sous le pontificat de Jules Ier (337 à 352) que la fête de Noël fut invariablement fixée au 25 décembre.
Décembre était placé dans l’ancienne Rome sous la protection de Vesta, déesse du feu, et de Saturne, père de tous les dieux.
En l’honneur de Vesta, on entretenait non seulement dans les temples, mais dans la première pièce de chaque maison un feu qui ne devait jamais s’éteindre. C’est pour cette raison que la première chambre de la maison des Romains s’appelait Vestibule.
En décembre les Romains célébraient les Saturnales, fêtes données en l’honneur de Saturne, et la fête des Septimontium, c’est-à-dire la fête des sept collines de Rome.
Enfin décembre s’achève : l’année va rejoindre ses sœurs aînées dans ce pays inconnu où se trouvent, dit-on, les vieilles lunes. Puisse l’année nouvelle être favorable à nous-mêmes, à nos amis, à nos familles, à notre patrie !
Albert LEVY (1844-1907) était un physicien français, directeur du service chimique à l’Observatoire de Montsouris (en 1894). Il a écrit sous son nom ainsi que sous le pseudonyme de “A. Bertalisse”. Nous avons retranscrit ici le texte de plusieurs de ses “tableaux” : les légendes du mois de…
Le fonctionnement des Archives de l’État à Liège en 1940-1945 reste relativement mal connu. Jusqu’ici, les chercheurs se sont contentés d’évoquer rapidement le bombardement du 24 décembre 1944 durant lequel de nombreux documents d’Ancien Régime ont été détruits. Les grandes étapes de l’histoire de l’institution durant l’occupation et à la libération, la vie quotidienne de son personnel ou encore son mode de fonctionnement, sont restés dans l’ombre pendant plus de 75 ans. Pourtant, de nombreuses questions restent en suspens. Quelles ont été les difficultés rencontrées par la direction, le personnel scientifique et administratif ? Quelle a été la position de l’institution face aux demandes de l’occupant, notamment dans le cadre des enquêtes d’aryanité ? Des mesures spécifiques ont-elles été prises pour protéger les documents de destructions éventuelles ? Comment les Archives de l’État se sont-elles organisées à la suite des bombardements de 1944-1945 pour protéger les fonds endommagés ? Malgré la perte partielle des documents administratifs dans l’incendie qui a ravagé le dépôt en 1944, les documents conservés aux Archives de l’État à Liège et aux Archives générales du Royaume, les “archives des archives”, permettent de lever le voile sur de nombreuses interrogations.
Aujourd’hui encore, près de 80 ans après les faits, les successeurs de ces hommes et femmes continuent d’œuvrer patiemment à la restauration et à la réhabilitation de ce patrimoine exceptionnel. Les moyens financiers et en personnel font défaut et ce sont principalement des mécènes privés qui aident à la restauration de ces documents papiers. Parmi les 13 fonds d’archives endommagés, un seul a fait l’objet d’un traitement digne de ce nom. Lorsqu’est lancé entre 2007 et 2011 un vaste projet autour des institutions de la principauté de Liège, les Archives de l’État décident d’aller plus loin avec un argument qui saura convaincre : plus que l’histoire de la principauté de Liège, les archives du Tribunal de la Chambre impériale concernent l’histoire du Saint Empire germanique. Si ces précieux procès avaient été délaissés par les archivistes liégeois au lendemain du bombardement, soucieux d’abord de s’intéresser aux institutions centrales de la principauté de Liège, c’est pourtant cette collection qui va connaître, entre 2012 et 2019, le sort le plus enviable.
Laetizia PUCCIO et Bernard WILKIN
Bibliographie
Puccio L. (dir.), Trésors de procédure : Les dossiers du tribunal de la chambre impériale conservés aux archives de l’état en Belgique (1495-1806), Liège, 2019.
Wilkin B., “Le dépôt des Archives de l’État à Liège face à la Seconde Guerre mondiale”, RHLg 1, 2020, p. 129-140.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Laetizia PUCCIO et Bernard WILKIN a fait l’objet d’une conférence organisée par la CHiCC, en octobre 2023 : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez le programme annuel de la CHiCC…
Octobre correspond, dans le calendrier républicain, à vendémiaire, nom dérivé de vindemia, qui veut dire en latin vendange.
Vendémiaire en main tenant la coupe
Ouvre l’automne et l’an républicain ;
Les vendangeurs vont en joyeuse troupe
Des ceps dorés détacher le raisin.
