La recette de la dinde au whisky (plat de fête) est connue, surtout dans sa version humoristique (ci-dessous), aussi traditionnelle que la recette d’origine (voir plus bas) :
Acheter une dinde d’environ 5 kg pour 6 personnes et une bouteille de whisky, du sel, du poivre, de l’huile d’olive, des bardes de lard.
La barder de lard, la ficeler, la saler, la poivrer et ajouter un filet d’huile d’olive.
Faire préchauffer le four thermostat 7 pendant dix minutes.
Se verser un verre de whisky pendant ce temps-là.
Mettre la dinde au four dans un plat à cuisson.
Se verser ensuite 2 verres de whisky et les boire.
Mettre le therpostat à 8 après 20 binutes pour la saisir.
Se bercer 3 berres de whisky.
Après une debi beurre, fourrer l’ouvrir et surveiller la buisson de la pinde.
Brendre la vouteille de biscuit et s’enfiler une bonne rasade derrière la bravate – non – la cravate.
Après une demi-heure de blus, tituber jusqu’au bour. Oubrir la putain de borde du bour et reburner – non – revourner – non – recourner non – enfin, mettre la guinde dans l’autre sens.
Se pruler la main avec la putain de borte du bour en la refermant – bordel de merde.
Essayer de s’asseoir sur une putain de chaise et se reverdir 5 ou 6 whisky de verres ou le gontraire, je sais blus.
Buire – non – luire – non – cuire – non – ah ben si – cuire la bringue bandant 4 heures.
Et hop, 5 beurres de plus. Ça fait du bien par ou que ça passe.
R’tirer le four de la dinde.
Se rebercer une bonne goulee de whisky.
Essayer de sortir le bour de la saloperie de pinde de nouveau parce que ça a raté la bremière fois.
Rabasser la dinde qui est tombée bar terre. L’ettuyer avec une saleté de chiffon et la foutre sur un blat, ou sur un clat, ou sur une assiette. Enfin, on s’en fout…
Se péter la gueule à cause du gras sur le barrelage, ou le carrelage, de la buisine et essayer de se relever.
Décider que l’on est aussi bien par terre et binir la mouteille de rhisky.
Ramper jusqu’au lit, dorbir toute la nuit.
Manger la dinde froide avec une bonne mayonnaise le lendemain matin, et nettoyer le bordel qu’on a mis dans la cuisine la veille, pendant le reste de la journée.
[PIQUIN-RESTAURANT.FR] Un plat savoureux et amusant à préparer. Qui aurait cru que la dinde au whisky pouvait être à la fois un plat délicieux et une source de rires ? Plutôt que de se contenter d’une recette classique, pourquoi ne pas ajouter une touche d’humour à votre table ? Cette recette, facile à réaliser, séduira vos convives tout en apportant une ambiance festive. Préparez-vous à surprendre vos invités avec un plat qui réchauffe le cœur et éveille les papilles.
Les ingrédients indispensables
Avant de vous lancer dans cette aventure culinaire, assurez-vous d’avoir les bons ingrédients sous la main. Voici ce qu’il vous faut :
Dinde : 1,5 kg, de préférence une dinde fermière pour plus de saveur.
Whisky : 200 ml, choisissez un whisky de bonne qualité pour un goût optimal.
Oignons : 2, émincés pour apporter une douceur caramélisée.
Carottes : 3, coupées en rondelles pour une belle présentation.
Herbes de Provence : 1 cuillère à soupe pour relever le tout.
Crème fraîche : 200 ml pour créer une sauce onctueuse.
Sel et poivre : au goût.
Préparation étape par étape
Maintenant que vous avez tous les ingrédients, passons à la préparation. Voici un guide simple pour concocter cette dinde au whisky inoubliable :
Préchauffez votre four à 180°C (thermostat 6).
Dans une grande poêle, faites chauffer un peu d’huile et faites revenir les oignons jusqu’à ce qu’ils soient translucides.
Ajoutez les carottes et faites-les dorer pendant quelques minutes.
Disposez la dinde dans un plat allant au four et assaisonnez-la avec du sel, du poivre et des herbes de Provence.
Versez le whisky sur la dinde, puis ajoutez les oignons et carottes par-dessus.
Couvrez le plat avec du papier aluminium et enfournez pendant environ 1h30.
Une fois la cuisson terminée, retirez le papier aluminium et laissez dorer pendant 15 minutes supplémentaires.
Pour la sauce, mélangez la crème fraîche avec le jus de cuisson récupéré dans le plat, puis servez-la en accompagnement.
Les bienfaits du whisky dans la cuisine
Utiliser du whisky dans vos recettes ne sert pas seulement à impressionner vos invités. Ce spiritueux apporte des arômes complexes qui rehaussent les saveurs des plats. Le whisky, grâce à son caractère riche, sublime les viandes tout en apportant une note légèrement sucrée et épicée. Voici quelques avantages :
Arômes enrichis : ajoute des notes boisées et vanillées (parfait pour les marinades),
Moisture : garde la viande juteuse (idéal pour les rôtis),
Complexité : crée des saveurs uniques (utilisé dans les sauces).
Une touche d’humour pour vos repas
Pour rendre votre repas encore plus mémorable, n’hésitez pas à y ajouter une touche d’humour. Que diriez-vous d’une petite blague sur la cuisine ? Par exemple : “Pourquoi la dinde a-t-elle traversé la route ? Pour passer du côté du whisky !” [Wallonica : ?] Cela allègera l’atmosphère et mettra tout le monde à l’aise. “La cuisine est un art, mais l’humour en est la touche magique“, ajoute un chef anonyme [Wallonica : on comprend…].
FAQ
Peut-on utiliser un autre alcool ? Oui, le vin blanc ou le cognac peuvent également convenir à cette recette.
Combien de temps faut-il cuire la dinde ? Environ 1h30 à 2h selon le poids de la dinde.
Comment savoir si la dinde est cuite ? Utilisez un thermomètre, la température interne doit atteindre 75°C.
Peut-on préparer la dinde à l’avance ? Oui, vous pouvez la préparer un jour avant et la réchauffer au four.
En somme, la dinde au whisky apporte non seulement de la saveur mais aussi une bonne dose de bonne humeur autour de la table. N’attendez plus pour tester cette recette qui fera sensation lors de vos repas en famille ou entre amis !
Nous avons trouvé ce premier texte dans un des registres aux délibérations du Conseil municipal de Jalhay. Les titres de maire, préfet, la qualification de municipalité ne doivent pas surprendre. Les territoires qui forment l’actuelle Belgique sont, à ce moment, annexés à la France.
La fin de l’Ancien Régime se distinguait déjà par un souci de centralisation conjugué à une volonté de mieux connaître les ressources des Etats administrés. Cette tendances s’accentue encore durant le régime français : dénombrements, recensements, enquêtes abondent. Déterminer le chiffre de population des villages permet d’ajuster la fiscalité, mais aussi de connaître le nombre d’individus susceptibles de prendre les armes. Faut-il voir dans le document qui suit une tentative de l’administration de Jalhay d’épargner ses citoyens face aux obligations de la conscription ? Seul un examen plus approfondi des documents pourrait éventuellement le confirmer. Il reste à faire…
Avertissement : les documents présentés sont retranscrits dans leur orthographe originale. Le lecteur ne s’étonnera pas d’y trouver des fautes ou d’anciennes formulations…
Jalhaÿ, le neuf février 1808,
Le Maire de Jalhaij
A Mr de Perignÿ sous Préfet du
2me arrondissement
J’ai l’honneur de répondre a votre lettre en date du 26 janvier dernier, par laquelle vous me demander d’ajouter une observation concernent la disproportion qui existe entre les hommes et les femmes au tableau de population de cette commune.
Sur quoi j’aurai l’honneur de vous observer Mr le Préfet qu’après avoir tous bien examiné je trouve les motifs ci desous tres bien fondé et qui sont veritablement la cause de cette disproportion.
Je remarque ici que le genre de vie des hommes est bien plus exposé en deperissement que celui des femmes attendu que les hommes en cette commune se livrent habituellement dès leur plus tendre jeunesse a des travaux presque forcé et cela sans interruption jusqu’à la fin de la carrière, la grande majorité sont neufs mois de l’année dans les bois et les fanges, ils ÿ logent dans des monceaux de litières ou des huttes, exposés peux ainsi dire a toutes les injures de l’air et a l’intemperie des saisons, y passant successivement du chaud au froid et vise versa, ce qui occasionne des fréquentes incommodités et qui abrège sensiblement leurs vies.
Cela est aussi a ce que je crois la cause que les jeunes gens de la conscription sont ici de plus petites tailles que dans beaucoup d’autre communes, nous en avons une autre preuve ; nous avons toujours le double plus des femmes veuves que d’hommes, il ni a donc pas de doute que ce ne soit leurs genre de vies et leurs excessives travaux qui les expose plutôt au deperissement que les femmes ; voilà monsieur le Préfet le vrai motif de cette disproportion car il est certain que dans aucune Commune du département il ni a des si fort travailleur au bois et a la campagne que dans la commune de jalhaÿ ; je suis avec le plus profond respect.
Monsieur le préfect
Votre tres humble et tres obeissant serviteur
A. J. Gregoire Maire adjoint
Mais apprécions plutôt le tableau que nous dresse Mr Grégoire. Il était rude de vivre à proximité du haut plateau fagnard. Notons cependant que ce devait être le cas dans beaucoup de villages ardennais. Le maire adjoint, en ces temps de conscriptions, défend évidemment ses administrés. On ne peut l’en blâmer. Il met en tout cas ici en évidence les nuitées passées en Fagnes, attestées par ailleurs, notamment pendant la saison d’extraction de la tourbe.
Les femmes étaient-elles d’avantage épargnées ? Probablement. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut supposer qu’elles ne participaient pas aux activités agro-pastorales sur le haut plateau.
[RODIN.UCA.ES : Université de Cadix, Espagne] Dans un article intitulé La parole inhabitable (1990), Daniel Laroche nous rappelle que “la création littéraire ne prend […] relief et sens que rapportée à cette ombre originaire qui est en même temps son envers et sa tentation permanente : le silence“, lequel, “objet d’une nostalgie essentielle mais rarement explicite“, offre à la littérature “un thème névralgique” (Laroche, 1990 : 131). Et de signaler que cette problématique qui imprègne la production littéraire francophone de Belgique depuis le XIXe siècle —et plus particulièrement depuis le courant symboliste et des écrivains comme Georges Rodenbach (Le Règne du silence, 1891) et Maurice Maeterlinck (Le silence, in Le trésor des humbles, 1896)— resurgit notamment dans de nombreux romans régionalistes parus en Belgique au cours des premières décennies du XXe siècle (de La Bruyère ardente de Georges Virrès en 1900 au Village gris de Jean Tousseul en 1927) ou, plus tard, dans les essais et récits de Hubert Juin, un écrivain issu du milieu rural gaumais […]
Au carrefour de deux langues et de deux cultures
C’est précisément à cette époque troublée —en décembre 1942— et dans un endroit d’”entre-deux” que Dieter Comès (1942-2013) voit le jour, lui qui, vivant en milieu diglossique —comme les grands écrivains francophones de Flandre des XIXe et XXe siècles—, est, selon ses propres dires, un “bâtard de deux cultures —latine et germanique” qui, par ailleurs, baigne depuis sa plus tendre enfance “dans un fantastique rural” (Monsieur & Baronian, 1982 : 79). Situé sur la route qui mène d’Eupen à Malmédy, à quelques encablures de l’Allemagne, Sourbrodt, le village natal de Comès, se distingue par un monument, celui qui fut érigé à la mémoire de l’abbé Pietkin, défenseur de la langue française dans la région, sous le régime allemand d’avant 1918. Car le destin linguistique de “la Nouvelle Belgique” —une région qui englobe principalement la partie germanophone des cantons prussiens passés sous juridiction belge suite au Traité de Versailles (1919)— fut longtemps indécis.
Dans son étude sur Le français en région germanophone (1997a), Klinkenberg indique que la langue française ne fit irruption dans la contrée qu’en 1920, lorsqu’un régime militaire décréta le bilinguisme dans l’administration et l’enseignement —ce qui provoqua le départ de 3800 autochtones dont quelque 200 employés et 126 enseignants. Paradoxalement, l’incorporation définitive —en 1925— des Cantons rédimés dans la Belgique flexibilisa quelque peu le régime linguistique ; en effet, la loi belge stipule que la langue des enseignements primaire et moyen est celle de la région et qu’il revient aux communes de déterminer le moment propice à l’introduction à l’école primaire de la deuxième langue —le français, dans le contexte qui nous occupe. Mais, si le statut de l’allemand était juridiquement identique à celui des deux autres langues officielles du pays, jamais il ne le fut politiquement.
Au cours de la décennie trente, profitant de l’essor du pangermanisme, un puissant courant irrédentiste se développa dans cette région si bien que, dès les premiers jours de l’Occupation —en mai 1940—, ce que l’on nomme administrativement les Cantons de l’Est furent tout simplement annexés par le IIIe Reich, et la législation allemande appliquée sans délai… ni trop de résistance.
Aussi, dès la Libération, des mesures de répression furent-elles prises contre cette contrée peuplée d’inciviques et de traîtres à la patrie ! Sur le plan (socio)linguistique, il en résulta une forte suspicion entre les deux communautés (pour les francophones, l’allemand était l’idiome du nazisme ; pour les germanophones, le français était celui de la répression) ainsi qu’une minoration de la langue allemande dans la vie sociale et culturelle, et, partant, une francisation des différents corps administratifs —parmi lesquels le secteur de l’enseignement où l’épuration du personnel germanophone fut ‘compensée’ par l’importation et la constitution d’un corps enseignant unilingue francophone. Tout ceci explique une prépondérance certaine du français dans l’enseignement secondaire après 1945. […]
Ainsi donc, comme l’ensemble de la population de cette Nouvelle Belgique, la famille de Comès vit-elle au carrefour de deux langues et de deux cultures, d’autant plus que, si sa mère parle habituellement le français et le wallon, son père (qui sera réquisitionné par l’occupant et envoyé sur le front russe) s’exprime plus volontiers en allemand. À n’en pas douter, le terroir où il est né et a grandi ainsi que le plurilinguisme familial alimenteront l’univers thématique du bédéiste, qui n’obtint la nationalité belge qu’après la Libération et dont le prénom sera alors francisé —pour une meilleure intégration !— par les frères maristes de Malmédy, lesquels l’obligent de surcroît, lui le gaucher, à écrire de la main droite. […]
Comme d’autres oeuvres de Comès (La belette et Eva), Silence —où s’affirme “une conception ethnologique de l’existence qui a pour fondement le respect de l’autre” (Rosier, 1986 : 28)— est “un roman-miroir sur les espérances déçues de notre temps, d’ici et d’ailleurs. A travers la progression d’un récit entrecoupé de nombreux retours en arrière comme dans Silence, Didier Comès parle de la Wallonie, de la région comprise entre Eupen, Malmédy et St-Vith et du drame vécu par ses habitants lors de la guerre 1940-1945, des Ardennes et des légendes de la campagne, des faibles, des pauvres et des marginaux, de ses haines et de ses amours avec un rêve immense de tendresse.” (Rosier, 1986 : 44-45) […]
Silence, un être différent et déraciné, en quête d’identité et de parole
C’est donc en 1979, dans À suivre, que l’auteur de Ergün l’Errant et de L’ombre du corbeau publie sa grande chronique paysanne et initiatique intitulée Silence, un “roman dessiné” qui lui vaudra la reconnaissance internationale et de multiples récompenses.
Comme il le signale à Thierry Groensteen dans les Cahiers de la bande dessinée : “Je voulais illustrer le problème de l’incommunicabilité, et plus précisément de la méfiance instinctive à l’égard des gens ‘différents’, méfiance qui débouche sur la violence. Personnellement, j’ai toujours éprouvé une forme de tendresse envers les êtres marginaux, quels qu’ils soient. Peut-être parce que moi aussi, je me range dans cette catégorie. Le seul fait d’aimer le jazz, dans un petit village aux moeurs assez rigoristes, passait, sinon pour une perversion, au moins pour une bizarrerie.“
L’action se déroule au cours des années soixante-septante, dans un petit hameau apparemment paisible des Ardennes belges, ironiquement appelé Beausonge, car, “dans cette campagne ardennaise, où le diable et le bon dieu font bon ménage, des êtres comme “La Mouche” craints et redoutés ont énormément d’importance, d’autant plus que la sorcellerie sert la haine ! et la haine, ce n’est pas ce qui manque à Beausonge…” (Comès, 1980 : 99). Rien d’étonnant donc à ce que certains de ses habitants y soient la proie d’horribles cauchemars et de douloureux maux de tête !
C’est là que vit une espèce d’anti-héros, un personnage dépourvu, comme l’indique son nom, de l’usage de la parole. Muet et illettré —”je mapel silence é je sui genti“, écrit-il phonétiquement sur l’ardoise par laquelle il communique avec son entourage—, Silence, de par son apparence tranquille et sa simplicité extrême, diffère sensiblement des autres villageois, aussi bien mentalement que physiquement. Dès le début, nous le découvrons en train de manipuler sereinement —diaboliquement, penseront ceux qui l’appellent “face de serpent” (id. : 31, 254) et “satanée face de sorcier” (id. : 35)— une vipère avec laquelle il échange un regard troublant de connivence.
Assurément, Silence est totalement étranger aux préoccupations terre-à-terre de ceux qui, alentour, s’affairent à soigner le bétail et autres animaux domestiques et martyrisent les saloperies de bestioles sauvages, telle la chouette cruellement clouée sur la porte d’une ferme afin de protéger l’endroit “de tous malheurs, maléfices et autres diableries” (id. : 12). Telles sont les paroles du sorcier Gaspard Nailis, dit La Mouche (en raison de l’odeur qu’il dégage et qui attire les mouches), en réponse au cacique Abel Mauvy, dont le visage tourmenté reflète les appréhensions et les angoisses et contraste vivement avec celui, doux et régulier, du simplet dont il redoute curieusement les supposés pouvoirs diaboliques. Ne lui suffit-il pas en effet, pour se sentir espionné et piquer une colère, d’apercevoir cet idiot qui ignore tout du mal et n’entend rien aux normes capitalistes ni aux rapports de force gouvernant la communauté mais qui, selon certains, “ressemble de plus en plus à “l’autre” —ce qui ne soit par faire particulièrement plaisir à Abel… et je le comprends” (id. : 36) ? “Tu sais, le muet, il m’inquiète… Tu crois pas qu’il aurait la “mauvue” des fois ? […] Si ça s’éveillait ?…” (id. : 14).
En effet, ce demeuré bienheureux, réduit au rôle de domestique et de souffre-douleur, et marqué par son maître d’une étiquette dont il ne saisit guère le sens (“Il è genti le maite avec moi… Il me di toujour que je sui le roi dé inbécil !… cé domage que je sai pa ce que cè un inbécil !” (id. : 80)), ne pourrait-il, un beau jour, braver l’interdit (pénétrer dans la grange où sont remisés de vieux objets et décors théâtraux ainsi que d’anciennes photos familiales à même de piquer sa curiosité et de ressusciter quelques fantômes du passé) et, du coup, sortir de l’amnésie et du beau songe mensonger où il a été consciemment plongé ? C’est que, privé de parole, Silence l’est aussi de mémoire et de passé. D’où vient cet être infantile qui rêve de voir la mer (sa mère) et ferait n’importe quoi pour un morceau de gâteau ? Personne ne le sait ou, plutôt, ne semble vouloir se le rappeler, car, à Beausonge, tous sont inféodés au potentat Abel Mauvy auquel les lient de lourdes dettes et une complicité criminelle.
Mobilisé, comme les autres hommes du village, dans les gardes-frontières au début de la Deuxième Guerre, Mauvy, en sa qualité d’exploitant agricole, échappe à la captivité et regagne sa ferme dès l’invasion de la Belgique par les Allemands en mai 1940. De retour à Beausonge, il surprend sa promise avec le tzigane Georgio qu’il tue d’un coup de fourche dans le dos, avec l’approbation des villageois qui enterrent secrètement le corps et recommandent à sa veuve Sara de garder le silence. Enceinte, Violante — dont la trahison est mise sur le compte d’un envoûtement du gitan — est alors contrainte par son père d’épouser Mauvy qui flaire la bonne affaire : les frères de sa femme toujours absents, c’est lui qui gérera les deux fermes, devenant de ce fait le maître des deux domaines et l’homme le plus influent de la région.
Veuf à la naissance de son rejeton illégitime, né muet de surcroît, Mauvy n’éprouve aucun mal à exciter la colère des paysans à l’égard de Sara, convertie malgré elle en diseuse de bonne aventure et promptement surnommée “la sorcière“, et à la rendre responsable de la mort atroce de la sienne et de l’infirmité innée de Silence. Cette femme qui avait la “mauvue” — le mauvais oeil — et qui, par jalousie, avait jeté un sort à la mère et à l’enfant et provoqué le malheur à Beausonge, ne méritait-elle pas, victime expiatoire, d’avoir les yeux brûlés ? L’horrible sentence fut exécutée sur-lechamp par les culs-terreux encagoulés — à l’exception de Mauvy — qui, la tenant solidement, approchèrent de ses yeux le fer rougi au feu d’un brasero.
Tel est le récit que Sara, avide de vengeance depuis cette sinistre nuit, relate à Silence, après lui avoir administré un puissant élixir destiné à chasser les brumes qui obscurcissent son esprit, à lui révéler et à amplifier les redoutables pouvoirs qu’il possède à l’état latent, à lui ouvrir, dit-elle, “les portes de l’oubli et de la vie” (id. : 87). Désormais, des liens de haine à l’égard des habitants de Beausonge et de Mauvy en particulier — qui, par ressentiment et afin d’exercer une mainmise croissante sur lui, n’a fait qu’aggraver la débilité de son fils — devraient les souder. Car, ajoute-t-elle avant que l’effet des drogues ne se dissipe, “le temps de la vengeance est arrivé… car tu es venu !” (id. : 114). La lutte sera dès lors impitoyable entre Sara la vindicative, bien décidée, pour arriver à ses fins, à se servir de Silence, et La Mouche qui, appelé au chevet de Mauvy, réussira à le soulager de ses violentes migraines, à défaut de pouvoir éliminer sa concurrente délivrée in extremis par Silence de l’horrible maléfice létal destiné à la neutraliser. En guise de représailles, elle lui jettera à son tour un sortilège sous forme d’araignées traquant une mouche enfermée dans un bocal, l’acculant ainsi au suicide.
Pantin sous l’emprise de celle qui n’hésite pas à jouer de ses charmes, coiffé (à la demande de la sorcière et chaque fois qu’il sera question de se venger) du bonnet de fou que son père portait lors des représentations théâtrales et par lequel il devient le substitut de son géniteur, Silence, converti en prince fou — celui qui, comme le mat dans le jeu de tarot, périra tragiquement (id. : 64) —, sera initié aux arcanes de la magie opérative par Sara la noire, bien résolue à semer la terreur dans Beausonge. Cependant, à celui qui a tant apprécié le bref instant de lucidité et d’intelligence qui lui fut octroyé et qui progressivement recouvre la mémoire des humiliations longuement endurées, elle ne pourra inculquer “la hène“, “cet drol de maladie…” (id. : 116) qui rend si triste. Incapable d’accomplir sa mission de justicier jusqu’au bout — il délivre Mauvy du charme mortel auquel l’a soumis sa maîtresse (“Pauvre maite ! il a mal… il va mourir cè pas bien ! mêm sil à méchan cè pas bien !” (id. : 178)) —, Silence contraindra celle-ci à reconnaître la suprématie de la bonté et du pardon sur le mal et la haine et, sous l’effet du bonheur produit par la chaleur de l’amour, à renoncer à la vengeance.
Le chapitre VI, La nef des fous, met lui aussi clairement en scène la fonction hautement sociale du langage et illustre le lourd handicap qui affecte irrémédiablement tous ceux auxquels la parole est soustraite. Car “par la parole, l’homme se pose en sujet face au monde et aux autres qu’il a le pouvoir de définir. Privé de la parole, il est réduit au rôle d’objet” (Everaert, 1988 : 158). Incapable de se déclarer à la sorcière aveugle – qui confirme que “la pensée [est] moins forte que le verbe” (Comès, 1980 : 136) – autrement que par écrit (“Silence aim la sorcière“), accusé du viol et du meurtre sadique de celle-ci, le muet ne pourra pas non plus se défendre contre les accusations pesant sur lui, d’autant plus que la main de l’assassin a habilement effacé le m (“Silence ai la sorcière“). Dès lors, n’est-il pas le coupable idéal aux yeux de tous, des autorités policières et judiciaires, et tout spécialement de celui dont le nom ne cesse de démentir le prénom car, chez Mauvy, c’est toujours le côté Caïn domine ?… “et si jamais ces messieurs de la ville prennent connaissance des histoires de sorcellerie… c’est alors qu’ils vont le prendre pour un dingue, et s’ils approfondissent les recherches dans le village, ils tomberont sur un bec : personne ici n’a intérêt à ressortir l’histoire des gitans !” (id. : 204). Car “silence !“, n’est-ce pas aussi et avant tout le mot d’ordre du hameau et de ses habitants ?
Incarcéré dans une section réservée aux malades mentaux, Silence l’innocent y fait la connaissance de Blanche-Neige, un nain qui lui conseille de se faire passer lui aussi pour fou (dont lui-même s’autoproclame le roi : “I am the king“, est-il écrit dans son dos) — et ce afin de sauver sa tête aux assises ; c’est, dit-il, que “toi comme moi, nous serons toujours rejetés ! Les gens n’aiment pas ceux qui sont différents… ils en ont peur !” (id. : 215) — et lui
présente quelques-uns de ses camarades dont un ancien dentiste féru d’occultisme. C’est par l’intermédiaire de ce médium, qui s’est fraisé le crâne pour s’ouvrir le troisième oeil, celui de la sagesse et de la vision intérieure, que la morte indiquera à Silence la stratégie (brûler les champignons et respirer la fumée) à suivre pour connaître la vérité et assouvir la vengeance.
Durant la nuit de Noël, profitant de la distraction générale, Blanche-Neige et Silence font la belle et se réfugient au “Cirque de la gaieté” de passage dans la ville, tenu notamment par Zelda, une naine montreuse de serpents fascinée elle aussi par les pouvoirs de celui dont elle a remarqué les beaux yeux de serpent et dont elle aimerait faire son partenaire.
Prévenu par Toine le malintentionné de l’arrivée du muet et déterminé à en finir, Mauvy, surpris, se fait assommer par Silence informé moyennant une vision du sort cruel enduré par la sorcière. “Je m’appelle Silence et je suis… e je sui gentil… gentil… genti… […] quès qui sa pasé ? je sè plu trè bien…” (id. : 271), clame néanmoins celui qui, sur le point de poignarder son maître, retrouve sa candeur originelle dès que la drogue suspend ses effets. Venu rechercher le coquillage que lui a offert Sara et “ousque la mèr è dedan ! […] Cè bô la mèr !…” (id. : 272), il sera finalement abattu par Mauvy, lequel, fouillant dans le sac de sa victime, en libère une vipère qui le happe au cou… sous le regard venimeux de Blanche-Neige accouru au secours de son ami et l’indifférence de Toine heureux de ce dénouement qui l’affranchit de ses dettes.
En guise de conclusion : le triomphe de la différence
Évoquant les retrouvailles, au-delà de la mort, des amants, les images finales, oniriques, nous réintroduisent dans le monde du “beau songe”, celui de la pureté et de l’innocence : loin de constituer une fin en soi, la mort violente de Silence, qui, au cours de son itinéraire initiatique, a su convertir en positif le destin négatif qui lui était proposé, est promesse de renaissance et accès à une vie nouvelle. Face à la mer tant désirée, déguisé en prince des fous —mais la folie n’est-elle pas aussi “parole de vérité refoulée par l’ordre établi” (Rosier, 1986 : 48)—, le héros est rejoint par Sara la désirable, celle qui, éclairée par l’amour, est enfin guérie de sa cécité, aveuglée qu’elle était par la haine. Guidés par un vol de goélands, ces deux êtres, dont les veines sont irriguées par du sang gitan —”Tu comprends maintenant d’où te vient ton attirance pour la mer… c’est le sang de ton père qui parle en toi : le sang de Georgio. Le même que le mien” (id. : 115)—, s’immergent lentement, main dans la main, après s’être échangé un intense regard… Dans le sable de cette grève qui rappelle les Saintes-Maries-de-la-Mer, lieu de pèlerinage des gitans, seules restent visibles les traces de pas de ces nomades qui recevront ailleurs ce que la vie d’ici-bas leur refusa.
Ainsi, “de la différence subie et maudite à la différence assumée et triomphante, […] le récit a opéré une subversion des catégories” (Everaert, 1988 : 161). Et ce bouleversement des idées et des valeurs reçues n’est-il pas la raison d’être du carnaval, présent dans Silence à travers plusieurs personnages ambigus —tels Blanche-Neige l’homme-crapaud et Zelda la femme-serpent— et quelques thèmes : la folie, le cirque, les nombreuses pratiques de sorcellerie, les fêtes, les déguisements (Silence portant un chapeau d’empereur puis le bonnet de bouffon ; le gardien de prison déguisé en papa Noël ; les masques et les accoutrements outranciers portés par les fous lors de la fête de Noël…) ? Comme le signalent Denis et Klinkenberg, au cours de la phase dialectique, la double thématique du déficit identitaire et de l’aliénation linguistique est servie par une série de techniques littéraires, parmi lesquelles la résurgence de la thématique du carnavalesque, un concept critique forgé par le théoricien russe Mikhaïl Bakhtine : se tenant loin de tout prétendu réalisme
[le discours carnavalesque] permet de modéliser un type de texte où plusieurs voix se font entendre, voix auxquelles une égale dignité est reconnue ; de sorte que ce qui est habituellement considéré comme inférieur ou illégitime est traité sur le même pied que ce qui est supérieur ou légitime, et que le supérieur est de facto rabaissé ; le carnaval voit le “triomphe d’une sorte d’affranchissement provisoire de la vérité dominante […], d’abolition provisoire de tous les rapports hiérarchiques”. (Bakhtine) (Denis & Klinkenberg, 2005 : 234)
Et pareil renversement débouche invariablement sur une régénération et une renaissance. Mais personne, aimerait—on conclure, ne sait où Silence et Sara vécurent leur dernière aventure…
Mélanger tous les ingrédients. Garder au frigo avant de tartiner…
Crème de carottes au cumin
4 carottes
100 g de lentilles cuites (facultatif)
1 échalote ciselée
1 dl de crème fraîche
Cumin
Piment
Sel, poivre
Laver les carottes, les éplucher. Cuire à l’eau (juste à hauteur) à feu doux avec l’échalote. Ajouter sel, poivre et cumin. Mixer au mixer à soupe. Ajouter la crème et le piment. Etalez sur la tartine…
Tartinade au thon
1 petite boîte de thon
1 càs de ciboulette
1 échalote ciselée
1 càc de moutarde
10 cl de mayonnaise
2 œufs durs
Mélanger le tout en écrasant bien les œufs durs et le thon, afin d’obtenir une pâte onctueuse. Etaler…
Salade de poulet curry
250 g de poulet (cuisses ou ailes)
2 jeunes oignons
10 cl de mayonnaise
Curry de bonne qualité
Cuire dans de la matière grasse le poulet bien épicé avec sel, poivre et curry. Il faut que la viande se détache des os. La couper en petits morceaux. La mélanger avec la mayonnaise, les oignons et encore du curry..
Faire fondre sur feu doux le chocolat avec le beurre. Ajouter le lait concentré sucré…
Choco moins facile
200 g de chocolat noir
170 g de lait concentré sucré en boîte
3 càs de sucre glace
125 g de poudre de noisette
10 cl de lait
75 g de beurre demi-sel
Faire fondre le chocolat avec le lait sur feu doux. Ne jamais cesser de remuer, ça colle ! Ajoutez le lait, le beurre, le sucre glace. Bien laisser fondre sur feu doux en mélangeant. Retirer du feu. Incorporer la poudre de noisette avec un mixer plongeant. ‘Ralécher’ la spatule en bois et tartiner…
[THECONVERSATION.COM, 19 août 2025] Le fait de pouvoir tourner les pages d’un livre ou de tracer au crayon les contours des lettres donne des appuis aux élèves dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Dans un monde d’outils numériques, pourquoi préserver cette importance du toucher ?
Lorsque les enfants entrent à l’école, l’une des techniques les plus courantes pour leur enseigner l’alphabet consiste à passer par des manipulations pratiques, comme la formation de lettres avec de l’argile ou de la pâte à modeler.
Mais à mesure que les élèves avancent en âge, la place du toucher diminue dans leur quotidien scolaire – à leur détriment. Beaucoup d’exercices de lecture deviennent numériques, et l’utilisation des claviers d’ordinateur pour écrire continue de progresser, d’autant que les outils d’intelligence artificielle (IA) sont très attractifs en matière d’édition et de composition.
Je suis linguiste et j’étudie les différences entre la lecture sur papier et la lecture numérique et la manière dont l’écriture favorise la réflexion. Avec ma collègue Anne Mangen, nous avons interrogé plus de 500 élèves du secondaire inscrits dans une école internationale d’Amsterdam (Pays-Bas) sur leurs expériences de lecture de textes imprimés par rapport celle des textes numériques. Par ailleurs, j’ai interrogé 100 étudiants et jeunes adultes aux États-Unis et en Europe sur leurs préférences en matière d’écriture manuscrite comparée à la saisie sur clavier.
Rassemblées, les réponses de ces deux études démontrent que les adolescents et les jeunes adultes continuent d’accorder de l’importance au contact physique dans leur rapport à l’écrit ; elles sont riches d’enseignements importants pour les éducateurs et les parents.
La lecture et l’écriture vues par les élèves
Lorsqu’on leur a demandé ce qu’ils aimaient le plus dans la lecture sur papier ou l’écriture à la main, les étudiants ont manifesté leur enthousiasme sur l’importance du toucher. Ce qui m’a surpris, c’est à quel point leurs perceptions à ce sujet concordaient dans les deux études.
Tenir un livre ou un instrument d’écriture entre leurs mains était important pour les élèves, c’est ce que montrent des observations comme : “On a vraiment l’impression de lire parce que le livre est entre nos mains.” ou “J’aime tenir un stylo et sentir le papier sous mes mains, pouvoir former physiquement des mots.“
Les participants à l’étude ont également commenté l’interaction entre le toucher et le mouvement. En ce qui concerne la lecture, l’un d’eux a parlé de “la sensation de tourner chaque page et d’anticiper ce qui va se passer ensuite.” À propos de l’écriture manuscrite, un participant a décrit “le fait de sentir les mots glisser sur la page.“
De nombreux étudiants ont également fait part d’avantages cognitifs. Une multitude de répondants ont évoqué la concentration, le sentiment d’immersion dans un texte ou la mémoire. En ce qui concerne la lecture imprimée, un étudiant a déclaré : “Je la prends plus au sérieux parce que je l’ai physiquement entre les mains.” Pour l’écriture, une réponse disait : “Je peux voir ce que je pense.”