A la fin d’octobre, la vendange doit être terminée ; les proverbes agricoles nous disent en effet :
Entre saint Michel et saint François
Prends ta vigne telle qu’elle est.
A la Saint-Denis prends–la,
si elle y est encore.
(Hautes-Alpes)
La vigne ne réussit pas en tous pays. En France, la limite de la culture de la vigne touche au nord l’Océan à Vannes, passe entre Nantes et Rennes, entre Angers et Laval, entre Tours et le Mans, remonte par Chartres, pour passer au-dessus de Paris, puis au-dessous de Laon et au-dessous de Mézières, et atteint le Rhin à l’embouchure de la Moselle.
Sur les 150 millions d’hectolitres de vin qui sont récoltés à la surface du globe, lesquels proviennent presque exclusivement des vignes d’Europe, la France, à elle seule, produit 65 millions d’hectolitres ; l’Italie, 33 millions ; l’Espagne et le Portugal, 23 millions ; l’Allemagne, la Grèce 20 millions. Nous n’aurions pas manqué d’ajouter autrefois, du temps où nous combattions nos ennemis séculaires :
Je songe, en remerciant Dieu,
Qu’ils n’en ont pas en Angleterre !
A Rome, le mois d’octobre était placé sous la protection de Mars, auquel on sacrifiait, le 15, un cheval, october equus (cheval d’octobre). Parmi les fêtes qu’on célébrait, durant ce mois, signalons :
Le 11, les Médétrinales, en l’honneur de Médétrina, déesse de la médecine ; on faisait de nombreuses libations de vin, car le vin paraissait être le remède universel.
Le 13, les Fontinales, en l’honneur des nymphes des fontaines ; “on jetait des fleurs dans les fontaines et on couronnait les puits avec des guirlandes de fleurs.”
Le 19 avait lieu la bénédiction des armes, Armilustres ; on faisait une revue générale des troupes dans le champ de Mars.
Le 30, avaient lieu les Vertumnales, en l’honneur du dieu des saisons et des fruits.
La température moyenne du mois continue à décroître : elle était de 15,7° en septembre ; elle descend à 11,3° en octobre. Le jour décroit de 1 heure 43 minutes, savoir de 46 minutes le matin et de 57 minutes le soir ; à la fin du mois, le soleil se lève à 6 heures 47 minutes le matin et se couche à 4 heures 40 minutes le soir.
Bacchus, dieu des vendanges, était largement fêté en Grèce et à Rome. En Grèce, on l’adorait sous le nom de Dionysos et les fêtes des vendanges s’appelaient Dionysiaques. Ces fêtes se distinguaient entre toutes par la gaieté et la liberté extrêmes qui y présidaient ; les esclaves eux-mêmes étaient durant ce temps complètement libres.
A Rome, le dieu des vendanges s’appelait Bacchus et les fêtes qui avaient, pour but d’honorer le dieu, les Bacchanales, étaient l’occasion des plus grandes débauches. Ces fêtes furent supprimées au concile de Constance, en l’an 692.
Albert LEVY (1844-1907) était un physicien français, directeur du service chimique à l’Observatoire de Montsouris (en 1894). Il a écrit sous son nom ainsi que sous le pseudonyme de “A. Bertalisse”. Nous avons retranscrit ici le texte de plusieurs de ses “tableaux” : les légendes du mois de…
Les Romains donnaient au mois qui succède à Mars le nom d’Aprilis, qui vient du mot latin aperire, qui veut dire ouvrir, soit “parce que, dans ce mois, les bourgeons commencent à s’ouvrir“, soit “parce que la terre semble ouvrir son sein en se couvrant d’une végétation nouvelle.” Du mot latin Aprilis nous avons fait avril.
Eu Grèce, le mois d’avril était consacré à la déesse Cybèle, la mère des dieux, comme l’appelaient les Grecs. C’était à Pessinonte, en Phrygie, que se trouvait le principal temple consacré à Cybèle ; on l’y adorait sous la forme d’une pierre noire qui était, disait-on, tombée du ciel.
Le 1er avril, nous nous égayons aux dépens de nos amis en leur annonçant des nouvelles absolument inexactes, et en leur imposant des démarches inutiles. S’ils se fâchent, il nous suffira d’un mot pour calmer leur colère : “Poisson d’Avril !”
Quelle est l’origine de cette plaisanterie vraiment absurde ? On raconte que le roi Louis XIII faisait garder à vue dans le château de Nancy, un prince de Lorraine : “Le prisonnier trouva moyen de se sauver, le 1er avril, en traversant la Meuse à la nage, ce qui fit dire aux Lorrains que c’était un poisson qu’on avait donné à garder aux Français.“
Rappelons d’ailleurs qu’en avril le soleil se trouve dans la constellation zodiacale qu’on appelle les Poissons.
Du commencement à la fin d’avril, les jours augmentent de 1 heure 40 minutes, savoir : de 57 minutes le matin et de 43 minutes le soir.
En avril, la température continue à s’élever et cependant les mauvais temps ne nous ont point complètement quittés. Vous connaissez le dicton : “Il n’est si gentil mois d’avril qui n’ait son chapeau de grésil.”
Il y a d’ailleurs, dans ce mois, une échéance qui terrifie un grand nombre de paysans et qui suscite chez eux les croyances les plus superstitieuses : je veux parler de la lune rousse. Les agriculteurs appellent lune rousse la lune qui, commençant en avril, devient pleine soit à la fin d’avril, soit au commencement de mai ; ils attribuent à la lumière de la lune la gelée qui, à cette époque de l’année, roussit les plantes. Les agriculteurs se trompent. Les plantes gèlent quand la température baisse et que le ciel est découvert, circonstance qui favorise le refroidissement de la terre. Or il est bien vrai que lorsque la lune brille, le ciel est dégagé , mais on voit que dans ces gelées tardives “la lune n’est pas complice, mais simplement témoin du dégât.“
En avril, l’agriculteur souhaite la pluie pendant la première partie du mois :
Pluie d’avril
Remplit grange et fenil.
Mars hâleux,
Avril pluvieux
Font mai joyeux.
Quand il tonne en avril,
Vendangeurs, préparez vos barils.
Albert LEVY (1844-1907) était un physicien français, directeur du service chimique à l’Observatoire de Montsouris (en 1894). Il a écrit sous son nom ainsi que sous le pseudonyme de “A. Bertalisse”. Nous avons retranscrit ici le texte de plusieurs de ses “tableaux” : les légendes du mois de…
Le fondateur de Rome, Romulus, voulant donner à son peuple un calendrier nouveau, divisa l’année en dix mois de trente jours, suivis de soixante jours complémentaires et consacra le premier de ces mois au dieu Mars dont les Romains le prétendaient issu.
On raconte qu’à Rome, sous le règne de Numa, en l’an 44 de la fondation de la ville, une pierre ayant la forme d’un bouclier tomba du ciel. Les oracles furent consultés.
Ils déclarèrent que le destin de la ville naissante était lié à la conservation du bouclier céleste. Numa fit exécuter par un ouvrier habile onze boucliers absolument semblables à celui-là, afin de déjouer les mauvais desseins de ceux qui tenteraient de s’en emparer. On donna à ces boucliers le nom d’Anciles, d’un mot grec qui veut dire courbe, “parce qu’ils étaient échancrés latéralement de manière qu’ils étaient plus larges vers leurs extrémités qu’à leur partie moyenne.“
Ces anciles étaient déposées dans le temple de Mars, sous la garde de douze prêtres appelés saliens (de salire, sauter, ou saltare, danser) parce que chaque année, le premier mars, ils parcouraient la ville “portant au bras les boucliers sacrés et exécutant, au son des instruments de musique, des danses et des chants solennels. Pendant les trois jours que durait cette fête, on ne pouvait ni se marier, ni entreprendre quelque chose d’important.“
Vers le 21 mars commence le printemps. Nous sommes à l’équinoxe, ce qui veut dire que la durée du jour est égale à la durée de la nuit. “C’est l’époque du réveil de la nature, c’est le règne des fleurs, c’est la jeunesse de l’année !” En l’honneur du printemps, on célébrait à Athènes et à Rome des fêtes consacrées à Flore, la déesse des fleurs.
La température moyenne qui a atteint en janvier son point le plus bas (2,4°) se relève de plus en plus ; elle était de 4,5° en février, elle est de 6,4° en mars. Ce n’est pas que nous soyons délivrés des froids de l’hiver, car mars est souvent froid et pluvieux ; les pluies, courtes et fréquentes, qui tombent alors que rien ne semblait les faire prévoir, sont connues sous le nom de giboulées.