Il y avait également des réflexions d’ordre psychologique. Des élèves ont ainsi écrit : “La sensation d’un livre entre mes mains est très agréable” ou “La satisfaction d’avoir rempli toute une page à la main, c’est comme si j’avais gravi une montagne.“
D’autres commentaires ont souligné à quel point le toucher permettait aux élèves de se sentir plus personnellement connectés à l’acte de lire et d’écrire. À propos de la lecture, l’un d’eux a déclaré : “C’est plus personnel parce que c’est entre vos mains.” À propos de l’écriture manuscrite, un autre a déclaré : “Je me sens plus attaché au contenu que je produis.“
Un certain nombre de répondants ont écrit que lire des livres physiques et écrire à la main leur semblait en quelque sorte plus “réel” que d’utiliser leurs équivalents numériques. Un étudiant a commenté “le caractère réel du livre.” Un autre a déclaré que “cela semble plus réel que d’écrire sur un ordinateur, les mots semblent avoir plus de sens.“
Nous avons demandé aux participants ce qu’ils appréciaient le plus dans la lecture numérique et dans l’écriture sur un clavier d’ordinateur. Sur plus de 600 réponses, une seule mentionnait le rôle du toucher dans ce qu’ils appréciaient le plus dans l’utilisation de ces technologies pour lire et écrire. Pour la lecture, les étudiants ont salué la commodité et l’accès à Internet. Pour l’écriture, la plus grande rapidité et le fait de pouvoir accéder à Internet étaient des réponses fréquentes.
Ce que nous dit la science sur le toucher
Ce que les élèves nous disent de l’importance du toucher reflète les conclusions de la recherche : ce sens est un moyen efficace de développer les compétences précoces en lecture et en écriture, ainsi qu’une aide pour les lecteurs et les personnes qui écrivent plus expérimentés dans leurs interactions avec l’écrit.
Les psychologues et les spécialistes de la lecture continuent de faire état d’une meilleure compréhension chez les enfants et les jeunes adultes lorsqu’ils lisent sur papier plutôt que sur support numérique, tant pour les lectures scolaires que pour la lecture de loisir. Pour les personnes qui écrivent chevronnées, les données suggèrent que passer plus de temps à écrire à la main qu’à utiliser un clavier d’ordinateur est corrélé à de meilleures capacités motrices fines.
Une récente étude menée en Norvège à l’université a comparé les images cérébrales d’étudiants prenant des notes et a révélé que ceux qui écrivaient à la main, plutôt que de taper au clavier, présentaient une plus grande activité électrique dans les parties du cerveau qui traitent les nouvelles informations et qui favorisent la formation de la mémoire.
Quelles stratégies d’apprentissage mettre en place ?
Le défi pour les enseignants et les parents consiste à trouver comment intégrer le toucher dans les activités de lecture et d’écriture dans un monde qui dépend tellement des outils numériques.
Voici trois suggestions pour résoudre ce paradoxe :
Les parents et les enseignants peuvent commencer par écouter les élèves eux-mêmes. Malgré tout le temps qu’ils passent sur leurs appareils numériques, de nombreux jeunes reconnaissent clairement l’importance du toucher dans leur expérience de lecture et d’écriture. Élargissez la conversation en discutant ensemble des différences entre la lecture et l’écriture numériques et manuelles.
Ensuite, les parents peuvent trouver des occasions pour leurs enfants de lire des textes imprimés et d’écrire à la main en dehors de l’école, par exemple en les emmenant à la bibliothèque et en les encourageant à écrire une histoire ou à tenir un journal. Mieux encore, les adultes peuvent montrer l’exemple en adoptant eux-mêmes ces pratiques dans leur vie quotidienne.
Enfin, les enseignants doivent accorder davantage de place à la lecture d’imprimés et aux devoirs manuscrits. Certains se penchent déjà sur les avantages intrinsèques de l’écriture manuscrite, notamment comme aide à la mémoire et comme outil de réflexion, deux qualités mentionnées par les participants de notre enquête.
Les supports de lecture numériques et les claviers continueront à être utilisés dans les écoles et les foyers. Mais cette réalité ne doit pas occulter le pouvoir du toucher.
[THECONVERSATION.COM, 23 décembre 2024] Les repas sont de plus en plus marqués par une attente de convivialité. À Noël, le phénomène est à son paroxysme. Cette injonction à la convivialité est liée au diktat du bien-être, du bonheur et à l’importance accordée aujourd’hui au bien-être des enfants. Elle répond aussi à une anxiété collective liée aux risques alimentaires. Mais cette convivialité, loin d’être spontanée, repose sur un travail émotionnel important, surtout porté par les mères.
Partager un repas, aussi appelé commensalité, est souvent présenté par les sciences de la nutrition et les politiques de santé publique comme un moyen de prévenir des maladies liées à l’alimentation, telle l’obésité, ou comme levier pour améliorer la santé mentale et sociale des convives. Manger ensemble en famille régulièrement, et d’autant plus manger ensemble dans une ambiance conviviale, serait ainsi la panacée pour des enjeux sanitaires et sociaux contemporains. Pourtant, ces supposés bienfaits ne sont pas clairement démontrés, et nous ne savons pas vraiment ce qui serait bénéfique dans le fait de manger ensemble.
Si l’attention à l’ambiance des repas de famille est grandissante, nous en savons peu sur la manière dont la convivialité prend forme et sur les effets de cette injonction sur les mères, principales responsables du travail alimentaire domestique.
Nous avons mené entre 2020 et 2023 une enquête sociologique, basée sur une centaine d’heures d’observation de repas de famille dans 14 foyers aux positions socio-économiques variées, en France et en Australie, ainsi que sur des entretiens avec les parents observés. Celle-ci révèle l’ampleur de la gestion des émotions que sous-tendent les repas de famille quotidiens. Les repas sont appréhendés non seulement par l’assiette, mais aussi à travers une approche relationnelle. Ses résultats montrent que la convivialité a un prix : un travail émotionnel invisibilisé.
Le concept sociologique de ‘travail émotionnel’
Le concept de travail émotionnel, théorisé par la sociologue Américaine Arlie R. Hochschild dans les années 1980, est de plus en plus connu, mais demeure mal compris. Le travail émotionnel (Emotion Work en anglais), correspond au management de ses propres émotions pour correspondre à un état requis dans une situation donnée. C’est aussi travailler sur ses émotions pour influer sur l’état émotionnel des autres. Ce qui sous-tend le travail émotionnel sont des normes sociales dominantes concernant la parentalité, la famille et les pratiques alimentaires guidant ce que l’on ‘devrait’ ressentir et comment, dans certaines circonstances. Celles-ci sont qualifiées, selon Hochschild, de règles de sentiments. Le travail sur les émotions peut être essayer de provoquer, chez soi-même ou chez une autre personne, une émotion qui n’est pas initialement présente ou alors chercher à atténuer ou dissimuler une émotion ressentie. Le travail émotionnel peut également être évité, par exemple si les ressources émotionnelles manquent.
Au-delà de l’assiette : la gestion des émotions à table
Les manières de tables ont longtemps régulé la façon de manger ensemble. Les règles de sentiments constituent désormais un cadre de référence supplémentaire pour la commensalité. À table, il est ainsi souvent attendu de jouer le jeu du collectif, d’éviter les antagonismes, l’isolement, le mécontentement, et de favoriser le plaisir, l’affection ou l’humour. Il s’agit aussi de faire en sorte que les émotions se manifestent de manière contrôlée : on peut être content à table, mais pas surexcité.
Loin de l’image idéalisée des repas de famille, la convivialité repose sur un équilibre fragile d’émotions qu’il s’agit de réguler en permanence. C’est là que le travail émotionnel entre en jeu.
Les membres des familles observées lors de l’enquête passent la plupart de leur temps séparé (travail, école, activités extrascolaires, etc.). Ainsi, en plus de l’impératif de nourrir la famille et de socialiser les enfants à une certaine manière de manger, les repas partagés sont une occasion de se retrouver en famille, de se raconter sa journée, de vérifier que les enfants vont bien, et d’être ensemble, tout simplement. C’est également l’occasion de passer un bon moment ensemble, car c’est aussi ce qui ‘fait famille’ aujourd’hui.
Le travail émotionnel prend plusieurs formes, comme reprendre des frères et sœurs qui se chamaillent, mais calmement, avec un ton de voix apaisant ; inciter les enfants à manger leurs légumes, mais avec humour ou avec affection ; ne pas prêter trop d’attention au rejet d’un enfant de certains légumes, tout en l’incitant à manger ; prendre sur soi pour rester calme, s’animer pour se montrer plus enjoué ou énergique qu’on en l’est vraiment. Dans les faits, il s’agit plus d’un effort pour tendre vers cet idéal que d’une véritable réussite, car les conditions sociales d’existence empêchent souvent d’y parvenir pleinement. Cet écart entre normes dominantes et réalité pèse fortement sur les parents, en particulier sur les mères
Le genre du travail émotionnel
En plus du travail alimentaire domestique, condition sine qua non aux repas partagés, générer la convivialité exige une quantité importante d’efforts à table, qui sont invisibilisés et répartis inégalement entre les parents en fonction du genre. Si le temps consacré par les femmes à la cuisine a diminué, la répartition genrée du travail alimentaire domestique reste fortement inégalitaire, les femmes passant 34 minutes de plus par jour que les hommes sur le travail alimentaire domestique. Par ailleurs, même si les pères participent plus, les mères portent en général la charge mentale et émotionnelle, ce qui intensifie pour elles ce travail.
Les mères et les pères des familles enquêtées s’engagent différemment dans le travail émotionnel. Les mères assument une grande partie de la gestion des émotions à table, bien que celle-ci soit peu visible : c’est le propre du travail émotionnel que de passer inaperçu, comme un jeu d’acteur réussi. Le travail émotionnel des mères vise à la création d’une ambiance harmonieuse et à la modération des tensions et conflits. Cela se fait souvent à travers la démonstration d’affection, en lien avec la place centrale des normes émotionnelles et de bien-être dans la construction de la famille et le soin aux enfants.
Les pères, en revanche, assument la partie plus visible de l’iceberg du travail émotionnel commensal, à travers une socialisation par l’humour, taquinant par exemple un enfant sur ses manières de table. Ceux-ci se montrent en revanche plus autoritaires, enclins à s’énerver et à provoquer des émotions intenses (positives ou négatives), ce qui sape parfois le travail émotionnel de fond fourni par les mères.
Convivialité et manque de ressources
L’injonction à la convivialité à table n’a pas non plus les mêmes effets sur les convives et le repas en fonction des ressources de la famille. Lorsqu’un ensemble de ressources (économiques, culturelles, temporelles, émotionnelles, etc.) manque, les parents se trouvent dans une situation où il est difficile de faire plaisir aux enfants autrement que par la nourriture. La démonstration de l’amour parental et le soin accordé aux enfants se cristallise alors à travers la convivialité, en servant des menus qu’aiment plus facilement les enfants, mais souvent moins équilibrés. Cela incite à nuancer les discours parfois moralisateurs adressés aux parents qui ne se conformeraient pas aux normes commensales et nutritionnelles dominantes.
Un autre regard sur ce que ‘bien manger’ veut dire
Alors que la charge mentale du travail domestique est de plus en plus connue, prendre en compte le travail émotionnel propre aux repas de famille enrichit notre compréhension de ce que signifie nourrir la famille et bien manger aujourd’hui, notamment au regard d’inégalités socio-économiques et de genre. Les enquêtes sociologiques qualitatives révèlent aussi à quel point le travail domestique alimentaire s’est alourdit pour les mères et que, plus généralement, le métier de mère s’est fortement intensifié.
[FRANCECULTURE, 27 mars 2025] On parle souvent des Trente Glorieuses avec nostalgie. Trente années de prospérité, basées sur la consommation, une société bien ordonnée et une croissance qui semblait sans limites. Pourtant, ce mythe construit a posteriori évacue une partie des réalités sociales et économiques de l’époque.
Rappelez-vous : c’était la croissance et le plein emploi, on roulait en Citroën DS, on dînait en famille sur des tables en formica, c’était “l’bon temps”, celui de l’insouciance. C’étaient les Trente Glorieuses, trente années de prospérité inédite entre 1945 et 1975. Ou bien n’est-ce pas plutôt un mythe tenace qui continue de nous enfermer dans un passé fantasmé et nous empêche de penser notre avenir ? L’historien Vincent Martigny, qui a dirigé l’ouvrage collectif Les temps nouveaux : En finir avec la nostalgie des Trente Glorieuses (2025) explique notamment qu’il y a eu “un certain nombre d’oubliés de la grande prospérité. Les immigrés, les femmes, certains ouvriers non-qualifiés ont beaucoup souffert des Trente Glorieuses.“
En effet, au début des années 1960, tout n’est pas si rose en France, il existe des bidonvilles, comme à Nanterre, les femmes ne peuvent pas avoir un compte en banque et l’homosexualité est toujours criminalisée. “L’idée n’est pas du tout d’enterrer les Trente Glorieuses en disant qu’elles ont été négatives“, explique l’historien, “mais de dire que cette période ne peut plus infuser nos imaginaires contemporains. Nous devons changer de récit. Ce qui est intéressant avec cette expression, c’est qu’elle n’a jamais été employée pendant les Trente Glorieuses elles-mêmes, elle a été utilisée a posteriori, et prendre de l’essor à mesure que la France s’enfonce dans une crise économique dans les années 1980 puis 1990. C’est à cette période que l’on regarde derrière son épaule avec une forme de nostalgie.“
Une expression forgée a posteriori
En effet, l’expression Trente Glorieuses apparaît dans un livre de Jean Fourastié paru en 1979. Économiste et haut-commissaire à la planification, Fourastié y analyse l’évolution de la France d’après-guerre à travers le prisme d’un petit village du Lot qu’il connaît bien, Douelle. En 30 ans, il constate que Douelle est passée d’une économie agricole à une économie tertiaire, que le trafic automobile a considérablement augmenté, comme le niveau de vie de ses habitants.
Ainsi, les Trente Glorieuses, c’est un peu notre mythe de l’âge d’or. Et comme le dit Roland Barthes, la fonction du mythe, c’est avant tout d’évacuer le réel. L’avantage avec ce mythe, c’est que toutes les familles politiques y trouvent ce qui leur plaît. À droite, les Trente Glorieuses, sont synonymes d’une société traditionnelle ordonnée, hiérarchisée, où les immigrés sont invisibilisés et où les ouvriers et les femmes restent à leur place.
Les laissés-pour-compte
Michèle Dominici, réalisatrice du documentaire L’histoire oubliée des femmes au foyer, explique notamment dans l’émission La Grande table en mai 2022 que dans ces années d’après-guerre, “la femme n’est pas une citoyenne à part entière. Elle n’est pas complètement autonome. Avant 1965, elle n’a pas le droit de travailler sans l’autorisation de son mari, ni d’avoir un compte en banque quand elle est mariée. Elle est également seconde légalement dans le foyer, car la notion de chef de famille n’est supprimée qu’en 1970.“
L’illusion d’une croissance sans limite
Basée sur la valeur travail et un mode de vie moderne et consumériste, la société des années 1960 est aussi un monde où seuls comptent la croissance et le produit intérieur brut (PIB). “Les Trente Glorieuses, c’est aussi la période du déni écologique, poursuit Vincent Martigny. Alors que, dès 1972, le rapport Meadows montre que nous ne pouvons pas continuer à consommer dans un monde aux ressources limitées, ces informations ne sont pas diffusées au grand public, et surtout ne feront pas l’objet de prise en charge par les pouvoirs publics.“
À gauche, au contraire, on garde des Trente Glorieuses le souvenir des grandes mobilisations, la contestation du capitalisme et la révolution sexuelle. Mais si révolution sexuelle il y a, c’est à bien souvent à l’avantage des hommes. “Les Trente Glorieuses ont été une période d’avancées considérables pour les droits des femmes“, reconnaît l’historien, “à commencer par le droit à disposer de son corps et le droit à l’avortement. Mais ce n’est pas suffisant pour dire qu’il y avait une égalité dans le désir entre hommes et femmes. Toute une génération d’hommes, à l’époque, faisait peu de cas de la parole des femmes, sans avoir pour autant le sentiment de mal se comporter. C’est aussi ça les Trente Glorieuses.“
Une crise du futur
Dans les années 1970, les deux chocs pétroliers mettent fin à cette période de prospérité inédite et à une croissance à 5 %. La civilisation du pétrole et du plastique se fissure, engendrant le chômage de masse. On a même parfois parlé de la période suivant les Trente Glorieuses comme des “Trente Piteuses“. Ce qui pourrait expliquer pourquoi alors se réfugier dans l’imaginaire de cette époque “bénie” : dans les années 1970, on était plein d’espoir vis-à-vis du futur et on fantasmait la société de l’an 2000. Aujourd’hui, nous vivons une crise du futur et l’an 2050 fait peur. Il est peut-être temps alors de changer notre logiciel et d’arrêter de comparer notre époque avec celle de nos grands-parents, comme le suggère Vincent Martigny : “Le but n’est pas de nier les Trente Glorieuses, mais de trouver comment reproduire des conditions de prospérité sous un mode différent, en tenant compte des enjeux d’aujourd’hui. D’abord, il faudrait inventer de nouvelles formes de collectifs, non seulement dans les mouvements sociaux, mais aussi dans notre façon de s’emparer de la politique. Deuxièmement, il faut regarder à nouveau ce qui, dans le présent, doit nous donner des raisons d’espérer dans l’avenir. Troisièmement, nous devons montrer que lorsque la transition environnementale sera réussie dans notre pays, nous vivrons mieux, plus longtemps, en meilleure santé. Des conditions de vie qui seront mille fois meilleurs que celles d’aujourd’hui et que celle des Trente Glorieuses.“
“L’arcane La Justice est la huitième lame du Tarot de Marseille. Elle représente une femme assise de face tenant une balance d’une main et un glaive de l’autre main. La balance et le glaive sont les attributs de la justice qui pèse le pour et le contre puis tranche et prend une décision. Cet arcane, La Justice, symbolise la juste prise de position et l’équilibre. C’est la capacité de décider de façon équitable. C’est un arcane qui représente l’ordre et la loi. La Justice symbolise les contrats, les décisions légales, les hommes et femmes de loi, juges, avocats, notaires. C’est aussi les actes légaux, contrats, arrêts juridiques, mariages, vente et achat, héritage. La Justice symbolise la pause nécessaire pour prendre une décision de la façon la plus juste et harmonieuse. Cet arcane est aussi une remise en ordre de sa vie, une action en vue de mettre plus d’harmonie dans son existence. La justice doit se rendre avec une certaine délicatesse et une ouverture du cœur d’où sa représentation par une femme. C’est aussi une image d’un esprit sérieux et rigoureux. Dans sa face sombre, l’arcane La Justice est un arrêt, un blocage, une décision judiciaire à l’encontre du consultant ou de ces proches. C’est un excès de recherche de perfection et d’absolu qui entrave toute action du consultant.” [d’après ELLE.FR]
En construction (tarot de Marseille)
En construction (tarot de Marseille de Christiane Laborde : Lumières du Sacré)
“L’arcane Le Diable est la quinzième lame du Tarot de Marseille. Elle représente un personnage ailé mi-homme mi bête tenant un flambeau et une épée et deux diablotins attachés. C’est l’ange des profondeurs qui éclaire ce qui est souterrain et maintient les instincts. L’arcane Le Diable représente Lucifer, le porteur de lumière, celui qui va éclairer ce qui est caché. C’est un habile et profond thérapeute. Le Diable révèle les secrets et les désirs. Il exprime le monde des instincts. Le Diable est une image des plaisirs charnels et des désirs en général. Le consultant vit sa sexualité de façon libérée. Il accepte d’exprimer ses désirs et d’agir pour les réaliser. Le Diable est un bon commerçant, il sait manier l’argent et a des capacités pour en obtenir. Son intelligence instinctive le conduit vers des réussites matérielles. Dans sa face sombre, Le Diable est un manipulateur, un usurier ou un faussaire. Il sait mentir et entrainer autrui pour son propre intérêt. Le Diable se laisse mener pas ses désirs sans réfléchir aux conséquences de ses actes.” [d’après ELLE.FR]
Le Diable (Tarot de Marseille)
Lame droite : Maladie grave pour laquelle on dépensera une fortune, puis un guérisseur viendra et vous rendra la santé pour longtemps.
A côté – L’ÉTOILE : Menace de mort.
A côté – LA LUNE : Victime de trahison, d’abandon. Perte de fortune. Vos amis vous donnent tort. Perte d’amis qui ont peur de vous avoir à charge.
Le Diable ou la confrontation avec l’ombre (tarot de Marseille de Christiane Laborde : Lumières du Sacré)
Le Diable est un arcane connoté très négativement, et la religion chrétienne n’est pas étrangère à l’affaire. Pour comprendre les objectifs moraux et religieux en jeu dans la représentation qu’en fait le tarot, il est nécessaire de prendre en compte le contexte médiéval de cette interprétation. Mais il est aussi nécessaire d’aller au-delà pour appréhender la puissante énergie vitale du Diable avec des critères différents, plus conformes à ceux de notre époque.
Étymologiquement, le mot diable dérive du grec diabalô qui signifie ‘celui qui divise’. Dans la Bible, le diable se confond avec Satan, l’incarnation du mal, ou encore avec Lucifer, l’ange déchu précipité aux enfers pour s’être rebellé contre Dieu.
L’Église catholique a utilisé cette figure d’ange déchu pour en faire le sybmbole dissuasif du sort qui attend les hommes et les femmes qui se détournent de Dieu (à l’image de Lucifer chutant de la lumière vers les ténèbres de l’enfer). Elle a, en outre, associé le diable aux démons et à la sorcellerie qu’elle a combattus, tout en lui attribuant certaines caractéristiques des anciennes divinités païennes avec lesquelles elle a cohabité pendant des siècles.
Le diable fut ainsi doté de cornes et de pieds griffus ou de sabots, tout comme Pan, un des plus grands dieux de la mythologie grecque, symbole d’une nature féconde et protecteur des bergers et troupeaux. Ces attributs étaient aussi ceux des satyres, divinités rustiques qui faisaient partie du cortège de Dionysos (Bacchus chez les Romains), autre dieu agraire grec, d’une grande vitalité, qui était, en outre, le dieu du Théâtre. Grâce à l’ivresse procurée par le vin, la danse, la musique ou l’ingurgitation de substances prychotropes, les adeptes de Dionysos parvenaient à vivre des états modifiés de conscience qui s’apparentaient à une transe mystique. Cette voie est celle des chamanes ou des guérisseurs qui absorbent des plantes sacrées comme l’iboga, l’ayahuasca ou le peyotl, ou encore celle des hommes ou des femmes-médecine amérindien·ne·s, avec leurs chants et leurs tambours. C’est aussi celle des derviches tourneurs qui font de la danse soufie une méditation active. Cette transe mystique constitue une voie d’accès au divin reconnue dans de nombreuses traditions. En revanche, dans l’univers médiéval du tarot, l’Église la condamnait et s’employait à la diaboliser pour en détourner les fidèles.
Pan est à l’origine du panthéisme, une conception de l’univers où les nombreuses divinités – bénéfiques et maléfiques -qui peuplent la nature cohabitent et participent de l’unité primordiale du Grand Tout, contrairement au monothéisme qui introduit la dualité dans l’univers.
Quant aux cornes en forme de bois de cerf du Diable et des diablotins, elles s’apparentent à celles de Cernunnos, autre dieu agraire de la Puissance fécondante de la nature, appartenant à la sphère culturelle et géographique des Celtes. Les bois de cerf étaient pour eux un symbole puissant de régénération de la nature (le cerf perd ses bois chaque hiver pour les recouvrer au printemps). Le fait qu’ils se substituent aux cornes de bouc des dieux gréco-romains, montre que le tarot conjugue, avec l’arcane du Diable, plusieurs traditions à la fois chrétiennes, gréco-romaines, mais aussi celtes.
Il n’en reste pas moins qu’il est représenté cornme un être contre-nature. En le dotant de seins qui doublent son hybridité homme/animal d’une hybridité de genre (homme/femme), il possède des caractéristiques propres à incarner le mal et à détourner les chrétiens de leurs anciennes croyances païennes.
Le Diable est donc une figure complexe qui s’inscrit dans la filiation des grandes divinités agraires telles que Pan, Dionysos et Cernunnos, qui nourrissent sa puissance et sa créativité. Mais il incarne aussi une énergie associée à des valeurs connotées négativement et présentes sous des formes différentes, notamment sexuelles, dans toutes les cultures et les traditions, énergie à laquelle chacun·e est nécessairement confronté-e à un moment ou à un autre de sa vie.
Le nombre quinze
Le nombre quinze est porteur des énergies d’imprévu du cinq, au niveau des dizaines. Elles remettent en question les notions d’ordre et de stabilité du nombre quatre. Mais derrière quinze se cache un six (15 = 1 + 5 = 6). Ce nombre est celui de l’Amoureux (VI) . Il symbolise l’amour et l’harmonie, mais aussi le choix et la liberté de faire usage de son libre arbitre face aux séductions et au magnétisme du diable.
Interprétation symbolique du Diable
Traditionnellement, le diable est le maître de l’enfer, différemment appréhendé selon les époques et les traditions. Dans l’imaginaire médiéval chrétien, il est situé au centre de la Terre. Il est conçu comme un lieu de souffrances où le pêcheur expie éternellement ses fautes après sa mort. Cette vision chrétienne de l’enfer pouvait dissuader les croyants de commettre le mal, car elle avait tout du cauchemar dont on ne se réveille jamais.
Il n’en allait pas de même dans l’ Antiquité où les Enfers (le terme s’emploie au pluriel) se confondaient avec le royaume des mort·e·s, lui aussi situé sous terre et, en principe, interdit aux vivant-e -s. Mais la frontière entre mort·e·s et vivant·e·s n’était pas complètement étanche, puisque certains héros pouvaient parfois y pénétrer… et en revenir. Cette descente aux enfers constituait l’épreuve décisive de leur parcours initiatique. Elle leur permettait d’affronter et de vaincre leurs peurs, dont la plus grande, celle de la mort, pour opérer ensuite un mouvement ascendant de sortie des Enfers vers la surface de la Terre et la lumière. Cette épreuve avait pour finalité de permettre au héros de se libérer de son passé et d’acquérir des connaissances et des pouvoirs nouveaux.
De nos jours, la conception de l’enfer a encore évolué. Il n’a plus besoin d’être situé sous terre pour exister. Jean-Paul Sartre, dans sa pièce Huis clos écrite en 1947 (Folio), après la découverte des camps de la mort de la Seconde Guerre mondiale, estime que “l’enfer, c’est les autres.”
Dans une perspective psychologique, l’enfer correspond à l’archétype de l’ombre. Jung la considérait comme la part refoulée de l’inconscient, faite de jugements, de peurs, de projections à laquelle chacun-e craint de se confronter, de peur d’être rejeté-e par les autres.
Dans tous les cas et au-delà de toutes considérations morales, une descente aux enfers commence toujours par un mouvement de régression (involution) vers l’obscurité ou la dissolution de certains aspects de soi, qui permettra ensuite de sortir des ténèbres (évolution)… sous peine d’y rester éternellement prisonnier-ère.
Ce mouvement de régression vers l’obscurité, suivi d’un mouvement ascendant vers la lumière possède des similitudes avec les opérations que les Alchimistes effectuaient sur la matière pour en extraire l’or. La première étape du travail, qu’ils désignaient sous le nom d’oeuvre au noir ou nigredo, consistait en un travail de décomposition de la matière dans le but de la déstructurer et d’en séparer les composants pour briser ce qui est pourri. Elle s’opérait sous le signe de la mort et l’élément requis était le Feu, semblable à celui qui brûle au coeur de la Terre, dans les enfers, où séjourne le diable. Dans les textes alchimiques, l’oeuvre au noir est associée au soleil noir, à la nuit, au corbeau, à la mort. La nigredo correspond au démembrement des corps coupés en morceaux qui jonchent le sol noir de l’arcane XIII.
Transposé au plan psychologique, affronter son ombre pour détruire un ordre ancien, vieilli ou imparfait peut être considéré comme la première étape de tout travail sur soi.
Mais il faut aussi se souvenir que cette étape est le préambule nécessaire à l’étape suivante qui est un mouvement d’évolution et d’expansion de la personnalité. Il conduit à la guérison et se déploie comme une remontée vers la lumière que l’apprenti initié du tarot effectuera dans les arcanes suivants.
Invitation du Diable
Comme dans l’antique tradition des descentes aux Enfers, aujourd’hui comme hier, affronter ses peurs, regarder en face ses démons et ses dépendances (que symbolisent les deux démons enchaînés aux pieds du diable) est une étape décisive de tout processus de transformation intérieure. C’est toujours une épreuve. Elle reste incontournable pour qui veut acquérir une plus grande maîtrise de sa vie, à l’image des héros antiques. C’est le seul moyen de parvenir à recouvrer l’énergie bloquée par les processus de refoulement ou de déni des aspects souffrants ou inhibés de sa personnalité. C’est à ce prix que le processus de guérison peut s’effectuer. Il permettra à de nouveaux aspects de soi et à des talents nouveaux de se manifester. C’est la leçon que l’apprenti initié doit retenir de l’arcane XV.
Ce n’est cependant pas la première fois que le cheminant du tarot rencontre la mort. Il y a déjà été confronté avec l’arcane XIII, l’Arcane sans nom, qui lui a enseigné qu’elle est un processus inséparable de la vie. Il lui faut maintenant en acquérir une expérience plus directe et trouver en lui la force
et le courage d’effectuer, avec Le Diable, sa propre descente aux enfers, sans compter sur aucune aide extérieure, avec ses propres moyens.
Nos plus sombres adversités sont nos meilleures occasions. L’obscur passage est un passage seulement, conduisant à une lumière plus grande. Nous sommes donc mis au pied du mur, devant le dernier terrain qu’il nous reste à explorer, l’ultime aventure : nous-mêmes.
Satprem, Sri Aurobindo ou L’Aventure de la conscience
Mais, paradoxalement, la plus grande vertu de cet arcane est aussi de dé-diaboliser le diable, en rappelant que la mort, à laquelle il est associé, est une composante du processus même de la vie. Il nous invite à ne pas avoir peur de sa puissante énergie vitale héritée des anciens dieux de la Nature, mais à nous y confronter pour mettre en lumière notre part d’ombre afin d’évoluer et devenir le héros ou l’héroïne de notre propre destin.
Ombre du diable
La puissance du Diable est telle qu’elle peut conduire à utiliser son magnétisme et son charisme à des fins égoïstes et pour son seul bénéfice. De plus, l’attrait du Diable pour les sensations fortes (physiques et émotionnelles) peut conduire à la prise de risque ou à la dépendance (y compris à la souffrance, qui peut être addictive). N’oublions pas qu’en matière d’intensité, c’est un maître inégalable…
Le Diable et nous
Ange déchu … mi-homme, mi femme… Le Diable fascine ou effraie. Il ne nous laisse pas indifférent.e·s. Il nous effraie, car il nous renvoie à nos pulsions secrètes, nos envies inavouables et nos facettes obscures. Il nous fascine par sa puissance, sa détermination et son audace. Le Diable, c’est l’ombre qui met en lumière nos côtés sombres.
Dans un tirage
Sens général
En soi, l’énergie puissante du Diable n’est ni bonne ni mauvaise. C’est une énergie vitale semblable à celle qui, à chaque printemps renouvelé, pousse les espèces à s’unir pour que s’accomplisse la danse vibrante de la vie. La question que pose le Diable est de savoir ce que l’on fait de cette intensité et au service de quelles valeurs on la met. C’est à chacun.e de trouver la réponse à cette question, en utilisant les ressources qui sont les siennes et qu’il appartient à chacun.e de connaître. Le Diable invite à faire usage de son libre arbitre pour échapper à son emprise.
Plan personnel
Lorsque Le Diable se manifeste dans un jeu, c’est pour rappeler la nécessité d’accueillir et d’explorer toutes les composantes de son être, y compris les plus sombres et celles qui nous font le plus peur. Il invite à faire un travail sur soi pour désamorcer les souffrances et les blocages qui empêchent l’énergie de vie de circuler. Le Diable invite à regarder avec courage et lucidité ses faiblesses, ses dépendances et ses soumissions pour s’en libérer et retrouver son pouvoir.
Plan spirituel
L’arcane du Diable invite à se dépouiller de ses masques et rôles sociaux pour observer le théâtre du monde où se jouent des intrigues matérielles et psychologiques qui ne sont que des leurres. Il invite à dépasser la dualité pour chercher l’unité.
Le diable ou la pulsation de l’ombre (Intuiti)
DESCRIPTION : Quand un lion est convaincu d’être un mouton, tout ce qui reste du grand félin est une ombre. Tout ce que nous refusons d’admettre à notre propos se retrouve dans cette forme projetée au sol : instincts primaires, instincts sexuels, violents et spontanés. Si nous trouvons le courage de regarder cette ombre, cet aspect de nous, bestial et naturel, que nous cachons aux autres prendra vie en rugissant, refusant de plier l’échine. Cette loi dépasse les règles sociales et morales : c’est notre loi, simple, intense et viscérale. C’est le pouvoir de la créativité qui explose en nous et demande à être libéré. C’est aussi le contraire même de la créativité : cette part de nous que nous avons trop longtemps contenue. La question est alors : “Qu’est-ce que je ne laisse pas sortir ? Quelles limites est-ce que je m’impose ? Quelle partie de moi me fait peur, et laquelle me plaît ?”
Cette carte est appréciée par ceux qui aiment suivre leurs instincts, même lorsqu’ils semblent aller à l’encontre des règles sociales ou de l’éthique commune. Si l’idée d’enfreindre les règles vous fait froncer les sourcils, cette carte sera un défi. Elle vous invite à repérer et identifier vos limites : Sont-elles imposées par la société ? Par vos parents ? Est-ce vous qui vous les imposez ? Que se passerait-il si vous les brisiez ? Mais attention : si vous restez dans les limites, vous vous dirigez vers la castration et le refus du renouveau. À l’inverse, si vous poussez trop loin la rupture avec vos limites, vous pouvez aussi vous diriger vers un comportement malsain, justifié en fin de compte par un simple : “C’est comme ça que je suis.”