Les vingt premiers jours de mars, qui terminent le mois républicain de Ventôse, sont en général pluvieux. Avec l’équinoxe du printemps arrive Germinal c’est le temps où la semence confiée à la terre commence à germer.
La terre, déjà préparée, va recevoir durant ce mois : les avoines, les blés de printemps, les pois, les lentilles, les carottes, le lin, le tabac… C’est l’époque favorable pour le semis des arbres résineux : le pin sylvestre, le pin maritime. Le jardinier termine les labours et va semer les laitues, les chicorées, le cerfeuil… La nature, engourdie durant les mois de l’hiver, se réveille ; le soleil nous envoie des rayons plus chauds et plus lumineux. Nos arbres, dont les tiges desséchées se détachaient sur le fond gris et triste du ciel, commencent à porter des bourgeons ; la violette émaille nos parterres… c’est le Printemps !
En mars, les agriculteurs demandent de la sécheresse ; ils craignent tout à la fois les gelées et les chaleurs trop hâtives. Les orages sont aimés du vigneron et redoutés des cultivateurs, ce qui explique que certains dictons soient contradictoires suivant leur provenance. Voici les principaux :
Mars, sec et beau
Remplit caves et tonneaux.
Quand en mars beaucoup il tonne,
Apprête cercles et tonnes.
Quand il tonne en mars
Le fermier enrage…
Janvier le frileux,
Février le grésilleux,
Mars le poudreux,
Font tout l’an plantureux.
Le mois de mars est souvent brumeux. Les agriculteurs prétendent que si l’on note avec soin les jours de brouillard de Mars, on peut être assuré qu’il y aura en mai des gelées blanchies aux jours correspondants. Le fait n’est pas encore admis par les savants.
Albert LEVY (1844-1907) était un physicien français, directeur du service chimique à l’Observatoire de Montsouris (en 1894). Il a écrit sous son nom ainsi que sous le pseudonyme de “A. Bertalisse”. Nous avons retranscrit ici le texte de plusieurs de ses “tableaux” : les légendes du mois de…
La folie de la princesse Charlotte de Belgique, soeur de Léopold II, impératrice du Mexique
La princesse Charlotte, fille de Léopold Ier, épousa Maximilien, frère de l’empereur d’Autriche, un des principaux monarques à l’époque. Sur l’insistance de Napoléon III, Maximilien accepta d’occuper le trône impérial du Mexique. L’aventure échoua et Maximilien fut passé par les armes par les Mexicains. Il aurait pu abdiquer à temps et éviter cette exécution mais la princesse Charlotte s’obstina et l’en dissuada de telle façon qu’apparaît déjà la naissance de sa folie.
La princesse Charlotte a souffert de paranoïa et de schizophrénie. Lorsque Napoléon III réalisa l’échec du corps expéditionnaire français (trente mille hommes) dans l’essai de pacification du Mexique et décida d’abandonner l’aventure, la princesse Charlotte fit le voyage du Mexique en Europe et força par deux fois les portes de Napoléon III afin d’intervenir en faveur de son époux et ce, de façon extravagante. Psychotique, elle souffrait de la folie des grandeurs, à tout prix et contre toute réalité. Elle intervint également dans le même but auprès du pape, allant jusqu’à saisir brutalement la tasse de chocolat du souverain pontife et l’avaler, morte de faim, tant elle craignait d’être empoisonnée.
A l’époque, on connaissait mal la schizophrénie qui était soignée vaille que vaille. De nos jours, avec les progrès du scanner et les neuroleptiques, on aurait pu soigner Charlotte ou, en tout cas, atténuer les effets pervers de ses dérèglements. Les facteurs génétiques semblent intervenir dans le cas des psychoses ainsi qu’un parallèle entre génie et folie. Ainsi, une des filles de Léopold II, Louise, devint folle, de même que la fille de Victor Hugo et celle de Claudel. Léopold II lui-même possédait un caractère très spécial. Dernier parallèle d’ordre médical, le père de Charlotte, Léopold Ier, était âgé de 52 ans lors de sa naissance ; un tel âge, chez un père, favorise de discrètes particularités génétiques.