L’HISTORIETTE : il a un appétit fascinant : il plonge les dents dans un arbre qui se met à porter des fruits, il mord une femme qui grogne de plaisir. Alors, il se met à se macher, à se croquer et à se goûter lui-même. Il mange d’abord une main, puis un pied, puis toute une jambe, son torse, ses joues, ses yeux et enfin sa bouche elle-même. Il ne reste rien que l’ombre d’un sourire qui flotte dans les airs…
LA RECOMMANDATION : “Suivez votre instinct. Laissez tomber la morale : volez, soyezmauvais !“
Le Diable : forces de l’inconscient, passion, créativité (Jodorowsky)
EXTRAIT : “Dans l’ordre numérologique, Le Diable correspond au Pape, Arcane V, degré 5 de la première série décimale des Arcanes majeurs. Lui aussi représente un pont, un passage. Mais si Le Pape indiquait un chemin vers les hauteurs spirituelles, Le Diable apparaît comme un tentateur qui montre la voie vers les profondeurs de l’être. Cette carte est ancrée dans la grande tache noire que nous avons vu apparaître dans l’Arcane XIII. Le personnage du Diable porte une torche et deux ailes de chauve-souris : ces éléments indiquent qu’il repose dans l’obscurité, dans la nuit de l’inconscient profond. On pourrait dire qu’il représente l’envers du Pape, la lumière enfouie dans la matière. Les personnages de la carte sont un mélange d’humain et d’animal, ce qui fait référence à nos puissances premières, à nos souvenirs préhistoriques enfouis au plus profond du système nerveux. Ce trait nous rappelle, par différents signes ésotériques dont les personnages sont ornés, que l’initié, pour parvenir à son illumination, ne doit pas refuser son côté animal, mais l’accepter, l’honorer et le guider vers la lumière angélique.
Le Diable, ayant été un ange, manifeste avec sa torche un profond désir de remonter de sa caverne vers le cosmos. De même, l’âme humaine enfoncée dans le corps charnel a un profond désir de remonter vers son origine, la divinité créatrice. Il porte un chapeau dont le rebord rouge évoque l’activité du désir, et la masse orange l’intelligence intuitive et réceptive qui se prolonge sur son front comme un troisième oeil. Il louche, fixant un point au bout de son nez, dans une méditation intense. Son expression faciale est ambiguë : elle évoque d’une part la profonde concentration et d’autre part la grimace enfantine. On pourrait dire que, traversant la couche des peurs populaires qu’il inspire, il nous rappelle ainsi qu’il n’est qu’une création innocente, un être comique. On peut aussi dire qu’en tirant doublement la langue, celle de son visage et celle, bleu foncé, du visage qu’il porte sur le ventre, Le Diable ne cache rien : il se montre en absence totale d’hypocrisie. S’il est muni de plusieurs yeux situés sur le visage, le ventre et les genoux, c’est pour mieux voir ses peurs en face. C’est un être à quatre visages. A celui de sa face, masque couvrant son puissant intellect, s’ajoute le regard étonné des deux seins dont les base en forme de demi-lunes indiquent une émotivité sans frein. Le visage du ventre, langue tirée lui aussi, désigne la vaste extension de ses désirs sexuels et créatifs. Le regard des genoux suggère une chair assumée, imbibée d’esprit, qui ne dédaigne rien de la vie matérielle. Son sexe est comme une troisième langue qui sort. Mais son corps de couleur bleu ciel indique qu’il est avant tout une entité spirituelle, une dimension de l’esprit, sous son aspect luciférien. Dans sa main, il porte une torche au manche vert, couleur de l’éternité, où luit une flamme rouge qui surgit d’un cercle cette torche brûle d’une grande activité marquée par ce signe de la perfection, du principe créateur […]”
Et si le Diable parlait…
“Je suis Lucifer, porteur de la lumière. Mon don magnifique à l’humanité est l’absence absolue de morale. Nul ne me limite. Je transgresse toutes les lois, je brûle les constitutions et les livres sacrés. Aucune religion ne peut me contenir. Je détruis toutes les théories, je fais exploser tous les dogmes. Dans le fond du fond du fond, personne n’habite plus profond que moi. Je suis la source de tous les abîmes. Je suis celui qui donne une vie aux grottes obscures, celui qui connaît le centre autour duquel tournent toutes les densités. Je suis la viscosité de tout ce qui vainement tente d’être formel. La suprême force du magma. La puanteur qui dénonce l’hypocrisie des parfums. La charogne mère de chaque fleur. Le corrupteur des esprits vaniteux qui se vautrent dans la perfection. Je suis la conscience assassine du perpétuel éphémère. C’est moi, enfermé dans le souterrain du monde, qui fais trembler la cathédraie stupide de la foi. C’est moi qui à genoux mords et ensanglante les pieds des crucifiés. Qui présente au monde, sans pudeur, mes blessures béantes comme autant de vagins affamés. Je viole l’oeuf putride de la sainteté. J’enfonce l’érection de ma pensée dans le rêve morbide des hiérophantes, pour leur cracher en plein simulacre le sperme froid de mon mépris. Pas de paix avec moi. Pas de petit foyer établi. Pas d’Évangiles pralinés. Pas de vierge en sucre pour les langues moites de nonnes velues. Je défèque royalement sur les oiseaux lépreux de la morale. Je ne m’interdis pas d’imaginer un prophète à quatre pattes monté par un âne en rut. Je suis le chantre extasié de l’inceste, le champion de toutes les dépravations, et j’ouvre avec délices, de l’ongle de mon petit doigt, les tripes d’un innocent pour y tremper mon pain. Cependant, depuis le profond du profond de la caverne humaine, j’allume la torche qui organise les ténèbres. Sur une échelle d’obsidienne, j’arrive au pied du Créateur pour lui présenter en offrande le pouvoir de la transformation. Oui : devant la divine impermanence, je lutte pour conserver l’instinct, pour le figer comme une sculpture fluorescente. Je l’illumine de ma conscience et le retiens, jusqu’à ce qu’il éclate en une nouvelle oeuvre divine, l’univers infini, labyrinthe incommensurable qui se glisse entre mes griffes, proie qui s’échappe d’entre mes dents, traces qui s’évanouissent comme un parfum subtil… Et je reste là, essayant d’attacher toutes les secondes les unes aux autres, d’arrêter l’écoulement du temps. C’est cela, l’enfer, l’amour total envers l’oeuvre divine qui s’évanouit. C’est Lui, l’artiste invisible, impensable, impalpable, intouchable. Moi, je suis l’autre artiste : fixe, invariable, obscur, opaque, dense. Torche qui brûle éternellement d’un feu immobile. C’est moi qui veux avaler cette éternité, cette gloire impondérable, la clouer au centre de mon ventre et accoucher d’elle comme un marécage qui se déchire pour éjecter la tige au bout de laquelle s’ouvrira le lotus où brille le diamant. Ainsi, moi, lacérant mes tripes, je veux être la Vierge suprême qui accouche de Dieu et le fige sur une croix, qu’il reste pour l’éternité, ici, avec moi, toujours, sans changement, permanente permanence.“
L’ESSENCE : EGO – EMPRISONNEMENT -embrouillement – identification avec la matière – avidité et désir de possession – jalousie – peur – retenir l’envie de vivre sous toutes ses formes.
LE MESSAGE INTÉRIEUR : Si vous vous servez de votre vie uniquement pour satisfaire l’abondance des besoins éternels de l’ego, vous vous accrochez à votre poteau de torture intérieur. Regardez avec quoi vous vous nouez vous-même et surtout COMMENT vous vous liez toujours vous-même les mains. Quelles sont les idées qui font de vous votre propre esclave. Quelles pensées de vous-même avez-vous accepté de votre environnement? Rappelez-vous que vous vous êtes créé beaucoup de choses vous-même et que vous les recréez toujours à travers vos schémas de croyances négatifs répétés. La pensée, par exemple, de ne pas être assez bon, ne pas sufflre ou ne pas avoir assez, provoque la peur. Vous vous identifiez avec cette pensée. Cette pensee déteint sur toutes vos expériences. Si vous reconnaissez ce mouvement circulaire mental, vous pouvez l’arrêter. Cependant sans utiliser la violence, mais uniquement à travers plus de conscience. Vous arrêtez de poursuivre ce mouvement circulaire en lui retirant votre attention, donc votre énergie. Nous gardons tous en vie ce fantôme des souhaits de notre ego qui suit éternellement son cours en le nourrissant de force de vie toujours nouvelle. Le moment est pour vous favorable de reconnaître cet embrouillement et de vous réveiller du cauchemar.
LA MANIFESTATION EXTÉRIEURE : Le monde extérieur reflète fidèlement ce par quoi vous vous laissez posséder. Tout ce à quoi vous tenez, tient à vous également ! Posséder a aussi un rapport avec ‘être obsédé’. Vous vous fixez sur quelque chose. L’énergie stagne. Le flux d’énergie est interrompu. Vous êtes ainsi prisonnier du poteau de torture de votre ego. Et l’ego veut toujours et toujours plus. Il n’est jamais satisfait. Même si vous vous donnez beaucoup de peine, cela ne suffit JAMAIS ! Si vous pouvez passer dans votre conscience de la possession à l’ utilisation, vos manifestations matérielles vous accableront moins. Plus vous possédez et plus vous pouvez perdre aussi. La peur croît en proportion avec la possession. Si vous pouvez vous imaginer que nous ne sommes tous que des invités sur cette Terre et ce, pour une période très courte, vous serez alors conscient que posséder et vouloir avoir relèvent de l’absurdité. Permettez-vous de changer intérieurement l’angle de 180 degrés et délivrez-vous de votre relation avec le poteau de torture de l’ego. Ayez confiance en la force de votre être intérieur qui vous apportera ce dont vous avez vraiment besoin dans la vie !
Le diable – Dépassement de l’ego (tarot maçonnique)
La nature a ses lois. On ne la maîtrise qu’en la respectant.
“Traditionnellement c’est “l’adversaire” : celui qui “éprouve”. Mais il ne faut pas s’arrêter à la notion de souffrance. Craindre le diable c’est lui donner la victoire. Il peut être associé au dragon en tant que réservoir de vitalité, pulsions et impulsions inconscientes. L’origine hiéroglyphique de la 15e lettre Samech, est le serpent-feu ou dragon. La couleur rouge correspond au feu, à la vitalité, à l’impulsion. Elle lutte avec le noir, l’obscur, la peur de l’inconscient. Le foyer intérieur est symbolisé aussi par le feu de l’athanor (foyer de l’alchimiste). Ce troisième septenaire commerçant conduit vers la réalisation de l’oeuvre au rouge. Réalisation qui implique une parfaite maîtrise des pulsions, c’est l’enseignement de cette lame.
Ici s’exprime l’idée d’un feu à double sens, vers l’intérieur et vers l’extérieur. La conscience aura toujours tendance à craindre de pénétrer dans la caverne obscure de l’inconscient. Le Soi se maniteste dans le conflit qui nait de cette opposition. Mais les Diables peuvent aussi être d’utiles génies (Daïmon). Cette carte se fonde sur un retour au passé. Le meurtre de Maître Hiram, analogique au meurtre du père suscité par un désir d’appropriation, est refoulé dans le subconscient par la crainte de ce que l’on a le devoir de reconnaître.”
Le Gardien (Forêt enchantée)
“Le Gardien se tient à Samhain, le l” novembre, à la porte de la mort, entre les éléments eau et terre, associé à la lune décroissante.
DESCRIPTION : Le squelette blanchi d’un grand ours des cavernes garde l’entrée d’une grotte, sentinelle dans la nuit. L’esprit gardien de la bête met au défi quiconque entrerait dans la grotte de la mémoire ancestrale sans comprendre la nature de ses propres ténèbres. Un chemin inconnu et inexploré part de l’ouverture de la grotte remplie de stalactites pointues et déchiquetées. Son extrémité se perd dans les ténèbres. Aucune lumière intérieure ne brûle pour montrer une voie. Avant d’emprunter ce chemin, vous devez affronter le Gardien et maîtriser vos propres peurs.
SIGNIFICATION : Au fil des siècles, bon nombre de manipulations cyniques du concept de « diable », dans des buts politiques, religieux et doctrinaux, ont conduit à la diabolisation de cet esprit païen de la nature. Le principal rôle de tels
archétypes est néanmoins celui de protection et d’initiation. Le Gardien est le lien
humain avec la nature et la fécondité, se manifestant parfois sous forme de férocité, d’extase et de sexualité. Pourtant, la peur engendrée par le détournement de cet archétype nous accompagnera encore longtemps.
Le Gardien suscite des craintes irrationnelles montant de la boue du subconscient humain et remplissant de prémonitions l’âme timide. Il est riche en sensations inhumaines et invisibles, se nourrissant d’effroi et de panique avec une joie malfaisante. Cependant, dans cette énergie sardonique et chaotique sont enfouis la sagesse, le courage et la force. L’instinct de survie est gouverné par la réaction « se battre ou fuir », et pourtant nous avons appris à rationaliser nos peurs les plus obscures et à faire face aux changements inconnus grâce à la pénétration intellectuelle. À mesure que notre compréhension de l’inconnu a évolué, nous avons appris qu’aucune force diabolique ou surnaturelle de l’ univers n’est aussi effrayante que l’imagination humaine.
Si le Gardien est terrifiant, c’est parce que nous sommes terrifiés par notre propre reflet, notre propre ombre obscure – c’est cet élément que nous devons maîtriser. Ce processus englobe l’élimination du conditionnement et la distillation de ce qui est essentiel en nous. Nous pouvons gagner beaucoup en affrontant nos peurs les plus profondément cachées et refoulées, qui émergent d’habitude de nos instincts et désirs les plus intenses. Une fois cette vérité assimilée et utilisée pour notre défense, nous pouvons regarder en face le lieu le plus obscur et le gardien le plus effrayant de la forêt.
POINTS ESSENTIELS DE LA LECTURE : Une difficulté est apparue dans votre vie. La situation peut être très complexe, avoir même des implications considérables pour votre vie et la manière dont vous affrontez le monde. Elle peut se manifester sous la forme d’un réalignement intérieur profond ou d’une quelconque autre situation physiquement difficile. Que cette difficulté vienne du labyrinthe du mental humain ou d’une source extérieure, le problème qui se pose maintenant doit être vu pour ce qu’il est : une occasion. Si quelque chose a été caché ou refoulé, si une situation a été laissée pourrir ou si elle est devenue malsaine, le moment est venu de contrôler vos peurs et d’affronter l’insécurité avec courage et intégrité. Si menaçante ou difficile que soit cette situation, soyez toujours conscient que l’expérience de la compréhension et de l’acceptation de vos ténèbres intérieures vous rendra plus fort et plus résistant.
Racines et branches Tricheur • Ange noir • Herne le chasseur • Homme sombre du chêne sacré
• Seigneur de l’Autre monde • Oberon • Sentinelle du seuil • Pan”
Cerumno (tarot celtique)
“Cerumno est une divinité animale, une sorte de seigneur des fauves, à la posture insolite et au visage énigmatique. Pour commencer, il est assis les jambes croisées, dans la position typique du yoga connue sous le nom de position du Bouddha. Par ailleurs au-dessus de ses oreilles humaines, il possède deux autres petites oreilles de cerf, et porte sur sa tête les bois ramifiés propres à ce dernier.
Il tient parfois dans sa main un bol vers lequel s’étirent deux serpents, ou bien un sac rempli de pièces de monnaie ou de pierres pour le jeu. Sur le célèbre chaudron de Gundestrup, il s’entoure également de quatre animaux, vraisemblablement ses sujets.
Dérivé de carno (cerf) ou de cerna (pointe), son nom fait clairement allusion à la fertilité virile et aux impétueuses énergies des animaux à la saison des amours.
C’est pourquoi il est considéré comme le dieu des influences fécondatrices, celui qui, en mourant et en renaissant, met en marche le cycle de mort et de renaissance dans la nature. Sans parler des forces plus subtiles et mystérieuses, liées aux trésors souterrains d’outre-tombe, du serpent qui l’accompagne souvent, avec sa tête surmontée de deux cornes de bélier qui renforcent son symbole de pouvoir et de richesse.
Ce n’est pas un hasard si, dans le symbolisme antique, le cerf revêt toujours un caractère ambivalent, au point de figurer au Moyen Âge parmi les montures des sorcières et d’être même assimilé au diable. Il guide vers l’au-delà ou bien le long des sentiers conduisant aux collines vides où vivent les fées, et apparaît quelquefois sous la forme d’ une belle et séduisante jeune fille.
Le dieu-cerf se retrouve aussi dans le cycle gallois de Finn, le roi des Fiana, chasseurs et soldats itinérants. Tout d’abord, le vrai nom de Finn est Demnè (daim). Ensuite son épouse Sadv est une femme six mois par an, et une biche blanche le reste du temps. Il a enfin pour fils Ossian, ou Oisin (faon), et pour petit-fils Oscar (celui qui aime les cerfs).
LA CARTE : On voit ici Cerumno assis dans une position hiératique, comme plongé dans la méditation, devant le chaudron magique de l’abondance et de la résurrection. Il porte autour du cou l’ornement distinctif des Celtes : un collier d’or torsadé, ouvert aux extrémités, ayant probablement pour fonction d’accumuler et d’assurer l’échange énergétique réciproque entre le corps et le milieu ambiant. Des bois de cerf se dressent sur sa tête, et celle du serpent qui l’accompagne est surmontée d’une paire de cornes de bélier. Sa main gauche tient une massue de fer, symbole du pouvoir intérieur, très fort en dépit de l’immobilité de la figure, absolument pas belliqueuse.
SIGNIFICATION ÉSOTÉRIQUE : L’énergie a toujours deux faces, masculine et féminine, sombre et lumineuse. Par la force secrète du coeur, puissante au point de déplacer les montagnes, l’animal peut accéder à la dimension humaine, et l’homme peut découvrir son archaïque et débordante animalité. Homme et animal, homme et plante, homme et pierre, homme et eau ne font qu’un, car la force de la nature les rapproche et les investit d’un lien indissoluble.
MOTS CLEFS : fertilité, puissance, nature, mystère, régénération.
A L’ENDROIT : instinct, magnétisme, force mystérieuse, énergie psychique, pouvoirs occultes. attraction, éloquence, charisme ; expériences surnaturelles, événements inattendus, prédestination : occasion à saisir au vol, risque, hasard ; brillant succès remporté grâce à de sombres méthodes : soulagement, libération, obstacles surmontés. désirs réalisés ; volonté intense, force physique. passion, attirance, audace ; besoin d’accepter le destin ; relations profondes ; nouvelles rencontres. libération de liens indésirables, capacité de faire carrière, réussite dans le domaine médico-chirurgical ; luxe, richesse ; protection vis-à-vis de la maladie, accouchement ou opération à l’issue positive..
A L’ENVERS : bouleversement, excès, déséquilibre, méchanceté, luxure ; abus de pouvoir, fraude, mensonge, arrogance, avidité ; querelles, vengeance, violence, sadisme, destruction ; vice, jeu de hasard, tentations, dangers, obstacles, complications en tout genre, période particulièrement difficile ; révolte, fanatisme, conflits, exploitation, tyrannie ; magie noire ; paresse, superficialité, dépendance, erreurs ; amour vénal, trahison, jalousie effrénée, grossesse non désirée ; critiques, échecs, escroqueries, prêts risqués, usure ; recrudescence d’une maladie, accident, virus, drogue, impuissance, avortement, fièvre, blessures, affections des organes génitaux, folie ; l’ennemi, un séducteur, un tyran.
LE TEMPS : mardi, automne.
SIGNE DU ZODIAQUE : Scorpion, Capricorne..
LE CONSEIL : la magie habite dans votre coeur : faites appel à vos énergies secrètes, et vous réaliserez même l’impossible.“
UN TRAVAIL TABOU – Une silhouette hermaphrodite à la chevelure ébouriffée, avec des cornes sur la tête et une corne au genou, porte une étoile ou une flûte et quitte son piédestal. Deux bras noirs la lâchent, puis veulent la saisir. Si le tableau peut paraître étrange, il contourne une représentation convenue du diable. Ainsi se pose plus précisément la question de la signification du diable pour nous aujourd’hui. Chaque individu apporte quelque chose de nouveau dans le monde, ses particularités et ses qualités qui ne s’inscrivent pas forcément dans le cadre des choses déjà existantes. Chaque individu poursuit à sa façon l’histoire de la Création – et touche à un moment donné à des sujets tabous. La carte du DIABLE signale que le seuil du tabou est franchi. Ce qui auparavant était sous-jacent est désormais visible. Là réside l’atout, mais aussi la mission, il faut se pencher sur les tabous, confirmer ou créer les tabous salutaires et démonter les tabous inutiles. Ne vous laissez pas intimider : vous avez ici la chance de faire peau neuve. D’un côté, le diable est une sorte de vampire, un véritable gêneur et un importun. Nous le craignons à juste titre et nous ne pouvons enfin nous débarrasser de cette zone d’ombre qu’en la perçant à jour. D’un autre côté, le diable incarne un parent pauvre, cette part de nous que nous avons négligée, bien que nous éprouvions pour lui une grande attirance. Nous pouvons maintenant nous l’approprier.
CONSEILS PRATIQUES – Si nous apportons la lumière dans l’obscurité, le vampire retombe en poussière, et ce qui est caché reprend forme et couleur. Regardez en face l’inconnu, examinez avec précision ce que vous pouvez utiliser ou non.
RÉFÉRENCES ARTISTIQUES – Dali, nouvelle création pour son tarot.
Le Diable (Laetitia Barbier)
Giovanni da Modena, L’Enfer (détail, 1410)
Avec son anatomie répugnante, le diable de l’Inferno de Giovanni Di Modena est, pour moi, l’une des images les plus fascinantes jamais créées. Difficile à regarder, repoussante et cependant attirante. La vision aberrante de l’orifice de son ventre est à la fois obscène et comique dans sa monstruosité. Quel sort attend ces gens avalés par le maître du monde souterrain ? La couleur de sa peau bleutée, vert-de-gris, est celle d’un cadavre en putréfaction. Les boucles de sa fourrure traduisent son côté animal. Sa grande et imposante stature est à la hauteur de sa faim d’âmes humaines, qu’il dévore par les deux bouts de son anatomie, avec une deuxième bouche. Celle-ci répond à l’appellation un peu barbare de trou « gastrocéphalique ». Cette caractéristique bizarre, mais commune, que l’on retrouve dans de nombreuses représentations de démons médiévaux, exprime sa voracité et comment le siège de l’intelligence sert de bas instincts. En regardant cette image terrifiante, nous comprenons que son corps est aussi labyrinthique que l’enfer mème, difforme et multiple. Le diable est à la fois le tourmenteur et le lieu des tourments. D’une certaine façon, quand nous observons son corps, nous sommes portés à croire qu’il est lui-même le seuil des royaumes chtoniens, la gueule de l’enfer menant au centre de la terre. Ce voyage vers les profondeurs s’apparente à une digestion, une contre-initiation dans les entrailles des ténèbres.
Cette fresque a été produite au XVe siècle, à la mème période que les premiers tarots – détail important, parce qu’aucune des cartes de la Renaissance montrant le diable n’a survécu au temps. Pourquoi ? Nous ne le savons pas. Elles ont peut-être été perdues, ou comme certains le croient, détruites pour éviter des activités plus funestes. La spécialiste du tarot Mary K. Greer a consacré à cette question l’un des articles de son blog et a émis l’hypothèse que ces cartes anciennes pourraient avoir été utilisées pour jeter des sorts. Elle fait référence à un article d’Andrea Vitali, qui cite lui-mème la transcription d’un procès de l’inquisition à Venise au XVIe siècle. Le texte rapporte une affaire dans laquelle une femme était accusée de sorcellerie, ayant essayé de s’attirer les faveurs sentimentales d’un homme par une prière rituelle aux âmes du purgatoire, utilisant une carte de tarot du Diable comme retable.
J’aimerais imaginer que les anciennes cartes du Diable ressemblaient à l’abominable figure peinte par Giovanni da Modena. Au XVIIe siècle, certaines cartes du tarot de Marseille portent des visages gastrocéphaliques, comme pour s’inscrire dans la continuité avec cet ogre. On retrouve aussi l’apparence velue, représentation de l’homme sauvage, motif populaire dans l’Europe médiévale. Couvert d’une épaisse couche de poils, l’homme sauvage est une créature des bois, vivant en retrait de la civilisation, animée de pulsions ataviques. Nos diables de tarot ne sont pas si éloignés que ça, s’inscrivant dans la lignée des satyres lubriques de l’Antiquité, comme Pan, dieu grec de la vitalité de la nature.
Le diable représenté dans le tarot est un personnage ambivalent. Être chimérique, il est en partie humain, en partie bouc, et parfois faucon. Dans le tarot de Marseille, il porte souvent les attributs sexuels des deux genres, ce que l’on pourrait voir, dans une perspective chrétienne, comme un symbole de son insatiable appétit sexuel. Perché sur son piédestal, le roi de l’enfer est un tentateur et un incitateur, et les deux sbires enchaînés à ses pieds sont, de manière ambiguë, à la fois ses esclaves et ses escortes. La corde qui les attache à la colonne nous rappelle de nombreuses allégories de l’idolâtrie. Dans l’Allégorie de l’infidélité créée par Giotto dans la chapelle des Scrovegni, le personnage est tenu en laisse par la statue qu’il adore indûment. Ses yeux sont fermés en signe de déni, alors qu’il est sous le commandement du sujet de sa dévotion. Comme avec les acolytes soumis du Diable, il est à la fois aveugle et captif.
Au XIXe siècle, l’image du diable bascule de l’ignoble monstre à l’antihéros romantique. Dans le poème épique de Milton, Le Paradis perdu, écrit au XVIIe siècle, Satan est présenté comme un personnage rebelle en lutte contre un dieu démiurgique. Sa désobéissance en fera un symbole d’insubordination et d’émancipation pour les générations suivantes, inspirant les artistes tout comme les occultistes, dans un climat général de suspicion vis-à-vis de l’Église catholique, des autorités politiques, et du désenchantement rationaliste. Lucifer, étymologiquement le porteur de lumière, supplante Satan, l’Adversaire. Un changement radical de perspective l’éloigne de son identité d’idole de la perversité à une figure d’insurgé. Dans le tarot, l’iconographie du diable et ses significations sont souvent inspirées par l’essai d’Éliphas Lévi sur Baphomet, figure à tête de bouc supposément adorée par les Templiers. Dans son chapitre intitulé Le Sabbat des sorcières, il participe à sa réhabilitation, en décrivant la déité cornue comme figure panthéiste d’équilibre dans laquelle les polarités opposées retrouvent une harmonie. Il faut remarquer que le traducteur de l’oeuvre de Lévi en anglais est Arthur Edward Waite, instigateur et créateur du tarot Rider Waite Smith. Bien qu’il ne partage pas les vues de l’occultiste français sur Baphomet, sa carte du Diable s’inspire, comme bien d’autres par la suite, du prototype sulfureux dessiné par Lévi.
Dans la pratique contemporaine du tarot, le Diable n’est pas vu comme une carte aussi néfaste que dans le passé. S’il nous montre toujours notre capacité à tomber dans des pièges que nous avons posés nous-mémes ou des schèmes comme des comportements de dépendance, cette carte est souvent considérée comme une invitation à explorer nos désirs sombres ou réprimés, allant contre le courant des normes établies. Régulièrement, le Diable est assimilé au double obscur de la carte du Pape. Au-delà d’une simple similarité de composition, le Pape crée la structure morale que le Diable inverse et abolit, nous invitant à être conscients de notre angle mort, de l’hypocrisie, et nous dévoilant le chemin vers le soi authentique à l’exacte croisée de l’ombre et de la lumière.
[C4, supplément au n° 101-102, novembre-décembre 2002] Le soleil s’est levé depuis belle lurette et je suis toujours couché. à côté de Lise, dans de beaux draps, je la regarde dormir sans me lasser, mais sans l’enlacer pour ne pas la réveiller, quoi que la tentation soit forte.
Je dois me lever et écrire ma recette pour le C4. J’ai promis que je me reconcentrerais sur mon sujet et que j’arrêterais de vous parler de Lise. Ce ne sera pas simple car elle occupe toutes les cases de mon cerveau, petit cervelet et hypothalamus compris. Chose prolise, chose dure… décidément je m’embrouille, elle m’ embrouille. Chose promise, chose due.
Voyons… “Sans chichi, pas conne du tout, notez-la dans un petit carnet, voici la recette du chili con carne.” Ca commencera comme ça… je vais me lever… ding-dong… on sonne à la porte. Un coup d’oeil par la fenêtre… le facteur. Pas timbré. Je m’enveloppe dans mon vieux peignoir car le facteur est une facteuse et on n’est jamais trop prude ni trop prudent.
Bonjour Monsieur.
Bonjour Madame.
J’ai un petit colis pour vous, ça vient de Suisse…
Merci.
Au revoir et bonne journée…
Et de fait la journée commence bien, j’adore recevoir des petits colis, c’est tellement gai de couper la ficelle et de déballer lentement le paquet, très lentement, pour jouir pleinement de ce temps suspendu, ces quelques secondes presque angoissantes qui précèdent la découverte.
Un colis de Suisse ? C’est sans doute de ma soeur Janine qui habite à Sion ; c’est trop petit pour être du chocolat ; dommage car je raffole du chocolat extra noir fait là, à Sion. J’ouvre… un flacon de Viagra, douze petits losanges bleus de 50 milligrammes. Et c’est bien ma soeur qui me l’envoie, elle a joint un petit mot. C’est pourtant pas son genre, qu’est-ce qui lui prend :
Mon cher frère, je n’ai pas l’habitude de te confier mes petits problèmes, -heureusement pour moi ! – mais en matière sexuelle – oh, ma soeur ! –(excuse mon écriture tremblotante mais j’ai l’impression de commettre un péché en écrivant ce mot, Dieu me pardonnera sans doute) – sans nul doute ! – tu es plus ferré que moi sur le sujet. – c’est pas difficile, Janine a toujours été un peu tarte – Mon Marcel m’honorait tous les trois mois et je m’en contentais (l’excès nuit en tout) mais depuis qu’il est branché sur Internet, voilà maintenant deux ans, il passe ses nuits à surfer sur le Net, pendant que je pleure sur ma couette. Sa souris. oui… ma chatte, non ! J’ai donc pensé, puisque le Viagra est ici en vente libre, lui en donner à son insu, mais avant je désirais connaitre ton avis d’expert – là , elle exagère ! – sur les effets du Viagra. J’attends ton rapport sexuel. Merci d’avance. Bises. Janine.
Ben ça alors, elle me prend pour un cobaye et pour un étalon. Si elle croit que je vais bouffer ses pilules, elle se fourre le doigt dans… l’oeil. Pour moi l’amour, c’est nature, c’est le trapèze sans filet, non mais ! Je vais lui répondre que ça marche bien pour ne pas la peiner et qu’elle se débrouille avec son Marcel viagré. Revenons à notre chili :
Faites tremper vos haricots rouges (500gr) la veille.
Le lendemain, égouttez-les, rincez-les et renoyez-les dans une casserole. Faites bouillir et écumez.
Ajoutez un gros oignon piqué de clous de girofle, quelques carottes, une branche de céleri, thym, laurier et une étamine contenant quelques piments rouges (chilis).
Faites mijoter deux heures et ne salez qu’une demie heure avant la fin de la cuisson.
Dans une poêle, faites revenir du hachis (500gr) de boeuf, de veau ou d’agneau (carne), ajoutez sel, cannelle et cumin et mélangez aux haricots. C’est prêt.
Ca pique un peu et c’est bien meilleur que la saloperie de Viagra de ma soeur Janine. Lise s’est réveillée, elle s’approche de moi et m’embrasse tendrement.
Dis, tu ne trouves pas que les poissons rouges ont un comportement bizarre ce matin.
[THECONVERSATION.COM, 22 mai 2025] Souvent présentées sous l’angle du déclin ou des conflits, les relations de voisinage sont encore très vivantes. En témoigne la Fête des voisins qui célèbre son vingt-cinquième anniversaire cette année. Mais comment se côtoie-t-on selon les milieux sociaux ?
Les relations de voisinage n’ont pas bonne presse. Dans les discours communs et les débats publics, elles sont bien souvent présentées sous le registre du déclin – on ne voisinerait plus aujourd’hui comme avant – ou sous celui des conflits de voisinage. Ce constat fait écho à de grandes enquêtes répétées aux États-Unis qui documentent la montée de l’isolement dans ce pays.
Mais comment voisine-t-on aujourd’hui en France ?
Cette question est à l’origine de l’ouvrage sur les liens sociaux de proximité publié en mai 2025, à partir de l’enquête Mon quartier, mes voisins, réalisée en 2018-2019 avec le collectif Voisinages. Cette recherche s’est déroulée un peu plus de trente-cinq ans après l’enquête Contact entre les personnes (1982-1983), qui constituait le dernier travail de référence de grande ampleur sur la question. Dans notre recherche, 2 572 personnes, sélectionnées aléatoirement au sein de 14 quartiers (bourgeois, populaires, gentrifiés…) ou communes périurbaines (urbaines ou rurales) situés en région parisienne et en région lyonnaise, ont été interrogées.
Les relations de voisinage : un fait social stable
Contrairement aux idées reçues sur le sujet, les relations de voisinage n’ont pas décliné au cours des dernières décennies. Le constat est sans ambiguïté : sur l’ensemble des indicateurs comparés (conversations, visites au domicile, échanges de services…), les proportions obtenues dans les deux enquêtes sont extrêmement proches.
Ainsi, 75 % des personnes interrogées dans l’enquête de 2025 sont entrées chez un voisin dans les douze derniers mois (73 % dans l’enquête Contacts des années 1990) ; 63 % ont reçu un service dans leur voisinage (contre 62 % en 1982-1983).
L’isolement complet des relations de son quartier s’en trouve même légèrement réduit : la proportion d’individus exclus de toutes relations diminue de 9 à 6 %. Cette forte stabilité des relations de voisinage vaut aussi pour les conflits, qui ne sont pas significativement plus fréquents dans notre enquête que dans l’enquête Contacts….
Le voisinage n’est donc pas mort, loin de là, et il est loin de se réduire à la figure ultramédiatisée des conflits de voisinage.
Les liens de proximité, entre conversations et services
Ce lien social noué avec ceux qui nous entourent est cependant de nature et d’intensité extrêmement variées ; il peut revêtir une grande diversité de forces, fonctions et contenus.
Au niveau minimal, le lien de voisinage est un lien faible, fait de rencontres informelles et de conversations dans les espaces publics. Ce type de lien est le plus répandu (94 % des individus entretiennent régulièrement des conversations dans leur quartier), et il remplit une fonction sociale manifeste : en tant qu’inconnus familiers, ces personnes avec qui l’on noue des contacts plus ou moins éphémères participent d’un sentiment de sécurité ontologique en certifiant la familiarité avec le quartier ou la commune de résidence.
Mais des parts conséquentes de la population entretiennent des liens plus approfondis. Ainsi, plus des trois quarts des individus ont rendu ou reçu des services dans leur quartier dans la dernière année. Ces liens, dits instrumentaux, rassemblent un ensemble varié de services. Parmi les plus fréquents, on trouve l’entraide liée à l’absence du logement (garder les clés, arroser les plantes, nourrir les animaux, récupérer un colis) : si 58 % des individus participent à ce type service, il est d’autant plus fréquent que l’on s’élève dans la hiérarchie sociale puisque 67 % des cadres le déclarent, contre 48 % des employés, ouvriers et inactifs.
Voisins aux fenêtres d’un immeuble
On retrouve ce poids de la hiérarchie sociale concernant les services liés au quotidien, comme le prêt d’objets, outils ou ingrédients (qui est déclaré par un individu sur deux), et l’aide pour le bricolage ou le jardinage (qui concerne une personne sur quatre).
D’autres services sont davantage liés à la configuration familiale (22 % des individus s’entraident pour la garde des enfants ou pour les accompagner ou récupérer à l’école ou à des activités). D’autres encore, plus rares et ayant ceci de particularité d’être généralement asymétriques, concernent quasi exclusivement les classes populaires : 4 % des individus se sont fait aider dans des démarches administratives et 4 % se font conduire ou accompagner quelque part.
Les relations conviviales, plus électives
Sept habitants sur dix entretiennent des liens conviviaux, qui prennent généralement la forme d’apéros ou repas partagés avec leurs voisins ou d’autres habitants de leur quartier. Ces liens concernent là encore davantage les classes moyennes et supérieures, que les employés, ouvriers ou inactifs. L’étude révèle en outre que ces relations sont davantage sélectives : les voisins que l’on invite à notre table sont davantage choisis au sein d’un large ensemble d’individus, pouvant habiter d’autres immeubles du même quartier et partageant souvent avec son invité, des caractéristiques sociodémographiques – classe d’âges, situation conjugale et familiale, classe sociale – proches, même si les liens de voisinage, pris dans leur ensemble, sont moins homophiles que dans la plupart des autres cercles sociaux des individus (relations professionnelles, relations amicales, etc.).
Du voisinage aux amitiés
Les liens sociaux de proximité comportent également des liens forts : toutefois, les individus avec qui ces liens privilégiés sont entretenus perdent généralement le qualificatif de voisins. Parmi les habitants des quartiers enquêtés dans Mon quartier, mes voisins, 16 % déclarent avoir un membre de leur famille et 38 % indiquent avoir des amis dans leur quartier.
Ces liens forts, surtout lorsqu’ils sont amicaux, sont généralement associés à un investissement plus intensif dans la sociabilité de voisinage. Là encore se révèle le poids des gradients socioéconomiques : 42 % des cadres ont des amis dans leur quartier alors que ce n’est le cas que d’un tiers des membres des classes populaires.
Cette catégorisation de différents types de liens ne doit pas faire oublier qu’une même personne peut entretenir à la fois différents types de liens. Un même individu peut avoir, par exemple, à la fois des relations de forte intensité, nourries d’échanges et de partages, avec certains de ses voisins, des relations de bon voisinage, reposant sur des discussions et des petits échanges de services, avec d’autres, et des relations plus faibles, voire des contacts éphémères, ou des conflits, avec d’autres encore. Et ces liens peuvent évoluer au fil du temps : se renforcer, s’affaiblir ou disparaître.
Le voisinage comme ressource
Au-delà de la fête des voisins, à laquelle participe au moins de temps en temps environ un quart de la population, le voisinage occupe en France une place importante dans l’intégration sociale des individus. Il procure des ressources variées. Les relations de voisinage dites conviviales peuvent d’abord être analysées comme des ressources en soi, dans la mesure où ces liens sociaux apportent la protection et la reconnaissance nécessaires à l’existence sociale.
Les liens de proximité apportent également de l’aide explicite, pour organiser son quotidien ou partir de son logement en toute sérénité. Ils se révèlent particulièrement déterminants lorsqu’ils permettent à des franges de la population d’accéder à des services qu’ils ne pourraient supporter économiquement s’ils devaient y recourir par l’intermédiaire du secteur marchand (garde d’enfants, taxi, coupes de cheveux, réparations). Enfin, ces liens apportent des informations dans des domaines aussi différents que les stratégies scolaires, l’emploi, le logement, les bons plans, les aides à la parentalité, etc.
Fondé en 1963 dans la région germanophone de l’Est belge, à quelques kilomètres seulement d’Aix-la-Chapelle, le Musée de la Poterie de Raeren s’inscrit dans un cadre patrimonial singulier : un ancien château fort du XIVe siècle, le Burg Raeren, dont les douves et le donjon confèrent au lieu un caractère à la fois pittoresque et historiquement pertinent, nombre de potiers ayant jadis établi leur atelier à proximité immédiate.
Raeren fut, entre les XVe et XVIIe siècles, l’un des principaux foyers de production de grès cérame en Europe, aux côtés de centres rhénans tels que Siegburg, Frechen ou Cologne. Ces différentes villes ont en commun la fabrication d’un grès dit ‘de Rhénanie’, dont la qualité technique et esthétique était unanimement reconnue. Le grès de Raeren est issu d’une argile locale riche en silice (principalement du quartz) et en alumine, conférant à la pâte une excellente résistance au feu et une aptitude à la vitrification lors de cuissons à très haute température, généralement comprises entre 1200 et 1300 °C. Sous l’effet de la chaleur, les composants de l’argile fondent partiellement et se soudent, produisant un matériau dense, imperméable et extrêmement résistant, sans nécessité d’un émaillage préalable.
À la Renaissance, les potiers appliquaient toutefois une glaçure au sel : du chlorure de sodium était jeté dans le four à l’approche du point de fusion ; en réagissant avec la silice de l’argile, la vapeur saline formait une couche vitreuse, légèrement granuleuse et brillante, que l’on qualifie souvent de peau d’orange. Après cuisson, la couleur du grès variait du gris bleuté au brun, selon la composition exacte de l’argile et la maîtrise du feu. Chaque pièce portait ainsi l’empreinte de son environnement de cuisson, tant technique qu’humain.
Comme dans les autres centres rhénans, la production à Raeren reposait largement sur l’usage de moules et de décors par estampage, favorisant une certaine standardisation tout en conservant un degré élevé d’ornementation. Certains potiers, à l’instar de Jan Emens Mennicken, n’hésitaient pas à apposer leur marque ou à développer des motifs distinctifs, aujourd’hui précieusement recherchés par les collectionneurs et les historiens.
Le musée de Raeren documente avec précision l’évolution stylistique des pièces. Les plus anciennes se reconnaissent aux rainures grossières tracées sur la panse et le col des cruches, marques laissées par la pression des doigts sur l’argile tournée. Le pied, festonné, était réalisé par l’apposition d’un anneau d’argile appliqué à la base de la pièce. Certaines cruches dites à nez pointu représentent un visage stylisé où le nez, les yeux et la barbe sont modelés sur le flanc de l’ustensile au forme en forme de poire. Les joues sont représentées par des lignes et des points incisés et sont parfois décorées de rosaces estampées. Ces modèles datent des années 1470-1520.
Dès le XVIe siècle, apparaissent aussi des cruches aux formes plus raffinées : les parois et les pieds sont alors lissés, les rainures plus fines, les décorations plus précises.
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les potiers de Raeren mirent au point une nouvelle typologie : à la panse sphérique traditionnelle se substitue une forme architecturée, composée, du bas vers le haut, d’un pied, d’une partie centrale cylindrique, d’épaules et d’un col. Ce cylindre, plus régulier, permettait de recevoir des frises figurées, là où l’on plaçait auparavant médaillons et armoiries.
Ces frises en relief, imprimées dans l’argile encore humide, contribuèrent à la renommée de cette production. Elles représentaient aussi bien des scènes bibliques que des motifs grotesques, des portraits, des banquets ou encore des devises moralisatrices et satiriques. Les danses paysannes connaissent un succès retentissant. Il en existe une trentaine de variantes, dans un esprit très proche des gravures sur cuivre de Hans Sebald Beham, artiste de Nuremberg actif au début du XVIe siècle. Le modèle le plus fascinant reste la cruche de type Bartmann, au visage barbu, en vogue dans les années 1550-1610.
Certaines pièces, notamment les célèbres cruches à losanges, témoignent d’un savoir-faire plus rare : leur décor n’était pas moulé mais gravé à la main au couteau, trait par trait, ce qui en faisait des objets plus coûteux. D’autres, rehaussées de montures en étain ou en argent, entraient dans la catégorie des artefacts de prestige.
Ces objets luxueux reflètent aussi une évolution des mentalités. Ils attestent que le travail est devenu une valeur morale suprême, reléguant la paresse et la bêtise au rang des vices. Cette éthique est présente dans la pratique religieuse : l’accent s’est déplacé de la récompense céleste vers la réussite matérielle sur terre. Le christianisme a évolué vers un code de conduite terrestre qui se manifeste notamment dans les objets du quotidien, comme les grès de la Renaissance richement décorés, qui participaient à une nouvelle culture matérielle où l’on exposait sa richesse, notamment à travers les ustensiles de table. Cette évolution paraît avec le recul inévitable dans un pays comme les Pays-Bas où le commerce international florissant enrichit considérablement la bourgeoisie qui doit tenter ainsi de concilier ses gains avec les préceptes de la Bible, tout en justifiant et en assumant de nouveaux comportements édonistes, fruits de ce commerce colonial.
Les potiers de Raeren se sont à leur tour énormément enrichis. L’essentiel de leur production était constitué de cruches à boire et de pichets à vin ou à bière (Krüge), répandus dans la quasi-totalité des foyers d’Europe du Nord. Les peintures de l’époque reflètent d’ailleurs l’immense usages de ces ustensiles qui apparaissent dans les scènes de genre, banquets, intérieurs bourgeois, natures mortes ou tableaux à message moral des grands maîtres du XVe au XVIIe siècle : on les retrouve de Jérôme Bosch à Pieter Brueghel, de Pieter Aertsen à Clara Peeters, de Jan Steen à David Teniers le Jeune, en passant par Joachim Beuckelaer ou Adriaen Brouwer. Les productions de Raeren y deviennent des marqueurs silencieux du quotidien et de la convivialité à la Renaissance.
Outre ces contenants à boisson, les potiers fabriquaient également toute une gamme d’ustensiles domestiques : jarres pour la conservation, mesures à grains, lampes et cruchons à huile, écuelles, coupes, puisoirs, pots à lait et même des pots de chambre.
Au XVIe siècle, Raeren comptait environ cinquante fours. Les vapeurs et la lumière qu’ils dégageaient étaient visibles à grande distance. Les maîtres-potiers, experts dans la conduite du feu, savaient interpréter les nuances de couleur des flammes pour ajuster leur cuisson avec une précision remarquable — savoir-faire que partageront plus tard, de façon anecdotique, les chauffeurs de la Vennbahn.
Dès la fin du XVIe siècle, le grès rhénan se diffuse bien au-delà de l’Europe : jusqu’à 2000 charretées par an quittaient Raeren à l’apogée de sa production. Les Anglais, les Espagnols ou les Hollandais l’utilisaient pour conserver les denrées à bord de leurs navires, puis le revendaient dans leurs colonies d’Amérique du Nord, d’Asie du Sud-Est et d’Australie. Des fragments de grès de Raeren ont été retrouvés sur des épaves, dans les fonds marins ou lors de fouilles archéologiques sur des sites coloniaux.
Le XVIIe siècle marque cependant le début du déclin, lent mais irréversible, de la poterie à Raeren. La guerre de Trente Ans, les conflits menés par Louis XIV et la concurrence de la porcelaine européenne — inventée à Meissen en 1709 par Johann Friedrich Böttger — précipitèrent la désaffection pour le grès d’apparat. Au fil du temps, les potiers se recentrèrent sur des productions utilitaires. Sous l’occupation française (1794–1814), la réglementation de l’exploitation des ressources naturelles, notamment l’argile et le bois, accentua encore cette chute. Le dernier four de Raeren s’éteignit en 1850.
Il fallut attendre le XIXe siècle pour que le grès de Raeren suscite un regain d’intérêt. Dans le sillage du romantisme, de riches industriels — fascinés par le passé médiéval et en quête d’authenticité — entreprirent de restaurer châteaux et demeures anciennes, qu’ils meublèrent d’objets d’art d’époque ou d’inspiration historiciste. Le grès de Raeren, perçu comme un témoin majeur de cette Europe artisanale disparue, devint dès lors objet de collection. L’un des pionniers de ce renouveau fut l’avocat gantois Joan d’Huyvetter (1770–1833), dont la collection attira jusqu’au roi Guillaume Ier d’Orange. Le mouvement de redécouverte était amorcé : Raeren entrait dans l’histoire des arts décoratifs.
[THECONVERSATION.COM, 9 janvier 2025] On associe souvent des expressions à la mode ou des pratiques comme le verlan à la jeunesse. Mais n’est-ce pas un abus de langage d’évoquer un parler “jeune” ? Y a-t-il vraiment un vocabulaire ou un usage de la syntaxe qui permettraient d’identifier des façons de s’exprimer propres aux jeunes ?
“Gadjo”, “despee”, “tchop” : ces mots sont associés, dans les discours médiatiques, à un “parler jeune”. Nombreux sont les articles qui s’arrêtent sur ce vocabulaire pour le rendre accessible aux autres générations ou encore les dictionnaires destinés aux parents qui semblent ne plus comprendre leurs ados.
Alors, ce parler jeune existe-t-il vraiment en tant que tel ? Pourrait-il être résumé à un lexique qui lui serait propre ? Plusieurs études ont été menées en linguistique sur ces pratiques langagières, mais celles-ci ne constituent pas un champ homogène, notamment parce qu’elles concernent des situations sociolinguistiques diverses.
Si nous voulons considérer l’existence d’un parler jeune, il faudrait a minima le penser au pluriel. Il n’y a pas deux personnes pour parler de la même façon et une même personne ne parle pas constamment de la même manière. Tous les individus possèdent plusieurs répertoires ou plusieurs styles, les jeunes ne font pas exception.
Définir la jeunesse : des critères biologiques ou sociologiques ?
Avant de voir s’il existe des éléments constitutifs d’un répertoire commun aux jeunes, une question se pose : qui sont ces jeunes ? Pour reprendre Bourdieu, l’âge n’est qu’une donnée biologique manipulée autour de laquelle des catégories peuvent être construites.
La catégorie “jeune” a pu être définie selon des critères d’indépendance par les démographes : fin des études, entrée dans la vie active, départ du domicile familial… Mais ces critères ne sont plus tout à fait valables aujourd’hui. La catégorie “jeunes” est largement interrogée et interrogeable.
Dans les discours médiatiques et les études linguistiques, il s’agit en réalité surtout de jeunes issus de milieux urbains, milieux multiculturels et plurilingues. Les jeunes sont souvent des adolescents. L’adolescence correspondrait à une période d’écart maximum à un français “standard”, à un français valorisé, notamment, à l’école.
Mais y aurait-il même des traits langagiers qui nous permettraient d’identifier des façons de parler propres aux personnes regroupées dans cette catégorie ? On peut s’appuyer, pour aborder cette question, sur le corpus MPF (Multicultural Paris French), un ensemble d’enregistrements (au total 83 heures) réalisés auprès de 187 locuteurs “jeunes” habitant la région parisienne.
Lexique, syntaxe, accent : des particularismes chez les jeunes ?
L’analyse des pratiques langagières de ces jeunes met en lumière plusieurs traits récurrents. Au niveau lexical, on relève des procédés comme l’apocope, ou perte d’une syllabe, dans “mytho” pour “mythomane” par exemple. On retrouve aussi le verlan, avec des mots comme “chanmé”, qui correspond à l’inversion des syllabes de “méchant”, ou encore “despee” qui cumule emprunt à l’anglais “speed” et verlanisation. À côté d’autres emprunts plus anciens, comme “kiffer” emprunté à l’arabe kiff (aimer) bien entré dans le français avec l’ajout de la terminaison “-er”, nous identifions “gadjo” emprunté au romani (“garçon”) ou “chouf”, emprunté à l’arabe et signifiant “regarde”.
Sur le plan syntaxique, peu de choses sont relevées, car il s’agit en réalité du niveau du système langagier qui est le moins souple. Si certains relèvent par exemple l’omission du “ne” dans les structures négatives (“je lui répondrai pas”), celle-ci n’est en réalité pas spécifique aux jeunes. Ce phénomène reflète davantage les usages du français parlé plus ordinaire.
Du côté de l’”accent” (regroupant la mélodie ou encore la prononciation de certaines voyelles ou consonnes), certains traits ont pu être identifiés comme l’avant-dernière syllabe qui se fait plus longue, le contour emphatique ou encore l’affrication forte des /t/ comme dans “confitchure”. Toutefois, des études montrent également que ces traits ne sont pas propres aux jeunes (c’est le cas de l’affrication ou encore du contour emphatique, nous utilisons ce dernier pour mettre en relief un élément et nous le retrouvons lorsqu’un locuteur est engagé dans l’interaction).
L’affrication, nouveau phénomène de langage (TV5 Monde, février 2024)
Hormis le débit qui pourrait être spécifique aux façons de parler jeunes (les jeunes parleraient plus vite, utiliseraient plus de mots à la minute), il faut noter que les particularismes relèvent de l’exploitation de procédés qui n’ont rien de novateur. Le verlan se retrouvait chez Renaud (“laisse béton“), les emprunts qu’on ne voit plus avec abricot emprunté, par le portugais ou l’italien, de l’arabe al-barqûq, parking emprunté à l’anglais ou encore schlinguer emprunté à l’allemand et que nous retrouvons notamment chez Hugo, dans les Misérables :
C’est très mauvais de ne pas dormir. Ça vous fait schlinguer du couloir, ou, comme on dit dans le grand monde, puer de la gueule.
Victor Hugo
Il en va de même pour les structures où le que semble omis, “je crois c’est les années soixante“. Celles-ci sont pointées du doigt et attribuées aux jeunes. Toutefois, elles aussi sont employées par des moins jeunes, comme chez ce locuteur de 40 ans “je pense ça leur fait plaisir” et nous les retrouvons dans le Roman de Renart datant de la fin du XIIe siècle : “Ne cuit devant un an vos faille” (“je ne crois pas il vous en manque avant un an“).
Effet de loupe : des façons de parler rendues visibles par les réseaux
Si les procédés n’ont rien de novateur, alors d’où vient cette impression de “parlers jeunes” ? Celle-ci repose sur un “effet loupe” ou un effet de concentration, selon la sociolinguiste Françoise Gadet. Ces parlers jeunes seraient perçus par la multiplication des particularismes : emploi du verlan, d’emprunts, du contour emphatique, etc.
L’effet loupe est lui-même renforcé par les médias ou par les discours qui mettent en avant ces phénomènes sur les réseaux sociaux. Et si l’on a l’impression que “pour cette génération, c’est plus marqué qu’avant“, c’est probablement parce que ces façons de parler sont désormais plus facilement observables. Les communications médiées par les réseaux rendent les productions linguistiques visibles à grande échelle. Ces “effets de mode” linguistiques ne sont toutefois pas exclusifs à la jeunesse actuelle. Chaque génération a ses préférences, mais rien ne disparaît tout à fait : un terme comme “daron” bien qu’ancien, traverse les époques.
1983 : Comment parlent les lycéens ? (Archive INA, 2019)
Finalement, les jeunes exploitent le système de la langue française pour l’enrichir et répondre à différents besoins. Les mots créés ne sont pas de simples équivalents de ce qui pouvait exister, mais s’en distinguent bien. Selon Emmanuelle Guerin, un “clash” (emprunt à l’anglais) prend un sens plus spécifique que choc puisqu’il évoque une confrontation verbale : “Ils menaient le clash avec la prof.” Lorsqu’il y a créations, celles-ci enrichissent le répertoire linguistique en répondant à des besoins d’identification à des groupes (ces phénomènes se retrouvent souvent dans des interactions où la connivence prime) ou d’expression.
Il n’existe donc pas un parler jeune, mais des façons de parler par des personnes catégorisées comme “jeunes”. On qualifie des façons de parler “jeune” par la présence (et surtout la concentration) de certains éléments linguistiques, ce qu’on peut retrouver chez des moins jeunes, par exemple, chez Stéphane âgé de 36 ans : “Je sais pas qui vous êtes tu vois ce que je veux dire je leur ai fait comme ça (.) genre je parfois il y a des jeunes ils ont la haine sur nous hein […] Non mais c’était eux les nejeus en vrai.“
Si certains mots utilisés par les jeunes semblent échapper aux moins jeunes, rappelons que tout le monde (y compris vous et moi) emploie parfois des termes qui peuvent être incompréhensibles pour notre entourage, notamment ceux issus de notre milieu professionnel. Il n’y a rien d’alarmant dans ces “parlers jeunes” : chaque génération a ses modes d’expression, et les quelques mots jugés incompréhensibles par les médias ne reflètent pas l’étendue des répertoires concernés.
[RTBF.BE, 25 février 2012] La Mama Roma, cabaret vedette des nuits liégeoises, a fermé ses portes. L’aventure aura duré près de 40 ans. Vendredi soir, une page de la vie nocturne liégeoise s’est tournée avec la fermeture de la Mama Roma. Ce cabaret situé dans le Carré et spécialisé dans les spectacles de transformistes a fait les belles heures de la Cité ardente. Il a permis de supprimer les ghettos en rapprochant les communautés gays et hétéros. Son propriétaire a décidé de fermer l’établissement. Le rideau est tombé sur ce lieu mythique que fut la Mama Roma. Costumes extravagants, talons vertigineux, faux cils à rallonge, strass et paillettes… Les travestis ont égayé les nuits liégeoises.
Valentine Deluxe se souvient avoir commencé comme aspirante-bigoudi. “L’aspirant-bigoudi, c’est le stagiaire. On doit faire une formation en bigoudi-perruque, avec une option hauts-talons. C’est la base du métier évidemment.” Vendredi soir, pour Laszlo, une page se tournait. “Une très lourde page… C’est dommage que ça ferme mais que voulez-vous, c’est comme ça. On ne peut rien faire d’autre. C’est une institution qui disparaît.” The Show must go on… le spectacle continue mais avec une troupe itinérante.
Patricia Scheffer et Vincent Brichet
ÉTAIT-CE BIEN EN 1978 ?
Programme du Trocadero (1986)
“Avez-vous remarqué comme il est difficile parfois de déterminer avec précision le début d’un événement ou le départ d’une aventure? L’histoire de l’aviation ou du cinéma n’a pas débuté un jour X à une heure X parce que, subitement, un avion a volé 15 mètres ou que 3 spectateurs ont vu des images animées tressauter devant leur yeux apeurés. Non, bien sûr. Avant d’en arriver là, il aura fallu une somme de hasards, de recherches, de désespoirs, de signes avant-coureurs difficiles parfois à déceler pour dire : Enfin, la grande aventure commence !
Il en est de même pour le Mama Roma Show (dans des proportions bien réduites, restons les pieds sur terre !). Dire que tout a commencé en 1978 est un peu simpliste. Il y avait déjà 15 ans que Louis faisait tordre de rire des salles entières dans des scènes comiques. Henri faisait déjà du théâtre (savez-vous qu’il est diplômé du Conservatoire d’Art Dramatique ?) et il réalisait déjà — mal ! — des petits costumes à 5 sous.
Mais ce fut effectivement en avril 78 que leur réunion put présager du futur Mama Roma Show. C’étaient des débuts héroïques ! Il fallait entasser tout un matériel hétéroclite dans une 2 CV, monter dare-dare quelque chose qui ressemblait à une scène, brancher 2 ou 3 loupiotes qui devaient servir de projecteurs, pour se faire entendre par une sono dont même Pathé-Marconi en 1870 n’aurait pas voulu. Mais l’enthousiasme était là !
Bien vite, Michel courut au secours du groupe nouveau-né pour former une équipe technique capable de régler tous ces problèmes avec l’aide de Hans-Dieter, seul homme en Belgique, probablement, à pouvoir s’appeler habilleuse.
Ils furent nombreux les restaurants, les dancings où les spectateurs purent s’esbaudir – ah! le divin mot – du spectacle du Mama Roma Show. Et encore, s’il n’y avait eu que de petits Belges qui purent profiter de l’occasion. En 1979, trois villes américaines découvraient le rire Mama Roma. A New York, San Francisco et Los Angeles, ces Américains qui ont déjà tout-vu-tout-entendu ont craqué devant les petits Belges. Mais, même les contrats les plus attirants n’ont pas pu les éloigner d’un public liégeois qui ne soupçonnait pas encore leurs capacités.
Ensuite, l’Espagne. Au pays des travestis plus-femme-que-femme, il y eut bien des yeux écarquillés à leur descente d’avion en voyant les poils ornant des poitrines larges, mais, le choc passé, ce fut le délire à Séville et Torremolinos. Parlez-en à Louis et Henri, ils passeront des nuits entières à vous raconter leurs aventures hispanoaméricaines.
Pendant ce temps, à l’Eden de Liège…
Quand ils étaient en Belgique, ils se faisaient entourer sur scène épisodiquement de Dominique, Jean-Pierre, Marc, Dany, Alain, Philippe et bien d’autres, quand un remplacement au pied levé permit à Hans-Dieter de sauter la barrière. Il était sur scène, lui qui travaillait toujours dans l’ombre, les projecteurs étaient enfin sa récompense.
Il fut suivi quelques mois plus tard par Margot (qui connaît son vrai prénom ? Patrick ?) qui, bien avant son âge, était entrée dans la légende des gargottes de Liège. Ah ! brave Margot, grande buveuse devant l’Éternel, mais avec un coeur grand comme ça, toujours prête à dégrafer son corsage (Brassens a bien dû trouver son inspiration quelque part !).
Pour le spectacle du Trocadéro en 86, le groupe s’élargira encore avec l’aide des Green Mummy’s, groupe à la personnalité bien marquée, et qui réalisera toutes les chorégraphies du Mama Roma Show.
Euryal…
Plus rien ne fait reculer les ambitions du Mama Roma Show. Il faut dire qu’il y eut 5 créations au Théâtre du Trocadéro (deux heures et demie d’éclats de rire à chaque fois), que le théâtre du Vaudeville à Charleroi les a accueillis à 8 reprises, le Casino de Chaudfontaine 6 fois (pour le bal des Hautes Études Commerciales, le bal de la Chambre des Entrepreneurs, de la Chambre des Agents Immobiliers de Belgique, etc.), le Casino de Middelkerke, qu’ils ont participé au Triathlon du Coeur en 85, qu’ils ont fêté le 40e anniversaire de la Libération de Verviers avec le Kiwanis, qu’ils se sont partagé le succès avec Paul Louka au festival Écoute, c’est du belge organisé par le Cirque Divers, qu’ils ont fait mourir de rire les journalistes sportifs invités lors du 30e anniversaire de Télé-Coo (ah! les têtes de Roger Laboureur, Guy Lemaire et les autres), sans compter toutes les salles, petites et grandes, de Visé, Hasselt, Rochefort, Verviers, Durbuy, etc., qui n’ont pu garder leur sérieux en les voyant.
Si le succès ne s’est jamais démenti en Belgique, c’est pourtant en Allemagne que le groupe a rencontré le meilleur accueil. A Cologne et à Dusseldorf pour les Hautes Instances de la Mode, c’est debout que le public les applaudit. A toutes les occasions, on les réclame. A Troisdorf, c’est l’inauguration du cinéma Hollywood, à Siegburg une foire en plein air où ils passent en vedettes, à Aix-la-Chapelle le lancement du carnaval 1986. Après avoir tant bourlingué, l’enthousiasme est resté le même, les projets sont nombreux, les espoirs encore plus fous (et permis). Si des spectacles à Panama, Mexico et Paris ne sont pas encore réalité, ils ne sont plus du domaine du rêve, les contacts sont établis et les “petits Liégeois” du Mama Roma Show ne sont pas au bout de leur chemin. Ils ont encore dans la tête des milliers de facéties à vous faire découvrir pour votre plaisir … et le leur.
MAMA ROMA SHOW: KEKSEKSA 1 ?
Comment voulez-vous donner une définition de vous-même en restant objectif ? Comment voulez-vous donner une définition de quelque chose que des milliers de spectateurs ont vu avec des yeux chaque fois différents, dans des lieux différents, à des occasions différentes? Car le Mama Roma Show est un spectacle tellement souple qu’il peut s’adapter à toutes espèces de manifestations. Les sketches courts et rapides se succèdent dans un rythme d’enfer, permettant des durées variables de 20 à 120 minutes, en une ou plusieurs parties. Un spectacle souple qui peut se produire dans de petites et de grandes salles, parfait pour assurer des diners-spectacles en restaurants, pour animer des soirées dansantes dans les bals ou les discothèques, et même pourquoi pas, en privé. Comment voulez-vous donner une définition d’un spectacle toujours en évolution ? Si le personnel de scène reste le même (il serait impossible de se passer d’un des composants du groupe), les sketches s’affinent sans cesse et se renouvellent régulièrement laissant libre cours à l’imagination et l’improvisation.
L’improvisation ! Bien sûr toute relative, mais il faut voir Louis improviser suivant son humeur et les réactions du public, une Flamande bon pied bon oeil toute droite sortie de ses préoccupations agricoles. Une composition à chaque fois différente mais n’ayant qu’un but : vous faire rire. Le rire est d’ailleurs le maître-mot du Mama Roma Show. Impossible de résister, inutile de se pincer pour avoir mal, la rate va se dilater. Du début à la fin du spectacle, c’est une série de coups de poing pacifiques et drôles qui peut vous entraîner jusqu’à l’épuisement si vous vouliez résister. Le rire, le propre de l’homme-femme. Car le Mama Roma Show est aussi un spectacle de travestis. Non pas comme les travestis ambigus, pailletés et emplumés que l’on connaît généralement. C’est un spectacle de travestis disons non conventionnels, ne dédaignant pas les beaux costumes et la belle mise en scène, mais dont le principal attrait est de ne jamais se prendre au sérieux. C’est un festival d’auto-dérision qui prend le spectateur à contre-pied et le plonge dans une connivence directe, et qui établit un contact sensible entre la scène et la salle. D’ailleurs, si les fous rires sont nombreux dans la salle, il en est de même sur scène.
MAMA ROMA SHOW : KEKSEKSA 2 ?
L’artiste s’amuse autant que le spectateur, c’est peut-être là la clé du succès du Mama Roma Show.
La Grosse Bertha…
Comment définir un spectacle pareil, puisque le rire est indéfinissable ? Ce qui fait rire une personne peut faire pleurer une autre. Mais le Mama Roma Show est construit à plusieurs niveaux. Du rire franc et généreux au 1er degré, du rire subtil au 2e degré, et pour le 3e degré un clin d’oeil toutes les dix secondes. Certains psychologues et politiciens (l’un n’étant pas nécessairement l’autre) y ont vu des choses qui nous avaient totalement échappé. Le côté visuel du comique est très appuyé, ce qui permet au Mama Roma Show d’être une attraction de niveau international, tant au point de vue de la qualité que de la compréhension du comique. Le Mama Roma Show, il faut l’avoir vu, c’est un spectacle d’ambiance, vif, endiablé, et par-dessus tout d’une drôlerie irrésistible.
Le rire, simple et bonne chose de la vie, est aussi nécessaire que le pain et le vin. Simple, voire ! Le spectateur qui pleure de joie ne pensera jamais aux heures de répétitions et de préparation d’un sketch. Si certains sont prêts en quelques heures (l’étincelle jaillit parfois rapidement, tellement évidente), d’autres nécessitent des costumes compliqués, des répétitions, des essais, des changements, puis des représentations en public qui lui permettent d’évoluer et de trouver enfin sa ligne forte. Le spectateur ne pensera jamais aux efforts consentis pour son plaisir, aux désespoirs qui nous atteignent parfois quand on ne réussit pas d’emblée à trouver le bon truc, aux heures de maquillage, aux recherches et aux problèmes techniques, il ne verra que son bonheur.
Il est vrai que tout ce qui se passe derrière le rideau n’a aucune importance. C’est le résultat final que le spectateur gardera en mémoire. Quand nous vous voyons, vous le public, partir après une représentation le rire aux lèvres, l’oeil humide de bonheur, nous pensons : “En voilà encore qui, ce soir, vont bien dormir, heureux et contents.” Et c’est cela qui nous permet de nous coucher. Heureux et contents…”
Cliquez ici…
Pour lire la suite, téléchargez le PDF OCR du programme (bien illustré) du spectacle de 1986 au Trocadero de Liège, sur notre DOCUMENTA… Vous y trouverez la distribution complète du show avec Louis, Hans-Dieter, Patrick, Philippe, Eugène, Henri et pire encore…
[ICELANDAIR.COM, 4 décembre 2024] Pays de passionnés de lecture, l’Islande imprime plus de livres par habitant que tout autre pays au monde, avec plus de 50% des Islandais lisant plus de huit livres par an. Il n’est donc pas surprenant que l’une des traditions de Noël les plus appréciées d’Islande tourne autour de la lecture. Le Jólabókaflóð, dont la traduction la plus proche serait “déluge de livres de Noël”, est une célébration littéraire de Noël qui commence par l’impression d’un catalogue à la mi-novembre et se termine par le don, la distribution et la lecture de nouveaux livres la veille de Noël.
Pendant la 2ème Guerre mondiale, lorsque les cadeaux étaient rares et chers au moment de Noël, le papier était l’un des rares produits de luxe non rationnés. Ainsi, non seulement l’impression de livres était à la fois abordable et accessible, mais les livres constituaient l’un des rares cadeaux que les familles pouvaient s’échanger pendant la période des fêtes.
Lorsque la guerre a pris fin et que d’autres produits de luxe sont redevenus disponibles, la tradition qui était devenue si appréciée s’est poursuivie et reste un incontournable du calendrier de Noël islandais. Les célébrations annuelles du Jólabókaflóð commencent par la publication et la distribution du Bókatíðindi, un catalogue des nouvelles publications de l’Association des éditeurs islandais, distribué gratuitement à l’automne dans tous les foyers d’Islande. Les Islandais choisissent ensuite des livres pour leur famille et leurs amis, échangent les titres qu’ils ont choisis la veille de Noël et passent le reste de la soirée à les lire (…)
[CAMPINGCARISLANDE.FR, 20 février 2024] Imaginez-vous assis près d’un feu douillet la veille de Noël, entouré de votre famille et de vos amis, attendant avec impatience d’échanger des cadeaux. Mais au lieu des jouets, gadgets ou chaussettes habituels, vous recevez un livre joliment emballé. C’est la tradition islandaise du Jolabokaflod, où les livres occupent une place centrale pendant la période des fêtes. Cette tradition unique fait partie intégrante de la culture islandaise depuis des décennies. Il est chaque année très attendu par les petits et les grands. Aujourd’hui, les Islandais célèbrent Jolabokaflod en échangeant des livres la veille de Noël et en passant la nuit à lire au coin du feu avec une tasse de chocolat chaud. Dans cet article, nous explorerons l’histoire et la signification de Jolabokaflod. Vous découvrirez comment c’est devenu une tradition littéraire appréciée en Islande.
Qu’est-ce que Jolabokaflod ?