Charlotte était une enfant surdouée : elle lisait à l’âge de quatre ans, en français et en anglais. Adolescente, elle possédait “l’idéal du pouvoir“, à 18 ans, elle avait “la frénésie du décorum“. Au Mexique, se succèdent les manifestations d’un faste impérial : ils débarquent avec une suite de 85 personnes, 500 malles et un carrosse rococo. Le goût du faste s’allie au goût du pouvoir et à la volonté sincère mais aveugle d’apporter “le bien“. Tout Mexicain pris les armes à la main sera néanmoins passé par les armes. D’où le sort qui sera réservé à l’empereur Maximilien.
Napoléon III possédait des créances importante sur le Mexique, il espérait se voir remboursé par l’exploitation du pays et organiser un empire extra-européen. Ce projet allait faire exploser chez Charlotte la réalisation de ses objectifs trop grandioses et en complète contradiction avec un édifice chimérique. Charlotte souffre d’un contraste entre une brillante et généreuse intelligence et une perception aveugle des contingences de la réalité. Agressive, irritable, nerveuse, paranoïaque, elle viendra plaider en vain la cause de Maximilien en Europe.
En janvier 1868 – Charlotte a 28 ans – le corps de Maximilien est ramené en Europe. Charlotte alternera alors les périodes de calme relatif et des périodes de grande agitation. Elle vivra. au château de Tervueren, détruit en 1879 par un incendie, puis au château de Bouchout. Née en 1840, elle mourra d’une complication de bronchite en 1927, à 87 ans.
La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence donnée par le Dr Emile MEURICE et organisée en mars 2011 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne…
Septembre vient du mot latin septem, qui veut dire sept. Pour n’y plus revenir, nous rappellerons tout de suite qu’octobre, novembre et décembre viennent des mots latins octo, novem et decem, qui signifient huit, neuf et dix, et se rapportent, comme septembre, à l’ancienne année romaine, dont l’origine était en mars.
En septembre, les jours continuent à décroître. La diminution est de 1 heure 43 minutes, se décomposant ainsi : 46 minutes le matin, et 57 minutes le soir. Vers le 21 juin dernier, le Soleil avait atteint sa plus grande hauteur ; pendant quelques jours cette hauteur ne variant pas, on disait que le Soleil s’était arrêté. Nous étions au solstice d’été ; les jours avaient leur plus grande durée : 16 heures 7 minutes. Puis le Soleil s’est abaissé peu à peu ; les jours ont diminué, les nuits sont devenues de plus en plus longues, et seront redevenus égaux à l’équinoxe d’automne.
En septembre, les matinées et les soirées deviennent très fraîches ; la température moyenne du mois descend à 15,7°, c’est-à-dire qu’elle est inférieure de 3 degrés à la température d’août. En même temps que commence la vendange, on s’occupe des semailles.
Août mûrit, septembre vendange ;
En ces deux mois tout bien s’arrange.
Il faut semer de bonne heure, car plus on attend, plus il faut augmenter le poids de la sentence.
Qui n’a pas semé à la Croix
Au lieu d’un grain en mettra trois.
La Croix se rapporte au 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Croix.
Regarde bien, si tu me crois,
Le lendemain de Sainte-Croix.
Si nous avons le temps serein,
Abondance de tous les biens ;
Mais si le temps est pluvieux
Nous aurons l’an infructueux. (Vosges.)
Un peu de pluie est favorable aux semailles, mais les pluies persistantes sont, d’après les agriculteurs , un mauvais présage pour les récoltes futures.
Septembre, a-t-on dit, est le ‘mai’ de l’automne. C’est le bienheureux mois des vacances. Les écoliers s’ébattent en liberté à la campagne ou sur les bords de la mer. Que les jeunes hôtes des plages normandes ou bretonnes n’oublient pas qu’en septembre a lieu la plus forte marée de l’année.
Nous savons que les marées sont dues à l’attraction exercée sur les eaux de la mer par la Lune et le Soleil. Tous les corps de la nature s’attirent. La Terre attire la Lune et est attirée par elle. Cette double action ne se manifeste pas en général d’une manière visible : les parties solides de notre globe, fortement liées entre elles, paraissent immobiles. Sous l’influence de la Lune, l’océan s’élève durant six heures, s’abaisse pendant le même temps, et cela d’une manière continue.
Albert LEVY (1844-1907) était un physicien français, directeur du service chimique à l’Observatoire de Montsouris (en 1894). Il a écrit sous son nom ainsi que sous le pseudonyme de “A. Bertalisse”. Nous avons retranscrit ici le texte de plusieurs de ses “tableaux” : les légendes du mois de…