Jolabokaflod implique l’échange de livres en cadeau la veille de Noël. La tradition du Jolabokaflod est suivie d’une soirée de lecture et de dégustation de friandises festives telles que du chocolat chaud et des chocolats islandais traditionnels. Aujourd’hui, Jolabokaflod est un événement très attendu en Islande , avec la sortie de nouveaux livres programmée pour coïncider avec la période des fêtes. Il célèbre la lecture et la culture littéraire et fait désormais partie intégrante des célébrations de Noël islandaises.
Comment prononcez-vous Jolabokaflod ?
Jolabokaflod, la tradition islandaise d’échange de livres de Noël, porte un nom unique qui peut être difficile à prononcer pour ceux qui ne connaissent pas la langue. Même si la prononciation peut sembler intimidante, elle est relativement simple une fois que vous connaissez les astuces. Le principal conseil pour prononcer Jolabokaflod est de faire en sorte que le J initial ressemble davantage à un son “I”. À partir de là, les syllabes doivent être espacées au fur et à mesure. On dirait presque que vous dites “une joyeuse inondation de livres“, mais pas tout à fait. Vous pouvez écouter la prononciation sur YouTube ou d’autres ressources pour mieux comprendre. Avec un peu de pratique, vous pourrez bientôt impressionner vos amis islandais avec votre prononciation correcte de Jolabokaflod.
Quelle est l’histoire derrière Jolabokaflod ?
L’histoire de Jolabokaflod est enracinée dans l’amour de l’Islande pour la littérature et ses traditions de Noël uniques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le papier était l’un des rares articles non rationnés en Islande, permettant ainsi la poursuite de l’impression de livres et de journaux. En conséquence, les Islandais offraient habituellement des livres en cadeau pendant la période des fêtes.
Le terme Jolabokaflod se traduit par “inondation de livres de Noël“. Il fait référence à la période précédant Noël, lorsque les éditeurs inondent le marché de nouvelles sorties de livres. Dans les semaines précédant le réveillon de Noël, les librairies et les bibliothèques de tout le pays sont remplies de gens qui parcourent et achètent des livres pour offrir à leurs proches.
Après le traditionnel repas de fête du réveillon de Noël, les familles échangent des livres et passent le reste de la soirée à lire au coin du feu. Cette tradition chaleureuse est devenue un élément essentiel des célébrations de Noël islandaises. C’est un témoignage de l’amour du pays pour la littérature et de l’importance de la narration dans leur culture.
Quand est Jolabokaflod ?
Jolabokaflod est célébré chaque année la veille de Noël en Islande, le 24 décembre . Cette date est le principal jour de célébration des fêtes du pays et marque le début de la saison de Noël. Les familles se réunissent généralement pour un repas de fête la veille de Noël et échangent des cadeaux peu de temps après. Vient ensuite l’échange de livres, qui sont ouverts et lus ensemble pour le reste de la soirée. C’est une tradition chaleureuse et intime, où de nombreuses familles passent la soirée à lire au coin du feu ou aux chandelles.
Les semaines précédant le réveillon de Noël sont également passionnantes en Islande , avec des librairies et des bibliothèques faisant le plein de nouveautés et de classiques en prévision des fêtes de fin d’année. La tradition du Jolabokaflod est devenue une partie importante de la culture islandaise, et l’anticipation et l’enthousiasme qui y ont conduit sont perceptibles partout.
L’Islande et sa tradition du livre de Noël
Les livres islandais la veille de Noël font désormais partie intégrante de la culture islandaise. Cette nation nordique a l’une des consommations de livres par habitant les plus élevées au monde, et il n’est pas surprenant de savoir pourquoi. Le pays a produit de nombreux auteurs de renommée mondiale, comme Halldór Laxness, qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1955.
Pour les Islandais, les livres ont toujours été un moyen d’échapper aux rigueurs de l’hiver et de passer les longues et sombres nuits. C’est une tradition qui a résisté à l’épreuve du temps et qui reste aujourd’hui un élément essentiel de la culture islandaise […].
Décoration et préparation du Jolabokaflod
En préparation de Jolabokaflod, les familles décorent leurs maisons avec des décorations festives et se préparent à l’arrivée des livres. Des bougies sont allumées dans chaque pièce pour créer une atmosphère chaleureuse et de la musique de Noël joue en fond sonore. L’impatience grandit alors que les membres de la famille attendent avec impatience l’échange de livres.
Quand vient le temps d’échanger des cadeaux, tout le monde se rassemble autour du sapin et ouvre ses cadeaux à tour de rôle. Chaque livre est soigneusement déballé et admiré avant d’être lu à haute voix par son destinataire. Une fois tous les livres ouverts, tout le monde déguste un chocolat chaud ou un café tout en lisant ensemble ses nouveaux livres […].
[THECONVERSATION.COM, 8 décembre 2024] Les cadeaux de Noël sont-ils une invention de la société de consommation ? Dans la Grèce antique déjà, les enfants recevaient des jouets en fin d’année. Petit voyage historique.
Le retour des fêtes de Noël amène beaucoup d’entre nous à se lancer à la recherche de jouets à offrir aux enfants, les nôtres, ou ceux de nos proches et amis. Nous avons souvent entendu dire que, “dans le temps”, certains ne recevaient à Noël qu’une orange. Alors, les jouets à Noël, ce serait tout récent, et réservé aux plus riches ?
Pour répondre à cette question, il faut la décomposer en plusieurs points. Depuis quand offre-t-on des jouets en fin d’année, et à quel moment, pour quelles fêtes ? Qui donnait les jouets avant qu’on ne crée le Père Noël ? Et pourquoi – et comment – celui-ci est-il devenu le principal distributeur de cadeaux ?
Si nous voulons y voir plus clair, il faut revenir plus de deux millénaires en arrière, et refaire le parcours de l’offrande de jouets, de la Grèce antique à nos jours.
Dès l’Antiquité, des jouets en fin d’année
Lorsqu’on était enfant à Athènes, au Ve siècle avant J.-C., on pouvait recevoir des jouets en fin d’année, c’est-à-dire en février dans le calendrier de l’époque. Les jouets étaient offerts à l’occasion de deux fêtes, les Anthestéries (fête de Dionysos) et les Diasies (fête de Zeus), en souvenir de ces dieux ayant reçu des jouets dans leur enfance. Dès cette époque, il s’agissait de jouets du commerce comme l’atteste Aristophane, dans Les Nuées, pièce jouée en 423 avant J.-C.
Les petits Romains en recevaient au mois de décembre dans une journée des Saturnales appelée les Sigillaria. On jouait aux noix, ancêtres de nos billes, pendant cette période. Pour les étrennes, ce sont des cadeaux d’argent qui accompagnent les vœux pour la nouvelle année, fête sociale et non familiale.
Le christianisme antique n’est pas à l’origine du don de jouets aux enfants lors de la fête de la Nativité dont la date n’est fixée qu’au IVe siècle, période où le 25 décembre reste en concurrence avec le 6 janvier, l’Épiphanie. Le caractère sacré de ces fêtes s’accommoderait mal de la frivolité des joujoux. Pour que l’enfant devienne important, il faudra de longs siècles d’humanisation de la “Sainte Famille” qui réduira l’écart entre le sacré et le profane. En témoigne l’émergence d’un culte de Saint Joseph, devenant au XVe siècle un père “moderne”, lavant les langes de son fils et faisant la cuisine.
À la Renaissance, les fêtes de fin d’année font une plus grande place aux enfants, lors de la fête des Saints Innocents (28 décembre), celle de Saint Nicolas (6 décembre), et lors des étrennes.
Des jouets aux étrennes
C’est au XVIe siècle que semble se mettre en place un élément fondamental : des donateurs sacrés, extérieurs à la famille, offrent des jouets aux enfants, et les parents s’effacent derrière eux. Il faut bien comprendre l’importance de ce fait : en s’effaçant, les parents déchargent les enfants du fardeau de la reconnaissance, ils procèdent à un don “pur”, qui n’attend rien en échange.
N’allons pas croire que le phénomène se généralise et existe partout au XVIe siècle, il vient juste de poindre, et les donateurs sacrés sont loin de concurrencer les parents qui font leurs cadeaux essentiellement aux étrennes. Mais commençons d’abord par Saint Nicolas et l’Enfant Jésus.
Dès la première moitié du XVIe siècle, des témoignages nous apprennent que Saint Nicolas apportait jouets et friandises aux enfants, et même Martin Luther, qui s’oppose au culte des saints, note dans ses dépenses de décembre 1535 l’achat de cadeaux pour ses enfants et ses domestiques le jour de la fête de Saint Nicolas. Même en pays protestant, comme la Hollande, le culte de ce saint persiste et quatre tableaux de Jan Steen et Richard Brackenburg, situés entre 1665 et 1685 témoignent d’une fête familiale où nous trouvons déjà une parte des rituels de Noël : famille réunie, chaussures dans la cheminée par où arrivent les jouets.
D’autres pays protestants, comme l’Allemagne et la Suisse, et une région comme l’Alsace, font de l’Enfant Jésus le donateur. Des archives à Strasbourg le montrent dès 1570, dans un sermon de Johannes Flinner, et la ville supprime la Saint-Nicolas tout en gardant le marché des 5-6 décembre avant d’établir le marché de Noël, le Christkindelmarkt, sur la place de la cathédrale.
Le pasteur Joseph Conrad Dannhauer évoque ces cadeaux aux enfants comme “une belle poupée et des choses semblables“, et il atteste la présence du sapin “on y suspend des poupées et des sucreries“, s’indignant du fait que les prières des enfants sont remplies de demandes très matérielles. La fête familiale plus profane que religieuse n’est pas loin !
Mais dans la France catholique des XVIIe et XVIIIe siècle, ce sont les étrennes qui sont le moment privilégié d’offrandes de cadeaux au bénéfice de la famille et des enfants. Les comptes royaux l’attestent, comme ceux de Maris de Médicis en 1556, et le témoignage d’Héroard sur les étrennes reçues par le petit Louis XIII.
La coutume existait aussi dans la petite bourgeoisie, et à Paris, à la fin de l’année, des baraques sur les trottoirs offrent à la convoitise des enfants de petits jouets et des sucreries. Ainsi, le don de jouets aux étrennes va de pair avec le commerce de jouets, et celui-ci augmente en suivant la progression de la sensibilité à l’enfance.
Au XVIIIe siècle, la production de jouets monte en puissance, atteignant des millions d’objets par an dans les années 1770-1780 comme nous l’avons montré à partir des archives. À partir de 1760, les “Annonces, Affiches et Avis divers de la Ville de Paris” nous font connaître les meilleures boutiques de jouets de la capitale. Un passage de L’Ami des Enfants d’Arnauld Berquin nous montre, la veille du Jour de l’An, une table couverte de jouets et brillamment éclairée, ce qui est proche de la mise en scène allemande des étrennes décrite par E.T.A. Hoffmann en 1816 dans Casse-Noisette et le roi des rats. Ainsi se met en place une ritualisation familiale de la fête des étrennes en faveur des enfants qui préfigure la future fête de Noël.
Au XIXe siècle, de nombreux donateurs
Le don de jouets aux enfants reste majoritairement situé aux étrennes, même si Saint Nicolas est présent dans le nord et nord-est de la France mais de nouveaux donateurs apparaissent, liés à des cultures populaires, comme la Befana, sorcière qui vient à l’Épiphanie, et les Trois Rois Mages à la même date en Sardaigne et en Espagne.
Des personnifications profanes apparaissent, peu documentées par des travaux sérieux : le Père Janvier pour les étrennes, le Bonhomme Noël ou Père Noël en France, le Father Christmas anglais et le Weihnachtsmann allemand, qui surgissent avant le Père Noël américain issu de Santa Claus.
Décoration de Noël
C’est un petit homme grassouillet, doté d’une houppelande rouge à revers de fourrure blanche, habitant le pôle Nord, très humain, serein, rassurant, joyeux, porteur de valeurs positives, familières, universelles, qui invitent à la fête toutes les couches sociales. Son image s’impose fin XIXe siècle en Angleterre, au début du XXe siècle en France et va l’emporter sur les anciens donateurs car elle permet un syncrétisme efficace.
Sa réussite ne se comprend que parce qu’elle s’appuie sur l’évolution de la place de l’enfant dans la famille et dans la société, et sur la croissance de l’industrie du jouet confortée par la révolution commerciale des Grands Magasins. Ainsi, les étrennes sont devenues une fête commerciale des jouets, depuis le marché du Pont-Neuf (1815-1835) jusqu’à l’apparition des rayons spécialisés de jouets dans les Grands Magasins à partir de 1880.
C’est dans ces années 1880-1885 que Noël s’impose vraiment comme fête où l’on offre des jouets aux enfants, même si les commerçants visent une période plus large, incluant Noël et les étrennes. Les affiches, les catalogues des Grands Magasins diffusés à des centaines de milliers d’exemplaires, les mises en scène de Noël dans leurs vitrines, tout cela pénètre la culture enfantine, contribuant à faire l’éducation des jeunes consommateurs. Il y a là une démocratisation du modèle bourgeois de consommation, proposé comme un nouvel art de vivre, une “shopping culture”.
La consommation de jouets s’intègre dans la mise en scène de la fête religieuse transformée en mythe, mais cette fête commerciale ne remplace pas la fête familiale, elle y contribue, car sans le système du commerce, le système du don ne pourrait se développer.
Pour que le don de jouets aux enfants soit devenu le cœur du Noël moderne, il a fallu une transformation de notre imaginaire, qu’on doit en grande partie au romantisme allemand relayé en France par Baudelaire et Victor Hugo. Quand Jean Valjean offre à Cosette la plus belle poupée de la baraque de jouets, c’est le plaisir de l’enfant qui est au centre de ce Noël.
“L’Amoureux est la sixième lame du Tarot de Marseille. Il représente un jeune homme entre une femme âgée et une jeune femme avec au dessus de lui un chérubin qui va tirer une flèche vers son cœur. Le symbole du chérubin est l’ouverture du cœur, le jeune homme découvre l’amour et l’univers des sentiments. L’Amoureux symbolise l’expression de ses sentiments. Le consultant apprend à connaître ce qu’il ressent et le partage avec son entourage. L’Amoureux exprime ce qu’il ressent et cela est bien accueilli par ses proches. L’Amoureux attire et développe des relations. L’Amoureux est une image de la rencontre et de l’échange affectif avec des personnes qui sont ou qui deviennent des proches. Il est question d’une intimité et d’une douceur de vivre. Avec L’Amoureux les situations sont agréables et les relations sont faites de tendresse. On aime et on se sent aimé. De plus L’Amoureux exprime la capacité de faire les choix du cœur. Dans sa face sombre, L’Amoureux est une image de souffrance et de désamour. Les sentiments deviennent douloureux. C’est aussi la difficulté de faire un choix. Le consultant reste dans l’hésitation et se retrouve bloqué. C’est une incertitude et un balancement entre des options sans parvenir à une décision.” [d’après ELLE.FR]
L’Amoureux (Tarot de Marseille)
Lame droite : Grande passion, née le jour = union, mariage.
A côté – LE BATELEUR (droite) Hésitations sur décisions à prendre.
A côté – LE CHARIOT : Les projets seront anéantis, cause départ. Révélation d’infidélité. Trahison.
Lame renversée : Gros rhume. Fièvre.
A côté – LE BATELEUR (renversé) : Rupture pour cause indécision.
1. L’Amoureux ou le choix et l’engagement (Tarot de Marseille, Christiane Laborde)
L’arcane six du tarot de Marseille représente un jeune homme, surmonté d’un Cupidon ailé armé d’une flèche, face à deux jeunes femmes qui sollicitent, toutes les deux, son attention. La scène peut évoquer un épisode de la mythologie gréco-romaine connu sous le nom du choix d’Hercule. Une fois son éducation terminée, le jeune héros rencontre, à un croisement de routes, deux jeunes femmes, nommées Plaisir et Vertu. Plaisir incarne la recherche du plaisir des sens et de l’amour, source de satisfactions immédiates mais éphémères, et Vertu, la quête austère d’une gloire future. Hercule choisit de suivre Vertu et réalise les exploits qui assureront sa notoriété pour la postérité. Il fait ainsi un choix déterminant qui engage sa vie et sa destinée, ce qui correspond au message transmis par l’arcane de L’Amoureux. Certains tarots nomment parfois cet arcane Les Amants, représentés par un couple également surmonté d’un Cupidon. Mais que l’arcane mette en scène un jeune homme face à deux jeunes femmes ou un couple d’amoureux, l’arcane VI concerne toujours les relations amoureuses, d’autant que Cupidon est le fils de Vénus, la déesse de l’Amour.
L’enfant Bateleur est désormais devenu adolescent (même costume bariolé et même blondeur). Une fois son éducation achevée, il s’ouvre à la découverte de l’amour et choisit d’y consacrer sa vie.
Le nombre six
Étymologiquement, six et sexe ont la même racine. L’arcane six de L’Amoureux concerne le domaine de la vie amoureuse et inclut la sexualité, ce qui signifie que la voie du tarot n’est pas une voie d’ascétisme. Le message de l’arcane va cependant au-delà d’une simple incitation au plaisir des sens, car le nombre six est aussi le nombre dédié à l’harmonie, la beauté et l’amour.
Le nombre six est celui du sceau de Salomon. Il représente une étoile à six branches, constituée par l’imbrication de deux triangles inversés, dont l’un a la pointe orientée vers le haut et l’autre vers le bas. Cette figure géométrique, dont les représentations les plus anciennes datent de quatre mille ans avant notre ère, symbolise l’harmonisation des principes opposés obtenue par le dépassement des oppositions qui la constituent, particulièrement celles du masculin et du féminin. Une énergie nouvelle peut alors naître de leur complémentarité, comme l’union de l’eau et du feu libère l’énergie de la vapeur.
Interprétation symbolique de L’Amoureux
La connotation amoureuse de l’arcane six laisse penser que l’amour ouvre une voie vers un état de conscience supérieur. Lorsqu’il est sublimé, il devient un chemin vers le divin (y compris dans son aspect sexuel). C’est le message de l’amour courtois chanté par les troubadours du Moyen-Age et par les poètes de la Renaissance. Ils décrivent l’amour entre un homme et une femme comme le premier degré de la voie qui conduit à l’amour divin. C’est aussi le message transmis par le tantra, pratique initiatique sacrée à la fois physique et spirituelle. Cette conception de l’amour sert de terreau au message de L’Amoureux.
Invitation de L’Amoureux
Comme Pétrarque et Laure, Dante et Béatrice et, avant eux, les amants courtois de la fin’amor, L’ Amoureux du tarot est invité à s’engager, corps et âme, dans la voie de l’amour et à lui consacrer sa vie. Cet élan amoureux doit cependant être dépouillé de sa dimension possessive pour tendre vers une conception plus élevée de l’amour, seule capable de combler le besoin d’élévation et de fusion avec le divin qui s’exprime à travers lui.
Car l’expérience amoureuse rapproche l’être du mystère de la création. Elle ne se limite pas aux relations sexuelles, mais se caractérise par une ouverture du coeur. Elle invite à rechercher la beauté dans toutes les relations humaines et toutes les créatures vivantes – végétales et animales-, mais aussi dans les arts, la culture et tout ce qui élève l’âme et permet de cultiver l’harmonie, en soi et autour de soi.
Prière Navajo
Maintenant va de l’avant comme quelqu’un qui a la longue vie,
Va de l’avant comme quelqu’un qui est heureux,
Va avec le bonheur et la longue vie,
Va mystérieusement.
Pour les Indiens Navajos, marcher dans la beauté, principalement celle de la Nature, est un chemin spirituel, en harmonie avec l’Univers.
L’arcane affirme le libre arbitre de L’Amoureux qui, pour la première fois, choisit, en conscience, l’orientation qu’il veut donner à sa vie en s’engageant dans la voie de l’amour.
Ombre de L’Amoureux
L’amour conditionnel, la possessivité, la jalousie ou encore le chantage et la manipulation sont les manifestations de l’aspect négatif de L’Amoureux.
L’arcane peut suggérer l’immaturité affective (L’Amoureux est encore un adolescent). Cette absence de confiance en soi peut aussi révéler la peur d’aimer, par crainte de souffrir et empêcher de vivre des relations basées sur l’acceptation et le respect de l’autre, particulièrement dans la relation amoureuse.
L’Amoureux peut encore mettre en lumière les doutes qui empêchent de faire des choix engageant sa vie. Car tout choix entraîne un renoncement, et il ne peut exister de choix sans renoncement librement accepté – sous peine de frustration.
L’Amoureux et nous
L’Amoureux nous encourage à prendre nos décisions en conscience, dans l’ouverture du coeur, sans subir les influences de nos vies passées, de notre famille et de la société. Il nous invite à être libres et à vivre intensément en saisissant toutes les opportunités de manifester les élans de notre coeur. De nos choix dépend notre progression.
Dans un tirage
Sens général. L’Amoureux est l’arcane du choix et de l’engagement. Lorsqu’il se présente dans un tirage, c’est pour indiquer que la personne se trouve devant la nécessité de prendre une décision qui engage sa vie. Il peut s’agir d’une relation amoureuse, ou plus largement d’une situation où elle est invitée à suivre l’élan de son coeur et à rechercher ce qui peut lui procurer le plus de plaisir et de satisfaction.
Plan personnel. L’arcane de L’Amoureux invite à cultiver l’harmonie en soi, autour de soi et avec les autres, particulièrement dans ses relations amoureuses ce qui n’est possible que lorsgu’on a pacifié les conflits qui existent en soi. Pour aimer et accepter l’autre dans toute sa complexité, il faut d’abord s’aimer et s’accepter soi-même.
Plan spirituel. L’Amoureux invite à s’engager dans la voie de l’ouverture du coeur comme dans une voie spirituelle menant à la fusion avec les énergies supérieures de l’Amour et de la Beauté.
2. L’Amoureux ou Le choix de l’amour (Intuiti)
Le jeune Werther découvre son amour pour Lottie quand il est encore dans son carrosse, avant même qu’il ne la rencontre pour la première fois. Même si l’on pouvait conclure à une intervention divine, en réalité, c’est le jeune homme qui décide de tomber amoureux : il croit que la seule voie pour vivre sa liberté passe par Lottie. C’est bien de cela qu’il s’agit : choisir la bonne voie, celle qui nous rendra heureux en fin de compte, même s’il nous faut renoncer aux autres choix, même si le chemin choisi semble le plus risqué ou le plus difficile. Découvrir ce que nous aimons réellement peut sembler dangereux, cela nous mène souvent à des carrefours périlleux, avec, d’une part, les choix faciles ou sans danger et, d’autre part, le courage nécessaire pour renoncer à la conformité et emprunter notre vraie voie.
C’est le moment du choix : “Qu’est-ce que j’aime le plus ? Qu’est-ce qui me retient ? Qu’est-ce qui me fait ressentir si fort que c’est là le chemin à emprunter ?“
Vous aimerez cette carte si vous avez dépassé ce conflit, si vous avez déjà déterminé ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas, et que vous en êtes sorti indemne. A contrario, cette carte est angoissante pour ceux qui ont peur de devoir faire ce genre de choix : “Dois-je quitter mon job qui me fait tant souffrir ? Mais que vont dire les gens ? Que vont penser mes parents ?” L’Amoureux nous pousse vers ce que nous aimons mais nous invite aussi à réfléchir : “Est-ce que j’aime réellement ce que je fais ? Et si j’aime ça, pourquoi suis-je si fatigué ? Qu’est-ce qui me manque ?“
L’HISTORIETTE. Un beau matin, elle laisse tomber son sac sur le sol et part en courant. Elle quitte sa maison, son travail et ses amis. Sur la route, elle rencontre un cheval et continue à galoper jusqu’au moment où elle quitte le sol. Son coeur bat bien trop vite pour qu’elle s’arrête. Ce n’est pas qu’elle vole dans les airs : simplement, elle retrouve sa vraie nature.
LA RECOMMANDATION : “Faites-le à votre manière ou ne le faites pas !“
3. L’Amoureux : union, vie émotionnelle (Jodorowsky)
EXTRAIT : “Le nom de cette carte n’est pas, comme on l’a parfois dit, Les Amoureux mais L’Amoureux au singulier. Pourtant nous y voyons plusieurs personnages : quatre de forme humaine (les trois personnes et l’ange) et, si on le veut bien, deux entités qui sont la terre et le soleil. Parmi eux, qui est L’Amoureux ? Le personnage central, souvent interprété comme un garçon ? Le personnage de gauche, dans lequel certains lecteurs voient un travesti ? Ou encore l’ange, ce petit Cupidon qui pointe sa flèche depuis le ciel ? Ces questions se posent car l’Arcane VI est probablement, avec La Maison Dieu, l’une des cartes les plus ambiguës du Tarot, et une de celles qui ont été le plus mal comprises. Le VI représente, dans la numérologie du Tarot, le premier pas dans le carré Ciel. C’est le moment où l’on cesse d’imaginer ce qui nous plairait pour commencer à faire ce que l’on aime.
La tonalité majeure de cette carte concerne le plaisir, la vie émotionnelle. C’est la raison même pour laquelle elle est si complexe, si riche de significations contradictoires. Elle ouvre le champ à d’innombrables projections, on peut lui attribuer mille interprétations qui seront toutes justes à un moment donné. Que se passe-t-il au sein de ce trio ? Est-ce une querelle, un marchandage, un choix, une union ? Les deux personnages de gauche se regardent pendant que celui de droite regarde dans le vide. L’humanité entière peut être comprise à travers cette carte. Les relations de ses protagonistes sont extrêmement ambivalentes.
La position des mains des personnages est particulièrement intéressante à observer. Cinq mains dans des positions diverses symbolisent la complexité des relations en jeu. Le premier personnage, à gauche de la carte, pose sa main droite sur l’épaule du deuxième, dans un geste de protection ou de domination, pour le pousser ou le retenir. Sa main gauche touche le bas du costume du garçonnet. On peut interpréter le mouvement de son index tendu comme un désir de glisser vers le sexe, ou au contraire un interdit à le faire. Le garçon a sa main droite (à notre gauche) appuyée contre sa ceinture. On note au passage que celle-ci, jaune à trois bandes, est la même que celle de la femme de gauche. Si l’on admet la ceinture comme symbole de la volonté, ce détail unit les deux personnages. Mais à qui appartient la main, à notre droite, qui touche le ventre de la jeune femme ? Le garçon et elle-même ont un vêtement à manches bleu foncé, si bien le mouvement de ce bras est ambigu. Ils font en quelque sorte « bras commun». Si le garçon touche le ventre de la jeune fille au niveau du sexe, la direction de son regard va cependant vers la gauche. La carte aura une signification bien différente si l’on considère que c’est son bras à elle qui protège ou indique son ventre alors que le garçon garde sa main dans le dos…
La femme de droite porte une coiffe composée de quatre fleurs à cinq pétales. Elle pourrait représenter une belle conscience poétique et néanmoins solide. Le coeur violet des fleurs concentre la sagesse de l’amour, voire la capacité de se sacrifier. La femme de gauche porte une couronne de feuilles vertes, active (la bande rouge), et si l’on accepte qu’il s’agit de laurier, on peut dire qu’elle a une mentalité de triomphatrice ou de dominatrice.
On peut spéculer à l’infini sur les relations des trois personnages : un garçon qui présente sa fiancée à sa mère ; une femme qui découvre son mari avec une maîtresse; un homme tenu de faire un choix entre deux femmes ou, comme le veut l’interprétation traditionnelle, entre le vice et la vertu ; une maquerelle offrant prostituée à un passant ; une jeune fille qui demande à sa mère la permission d’épouser le garçon qu’elle a choisi ; une mère amoureuse de l’amant de sa fille ; une mère préférant l’un de ses deux enfants à l’autre…
Les interprétations sont inépuisables. Toutes nous conduisent à dire que L’Amoureux est une carte relationnelle qui représente le début de la vie sociale. C’est le premier Arcane où il y a plusieurs personnages présentés au même niveau. Les disciples du Pape étaient plus petits que lui et de dos). C’est une carte d’union et de désunion, de choix sociaux et émotionnels. Plusieurs indices présents dans la carte orientent vers la notion d’union. D’une part, le chiffre 6 dans l’alphabet hébreu est associé à la lettre Vav, le clou, qui représente l’union. D’autre part, on remarque entre les jambes des personnages des taches de couleur (bleu ciel puis rouge) qui représentent, elles aussi, une continuité, une union entre eux. Sur un plan symbolique, on pourrait dire que les trois personnages représentent trois des instances de l’être humain : l’intellect, le centre émotionnel et le centre sexuel qui s’unissent pour ne faire qu’un.
La terre est labourée sous les pieds des personnages. Cela signifie que, pour arriver au VI, il faut avoir fait un travail préalable, psychologique, culturel et spirituel. C’est ainsi que l’on en arrive à réaliser ce que l’on aime, ce que l’on veut. Les chaussures rouges du personnage central sont les mêmes que celles du Mat et de l’Empereur : on peut les considérer comme trois degrés d’un même être. On note aussi que, entre ce personnage et sa voisine du côté droit, la terre s’arrête, il n’y a que la tache rouge. On peut alors voir en eux une représentation de l’animus et l’anima, deux aspects masculin et féminin d’une seule personne.
L’orthographe AMOVREUX avec le ‘V’ à la place du ‘U’ crée un lien visuel et sonore avec le mot Dieu de LA MAISON DIEV. On pourrait dire que le soleil, qui verse ses rayons sur la scène, représente le grand Amoureux cosmique, la divinité comme source d’amour universel qui nous conduit à l’amour conscient et inconditionnel. Le petit Éros lui sert de messager et nous suggère, étant représenté sous les traits d’un enfant, que cet amour se renouvelle constamment.
Et si L’Amoureux parlait …
“Je suis le soleil de l’Arcane, le soleil blanc : presque invisible mais éclairant tous les personnages. Je suis cette étoile : la joie d’exister, et la joie que l’autre existe. Je vis dans l’extase. Tout me donne du bonheur : la Nature, l’univers entier, l’existence de l’autre sous toutes ses formes – cet autre qui n’est autre que moi. Je suis la conscience qui brille comme une étoile de lumière vivante au centre de votre coeur. Je me renouvelle à chaque instant, à tout moment je suis en train de naître. À chaque battement de votre coeur, je vous unis avec l’univers entier. C’est de moi que partent les liens infinis qui vous unissent à toute création. Ah, le plaisir d’aimer ! Ah, le plaisir de m’unir ! Ah, le plaisir de faire ce que j’aime ! Messager de la permanente impermanence, je renais à chaque seconde. Je suis comme un archer nouveau-né qui lance des flèches vers tout ce que ses sens peuvent capter. Je ne suis pas la gentillesse, je ne suis pas l’ambition du bien-être ou du triomphe. Je suis l’amour inconditionnel. Je vous apprendrai à vivre dans l’émerveillement, la reconnaissance, la joie. Lorsque je pénètre en vous, comme dans les personnages de l’Arcane, je communique l’amour divin à la moindre de vos cellules. Je souffle sur votre mental comme un ouragan chaleureux qui élimine du langage la critique, l’agression, la comparaison, le mépris, et toutes les gammes de l’orgueil qui séparent le spectateur de l’acteur. Je m’insinue dans votre énergie sexuelle pour adoucir toute brutalité, tout esprit de conquête, de possession. Je confère au plaisir la délicatesse sublime d’un ange qui éclate. Lorsque je me dissous dans votre corps, c’est pour le détacher de la dictature des miroirs et des modèles, du regard des autres, de la douleur des comparaisons. Je lui permets de vivre sa propre vie, d’assumer sa lumière et sa beauté. Dans le coeur où j’habite, je chasse les illusions de l’enfant mal-aimé. Comme la cloche d’une cathédrale, je répands dans le sang la vibration pénétrante de l’amour, dénuée de toute rancune, de toute demande émotionnelle travestie en haine, et de toute jalousie, qui n’est que l’ombre de l’abandon. Je vous initie au désir de ne rien obtenir qui ne soit aussi pour les autres. L’île du moi se transforme en archipel. Tout concourt à augmenter ma joie, même ce que vous interprétez comme des circonstances négatives : le deuil, la difficulté, la petitesse, les obstacles. J’aime les choses et les êtres tels qu’ils sont, avec leurs infinies possibilités de développement. À chaque instant, je les vois et je suis prêt à participer à leur épanouissement, mais aussi à accepter qu’ils demeurent tels quels.“
Parmi les interprétations traditionnelles :
Vie sociale, Joie • Aimer ce que l’on fait • Faire ce que l’on aime • Nouvelle union • Choix à faire • Plaisir • Beauté • Amitié • Couple à trois • Tomber amoureux(se) • Conflit émotionnel • Séparation • Dispute • Terrain incestueux • La fratrie • Idéal et réalité • Premiers pas dans la joie de vivre • Amour conscient • Amour inconditionnel • La voie de la Beauté…
4. Les Amoureux (Vision Quest)
“L’ESSENCE : DÉVOUEMENT – Amour à tous les niveaux, dans toutes les dimensions, aussi bien platonique qu’érotique – Profonde fusion – Dissolution – Retour – Compagnon et Compagne spirituelle – Ami et amie du coeur..
LE MESSAGE INTÉRIEUR : Pour pouvoir vous dévouer véritablement, vous devez être fort, et non pas faible ! Souvent les personnes pensent que c’est uniquement la faiblesse qui se dévoue. Mais c’est exactement le contraire. On doit avoir la force de se dévouer à l’amour sans rien attendre en retour, sans même savoir si l’amour va nous répondre… Ceci ne peut se produire que s’il existe une grande confiance universelle. Votre force d’amour est le cadeau le plus important
de votre vie. Ne la laissez pas s’affaiblir, même si elle est accompagnée de douleur. Le feu de l’amour est le chas de l’ aiguille par lequel chacun de nous doit passer dans sa vie. Si nous refusons cette chance, nous restons inassouvis..
LA MANIFESTATION EXTÉRIEURE : Décidez-vous pour la force de l’amour en vous. Cette force ne coule pas seulement vers une personne. Il existe plusieurs aspects de l’amour. Ne vous limitez pas vous-même, mais permettez au flux de votre vie et de votre force d’amour de couler. Le moment est opportun pour s’accorder la présence d’un ou d’une partenaire. Apprenez à différencier quels sont les énergies et souhaits du coeur que vous donnez et recevez. L’amour spirituel et l’harmonie intérieure peuvent être d’ordre sexuel pour s’accomplir, mais pas obligatoirement. Notre sexualité est un cadeau formidable de la nature.
D’une part, pour le maintien de tous les êtres vivants, et, d’autre part, elle est un chemin merveilleux pour apprendre le dévouement et la fusion les plus intimes qui existent avec la force divine.“
5. L’Amoureux (tarot maçonnique)
“Pour aller à la conquête de son unité, l’individu est amené à faire un choix : sortant de l’école du centaure Chiron, il se trouve à la croisée des deux triangles qui forment le sceau de Salomon.
A la jonction du jour et de la nuit, le personnage est au centre de deux attirances ; d’un côté la passivité, la vie affective, et de l’autre la rigueur de l’ascèse nécessaire à la recherche de la lumière. C’est aussi le choix entre la voie de l’intuition (mystique) et celle de l’étude (gnostique).
La flèche du sagittaire est, dans les “Upanishad” le symbole de l’intuition fulgurante ; celle décochée par Eros est animée par les sentiments d’amour, de désir, de générosité. L’arc est le symbole des tensions d’où jaillissent nos désirs liés à l’inconscience enfoui dans l’oeuf primal.
L’énergie qui anime l’être humain est doublement marquée par la rencontre d’un courant vertical (dynamisme de l’esprit) et horizontal (sentiment, “affectus”). Dans l’image, l’être est double, divisé même entre deux figures : l’une ondoyante et attirante, l’autre rigide comme une colonne.
Le niveau, outil du maçon opératif, permet le contrôle de l’équilibre nécessaire à ce stade du Travail du Compagnon.”
6. Les amoureux de la forêt (Forêt enchantée)
“Les Amoureux de la forêt sont placés à Beltane, l” mai, la fête des rites de printemps et le portail vers l’été. Dans cette position, ils équilibrent les suites d’Arcs et de Flèches et les éléments feu et air, et représentent l’échange délibéré d’énergie qui engendre la conscience féconde.
DESCRIPTION : Un homme et une femme se tiennent côte à côte, vêtus du vert et du brun de la Forêt enchantée. Ce sont Robin des Bois et Lady Marian, les Amoureux de la forêt, réincarnés maintes fois sous toutes sortes de noms. Entre eux se trouve un poteau enrubanné de mai, généré par leur échange d’énergie et symbolisé ici par un bouleau. Des guirlandes vertes montent autour de lui en spirale vers le ciel, représentant les énergies ascendantes de la Terre qui rencontrent les énergies descendantes du ciel. Les Amoureux de la forêt créent une étincelle de vie qui génère une troisième force ou énergie. Les pieds-de-veau sont en fleur au moment de Beltane. Ils symbolisent l’union masculine et féminine à cette époque de l’année, ainsi que les énergies génératrices conférant plénitude et harmonie à ce moment du cycle de l’année.
SIGNIFICATION : Les Amoureux de la forêt représentent en même temps l’équilibre dans les relations et l’union sexuelle. Nous sommes tous des fragments holographiques de l’univers, renfermant en nous à un quelconque degré l’ensemble de la création et des archétypes de l’Arcane majeur. À mesure que nous pénétrons dans la grande forêt de la vie, nous cherchons la richesse et l’harmonie émotionnelles sur le plan le plus profond. À partir de là, l’amour fleurit, nous enlaçant encore plus étroitement dans une existence où les différences disparaissent et les scories de la cupidité et de la possessivité sont brûlées dans les feux de la vie.
Le véritable amour vient de l’union de deux énergies polaires pour créer une troisième force ou conscience. C’est un échange d’énergie et de passion, pas la domination de l’une ou de l’autre mais un transfert délibéré de volonté et de respect. Pour être complets, nous devons apprendre à accepter et à montrer de l’amitié à tous les aspects de notre personnalité, masculin et féminin, clair et obscur, processus qui permet une circulation naturelle en nous du cycle des saisons. Si nous n’accueillons pas tous les archétypes, ils se sentent reniés et mal à l’aise, comme des fantômes frappant à la fenêtre, cherchant à se faire connaître.
À mesure de notre progression, nous trouvons l’équilibre de notre personnalité à travers nos relations. Certains hommes créatifs et sensibles sont équilibrés par une « chasseresse » forte. Certaines femmes attentives et artistes sont équilibrées
par un aspect masculin très motivé. Le genre physique peut varier, mais la polarité fonctionnera ou échouera.
Pour aimer réellement, nous devons être complets, accepter tous les aspects de notre personnalité et accepter cette même complétude chez autrui. La polarité varie d’un jour à un autre, d’un moment à un autre, mais l’individu réellement complet possède tous les éléments fragmentés de sa personnalité et est capable de les affronter chez les autres. La joie de l’union est entière et facile. L’amour est sa propre récompense.
POINTS ESSENTIELS DE LA LECTURE : Sur un plan personnel, l’amour est un don universel au coeur généreux, et la personne en quête trouvera l’équilibre grâce à l’harmonie et à la guérison intérieures. La polarité est l’élément clé du flux et du reflux naturels de l’engagement émotionnel. Les Amoureux de la forêt représentent la force spirituelle positive de l’énergie émotionnelle créative et du désir universel d’harmonie. Les habitants de la Forêt verdoyante révèrent et respectent les rites de l’amour en tant que force assurant le déroulement du cycle de la création et la stabilité émotionnelle. Amenez toujours avec vous la lumière de l’amour et laissez-la éclairer les recoins les plus sombres de votre monde et vous soutenir dans toutes vos actions.
Racines et branches Union bénie | Amitié | Rites de printemps | Equilibre polaire des âmes | Désir | Cerf blanc arthurien | Amour éternel | Voeu sacré“
7. Nemetona (tarot celtique)
“Si les temples des Celtes (cercles de pierres au plus profond de la forêt) s’appelaient nemeton, Nemetona ne peut qu’être la mère du bois, la déesse-arbre vêtue de feuilles et d’écorce. À cette image de sérénité et de paix, de secret et de fraîcheur, il vient toutefois s’en ajouter une autre, bien moins pacifique, qui présente aussi Nemetona comme une divinité guerrière, une sorte de Victoire, compagne du dieu Mars. Guerre et paix, tendresse et passion, harmonie et rivalité : tels sont du reste les traits caractéristiques de la déesse mère celtique, déesse du combat et de l’ amour, de la fertilité et de la lutte. On retrouve d’ ailleurs la même ambivalence dans le sentiment amoureux, considéré comme une entité abstraite indépendante, intense, violent, très doux et toujours tourmenté. Le panthéon celtique compte deux divinités de l’ amour : le jeune Oengus, fils du Dagda, épris d’une femme changée en cygne ; et la belle Ainè, vénérée encore aujourd’hui au solstice d’été, quand elle apparaît au sommet des collines aux jeunes filles amoureuses.
LA CARTE : Comme l’amour sentimental, spirituel ou physique, dont les trois visages nous tourmentent et nous charment, Nemetona, qui préside au repos et à la guerre, à la tendresse et à la passion, revêt ici une apparence triple. Le caractère lié à la végétation ressort non seulement de la coiffure et de l’habit faits respectivement de feuilles et d’écorce, mais aussi du teint verdâtre et du vert franc et brillant des iris. L’expression différente de chacun des trois visages souligne de son côté l’idée du changement et de l’incertitude propre à cette carte : celui du milieu est énergique et combatif, tandis que les deux autres sont soucieux et mélancoliques.
SIGNIFICATION ÉSOTÉRIQUE : Rien de ce qui vit dans l’univers n’est rigoureusement fixe : tout est sujet à changer, en se balançant souvent de part et d’autre et en naviguant vers son contraire. Il n’existe pas de vérité unique : chaque vérité a plusieurs facettes, plusieurs aspects, car l’absolu se cache derrière le relatif. L’amour est la seule énergie capable de concilier les contraires, par la force de cohésion de l’âme : dans l’amour, les contraires se rejoignent ; les doutes s’aplanissent et la fluctuation qui nous fait souvent perdre notre chemin se transforme en joyeuse certitude.
MOTS CLEFS : amour, rencontre, doute, choix, art, agriculture.
A L’ENDROIT : rencontre de l’âme soeur, amour, projets de mariage ; fidélité, dévouement, choix décisif ; amitié, altruisme ; art, beauté, affinité ; fécondité physique et intellectuelle ; réussite aux examens, épreuves surmontées ; récoltes agricoles ; alliances utiles ; santé recouvrée grâce à une alimentation saine ; parents, prétendants, enfants, animaux domestiques.
A L’ENVERS : hésitations, doutes, insatisfaction, frustration ; tromperies, tentations, rencontres mettant l’avenir en péril ; conflits, désirs inassouvis, instabilité, obstacles ; échec à une épreuve ; sexualité débridée ou inhibée, séparation, célibat, fiançailles repoussées ; sacrifice, froideur, égoïsme ; projets hasardeux, affaires en suspens ; dépression, risque de maladie ou d’accident, stérilité, malaises, troubles intestinaux, affections des reins, du sein et de la gorge.
LE TEMPS : mercredi, septembre.
SIGNE DU ZODIAQUE : Gémeaux, Taureau, Balance.
LE CONSEIL : laissez la force de l’ amour rythmer vos journées et guider vos choix : grâce à elle, toutes les décisions que vous prendrez contribueront à répandre la lumière en vous et tout autour de vous.“
8. Les Amoureux (Johannes Fiebig, ill. Dali)
PARADIS ET OMBRE – Beaucoup se souviennent de l’histoire de l’Expulsion du Paradis telle qu’elle est décrite dans la Bible et dans d’autres récits. L’histoire du Retour au Paradis, de la Vie éternelle qui commence le jour du Jugement dernier, est en revanche méconnue et appartient pourtant à la tradition occidentale. Ce jour du Jugement dernier est aujourd’hui !
Nous aspirons à l’amour, mais en secret nous avons peutêtre peur de pouvoir aimer et/ou d’être aimé. Notre bonheur en amour dépend beaucoup des objectifs et représentations que nous lions au mot amour. Tant que nous sommes à la recherche de notre moitié, nous courons le risque de nous réduire de moitié. Ou bien nous recherchons un maximum de ressemblance personnelle : réfléchissez dans quelle mesure cette idée vous porte.
Si vous cherchez quelqu’un avec qui vous êtes d’accord à tout point de vue, qui vous connaît exactement et vous comprend, une seule personne remplit ces conditions : vous-même. Plus les différences sont marquées, plus les points communs sont enrichissants ! À partir du moment où nous sommes capables d’aimer les différences, un nouveau paradis s’ouvre alors à nous ! Sur ce chemin, ombres et nuages noirs doivent être transpercés. Seul l’amour basé sur l’individualité et l’originalité de l’individu arrive au nouveau paradis et atteint le paroxysme (comme la silhouette de l’ange sur l’image) dans des moments de bonheur suprême qui outrepassent la portée de chaque homme.
CONSEILS PRATIQUES -Le petit ange de la carte incarne aussi l’enfant des deux amoureux. Cela peut être pris au sens propre comme au sens figuré. Tout type de relation, y compris la relation avec soi-même ou la relation avec des partenaires commerciaux, porte au sens figuré un enfant : des résultats productifs – preuve vivante d’une collaboration collégiale – porteurs de vie et d’avenir.
RÉFÉRENCES ARTISTIQUES – Neptune et Amphitrite (1516), Gemaldegalerie, Berlin, par Jan Gossaert, nommé Mabuse, né à Maubeuge (Hainaut) entre 1470 et 1480, mort à Bréda en 1532.
[ENCOREUNGATEAU.COM] En matière d’imposture, je crois qu’on ne peut pas mieux faire que la tarte brésilienne ! Premièrement ce n’est pas une tarte et deuxièmement elle n’est pas brésilienne ! Mais alors, qu’est ce que la tarte brésilienne ? Et pourquoi appelle-t-on une brioche belge tarte brésilienne ? C’est ce que je vous propose de découvrir aujourd’hui.
La tarte brésilienne est à peu près aussi brésilienne que moi, c’est dire ! Il s’agit en fait d’une pâtisserie originaire de Belgique et qui se compose d’une brioche garnie de crème pâtissière recouverte de chantilly et de pralin. Elle ne tient donc pas son nom de ses origines mais de sa composition. En pâtisserie, on appelle brésilienne un mélange de noisettes et d’amandes concassées et caramélisées, plus communément connu sous le nom de pralin…
Recette belge comme son nom ne l’indique pas ! La brésilienne c’est des noisettes grillées caramélisées. Cela ressemble un peu au pralin français qui, lui, contient des noisettes et des amandes. La tarte est une pâte levée (vous pouvez utiliser une pâte brisée prête à l’emploi de chez madame GrandeSurface), de la crème pâtissière, de la chantilly et recouverte de brésilienne.
N.B. Prévoir un moule de 24cm avec un bord haut (3,5cm)
Brésilienne :
100 g noisettes,
30 gr sucre,
12 cl d’eau,
1 pincée de sel,
arôme vanille.
Pour préparer la brésilienne : grillez les noisettes quelques minutes à la poêle. Frottez-les dans un essuie de cuisine pour enlever les peaux. Portez à ébullition 30gr de sucre, 12cl d’eau, 1 pincée de sel et l’arôme de vanille. Quand il est doré, mélangez les noisettes dedans et débarrassez le mélange sur une plaque. Laissez refroidir. Concassez-les avec un grand couteau.
Crème pâtissière (elle doit refroidir !) :
50 cl lait demi écrémé,
1 gousse de vanille,
4 jaunes d’œufs,
90 gr sucre en poudre,
40 gr maizena.
Pour préparer la crème pâtissière : Chauffez le lait dans une casserole avec la gousse de vanille fendue en 2 et grattée. Dans 1 saladier, mélangez les œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Incorporez la maizena. Quand le lait frémit, retirez la gousse et versez-le sur les oeufs/sucre en mélangeant bien puis reversez le tout dans la casserole. Laissez épaissir sans cesser de mélanger. Laissez refroidir. Puis déposer un film plastique au contact et mettez au frigo.
La pâte levée :
20 gr de levure fraîche de boulanger,
60 gr de lait demi-écrémé,
1 pincée de sucre,
300 gr de farine T45 Farine T45 ? Appelée farine blanche, cette farine est la plus utilisée en cuisine et est totalement débarrassée du son. Elle est particulièrement employée pour les pâtisseries fines comme les crêpes ou les financiers. Attention tout de même à sa consommation car son indice glycémique est très élevé.
140 gr de beurre doux,
1 œuf,
40 gr de sucre en poudre.
Pour préparer la pâte levée : délayez la levure dans le lait tiède avec une pincée de sucre. Sur le plan de travail, faites un puits avec la farine. Ajoutez le beurre en dés. Sablez du bout des doigts. Versez le mélange lait, levure, œufs et sucre. Amalgamez avec les mains. Pétrissez 10 minutes. Formez une boule. Laissez reposer 1 heure dans un endroit tiède.
Chantilly :
20 cl de crème liquide entière bien froide,
200 gr de mascarpone,
40 gr sucre glace.
Pour préparer la chantilly : Fouettez la crème fraîche avec le mascarpone et ajoutez le sucre en 2 fois. Gardez au frigo.
Tous les composants étant ainsi préparés, sur votre plan de travail fariné, abaissez la pâte au rouleau et déposez-la dans le moule à tarte. Piquez le fond avec une fourchette et laissez lever 15 minutes.
Cuisez la pâte à blanc (à savoir : mettez un papier sulfurisé avec des fruits secs sur la pâte pour faire poids) pendant 20 minutes dans un four chauffé à 180° jusqu’à ce que les bords soient dorés. Enlevez le papier sulfurisé et les fruits secs. Laissez tiédir. Mettez ensuite la crème pâtissière à la spatule. Puis la chantilly. Puis la brésilienne…
[THECONVERSATION.COM, 27 octobre 2021] Halloween, fête automnale des morts, des fantômes et des sortilèges, connaît un destin troublé : de retour dans la “vieille Europe” au milieu des années 1990 et promue dans l’Hexagone par des instigateurs zélés – parc d’attraction et chaîne de fast-food à l’appui – cette fête suscite l’engouement ou le dédain. Regain festif et païen pour les uns, cheval de Troie de “l’impérialisme culturel américain” pour les autres, cette célébration paganiste ne laisse pas indifférent. L’Église catholique [italienne], émue de “l’influence néfaste” de la bacchanale, a même créé Holyween (soirée de prières en réaction), afin de donner un coup de balai aux histoires de sorcières.
Le premier intérêt d’Halloween, c’est la pluralité d’analyses auxquelles ce “néo-rite païen” donne lieu. Halloween marque le retour de “vieilles lunes” et de fêtes oubliées, ou qui étaient simplement en sommeil… attendant qu’on les exhume en quelque sorte. Ses origines sont tout à la fois celtiques et mexicaines. A l’origine, la même volonté de célébrer les morts, et de manifester aussi sa peur conjuratoire, avant d’entrer dans l’hiver et le cycle des nuits courtes, période anxiogène s’il en est.
La mort comme continuation de la vie
Les conquistadors espagnols découvrant le Mexique furent impressionnés par un rituel aztèque pratiqué de très longue date et qui leur paraissait sacrilège. Car, à l’inverse des Espagnols qui voyaient la mort comme la fin de la vie, les Aztèques la considéraient comme sa continuation. Ils gardaient des crânes comme des trophées et les exhibaient durant ces fêtes pour symboliser la renaissance et pour honorer les morts qui revenaient selon eux en visite à cette époque de l’année. Ne parvenant pas à éliminer ce rite, les Espagnols en fixèrent la date en même temps que celle d’une fête chrétienne : la Toussaint.
C’est le Jour des Morts, “el Dia de los Muertos“. C’est une fête joyeuse, moment où les âmes de ceux qui sont partis viennent rendre visite aux vivants. Cette fête dure deux jours, les 1er et 2 novembre.
A cette occasion, les Mexicains édifient des autels en souvenir de ceux qu’ils aimaient et déposent des offrandes sur leurs tombes. Et nombre de lieux publics sont décorés avec des représentations ironiques de la mort, des squelettes dansant et chantant comme des vivants, avatars exotiques et mouvants des danses macabres médiévales. Ces processions lancinantes ont été immortalisées (si l’on peut dire) par l’ouverture impressionnante du James Bond 007 Spectre en 2016.
C’est sur une base mythique et festive similaire que s’est développée l’Halloween européenne. Il était encore question de célébrer les défunts en parodiant la mort sous la forme de courges. Le rite est à tous égards païen, et il est compréhensible qu’il ne pût être en odeur de sainteté : on célèbre bruyamment les morts et les sorcières, on joue à faire (se) peur, on se grime de manière effrayante.
Outre-Atlantique, cette fête est célébrée depuis longtemps, puisqu’importée par les premiers immigrants au XVIIe siècle. Tous les 31 octobre, les enfants grimés en sorcières, fantômes et revenants déambulent en petits groupes dans les rues de leurs quartiers. Ils sonnent aux portes des maisons et exigent des friandises, au cri de “treat or trick“, “une faveur ou un sort“. En échange de menus présents, ces enfants, dont les masques effrayants symbolisent des âmes en peine, garantissent la tranquillité aux foyers visités. Halloween bénéficie d’un emblème fort, ces citrouilles évidées, édentées et emplies de bougies, qui exposées aux fenêtres et dans les vitrines, donnent à la soirée son côté inquiétant, irréel et morbide.
Un rite d’inversion
D’un point de vue anthropologique, Halloween exprime des angoisses à l’œuvre dans toutes les sociétés, même les plus rationnelles en apparence : la peur de la mort et l’exorcisation de celle-ci via des pratiques ritualisées, durant une parenthèse festive conjuratoire : ainsi, les masques représentent des revenants et des fantômes, à un moment de l’année où l’hiver et la nuit s’installent pour quelques longs mois. Dans l’esprit, il s’agit de s’accommoder la sphère des morts, de pactiser avec ceux-ci, via offrandes et travestissements. Et le rite théâtralise ces peurs, il leur donne un tour parodique qui en une parenthèse impartie, constitue une soupape.
Même dans sa forme contemporaine, Halloween continue à être essentiellement un rite d’inversion, puisqu’il s’agit de la nuit où tout est renversé, inversé, à commencer par les rapports d’autorité. Et les parents y jouent le rôle de dupes, encourageant leurs enfants à quêter et manger des friandises, allant là à l’encontre des principes de politesse et de modération inculqués en temps ordinaire.
Faire des enfants les acteurs principaux d’Halloween est très américain : ceci aboutit à une version ludique, néo-païenne et scénarisée, parenthèse carnavalesque dédramatisant le rapport ambigu que cette société entretient à la mort et à l’au-delà. Elle n’est revenue sur le Vieux Continent qu’assez récemment, au tournant des siècles. Il semble qu’il y ait plusieurs raisons à ce retour en grâce (in)attendu.
Une fête “marketée”
Halloween se soutient depuis quelques années d’une promotion médiatique et publicitaire conséquente, en partie portée par des firmes américaines, sur fond de menus, cadeaux, animations et soirées spéciales. Et pour les commerçants, à l’affût de journées spéciales favorisant la décoration thématique et les promotions, Halloween constitue un moment idéal, entre la fin de l’été et la période des fêtes de fin d’année.
Et Dieu dans tout ça ? Avec Halloween, il est question de rites, de mythes, de morts, de surnaturel après tout. Le sacré auréole cette fête de son nimbe pâle. Et il est important de constater que cette journée jouxte deux autres fêtes des morts et du souvenir, puisqu’elle s’est immiscée entre la Toussaint et le 11 Novembre ; pour lentement se substituer à celles-ci en les phagocytant dans l’esprit des jeunes générations. Pour les jeunes enfants, spontanément, Halloween, c’est “la fête des morts“.
L’émergence d’Halloween confirme qu’un calendrier économique et/ou néo-païen se substitue aux fêtes religieuses et républicaines traditionnelles, ou se fait une place à côté d’elles. Plus largement, ceci entérine la mondialisation de nombre de fêtes, alors qu’on fête ici de plus en plus le Nouvel An chinois, et que Noël connaît un réel succès dans nombre de pays asiatiques.
De petits carnavals païens
Déplorer (pour les conservateurs) ce déplacement du religieux vers la sphère plus vaste du sacré, ou son renoncement en un “néo-paganisme“, ne sert pas à grand-chose. Les évolutions de la notion de fête, de sacré, de rites sont des questions autrement plus intéressantes. Notre société productiviste, qui n’a plus le temps de s’arrêter quelques jours pour festoyer, a inventé de nouveaux types de liens courts, ludiques, mièvres et kitsch (la Saint-Valentin). Tous ces néo-rites païens ne durent qu’une soirée. Les rites traditionnels exigeaient du temps, un temps spécifique, long et lent. Ainsi, le Carnaval, et sa semaine de célébrations et de festivités. Halloween ou le beaujolais sont de petits carnavals automnaux permettant à peu de frais (une soirée) une trouée de liesse, de partage et de rire dans un début d’hiver morose et froid.
Mais le grotesque et le morbide revendiqués d’Halloween, épousant la fascination de l’époque pour zombies et morts-vivants (cf. le succès de Walking Dead et le revival des films d’épouvante) recouvrent un travestissement plus profond.
Le temps d’une soirée, les générations se mêlent et jouent ensemble, faisant semblant d’éprouver de l’effroi, tout en exprimant dans ce “jeu profond” quelque chose d’obscur, mêlant rire et angoisse, peur et joie ; quelque chose de précisément anthropologique, interrogeant les structures profondes, et les systèmes symboliques permettant de les lire en filigrane.
[d’après JOURSHEUREUX.FR] Les spéculoos, ces délicieux biscuits épicés ont une histoire qui remonte à plusieurs siècles en Europe. Découvrons ensemble l’origine de ces petits trésors croustillants, leurs différences avec les Speculaas néerlandais, leur mode de fabrication et leurs valeurs nutritionnelles.
L’histoire des spéculoos
Les origines des spéculoos remontent à plusieurs siècles en Europe, mais leur popularité s’est particulièrement développée au cours du xxe siècle en Belgique. À l’origine, les spéculoos étaient conçus comme une alternative abordable aux speculaas néerlandais, qui étaient plus riches en épices (les spéculoos étaient moins épicés en raison du coût élevé des épices importées en Belgique). L’un des aspects les plus intriguants de l’histoire des spéculoos est leur forme traditionnelle. Ces biscuits étaient souvent moulés en forme de moulins à vent, de personnages de la nativité ou d’animaux, en particulier pendant la période de Noël. Aujourd’hui, la plupart des spéculoos sont fabriqués sous forme de rectangles simples, mais la tradition des moules en forme perdure.
Speculaas, spéculoos : quelle différence ?
Les speculaas et les spéculoos, deux types de biscuits belges, présentent des similitudes tout en ayant quelques différences. Les speculaas, originaires des Pays-Bas, sont préparés avec un mélange d’épices traditionnel incluant de la cannelle, de la muscade, du clou de girofle et du gingembre, et ont une texture plus croquante. Ils sont souvent façonnés en formes spécifiques, telles que des moulins à vent ou des figures folkloriques néerlandaises.
En revanche, les spéculoos, d’origine belge, utilisent des épices similaires mais ont tendance à être plus moelleux. Ils sont généralement présentés sous forme de biscuits rectangulaires ornés de motifs géométriques. Le nom “speculaas” est prédominant aux Pays-Bas, tandis que “spéculoos” est plus couramment utilisé en Belgique et dans les pays francophones pour désigner ces biscuits aux saveurs épicées et sucrées.
Spéculos, spéculoos, spéculaus ?
L’orthographe traditionnelle du mot est “spéculoos“, correspondant au nom flamand du biscuit et largement adoptée en Belgique. La prestigieuse maison Dandoy, établie en 1829 à Bruxelles, préserve cette orthographe. Le plus grand producteur belge de spéculoos, la biscuiterie Lotus, suit également cette tradition orthographique. Le Petit Larousse mentionne à la fois “spéculoos” et “spéculos” pour refléter les variantes. En France, l’orthographe “spéculos” est une variante apparue suite à la réforme orthographique de 1990, mais elle demeure peu courante et est généralement signalée en fin d’article dans le Petit Larousse. Enfin, l’orthographe “spéculaus” est une version francisée, bien qu’elle n’ait pas réussi à devenir majoritaire dans l’usage francophone. Le dictionnaire Petit Robert propose également les deux orthographes, tandis que la maison Dandoy utilise parfois l’orthographe “spéculaus” sur son enseigne lumineuse à Bruxelles, ajoutant ainsi une touche de diversité à ce délicieux biscuit.
Comment sont fabriqués les spéculoos ?
Les spéculoos sont des biscuits délicieusement épicés fabriqués à partir d’ingrédients simples mais savoureux. Pour les préparer, on commence par mélanger du beurre ramolli avec du sucre brun pour créer une base crémeuse. Ensuite, on incorpore un mélange d’épices spécifiques, généralement composé de cannelle, de gingembre, de clous de girofle, de noix de muscade, de poivre blanc et de cardamome, afin de donner aux biscuits leur saveur caractéristique. On ajoute ensuite de la farine (froment), éventuellement de la fécule de maïs et de la poudre d’amande pour former une pâte. Après avoir reposé au réfrigérateur, la pâte est étalée et découpée en formes de biscuits. Ces biscuits sont ensuite cuits au four jusqu’à ce qu’ils soient légèrement dorés autour des bords, puis laissés à refroidir sur une grille. Le refroidissement permet aux spéculoos de durcir et de prendre leur texture croustillante.
Valeurs nutritionnelles des spéculoos
Les spéculoos sont des biscuits délicieusement croquants et épicés qui, bien que délicieux, sont également relativement riches en calories et en sucres : calories par portion (2 biscuits) : 80 à 100 calories ; glucides : 10 à 15 grammes ; matières grasses : 3 à 5 grammes ; protéines : 1 à 2 grammes ; fibres alimentaires : moins d’un gramme. Ces valeurs peuvent légèrement varier en fonction de la marque et de la recette spécifique des biscuits. Il est recommandé de les consommer avec modération dans le cadre d’une alimentation équilibrée.
Allergènes contenus dans les spéculoos
Les spéculoos peuvent contenir plusieurs allergènes courants, dont le gluten issu de la farine de blé, le lait sous forme de beurre, les œufs, les fruits à coque comme les noix ou les amandes, et parfois des traces de soja.
d’après joursheureux.fr
Spéculoos (la meilleure recette)
N.B. La pâte doit se faire le jour avant et se cuit… le lendemain de la veille.
Ingrédients (pour 40 spéculoos)
500g de farine
500g de farine fermentante
1 paquet de levure chimique
700g de cassonade brune
2 cuillères à café d’épices à spéculoos (ou 4 épices)
1 pincée de sel
3 œufs
400g de margarine
1/2 tasse d’eau tiède
2 cuillères à café d’arôme d’amande amère
Préparation
Préparation de la pâte (la veille)
Mélangez au robot tout ce qui est sec : les 2 farines, la levure, la cassonade, les épices et le sel.
Faites fondre le beurre (il ne doit pas être chaud).
Ajoutez le beurre, les œufs, l’eau et l’arôme d’amande amère.
Laissez reposer au moins une nuit en couvrant la pâte d’un film plastique. Elle va développer ses arômes.
Cuisson
Le lendemain, faites chauffer le four à 190 degrés.
Sur la plaque recouverte d’un papier cuisson, disposez les pâtons (55-60 g). Prélevez une cuillère à soupe de pâte, roulez-la dans vos mains pour former une boulette ronde ou allongée et applatissez la légèrement.
Cuisez au four 15 minutes exactement.
Décollez-les avec précaution et laissez-les refroidir sur une grille.
Notez que les spéculoos se conservent très bien dans une boîte hermétique.
Les “gougères aux épinards et au cantal” sont de petites bouchées à base de pâte à choux, d’épinards et de cantal (vous l’aviez deviné). Pour le cuisinier wallon, elles ont ceci de particulier que le fromage est mélangé à la pâte à choux encore tiède, avant la cuisson. C’est une spécialité bourguignonne (Auxerre) très appréciée pour l’apéritif ou en entrée avec une salade. Si l’origine bourguignonne est difficile à prouver, la mention de goiere est déjà attestée à la fin du XIVe siècle, dans le sens de ‘tarte au fromage’. On trouve des gougères dans toutes les bonnes boulangeries de Bourgogne, voire au-delà…
Dans le dessin animé de 2000, Kuzco, l’empereur mégalo, un des personnages les plus savoureux (l’ineffable Kronk) sert un plat de gougères aux épinards qui s’avèrent tout aussi savoureuses. Ci-dessous, la recette est partagée par une contributrice du réseau wallonica, qui espère également “ne pas pourrir le groove de l’empereur.”
Ingrédients
50 gr de beurre
17 cl d’eau
100 gr de farine
3 œufs
100 gr de fromage à pâte dure (cantal ou comté, gruyère, parmesan…)
75 gr de pousses d’épinards
noix de muscade, sel, poivre
Préparation
Préchauffez le four à 180 degrés.
Hachez les épinards et rapez le fromage.
Pour faire la pâte à choux : porter l’eau à ébullition avec le beurre coupé en morceaux. Retirez du feu, ajoutez la farine d’un coup et mélangez vivement. Remettez ensuite sur le feu et laissez sécher la pâte 2 minutes (une fine croûte se forme au fond de la casserole).
Versez la pâte dans un saladier pour la faire refroidir 5 minutes.
Ajoutez les œufs un à un vivement.
Ajoutez les épinards, le fromage, le sel, le poivre et la noix de muscade (toujours bon avec les épinards !).
A l’aide de 2 cuillères, formez des petits choux.
Déposez-les sur la plaque du four garnie d’une feuille de cuisson.
Faites cuire 25 à 30 minutes.
Il est très important de ne pas ouvrir le four pendant la cuisson sinon les choux ne lèvent pas !
[DOCTONAT.COM] C’est une boisson fermentée des feuilles de la plante Camellia sinensis, le théier. Il s’agit donc d’un thé (vert, noir, blanc, Oolong…) qui est fermenté, auquel est ajouté des sucres, des levures acétiques et des bactéries et que l’on fait fermenter pendant une semaine. Ainsi, il est appelé “champignon du thé” ou “mère”. Il produit de l’alcool qui aide les bactéries à produire des principes actifs. Les feuilles sont retirées de la préparation. Il est possible aussi d’en produire à partir de la plante rooibos. Il semble avoir des propriétés antioxydantes équivalentes, cependant il a été très peu étudié.
Le processus de fermentation produit une variété de composés antioxydants qui permettraient une détoxification, grâce à la saccharolactone, sa principale substance active. Elle est reconnue pour favoriser la longévité. Il contient plus d’antioxydants que les autres formes de thé, mais les études comparatives ne sont pas suffisamment nombreuses pour connaître ses effets par rapport aux catéchines et à la vitamine C.
Les organismes essentiels, qui composent la “mère” ou “champignon” du kombucha (jusqu’à 163 souches de levures ont été détectées), produisent des acides acétique, lactique et gluconique. Les bactéries acétiques ont, pendant des siècles, permis de produire des aliments et des boissons fermentées tels que le vinaigre, le kéfir (d’eau) et la bière lambic (de fermentation spontanée). Après fermentation, certains composants de cette boisson se dégradent : les catéchines (18 à 48%), les théaflavines et les théarubigines (5 à 11% après 18 jours de fermentation). Les polyphénols du thé vert et ceux, produits dans le processus de fabrication du thé noir, sont encore présents dans cette boisson. De l’alcool est produit lors de la fermentation, sa teneur en alcool est généralement inférieure à 1%.
Bien que le kombucha peut présenter de nombreux bienfaits pour la santé, une préparation inappropriée peut provoquer une toxicité et entraîner la mort. Des normes d’hygiène non respectées et une période de fermentation trop longue peuvent contribuer à sa toxicité. Cependant, il semble être sans danger pour la consommation humaine lorsqu’il est correctement traité et consommé avec modération.
Lorsqu’il n’est pas consommé directement après fermentation, il est pasteurisé ou des conservateurs sont ajoutés, afin d’éviter une croissance microbienne excessive.
Les bienfaits supposés du kombucha sur la santé humaine ont été établis à partir d’études in vitro, ainsi qu’à partir d’études réalisées sur des aliments fermentés, ainsi que sur le thé et leurs principes actifs. A ce jour, une seule étude sur l’être humain existe, et elle est en cours de réalisation.
Les avantages pour la santé, démontrés par les études in vitro et in vivo, sont nombreux :
activité antimicrobienne ;
amélioration des fonctions hépatiques et gastro-intestinales ;
stimulation immunitaire, détoxification ;
propriétés antioxydantes et antitumorales ;
stimulation immunitaire ;
inhibition du développement et de la progression de certains cancers, des maladies cardiovasculaires, du diabète et des maladies neurodégénératives ;
fonction normale du système nerveux central.
Des composants isolés du kombucha montrent aussi des bienfaits intéressants. Ainsi, les bactéries lactiques Pediococcus pentosaceus et Pediococcus acidilactici, présentent des propriétés probiotiques qui pourraient être utiles à l’industrie agro-alimentaire. Les levures Coriolus versicolor et Lentinus edodes pourraient avoir un bénéfice protecteur avec une action immunomodulatrice potentiellement bénéfique dans les allergies.
Le micro-écosystème de cette boisson a montré pouvoir survivre à des conditions de vie correspondant à celles de la planète Mars, pendant 18 mois ! Dans une étude, il a été utilisé pour produire du levain, servant à fabriquer le pain. La durée de conservation du pain a été prolongée de 5 à 10 jours, à température ambiante.
Comment le kombucha s’est-il créé ?
[REVOLUTIONFERMENTATION.COM] Pour faire du kombucha, il faut du thé, du sucre et une mère de kombucha. Et pour faire une mère de kombucha, il faut… du kombucha ! Alors, d’où vient le premier kombucha ? Le kombucha n’a pas été créé par l’être humain. Sa naissance est un phénomène naturel. Comme dans le cas de l’œuf ou la poule, on ne peut pas identifier l’apparition du premier kombucha. Toutefois, on est capable de deviner ce qui s’est passé!
En effet, le monde qui nous entoure est peuplé de microorganismes à l’affût de milieux à coloniser pour se développer. Le premier kombucha est né par hasard, dans une tasse de thé sucré oubliée sur le rebord d’une fenêtre. Des bactéries et des levures se seraient installées dans la tasse de thé sucré et se seraient multipliées. Elles auraient ainsi créé une pellicule gélatineuse, auraient mangé le sucre et acidifié le thé. À l’époque, la fermentation, c’était de la magie !
Devant cette transformation, les personnes de l’époque auraient goûté au thé fermenté, et l’auraient tellement apprécié qu’ils auraient ajouté un peu de thé sucré pour l’allonger. Ce thé se serait transformé à son tour en kombucha. La pellicule gélatineuse capable de faire du kombucha aurait ainsi été entretenue et baptisée mère de kombucha (ou encore champignon de kombucha). La mère se serait ensuite transmise à travers les époques, jusqu’à nous parvenir aujourd’hui.
Quand et où le kombucha est-il né ?
Pour que du kombucha puisse se créer spontanément, il faut du thé, du sucre et des microorganismes. Comme le kombucha est un phénomène naturel, on peut essayer de déduire son origine en recherchant quand et où les ingrédients du kombucha se sont rencontrés pour la première fois.
Microorganismes : ils sont aussi vieux que la vie elle-même. Les microorganismes sont présents partout sur terre depuis plusieurs milliards d’années.
Sucre : les premières traces de cultures sucrières remontent à 6000 ans en Asie du Sud-Est. Le sucre est arrivé 500 ans plus tard en Chine.
Thé : la consommation de thé a vraisemblablement débuté dans la région du sud-est de la Chine il y a près de 5000 ans.
En conclusion, il est donc très probable que le premier kombucha soit apparu spontanément, il y a près de 5000 ans dans le sud-est de la Chine. Cependant, nous n’avons aucun moyen de le savoir avec certitude.
Légendes du kombucha
Plusieurs légendes et mythes se partagent l’origine du kombucha. Si l’hypothèse présentée plus haut est la plus probable, voici trois légendes à propos de la naissance du kombucha.
L’élixir de longévité du kombucha en Chine
Qin-Shi-Huang
La première légende du kombucha remonte à 200 ans avant Jésus-Christ, en Chine. L’Empereur Quin Shui Huang était en quête d’immortalité. Il lança un décret ordonnant que ses sujets trouvent la clé de la vie éternelle. Un des élixirs testés aurait été le lingzhi ou thé de champignon. Sachant que la mère de kombucha est souvent appelée “champignon”, beaucoup d’amateurs de kombucha croient que cet élixir de longévité fait référence au kombucha.
Le kombucha pour soigner l’Empereur du Japon
Une autre légende date de l’an 415 de notre ère, où un docteur du Royaume de Sylla (Corée) aurait été invité à soigner l’Empereur japonais Ingyō. Ce docteur aurait utilisé un thé fermenté pour guérir l’empereur malade. Le nom du docteur était Komu-ha. On y aurait ajouté le suffixe cha (thé, en japonais), et l’histoire nous aurait donné kombu-cha, ou thé du docteur Komu.
La fourmi, le moine et l’Empereur
Une autre légende, originaire de Russie, cette fois-ci, raconte qu’un empereur malade fit appel à un moine doté de pouvoirs de guérison. Le moine promis de traiter la maladie de l’empereur avec une simple… fourmi ! Il déposa la fourmi dans le thé de l’empereur, et lui conseilla d’attendre que la méduse grandisse. Le thé sous la méduse (une mère de kombucha ?) pourrait alors le guérir.
Si aucune de ces trois légendes ne peut être prouvée, on voit un lien très fort entre le kombucha et la santé. La boisson de l’époque devait être consommée sous sa forme très vinaigrée et concentrée en probiotiques.
Le kombucha en Russie
C’est en Russie, que le kombucha est pour la première fois mentionné dans une étude scientifique en 1913, par la chercheuse A.A. Bachinskaya. Cette biologiste russe étudiait des cultures provenant de plusieurs parties de la Russie. Elle décrivait également dans son article les caractéristiques de la mère de kombucha. Le kombucha était alors consommé par une grande partie de la population comme tonique pour la santé. On l’appelait Чайный гриб, soit champignon de thé ou affectueusement грибок ou petit champignon. Les Russes consommaient plusieurs sortes de breuvages fermentés, qui étaient appelés kvass. Le kombucha était aussi appelé kvass de thé.
La même année, le professeur allemand G. Lindau a publié un article sur la consommation du kombucha en Russie. Cet article s’intéressait particulièrement aux bienfaits santé du kombucha. Dans son article, Lindau mentionne que le kombucha est aussi appelé champignon japonais. Comme quoi le kombucha pourrait certainement venir d’Asie !
Le kombucha a continué à être très populaire en Russie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Avec le sucre et le thé fortement rationnés, la consommation de kombucha a diminué considérablement.
Dans les années 50, les Italiens ont vécu une histoire d’amour intense avec le kombucha ! Le kombucha s’est répandu dans la population, entouré de divers protocoles et de superstitions. C’était un peu comme une chaîne de lettres ! Pour bénéficier de ses bienfaits, il fallait séparer la mère de kombucha en 4 et en donner 3 parties à ses amis proches avec des instructions claires pour la nourrir. On ne pouvait pas vendre ou jeter sa mère de kombucha, ou alors elle perdrait toutes ses propriétés magiques. Le malheur s’abattait alors sur nous, mais aussi sur tous ceux à qui on avait donné une mère de kombucha ! Le kombucha s’est répandu comme une traînée de poudre dans toutes les sphères de la population. Les autorités ont tenté de mettre fin à la mode du kombucha quand des Italiens se sont mis à voler de l’eau bénite dans les églises. Ils l’ajoutaient à leurs kombuchas, pour en fortifier les bienfaits !
Les années 60 du kombucha
Quelques années plus tard, Rudolf Sklenar, un docteur allemand, découvre la boisson en Russie, et en ramène chez lui pour l’étudier. Il prescrit alors le kombucha pour soigner différents maux : rhumatismes, problèmes intestinaux, goutte… Il publie en 1964 le résultat de ses recherches. C’est à partir des années 60 que de nombreux livres paraissent sur le kombucha, et que les mères commencent à se partager à travers le monde. Le kombucha conquiert l’Europe et se fait adopter aux États-Unis, particulièrement dans les communautés alternatives et hippies.
Le kombucha est alors présenté comme une boisson miraculeuse, capable de prévenir le cancer et même de guérir le sida. Si beaucoup de ses bienfaits miraculeux se sont avérés sans fondements avec les années, plusieurs études ont témoigné des bienfaits santé du kombucha. Comme d’autres aliments fermentés, il contient de bonnes bactéries probiotiques et soutient le système digestif.
L’expansion commerciale du kombucha
C’est en 1995 que la première compagnie de kombucha commercial, GT kombucha, voit le jour aux États-Unis. Au début des années 2000, les compagnies commerciales de kombucha se multiplient partout à travers le monde. On en trouve aujourd’hui sur tous les continents.
Le kombucha a également évolué. La saveur du kombucha n’est plus juste nature et très acide. On boit encore du kombucha pour ses bénéfices santé (faible teneur en sucre, probiotiques, ingrédients naturels), mais aussi comme une alternative à l’alcool, au café et aux boissons gazeuses. Le kombucha est faible en sucre, en caféine et en alcool. Il s’est donc taillé une place de choix dans nos verres ! On trouve désormais du kombucha à toutes sortes de saveurs, du kombucha alcoolisé, du kombucha sans sucre, du kombucha local, et bien plus encore !
En 2019, la taille du marché mondial du kombucha s’élevait à 1,84 milliard USD. Quand on aime le kombucha, difficile de s’en passer ! Plusieurs se sont tournés vers la production du kombucha à la maison, pour en avoir toujours sous la main. Incroyable de penser qu’une colonie de microorganismes a traversé les âges pour parvenir à nos verres !
Placer les sachets de thé dans la jarre. Verser 11 d’eau bouillante, laisser infuser 15 minutes, puis retirer les sachets de thé. Ajouter le sucre et remuer jusqu’à dissolution. Laissez le thé devenir tiède.
Ajout de la mère de kombucha
Ajouter la mère de kombucha avec sa culture liquide. Couvrir le récipient avec le tissu et fixer avec l’élastique. Mettre la jarre dans un endroit bien aéré, à l’abri de la lumière directe du soleil.
Fermentation du kombucha
Laisser fermenter pendant 2 à 3 semaines à température ambiante. Le kombucha est prêt quand son niveau de sucre et d’acidité sont à votre goût. N’utilisez jamais de cuillère en métal dans votre kombucha, mais toujours une cuillère en bois !
Aromatisation (éventuellement)
Retirer la mère de kombucha et 500ml (2 tasses) de kombucha nature. Mettre de côté pour démarrer votre prochaine recette. Ajouter du jus de fruits, de la tisane, du sirop, des fruits hachés ou tout ce que vous voulez pour aromatiser votre kombucha. Consultez des recettes de kombucha pour des saveurs inspirantes.
Embouteillage
Verser le kombucha dans des bouteilles résistantes à la pression. Conserver les bouteilles à température ambiante. Après 3 jours, ouvrir et refermer une bouteille pour tester sa pression. Prolonger la fermentation de quelques jours de plus pour un kombucha plus pétillant. Quand c’est assez pétillant (attention à la pression !), mettre au réfrigérateur.
Notes
Et voilà! Votre kombucha est maintenant prêt à être consommé. Il se conserve au réfrigérateur sans réelle limite de temps. Pour préparer votre prochaine boisson kombucha : lavez la mère sous l’eau courante tiède et recommencez tout le processus.
Dans une sauteuse, faites revenir la viande (avec un peu d’huile d’olive) pour la faire rissoler et la séparer avec une cuillère puisqu’elle aura tendance à faire de gros grumeaux. Quand elle a coloré (elle va prendre du goût), la retirer.
Dans la même poêle, faire fondre le beurre puis ajouter l’oignon émincé et le céleri coupé en petits morceaux. Faites les suer.
Puis, ajoutez la viande, le laurier, la sauge ciselée, salez et versez la crème.
Mélangez et laisser mijoter à feux doux une quarantaine de minutes. La viande doit bien s’imprégner et la sauce ne doit pas trop sécher (ajoutez plus de crème ou de lait si nécessaire).
Cuire les pâtes dans de l’eau salée.
Ajoutez du parmesan dans la sauce.
Mélangez les pâtes dans la sauce.
Servir bien chaud en ajoutant du poivre et du parmesan dans l’assiette.
[LIBERATION.FR, 29 décembre 2017] Le médiéviste, maître de conférences à l’université de Paris-Nanterre, analyse la lente évolution du découpage des mois et des années en Occident, savant mélange de cultures romaine et catholique.
Caler le rythme de nos jours sur celui des planètes : c’est l’utilité première de notre calendrier. Avec ses 365 jours et ses années bissextiles, il permet de respecter scrupuleusement le temps que met la Terre à tourner autour du Soleil. Transposition de la mécanique des planètes, le calendrier transcrit aussi une partie de notre héritage culturel. Les noms des mois et des jours font écho à l’empire romain, qui célébrait Mars le mardi, Jupiter le jeudi, Jules César en juillet et Auguste en août. Les saints qui patronnent chaque journée, la numérotation des années après Jésus-Christ, ou encore le dimanche chômé sont, quant à eux, les marques d’une appropriation chrétienne.
Si c’est bien le cours des planètes qui règle nos jours et nos nuits, la façon de mesurer le temps est loin d’être immuable. L’historien Bruno DUMEZIL, maître de conférences à l’université Paris-Nanterre, explique comment notre calendrier a pris forme au milieu de mille façons de voir passer le temps.
Notre calendrier est-il vraiment né dans l’Antiquité romaine ?
Beaucoup de choses ont été fixées à cette époque, à tel point que l’on pourrait dire qu’en termes de civilisation, nous sommes encore dans l’Empire romain. Pour être plus précis, notre calendrier est gréco-romain : lorsqu’il a instauré le calendrier julien en 48 avant Jésus-Christ, Jules César a fait appel à des savants d’Alexandrie, issus du monde grec. Le calendrier romain s’est donc inspiré de son ancêtre grec, qui utilisait lui-même des méthodes de calcul égyptiennes.
Les modifications de César ont un intérêt scientifique : en instaurant une année de 365 jours au lieu de 355, et en prévoyant une année bissextile tous les quatre ans, son calendrier se rapproche des 365,25 jours que met la Terre à tourner autour du Soleil. Mais c’est aussi une réforme politique qui lui permet de fixer les jours fériés. Cela avait pour effet d’interrompre les procès et de retarder le début des procédures administratives ou des batailles. C’était un outil de pouvoir.
César invente donc le calendrier politique ?
Non, il existait avant ! Dans la Guerre du Péloponnèse, l’historien Thucydide explique qu’il ne pourra dater les événements relatés qu’en fonction des saisons, chaque cité combattante ayant voulu garder son propre calendrier pour marquer l’opposition avec ses rivales. Cette logique se poursuit à travers le temps : plus tard, au VIe siècle, le roi des Ostrogoths tente de faire adopter son calendrier au roi des Burgondes en lui offrant une horloge.
Il faut donc imaginer qu’à l’ombre du calendrier julien, la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Age sont marqués par une diversité de calendriers
Plusieurs calendriers cohabitent, et cela est parfois difficile à gérer. Dans une même ville, la cathédrale et le pouvoir politique n’ont pas le même calendrier. Le rythme du temps varie aussi en fonction des métiers. C’est le cas des métiers judiciaires : les tribunaux ferment pendant les moissons, les vendanges, ou les anniversaires des membres de la famille impériale. Du point de vue religieux, les calendriers chrétien et judaïque cohabitent. Mais, au sein même des communautés chrétiennes, les temps forts de l’année varient en fonction des saints que l’on célèbre. Enfin, n’oublions pas les calendriers agricoles, qui rythment l’année en fonction des saisons et des travaux des champs, et qui ont leurs propres fêtes comme celles de la Saint-Jean.
Face à tout cela, à Rome, l’empereur fait preuve d’un grand pragmatisme. Ainsi, il tolère que les Juifs ne comparaissent pas au tribunal les jours de shabbat. De même, les fêtes païennes sont tolérées. Mais c’est l’intérêt économique qui prime : si des intempéries mettent les moissons en péril, toutes les fêtes sont suspendues pour sauver les récoltes.
Au milieu de tous ces calendriers, c’est donc surtout le catholicisme qui impose ses repères temporels en s’appropriant le calendrier julien. Comment s’enclenche cette évolution ?
Cela commence avec l’empereur Constantin (310-337). Premier à se convertir au catholicisme, il entraîne la cohabitation des temps romain et chrétien dans le calendrier. Au IVe siècle, les empereurs reconnaissent les jours de fête chrétiens et les intègrent au calendrier. L’enjeu était notamment de placer le jour de repos hebdomadaire : cela devait-il être le jeudi, jour de Jupiter, ou le dimanche, jour du Christ ? Rapidement, le dimanche l’emporte dans la loi romaine, mais il faut attendre que l’un des arrière-petits-fils de Clovis impose le changement en 595 pour qu’il s’applique vraiment.
Rome essaie aussi d’imposer son mode de calcul de la date de Pâques, ce qui est difficile car il s’agit d’un événement du calendrier lunaire à intégrer au calendrier solaire. De plus, les contraintes sont nombreuses : elle doit avoir lieu un dimanche, à une période où les jours rallongent, et pas le même jour que la pâque juive. Outre la rivalité avec le calendrier judaïque, il s’agit pour Rome d’imposer son autorité dans le monde chrétien. L’Irlande, convertie au Ve siècle, parvient à conserver un mode de calcul différent jusqu’en 664. Cependant, certains particularismes perdurent. Dans la péninsule Ibérique, le royaume suève de Galice refuse les noms des jours du calendrier chrétien, puisqu’ils font référence à des dieux païens : mardi est le jour de Mars, mercredi celui de Mercure… On décide de numéroter les jours, ce qui explique leur dénomination actuelle en portugais : segunda-feira (lundi), terça-feira (mardi), etc.
Le choix de faire débuter la numérotation des années avec ‘l’incarnation’ (la naissance de Jésus-Christ) est-il aussi le fruit de longues négociations ?
L’idée apparaît chez un clerc grec du VIe siècle, mais il faut attendre le siècle suivant pour qu’un grand historien du monde anglo-saxon, Bède le Vénérable, l’impose en datant tous les événements qu’il relate selon ce principe. Auparavant, la date de la création du monde (début du calendrier juif) a pu être utilisée par les chrétiens. Mais cette date étant très lointaine, elle multiplie les risques d’erreurs de calcul. Au VIe siècle, Grégoire de Tours l’a utilisée pour relater l’histoire de Clovis : certains épisodes de la vie de ce roi sont donc un peu incertains.
Les systèmes de comptage des années sont donc multiples, et les auteurs de l’époque privilégient une datation relative, en prenant pour point de départ l’entrée en fonction d’un empereur, d’un roi ou d’un abbé. Un même document est daté selon plusieurs personnages, au risque de l’erreur : le moine qui chronique la fondation de l’abbaye de Cluny se trompe dans l’une des deux dates qu’il indique. On ignore donc si cette grande abbaye fut fondée en 909 ou en 910.
Le 1er janvier n’est pas un événement religieux. Pourquoi cette date s’est-elle imposée ?
Dans l’Empire romain, ce jour marquait la prise de fonction des consuls et la fête du dieu Janus, où il était d’usage de s’offrir des cadeaux. Au début du Moyen Age, plusieurs évêques expliquent dans leurs sermons qu’il s’agit de rites païens : or, si les gens s’offrent bel et bien des étrennes, la fête a probablement perdu son sens religieux. Certains proposent de changer d’année à Pâques, mais c’est finalement le premier janvier qui reste la date de référence.
Les ruptures au sein du catholicisme – les schismes orthodoxe et protestant – sont-ils importantes pour comprendre la diversité des calendriers ?
La réforme grégorienne du Xe siècle, puis la prise de Constantinople, capitale de l’Empire romain d’Orient, par les Croisés en 1204 entraînent une rupture : les orthodoxes refusent dès lors toute décision venue de Rome. En 1582, ils n’adopteront donc pas le calendrier grégorien mis en place par le pape Grégoire XIII, d’où le décalage des calendriers. De même, lors de la réforme protestante, les luthériens refusent le calendrier grégorien pour marquer leur opposition à Rome. Mais cela n’est que temporaire. Pourtant, ce changement a aussi des fondements scientifiques : le calendrier julien partait du principe que la Terre tourne autour du Soleil en 365,25 jours, alors que ce temps est plus long de quelques minutes. Au fil des années, cela avait créé un décalage de dix jours excédentaires. Grégoire XIII les a donc supprimés en octobre 1582, et il a revu le système des années bissextiles pour éviter que ce décalage se reproduise.
Comment expliquer que notre calendrier grégorien se soit diffusé dans le monde entier ?
Parmi les facteurs d’explication, on peut citer le concile de Trente (1545-1563) qui visait à unifier les pratiques chez les catholiques dans un contexte de guerre de religion, ou la colonisation. Cette diffusion se fait aussi en Europe même : jusqu’au XIXe siècle, les habitants vivaient dans un univers local, sur une trentaine de kilomètres autour de chez eux, où les particularismes locaux du calendrier avaient du sens. Mais à cette période, le monde s’étend et fait naître le besoin d’un temps absolu. Et puis, n’oublions pas l’argument scientifique : ce calendrier est celui qui suit au mieux l’année solaire. C’est sans doute la raison principale.
L’hégémonie de ce calendrier a le mérite de simplifier la datation des événements. Est-ce une facilité pour les historiens ?
Aujourd’hui, l’histoire s’exerce de moins en moins à travers la fascination de la date exacte, comme lorsque nous apprenions que Charles Martel a arrêté les Arabes à Poitiers en 732… ce qui n’est pas si sûr. L’importance est plutôt de situer les événements les uns par rapport aux autres, ce qui donne du sens à la logique de datation relative du Moyen Age. Cela permet à l’historien de mieux saisir le temps vécu par les personnes de l’époque : l’an mil n’avait pas beaucoup de sens, car peu de gens savaient que l’on changeait de millénaire ! En revanche, se trouver dans la quatrième année de tel règne avait une signification. Ainsi, plutôt que de dire que nous passons à 2018, il peut être plus intéressant de penser que nous sommes “dans la première année du règne de Macron.“
Une interview de Thibaut Sardier, liberation.fr
[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : partage, correction, édition et iconographie | sources : d’après liberation.fr | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, calendrier des travaux agricoles correspondant aux 12 mois de l’année (vers 1400).
[RADIOFRANCE.FR/FRANCECULTURE, 16 juillet 2024] “Yeux verts, yeux de vipère !” Si ce jeu de mots date de 1830, la mauvaise réputation des yeux verts, elle, est attestée depuis la Rome antique. Comment l’idée fausse selon laquelle le vert porterait malheur s’est-elle forgée ?
Synonyme de nature perverse, d’esprit faux et de débauche, les yeux verts sont les yeux des traîtres, des prostituées, de Judas, voire du Diable en personne. Les elfes, les fées, les trolls, les korrigans, les farfadets ou les lutins, ces personnages effrayants sont, depuis le Moyen Âge, presque toujours verts, de même que leur lointain descendant le Martien. “Dans les images comme dans la réalité, [la] tonalité verdâtre est toujours inquiétante, sinon mortifère“, écrit l’historien Michel Pastoureau. “C’est la couleur de la moisissure, de la maladie, de la putréfaction et surtout des chairs décomposées. Par là même, c’est aussi celle des cadavres et (…) des revenants.“
Pourquoi la couleur verte a-t-elle été bannie des théâtres ?
Le vert qui fait peur est un vert aqueux, visqueux, désaturé. La reine Victoria, par exemple, l’avait en horreur et elle l’a chassée de tous les palais royaux anglais, notamment de Buckingham Palace. C’est surtout au théâtre que les superstitions sur le vert sont les plus tenaces : cette couleur est bannie de la scène. Les comédiens la proscrivent aussi bien sur les costumes que dans les décors ou dans la salle. Les chroniques flamandes au Moyen Âge rapportent en effet que plusieurs acteurs seraient morts après avoir joué le rôle de Judas, traditionnellement vêtu de vert. Teindre un costume en vert vif a longtemps été un exercice difficile : il fallait utiliser une matière colorante très toxique appelée le verdet, qu’on obtenait à partir de l’oxydation du cuivre. Cette couleur était certes éclatante mais très dangereuse, car ses vapeurs pouvait entraîner l’asphyxie et la mort. Les réticences des acteurs sont compréhensibles !
Outre la teinture, l’éclairage a contribué également à éloigner le vert de la scène : contrairement au rouge ou au jaune, les tissus verts se voient mal, ce qui n’était, on l’imagine bien, pas du goût des comédiens et encore moins des comédiennes qui s’estimaient trop peu mises en valeur.
Maudit au théâtre, le vert l’est aussi à bord des bateaux car la couleur passe pour attirer l’orage et la foudre. C’est sans doute la raison pour laquelle il est absent du code international des signaux maritimes. Cela expliquerait aussi pourquoi, en 1637, un étrange édit de Colbert demande aux officiers de marine de détruire tous les navires à coque verte.
Dans le domaine des croyances, le vert est en réalité une couleur ambivalente. Des enquêtes d’opinion réalisées dans plusieurs pays européens révèlent que si le vert est détesté par 20 % des sondés (au motif qu’il porterait malheur), il est aussi la couleur préférée par 20 % d’entre eux, car pour certains le vert protège des esprits malfaisants.
En Allemagne et en Autriche, les portes des étables ont longtemps été peintes en vert pour éloigner la foudre, les sorciers et les esprits malins. Aujourd’hui encore, en Irlande et au Danemark, beaucoup croient que les imperméables et les parapluies verts protègent mieux de la pluie que les autres, comme si le vert protégeait de l’averse.
Parfois préjugé et superstitions se rencontrent. Les deux sont à combattre, mais, dans le doute, n’essayons pas d’ouvrir un parapluie à l’intérieur !
[RADIOFRANCE.FR/FRANCECULTURE, 28 décembre 2017] À l’heure qu’il est, on va réveiller les mots endormis, fatigués ou désuets, mais qui n’ont pas quitté le dictionnaire et se révèlent pleins de ressources.
EAN 9782234084315
Laure de Chantal et Xavier Mauduit publient chez Stock Crapoussin & Niguedouille, la belle histoire des mots endormis. Des mots qu’ils ont choisis parce qu’ils leur ont claqué à l’oreille, par leur sonorité mais aussi le sel dont ils se sont chargés au gré de leurs périples et de leurs occurrences dans la langue littéraire ou populaire. “Écouter le doux frou-frou de la langue française, c’est écouter le récit des civilisations“, résument-ils. Car “avant d’atterrir dans notre bouche, les mots ont fait le tour du monde.“
Dans le Dictionnaire de l’Académie française, septième édition, il y a environ vingt-mille mots d’origine étrangère sur un total de trente-deux mille. Toute langue est donc un carnaval perpétuel de mots migrants… Ainsi notre zizanie – un sport national – elle vient du fin fond de l’histoire, qui commence à Sumer avec l’invention de l’écriture, outil éminemment stratégique destiné à enregistrer les comptes des récoltes – le zizon est la mesure du blé – ainsi que du bétail. Dans l’Antiquité, ce sont de lourds enjeux, qui justifient des expéditions guerrières et des annexions. C’est ainsi que “les mots sèment aux quatre vents des accents exotiques sur les dictionnaires“, et qu’ils “sont immortels.“.
Mais revenons à nos moutons : crapoussin, vous avez dû voir ça se précipiter sous le sapin de Noël pour déballer fiévreusement les cadeaux. Mais la connotation n’a pas toujours été si charmante, qui mêle la posture de la grenouille à la grâce ébouriffée du poussin. Son sens premier, dès le XVIIIe siècle, désignait “un petit homme trapu et contrefait“, une sorte de crapaud bloqué à un stade infantile de son développement : “chétif, replet, bedonnant…” Et c’est ainsi qu’il apparaît dans Le Père Goriot ou dans L’Assommoir.
Quant à niguedouille, le mot “incarne la franchise, l’humour moqueur et la liberté de notre langue“, car “il chante la fête au village, où l’on danse le rigaudon“. Non, les niguedouilles ne sont pas nés des amours entre un nigaud et une andouille, mais ils fleurent bon la marmite médiévale. Les académiciens lui ouvrent la porte cochère de leur dictionnaire dans sa huitième édition comme synonyme de bêta : aux innocents les mains pleines ! Les éditorialistes l’intronisent pour se moquer des grands sans les nommer, ce qui est bien commode en période de censure de la presse, d’autant que la rime est riche avec patrouille et bredouille, voire avec “la gidouille, le gros ventre du Père Ubu dans la pièce de Jarry.“
Pour les auteurs, tous ces mots ont “la langue bien pendue” et “les essayer, c’est les adopter.” Alors, de coquecigrue pour baliverne à pimpesouée la délicate et précieuse, pour faire un tabac au réveillon de la St Sylvestre, procurez-vous et surtout offrez le bouquin !
L’argot, réservoir de mots biscornus et imagés
On dit qu’il se perd, mais c’est parce qu’il se transforme en permanence, faisant feu de tout bois, même les mots endormis et hors d’usage, comme daron, que Littré donne pour vieilli, mais qui a repris du service chez les jeunes.
Parfois, c’est l’inverse : l’argot refile quelques jolis mots au dictionnaire de l’Académie. Comme cambrioler, ou patibulaire qui désignait au Moyen Âge le gibet en argot, et qui a dérivé jusqu’à définir la mine d’un individu promis à l’échafaud.
EAN 9782321011163
L’argot des Coquillards, qui fleurissait la langue de Villon, nous a légué à travers le temps des termes passés dans le langage courant, comme la louche, pour la main ou encore picoler. Aurore Vincenti en a rassemblé un plein bouquet dans Les mots du bitume, publié par Le Robert. De Rabelais aux rappeurs, les mots de la rue témoignent d’une vigoureuse créativité. Daron, par exemple, serait une sorte de mot-valise formé de l’ancien français dam, qui signifiait seigneur et de baron, l’ensemble connotant le pouvoir et l’autorité. Le père, mais aussi le patron. Et ça marche également au féminin. Pénave est un équivalent de jacter, parler et peut se conjuguer, il vient du romani, la langue des Tsiganes : je pénave comme un rabouin, c’est-à-dire comme un bohémien… Ambiancer – on vous le souhaite pour le réveillon – qui signifie à la fois “mettre de l’animation, séduire, chauffer” vient du français d’Afrique et du nouchi, la langue hybride parlée en Côte d’Ivoire par la jeunesse urbanisée, “un joyeux mélange de langues africaines, comme le baoulé ou le dioula, et d’anglais“. Ambiancer peut avoir également une connotation érotique et il a débarqué par chez nous dans les années 2000…
Au début, il n’y avait rien.
Le premier jour, Dieu créa Liège et tout s’illumina ;
Le second jour, il créa D’ju d’là* et tout se mit à vivre ;
Le troisième jour, il créa Tchantchès* et on entendit rire ;
Le quatrième jour, il créa Nanesse* et on entendit braire ;
Le cinquième jour, il créa le péket et les fêtes s’animèrent ;
Le sixième jour, il créa le reste, la terre, les étoiles, les animaux…
Juste pour le bon plaisir du peuple de Liège ;
Et le dimanche comme de bien entendu, il est allé se reposer en bord de Meuse avec Tchantchès et sa Nanesse tout en buvant un frisse pèkèt* ;
Durant la conversation, il se dit : bel après-midi, mais, pour la matinée c’est trop calme.
Et… Il créa la Batte*.
Voilà pourquoi nous sommes fiers d’être Liégeois !
[auteur anonyme]
Quelques explications :
D’ju d’là : quartier d’Outremeuse situé – comme son nom l’indique – ‘de l’autre côté’ de la Meuse, par rapport au centre-ville ;
Tchantchès & Nanesse : couple légendaire de Liégeois, réputés pour leurs disputes (voir ci-dessous) ;
Pèket : nom wallon donné au genièvre, la boisson typique du Pays de Liège ;
La Batte : marché dominical qui se tient sur les rives de la Meuse à Liège.
TCHANTCHÈS & NANESSE
[d’après PROVINCEDELIEGE.BE] Connaissez-vous le couple le plus célèbre des marionnettes liégeoises ? C’est un personnage légendaire. L’apparition de Tchantchès remonterait au 25 août 760. Selon la légende, il serait né entre deux pavés du quartier d’Outremeuse. Comme le petit bonhomme n’apprécie pas l’eau, son père lui fait goûter, avec succès, un biscuit trempé dans le pèkèt, (alcool liégeois aux baies de genévrier). Son sevrage se fait par la suite, avec un hareng saur, une pratique courante à l’époque, ce qui lui donne une soif ardente, pour la vie ! Notre héros hérite d’un physique peu gracieux. Durant son baptême, son nez s’allonge d’une façon démesurée après que la sage-femme le cogne accidentellement sur les fonts baptismaux ! Plus tard, atteint de la rougeole, on lui fait boire de l’eau ferrugineuse destinée à le guérir. C’est ainsi qu’il avale un fer à cheval de travers. Ce corps étranger l’empêche, depuis, de bouger la tête de bas en haut. Devenu adulte, Tchantchès participe à de nombreuses aventures avec ses fidèles compagnons, Roland le preux chevalier, l’archevêque Turpin et bien sûr l’empereur Charlemagne. La mort de Roland à la bataille de Roncevaux rend Tchantchès inconsolable. Tchantchès nous quitte définitivement, emporté par la grippe espagnole à l’âge de 40 ans. Il repose à proximité de la place de l’Yser, au pied du monument qui lui est dédié.
…et des marionnettes attachantes. La marionnette de Tchantchès foule les scènes des théâtres liégeois dès la fin du XIXe siècle. La plupart des montreurs s’identifient fortement à Tchantchès qui devient leur avatar ; ils réalisent souvent la marionnette à leur effigie. Tantôt blagueur voire critique vis-à-vis des puissants, tantôt peureux ou bagarreur, la palette de ses différents traits de caractère est immense. Il n’existe pas qu’un Tchantchès mais une multitude !
Quant à l’origine de Nanesse, elle reste mystérieuse : elle se situerait vers le début du XXe siècle. Peut-être a-t-elle été créée pour donner à Tchantchès une compagne et ajouter un peu de piquant à la vie de ce pauvre bougre ? Sa personnalité varie peu, contrairement à celle de son compagnon : c’est une femme de caractère, botteresse de profession, n’hésitant pas à mettre son homme au pas lorsqu’il a tendance à étancher sa soif plus que de raison.
Lors des spectacles, elle rythme le récit en intervenant à certains moments clés, en général pour ramener Tchantchès à la maison… Le couple n’est pas marié, les deux tourtereaux sont des applaqués, comme on dit à Liège. En effet, Nanesse refuse de convoler en justes noces car “le mariage est fait pour les sots.” Son apparence et son langage contraste avec celui des princesses du répertoire, souvent passives et peu hardies. Si l’arme secrète et fatale de Tchantchès est un côp d’tiésse épwèzoné (un coup de tête empoisonné), Nanesse n’est pas en reste avec ses coups de poêle à boûkètes (crêpes liégeoises à la farine de sarrasin) ! Figures emblématiques du folklore liégeois, ces deux personnalités authentiques et attachantes, perpétuent joyeusement la légende auprès de tous les petits (et grands) enfants.
[NATIONALGEOGRAPHIC.FR] Qui est Krampus, la créature légendaire qui punit les enfants ? Le Père Noël n’a qu’à bien se tenir : une terrifiante bête de Noël nommée Krampus a envahi la pop-culture pour châtier les enfants qui n’ont pas été sages.
Père fouettard, nous vous présentons Krampus : cette terrifiante créature mi-chèvre, mi-démon, qui frappe littéralement les enfants pour les forcer à être sages. Krampus n’est pas fait de l’étoffe des rêves : il est doté de cornes, d’épais cheveux noirs et de crocs, porte une lourde chaîne, des cloches qu’il fait tinter avec force et d’un fouet qu’il fait claquer sur la peau des enfants qui n’ont pas été sages. Quand il les attrape, il entraîne les vilains garnements dans le bas monde.
Mais quelles sont les origines de ce “diable de Noël” ?
Krampus, dont le nom est dérivé du mot allemand Krampen, qui signifie griffes, est le fils de Hel dans la mythologie nordique. Ce monstre légendaire a les mêmes caractéristiques que d’autres créatures démoniaques et effrayantes de la mythologique grecque, comme les satyres et les faunes.
Ce légendaire personnage fait partie de la tradition de Noël depuis des siècles en Allemagne, où les fêtes de fin d’année commencent début de décembre.
Krampus est le pendant maléfique de Saint Nicolas, qui récompense les enfants avec des bonbons. D’après le folklore germanique, Krampus arrive dans les villes la veille du 6 décembre, la Krampusnacht. Le 6 décembre est le jour de Saint Nicolas, le Nicolaustag. Les enfants allemands se précipitent au matin pour voir si les chaussures ou les bottes qu’ils ont laissées sur le pas de leur porte contiennent des cadeaux (en récompense de leur bon comportement) ou une baguette (en punition pour leur mauvais comportement).
D’autres manières plus modernes de célébrer le 6 décembre peuvent être observées en Autriche, en Allemagne, en Hongrie, en Slovénie et en République tchèque, où des hommes ivres se déguisent en Krampus et tels des diables envahissent les rues pour le Krampuslauf, (littéralement la pluie de Krampus) tandis que les gens courent partout pour les fuir.
Pourquoi effrayer les enfants avec de si monstrueuses créatures païennes ? Peut-être est-ce là un moyen pour les hommes d’exprimer leur côté animal. De telles impulsions peuvent être le moyen d’exprimer une “double personnalité”, une ambivalence humaine, selon António Carneiro, interrogé par le magazine National Geographic en début d’année au sujet de la résurgence des traditions païennes. Ceux qui se déguisent en monstres “deviennent des êtres mystérieux“, explique-t-il.
VOUS PRÉFÉRERIEZ DES MORCEAUX DE CHARBON ?
Krampus et la peur qu’il suscitait ont disparu pendant plusieurs années – l’église catholique a longtemps interdit les célébrations pouvant créer la panique et durant la deuxième guerre mondiale, les fascistes avaient interdit cette tradition qu’ils associaient aux sociaux-démocrates.
Mais Krampus n’est jamais loin et il fait son grand retour, porté par tous ceux qui abhorrent Noël et qui souhaitent célébrer la saison des fêtes de manière non-traditionnelle. Aux États Unis, on commence à organiser des fêtes pour célébrer Krampus. Même les séries s’y mettent : un épisode d’American Dad a été consacré à ce personnage fallacieux (Minstrel Krumpus), mettant en lumière le mouvement des célébrations anti-Noël.
En Autriche “la personnalité hostile” de Krampus est en passe de devenir un objet commercial : chocolats, figurines et cornes en plastique sont chaque année proposées au grand public. La commercialisation à outrance de l’image de ce monstre commence déjà à être critiquée dans le pays.
[TERREDEFROMAGES.BE] Le fromage de Herve, fait l’admiration des amateurs depuis le Moyen-Age. Ses formes carrées, sa couleur orangée, son arôme typique caractérisent un fromage authentique, inséparable de la région qui l’a enfanté : le Pays de Herve.
Traditionnellement, il se dégustait par les anciens avec un peu de sirop de Liège et une tasse de café. C’est un grand fromage de fin de repas qu’accompagneront avec bonheur un vin chaleureux, un Porto vintage ou une bière brune d’abbaye. Les amateurs l’apprécient également avec un bon Gewurztraminer.
Anecdote déconseillée aux âmes sensibles : les anciens conservaient leur fromage de Herve dans une réserve et ne le mangeaient que “avou les crèstîs” [avec les paroissiens], c’est-à-dire une fois le fromage couvert d’une couche d’asticots, qu’ils grattaient d’abord au couteau, faut-il le préciser ?
Certains grands chefs coqs démontrent aussi que le fromage de Herve ne se limite pas au plateau de fromages mais l’intègrent dans des préparations subtiles tels que des salades, sauces, crèmes brûlées et autres mets gastronomiques. Ce cube de 100, 200 ou 400g fait merveille dans des recettes. Là où d’autres fromages s’éteignent, le Herve apporte ses saveurs subtiles aussi à des recettes simples de tous les jours : risotto, tartiflette, sauce, croque-monsieur…
Le Herve fait partie de la famille des fromages à pâte molle et à croûte lavée. Cela implique un travail régulier d’affinage puisque chaque fromage est lavé et retourné plusieurs fois par semaine. La main de l’homme est donc indispensable à la maturation longue et méthodique du fromage qui acquiert au fil des semaines une croûte orangée et légèrement grasse ainsi que son goût et son odeur si typiques. Il existe 3 types de Herve : le doux, le piquant (plus salé et affiné plus longtemps) et le Remoudou, une ancienne recette au lait entier (plus riche et aux arômes plus complexes)…
Le fromage de Herve a reçu le label européen AOP (Appellation d’Origine Protégée) en 1996.
Histoire du fromage de Herve AOP
Grâce à plusieurs sources dont le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris puis de Jean de Meung (1230 à 1280) et une étude du professeur Remacle de l’ULiège, nous savons que la tradition du fromage de Herve est vieille de plus de 8 siècles.
Au XVIème siècle, la région du plateau de Herve fut interdite d’exportation de blé suite à un édit de l’empereur Charles Quint. Les nombreux paysans dans cette région, ne pouvant plus exporter leurs céréales, se sont reconvertis en transformant leurs terres agricoles en prairies pour l’élevage de vaches laitières. Restreints sur les moyens de communication, les paysans devaient trouver un produit dont le temps de mûrissement était assez long afin d’en permettre le transport vers des régions parfois très éloignées.
On fit donc du Herve qui, à partir de ce moment, servi aussi de monnaie. On constate avec certitude que, dans les villages, des maisons sont vendues contre paiement par une rente de produits faite de beurre et de fromage de Herve. Au XVIIème siècle, le Herve était un cadeau princier, offert, entre autres, aux officiers occupants pour gagner leurs bonnes grâces. Cela démontre l’existence, la qualité et la valeur commerciale de ces fromages anciens.
Au XVIIIe siècle, notre ambitieux fromage quitte ses frontières. Le Herve était vendu en Alsace, en Lorraine et même en Bourgogne où les marchands descendaient avec des charrettes remplies de fromages et remontaient chargées de marchandises et de vins qui étaient revendus sur les marchés de la région. Malgré les taxes, droits de passage et autres impôts, les marchands vendirent de plus en plus de fromages de Herve.
Au XIXe siècle, commence la fabrication du Herve Remoudou à partir de lait crémeux : “on n’moudève nin les vaches fou” [On ne trayait pas les vaches à fond] lors de la première traite. Cette pratique permettait de cacher à l’œil vigilant du fisc la quantité réelle de lait tiré et ainsi d’éluder des taxes ! Une première traite ne tirait du pis de la vache qu’une partie du lait. Une seconde personne venait discrètement retraire (“rimoude” en wallon liégeois). De cette deuxième traite, on obtenait un lait riche et crémeux. Voilà d’où est né le nom Remoudou, de la même manière d’ailleurs qu’a été créé le Reblochon français fabriqué ancestralement avec du lait de re-traite (“blocher” signifiant traire en dialecte de la région). Plusieurs tentatives de produire le fromage de Herve dans d’autres régions semblent avoir échoué. Le climat, la nature particulière des herbages, une microflore spécifique et le savoir-faire des fabricants sont des atouts irremplaçables liés au terroir. De plus, le Herve doit sa saveur inimitable à la présence d’une bactérie particulière au Pays de Herve : le brévibacterium linens.
Cette remarquable tradition s’est perpétuée de génération en génération jusqu’à nos jours. Dans les années autour de 1960, les producteurs de Herve étaient au nombre de 500. L’évolution de l’agriculture, la taille des exploitations, les revenus du lait, la pénibilité de ce travail quotidien de production et d’affinage dans des caves basses et humides dévolu à la fermière, les normes ont petit à petit eu raison de la production du Herve dans les fermes. Le modèle de production en ferme et revente à des affineurs assurant la distribution des célèbres fromages avait vécu…
On doit à la liégeoise Catherine Francotte un poème présent dans notre POETICA : Ode au fromage de Herve
J’ose à peine t’ôter ton habit à rayures
Poisseux, il te colle à la peau, se fissure…
Te toucher me répugne, tes remugles obsédants
Reculent les plaisirs que tu donnes aux amants.
Mais quand tu t’offres nu à ma bouche bouffonne
J’oublie ma répulsion et d’un coup je t’affonne.
Enlevez les croûtes des 6 tranches de pain et coupez les tranches en deux ;
Placez les tranches sur un plat allant au four et arrosez-les de 30g de beurre fondu. Colorez-les au four sans excès ;
Faites ramollir 30g de beurre et grattez légèrement la croûte d’un demi-fromage de Herve. Mettez-le dans un saladier avec une cuillère à soupe de moutarde ;
Pétrissez le tout pour en faire une crème que vous étalez sur la moitié des tranches colorées.
Posez sur le fromage une demi-tranche de Jambon d’Ardenne et recouvrez de l’autre moité du pain ;
Replacez le tout sur le plat et enfournez à nouveau quelques minutes pour faire chauffer le fromage et le pain ;
Servez aussitôt avec, par exemple, une salade verte.
[d’après BRUSSELSLIFE.BE, 14 juin 2015] Là où le reste du monde fait valser ses tartines un peu séchées dans un grille-pain ou les imbibent de lait et d’œuf avant de les perdre quelques minutes dans une poêle bien beurrée, les Bruxellois les transforment en bodding !
Il y a quelques années, le bodding était, comme les frites et les ballekes, une véritable institution bruxelloise. Aujourd’hui, pour dénicher ces restes de pains et de viennoiseries recuits après avoir été accommodés de rhum, d’eau, de cassonade, de sucre de gros calibre et de raisins, vous devrez pousser la porte des boulangeries traditionnelles de la capitale. On vous fait découvrir l’origine du bodding, la recette traditionnelle bruxelloise et certaines déclinaisons gourmandes à déguster !
Le bodding, wadesda ?
Bodding. Non, il ne s’agit pas de Paul Olaf Bodding (1865-1938), missionnaire chrétien aux Indes et éminent folkloriste-linguiste norvégien, ni de feu Robin Gibb (1949-2012) des Bee Gees surnommé “Bodding” dans son enfance… Le bodding dont on parle ici est l’une des spécialités culinaires bruxelloises, plus précisément un dessert. C’est une version du pudding réalisée avec des restes de boulangerie : du pain, des couques, etc. On y ajoute ensuite des œufs, du sucre candi, des raisins secs et du rhum dans sa variante brusseleir ! On obtient au final un cake avec la texture du fudge et le goût du pudding.
Aussi orthographié “bodink”, “bodding” serait une contraction du mot flamand “brood” [pain] et du mot anglais “pudding“, son origine remonterait au Moyen Âge. Il est aussi connu sous les noms de pain de chien ou gâteau du pauvre. En ligne, on nous apprend que le pudding au pain est également populaire dans les contrées anglo-saxonnes comme le Canada (principalement au Québec), les États-Unis et le Royaume-Uni. Le Mexique possède également un plat qui lui est proche avec le capirotada, consommé durant le Carême.
Véritable madeleine de Proust pour de nombreux Bruxellois, le bodding garnissait les tables du déjeuner et du goûter d’autrefois. Préparation facile et anti-gaspi par excellence, s’il a presque disparu des étalages des boulangeries (il n’est encore présent que dans certaines boulangeries traditionnelles), le bodding revient en force avec la tendance zéro déchet !
Si sa recette est aisée car à base de récup’, il n’en reste pas moins un gâteau bien calorique. Dessert ou gourmandise (appelez-le comme vous voulez), bodding classique ou agrémenté, servi avec du café (une “jat’café” comme on dit à Bruxelles), du thé ou du chocolat chaud, c’est un pur délice !
La recette du bodding à la bruxelloise
Totalement dans l’air du temps, la recette traditionnelle du bodding est facile à réaliser et permet de réutiliser les restes de pain et de couques que vous n’avez pas encore mangé. Il existe sans doute autant de recettes de bodding que de familles bruxelloises. Le principe reste toutefois le même… La recette bruxelloise classique est à base de raisins secs et de rhum. A vous d’adapter les grandes lignes qui suivent selon vos goûts et vos envies ! Elle est en tout cas parfaite pour cuisiner avec vos ketjes.
Rassemblez tous vos restes de pains et couques : pains blanc, pains gris, cramiques, pistolets, croissants… tout le monde est le bienvenu ! Coupez le tout en petits morceaux avant d’arroser de lait et de café. Laissez tremper pendant une heure et demie. En même temps, faites tremper les raisins secs dans le rhum avec deux cuillères à soupe d’eau durant autant de temps. Après une heure et demie, égouttez le mélange de reste, de lait et de café. Ajoutez les œufs et les deux sucres aux raisins et au rhum. Mélangez. Incorporez le mélange aux restes et malaxez bien le tout. Versez la préparation dans un moule et cuire entre 90 et 120 minutes dans un four préchauffé à 150 degrés. Pour être réussi, votre bodding doit rester un petit peu mou et humide au cœur. Smakelijk !
Vous pouvez sinon accommoder votre bodding de bon chocolat belge à la place des raisins secs ou de pommes, au choix.
Où acheter du bodding à Bruxelles ?
On trouve encore du bodding sur quelques marchés et dans certaines boulangeries traditionnelles. Du côté de Koekelberg, Stockel et Jette, la belle portion revient à 2,95 € et quand on vous parle de belle portion : on vous promet d’être rassasié ! A Auderghem, on propose le bodding entier (900 gr) à 4 € ou le demi à 2 €.
[SUDINFO.BE, 21 mars 2023] L’avisance : le repas du pèlerin. Il existe sans doute de nombreuses manières de vexer un vrai Namurois. La plus efficace consiste sans doute à assimiler la véritable avisance namuroise à un vulgaire pain-saucisse.
Pour ne plus confondre ce joyau du patrimoine culinaire namurois avec un vague produit industriel, on vous explique tout. Pour comprendre toute la complexité de ce met à mi-chemin entre la pâtisserie et la boucherie, il faut remonter au Moyen-Age. À l’époque, les catholiques pratiquants formaient la majorité de la population. Pour ces croyants, il était important d’effectuer, au moins une fois dans sa vie, un pèlerinage. En Europe, le plus célèbre est sans doute celui de Saint-Jacques de Compostelle, dans le Nord de l’Espagne. Dans le même temps, la plupart des fidèles étaient de condition modeste. Il s’agissait donc d’éviter à tout prix le gaspillage alimentaire. Des recettes permettant d’accommoder les restes de repas sont apparues un peu partout en Europe. On citera, par exemple le Pan Forte florentin préparé avec tous les restes de pâtisserie. Historiquement, l’avisance était un repas de voyage, préparé avec un reste de viande placé dans une crêpe de pâte à pain et cuite avec celle-ci. Elle était alors mangée froide, sur le pouce, notamment à l’occasion de longs pèlerinages.
Aujourd’hui, cette spécialité culinaire de la ville de Namur prend la forme d’un chausson de pâte enroulée, fourré à la viande. Elle est aujourd’hui servie chaude, en entrée, généralement accompagnée de crudités. Doit-on encore le préciser, il s’agit d’un plat traditionnel qui ne doit pas être confondu avec les productions industrielles à base de minerai de viande nommé pain-saucisse. Sa recette contemporaine, défendue par la confrérie gastronomique appelée La Commanderie des Coteaux de Meuse, se compose d’un rectangle de pâte feuilletée au travers duquel on dépose un boudin de farce composé de haché de porc coupé finement et épicée (chair à saucisse). La crêpe de pâte étant ensuite roulée autour de la viande et soudée. Le tout est recouvert de dorure à l’œuf et cuit au four durant une vingtaine de minutes. Elle est proposée en cuisine de rue, lors de festivités populaires comme les fêtes de Wallonie. Mais on pourra aussi la trouver en entrée souvent accompagnée de moutarde douce. Il faut noter aussi que la confrérie gastronomique qui en fait la promotion peut vous indiquer un choix de vins adéquats et issus du terroir local puisque la Commanderie des Coteaux de Meuse produit du vin sur les hauteurs de Wépion.
V.M.
[GASTRONOMIE-WALLONNE.BE] Avisance de Namur. L’avisance est typique de la région namuroise aux fêtes de Wallonie. Cette recette de notre site a été présentée par Gérald Watelet dans l’émission Un gars, un chef le 27 sept 2013.
L’AVISANCE : HISTORIQUE
C’est un fourreau de pâte feuilletée, fourré de haché, servi chaud. Elle est surtout connue lors des fêtes de Wallonie de Namur, où on la trouve dans les bonnes échoppes. Elle mérite d’être servie en entrée lors d’un repas accompagnée de crudités. Son origine remonte dans le temps lointain où les Namurois se rendaient en pèlerinage à Notre -Dame de Halle. La route étant longue et le déplacement se faisant à pied, chacun se munissait de provisions de bouche et notamment, une crêpe enroulée autour de restes de viande. Les pèlerins disaient qu’ils avisaient, c’est à dire qu’ils prenaient leurs précautions. Cette crêpe est devenue au fil du temps, l’avisance.
La réussite dépend de la qualité de la pâte et de la qualité de la (chair à) saucisse. Nous donnons la recette avec de la pâte feuilletée, par souci de simplification, car on dispose actuellement de pâte feuilletée prête à l’emploi, mais à l’origine, on utilisait de la pâte à pain.
AVISANCE : recette n°1
Préparation : 10 min – Cuisson: 20 min Ingrédients : pour 4 personnes
4 feuilles de pâte feuilletée de 15 cm,
4 saucisses,
1 oeuf (pour dorer).
Préparation : Ultrasimple. Roulez chaque saucisse dans une feuille de pâte. Placez les avisances sur une platine à tarte. Dorez chaque avisance avec un peu de lait ou de jaune d’œuf. Mettez au four préchauffé à 220°C durant 20 minutes.
Variante : Vous pouvez retirer la peau des saucisses avant de les enrouler dans la pâte. Dans ce cas, mettez la saucisse au frigo bien froid ; la chair se défait plus facilement quand elle est bien refroidie !
Préparation : Abaisser légèrement la pâte feuilletée. Mettre à la poche à douille un trait de chair à saucisse. Tartiner de moutarde. Dorer les bords. Plier et souder. Découper et cuire au four 200°C +/- 20 minutes.
Autre façon de lire la recette :
L’AVISANCE di NAMEUR
Prinde on rèstangue di pausse feuyetée, au bure, d’one sipècheû di 3 mm èt di doze cm di laudje sus vingt cm di long, î mète 40 grs di atchî di pourcia bin r’lèvé. È fé one roulade à mète cûre o for, à 250° à peu près 20 munutes. On pou lèyî l’avisance au frigo 3 à 4 djoûs ou bin l’èdjaler. Au momint di sièrvu, rèstchaufer 10 munutes au for à 220°. Todi li sièrvu tchôde.
“L’arcane Le Mat est la vingt-deuxième lame du Tarot de Marseille (ou la lame zéro !). Elle représente un personnage marchand avec son baluchon, son bâton et son chien. C’est le chemin de l’être humain qui emmène avec lui son histoire dans son baluchon et est accompagné de ses instincts, le chien. L’arcane Le Mat symbolise le destin du consultant qui doit avancer dans sa vie, poussé ou retenu par son chien, ses instincts, mais qui n’a pas d’autre choix que de suivre sa route personnelle. Le Mat représente la démarche du consultant, la voie qu’il a prise et qui le mène vers son avenir. C’est le voyageur autant que l’aventurier. Le Mat est une image de liberté et de libération des contraintes. Avec Le Mat le consultant retrouve un espace et un esprit libre, il se dégage des conventions et suit sa voie originale. Le Mat représente la capacité de prendre des risques dans la vie et d’avancer vers des terrains inconnus. Le Mat va de l’avant même s’il ne sait pas où cela va le mener. Il écoute son intuition pour se guider et avancer. Dans sa face sombre, Le Mat ne sait pas où il va et est en train de se perdre. Il n’est pas raisonnable et peut aller à sa perte. Il fuit plutôt que d’affronter les situations. Le Mat n’écoute personne, ne sait pas s’arrêter et reste fixé sur ses idées folles.” [d’après ELLE.FR]
Le Mat (Tarot de Marseille)
Lame droite : Transformation de la situation.
à côté – le Chariot : Grande nouvelle venant de loin ou nouvelle du passé qu’on a enterrée.
à côté – l’Hermite : Un secret sera découvert avec paroles médisantes.
à côté – la Mort / l’Etoile / la Lune : Signe de danger ou de mort.
à côté – le Soleil : Evénement inattendu et imprévu apportant réconfort, soutien et clarté.
Lame renversée : Extravagance – Folie – Insécurité – Il est tombé ou arrêté dans sa marche.
En construction (tarot de Marseille de Christiane Laborde : Lumières du Sacré)
Le Fou ou le Papillon (Intuiti)
DESCRIPTION : Le vrai fou n’est pas celui qui va faire face au danger sans crainte aucune mais plutôt celui qui, en connaissance de cause, va sauter par au-dessus de l’abîme avec le sourire. Dans ses yeux, vous voyez déjà l’énergie qui prépare le grand saut : une étincelle ardente – souvent confondue avec la folie – qui pourtant est bien plus que ça. C’est l’ardeur de vivre, la confiance dans votre propre idées, une foi aveugle envers vos rêves. C’est ce que Shakespeare évoquait quand il écrivait qu’un fou, un poète et un amant ont quelque chose en commun. Dans cet état d’esprit, nous percevons de nos actions non pas les moyens mais déjà leur fin, tout le reste cesse d’exister, y compris les responsabilités, les peurs, les chemins qu’il faudrait emprunter ou le reste du monde : il n’y a que le présent, libre de tout danger caché. Nous nous trouvons dans un état de conscience augmentée qui ouvre la porte à l’infini et à l’absolu. Nous devenons des acrobates de la vie, libérés, nous pouvons être qui nous voulons, comme dans un jeu de rôle, et nous restons incandescents, en feu et encore en feu, que ce soit au ciel ou au fond de l’abîme. C’est le voyage dans l’infini.
La question est donc : “Quel est mon rapport à la diversité ? Est-ce que je la ressens comme un plus ou un moins, quelque chose de superficiel ? Dois-je apprendre à me débarrasser de la moitié des choses qui me sont inutiles aujourd’hui ? Est-ce que trop de couleur dans ma vie est un réel plus ou me donne la migraine ?”
Vous aimerez cette carte si vous aimer passer d’un pied à l’autre, acquérir des compétences dans des domaines différents et vous ennuyer dès que vous avez fini d’apprendre. Le contraire est vrai pour tous ceux qui voient dans cette attitude de la superficialité ou un manque de cohérence.
Cet archétype invite à tenter autant d’expériences que possible, à ne jamais rester immobile. Il suggère également de ne pas exagérer : s’il est bon de suivre sa passion même s’il elle vous amène à “papillonner”, elle ne doit pas servir d’excuse pour faire n’importe quoi !
L’HISTORIETTE : Qu’il soit ou non concentré sur son futur, il est perdu dans ses pensées, il éclate de rire ou il est parfaitement maîtrisé, sa vie est habitée par ses rêves. Qu’il agite sa cape ou qu’il porte couronne, qu’il galope dans la lumière ou sombre dans le vide, son âme est habitée par ses rêves. Si changent les villes et les saisons, s’il crie ou marche à l’envers, s’il mange ou boit du poison, s’il est dans les bras de sa mère ou de son père, ou bien qu’il tienne son propre enfant dans les bras, son esprit est habité par ses rêves. Et, qu’il marche dans le monde ou non, son esprit est habité par ses rêves. C’est qu’il est toujours avec un pied au bord de l’abîme et le regard dans les étoiles, sans crainte. Il est son propre rêve. Le plus convoité et celui qu’il craint le plus.
LA RECOMMANDATION : “Prenez du plaisir. Soyez fou !“
Le Mat : liberté, grand apport d’énergie (Jodorowsky)
EXTRAIT : “Le Mat a un nom, mais il n’a pas de numéro. Seul Arcane majeur à ne pas être défini numériquement, il représente l’énergie originelle sans limites, la liberté totale, la folie, le désordre, le chaos, encore la poussée créatrice fondamentale. Dans les jeux de cartes traditionnels, il a donné naissance à des personnages comme le Joker ou l’Excuse, qui peuvent représenter toutes les autres cartes à volonté, sans s’identifier à aucune. La phrase-clé du Mat pourrait être: “Tous les chemins sont mon chemin.”
Cette carte donne une impression d’énergie : on y voit un personnage marcher résolument avec des chaussures rouges, enfonçant dans la terre un bâton rouge. Où va-t-il ? Droit devant lui ? C’est possible, mais on pourrait également imaginer qu’il tourne en cercles autour de son bâton, sans fin. Le Mat fait figure d’éternel voyageur qui chemine dans le monde, sans appartenance ni nationalité. C’est peut-être aussi un pèlerin qui se rend dans un lieu saint. Ou encore, au sens réducteur que beaucoup de commentateurs lui ont donné, un fou qui marche sans finalité vers sa destruction. Si l’on choisit l’interprétation la plus élevée, on verra le Mat comme un être détaché de tout besoin, de tout complexe, de tout jugement, en marge de tout interdit, ayant renoncé à toute demande : un illuminé, un dieu, un géant puisant dans le flux de l’énergie une force libératrice incommensurable.
Sa besace couleur chair est éclairée de l’intérieur par lumière jaune. Le bâton qui lui sert à la porter est bleu ciel et termine en une sorte de cuiller : c’est un axe réceptif qui porte la lumière de la Conscience, l’essentiel, le substrat utile de l’expérience. Dans la main qui tient ce bâton se cache une petite feuille verte, signe d’éternité. Le Mat est aussi un personnage musical, puisque son costume est orné de grelots. On pourrait imaginer qu’il joue la musique des sphères, l’harmonie cosmique. Dans plusieurs éléments de costume, on retrouve des symboles de la trinité créatrice : son bâton porte un petit triangle composé de trois points, un des grelots, blanc, est un cercle divisé par trois traits… On peut y discerner à volonté la trinité chrétienne ou les trois premières séphiroths, l’Arbre de Vie de la Kabbale, ou encore les trois processus fondamentaux de l’existence : création, conservation et dissolution. Le mouvement du Mat est donc guidé par le principe divin ou créateur. Le chemin devient bleu ciel à mesure qu’il le foule : il avance sur une terre pure et réceptive qu’il sacralise à mesure de son cheminement.
A la ceinture du Mat, on trouve encore quatre grelots jaunes qui pourraient correspondre aux quatre centres de l’être humain symbolisés par les Couleurs des Arcanes mineurs du Tarot : l’Épée (centre intellectuel), la Coupe (émotionnel), le Bâton (sexuel et créatif) et les Deniers (corporel). Le Mat produit un apport d’énergie lumineux dans ces quatre centres, qui sont également symbolisés dans les quatre mondes de la Kabbale : Atzliluth, le monde divin ; Briah, le monde de la création ; Yetzirah, le monde de la formation et Assiah, le monde de la matière et de l’action.
L’animal qui le suit, peut-être un chien ou un singe (deux animaux qui imitent l’homme), appuie ses pattes à la base de sa colonne vertébrale, au niveau du périnée, à cet endroit où la tradition hindoue situe le centre nerveux qui concentre les influences de la Terre (chakra mûlâdhâra). Si Le Mat était un aveugle, il serait guidé par son animal, mais ici, c’est lui qui marche devant, tel le Soi visionnaire guidant l’ego. Le moi infantile est dompté ; nul besoin de le séduire pour dominer son agressivité. Il est parvenu à un degré de maturité suffisant pour comprendre qu’il doit suivre l’être essentiel et non lui imposer son caprice. C’est la raison pour laquelle l’animal, devenu réceptif, est représenté en bleu ciel. Désormais ami du Mat, il collabore avec lui et le pousse en avant. La moitié de son corps se trouve hors du cadre de la carte : le fait qu’il marche derrière Le Mat nous permet de penser qu’il représente aussi le passé. Un passé qui ne freine pas l’avancée de l’énergie vers le futur.
Le costume du Mat est rouge et vert : il porte essentiellement en lui la vie animale et la végétale. Mais ses manches bleu ciel indiquent que son action, symbolisée par ses bras, est spiritualisée, et son bonnet jaune porte la lumière de l’intelligence. Sur ce bonnet, on note la présence de deux demi-lunes. L’une, jaune clair et encastrée dans un cercle orange, est tournée vers le ciel. L’autre, située sur la boule rouge qui termine la pointe arrière du bonnet, est tournée vers le bas. La lune rouge représente le don total de l’action, et la lune rouge représente la réception totale de la Conscience.”
“Sais-tu qu’à chaque instant une mutation de conscience est possible, que tu peux soudainement changer la perception que tu as de toi ? On s’imagine parfois qu’agir, c’est triompher sur l’autre. Quelle erreur ! Si tu veux agir dans le monde, il faut que tu fasses éclater cette perception du moi imposée, incrustée depuis l’enfance, qui refuse de changer. Élargis tes limites, sans fin, sans relâche. Entre en transe. Laisse-toi posséder par un esprit plus puissant que le tien, une énergie impersonnelle. Il ne s’agit pas de perdre conscience, mais de laisser parler la folie originelle, sacrée, qui est déjà en toi. Cesse d’être ton propre témoin, cesse de t’observer, sois acteur à l’état pur, une entité en action. Ta mémoire cessera d’enregistrer les faits, les actes, les paroles accomplis. Tu perdras la notion du temps. Jusqu’ici tu vivais sur l’île de la raison, négligeant les autres forces vivantes, les autres énergies. Le paysage s’élargit. Unis-toi à l’océan de l’Inconscient. Tu connais alors un état de supraconscience où il n’y a ni acte manqué, ni accident. Tu n’as pas la conception de l’espace, tu deviens l’espace. Tu n’as pas la conception du temps : tu es le phénomène qui arrive. Dans cet état de présence extrême, chaque geste, chaque action sont parfaits. Tu ne peux pas te tromper, il n’y a ni plan, ni intention. Il n’y a que l’action pure dans l’éternel présent. N’aie plus peur de libérer l’instinct, si primitif soit-il. Dépasser le rationnel ne signifie pas nier la force mentale : sois ouvert à la poésie de l’intuition, aux fulgurances de la télépathie, à des voix qui ne t’appartiennent pas, à une parole venue d’autres dimensions. Vois-les s’unir à l’étendue infinie de tes sentiments, à l’inépuisable force créatrice que te confère l’énergie sexuelle. Vis ton corps non plus comme un concept du passé, mais comme la réalité subjective vibrante du présent. Tu verras que ton corps cesse d’être commandé par les conceptions rationnelles et se laisse mouvoir par des forces qui appartiennent à d’autres dimensions, par la totalité de la réalité. Un animal en cage a des mouvements comparables à la perception rationnelle. Le mouvement en liberté d’un animal dans la forêt est comparable à la transe. L’animal en cage doit être nourri à heures fixes. Le rationnel doit recevoir, pour agir, des mots. L’animal sauvage se nourrit lui-même et ne se trompe jamais de nourriture. L’être en transe n’agit pas mû par ce qu’il a appris, mais par ce qu’il est.“
Parmi les interprétations traditionnelles :
Grand voyage • Longue marche • Folie • Errance • Instabilité • Imagination débordante • Joie de vivre • Libération • Pèlerinage • Sans domicile fixe • Mendiant sacré • Bouffon, saltimbanque • Nomade, émigrant • Délire • Besoin d’agir • Vitalité • Liberté • Idéalisme • Prophète • Marche vers l’évolution • Visionnaire • Énergie divine • Apport d’énergie (si Le Mat se dirige vers une carte) • Libération ou fuite (s’il se sépare d’une carte)…
Le Clown (Vision Quest)
“L’ESSENCE : LIBERTÉ – Humour – Innocence – liberté de l’esprit- Joie de vivre – Amour de la vie – Capacité à aimer – Libre de tout désir de possession -Sans ego – En harmonie avec soi-même et la vie..
LE MESSAGE INTÉRIEUR : Le Clown représente le signe joyeux d’une personne qui aspire à la liberté intérieure. Il symbolise votre candeur et votre humour intérieur. II a reconnu que chaque liaison – aussi luxurieuse et profitable soit-elle – et donc pour l’ego si importante à atteindre, ne mène finalement qu’à la confusion. Le clown est libre de vivre sa vérité et libre également d’être la personne qu’il est vraiment. Il a définitivement ôté son masque. Il n’a plus besoin de ce dernier puisqu’il sait qu’il n’a plus rien à perdre. Le clown s’est détaché avant tout sur le plan mental de toutes les contraintes sociales. Le chemin spirituel sur lequel il attire votre attention, s’applique au fait d’ÊTRE et non d’avoir, de posséder ou d’être prisonnier. Il s’adresse à la délectation, au jeu, à la joie de vivre et à la capacité à s’identifier à rien de sérieux.
LA MANIFESTATION EXTÉRIEURE : Le clown fait presque toujours partie des cérémonies religieuses et de la danse des Indiens. C’est un danseur qui plaisante sur les autres sans méchanceté et avec beaucoup d’humour. Il porte quelquefois au bas de son dos une queue de coyote qu’il agite de façon provocatrice dans la foule. Ou alors il joue avec son masque, saute autour des danseurs tel un jeu, leur tire les cheveux et les imite. Une étincelle d’humour, une étincelle d’allégresse est toujours l’un des éléments les plus importants au cours de chacune de ces danses divines. Le Clown attire l’attention du public par son jeu et son innocence sous une forme très importante de l’équilibre dans la vie. Car en effet. chaque énergie a son pôle contraire. Si nous prenons une chose trop au sérieux, nous devenons trop fanatiques. Si nous abordons des choses avec peu de concentration et trop peu de centre, celles-ci ne reçoivent pas assez d’attention pour se développer. Savourez tout ce qui s’offre à vous sans attendre le jour suivant pour avoir plus et toujours plus. Redécouvrez l’élément en vous qui est joueur et créatif. Vous n’avez pas besoin d’avoir tout tout de suite ou de posséder tout ce dont votre cœur se réjouit. Exercez-vous plutôt à ressentir la pure joie d’un plaisir qui ne connaît pas d’emprise et que l’emprise ne dirige pas. Libérez-vous des pensées angoissantes auxquelles vous vous cramponnez. Laissez aussi la légèreté du Clown transgresser les limites de votre vie extérieure que vous vous êtes fixées vous-même. Apprenez à rire de vous-même ! Apprenez à danser avec le Clown en vous. Comprenez que la véritable sagesse et l’humour du Clown dépassent toute connaissance qui relève de l’enseignement.“
Le Mat (tarot maçonnique)
“Le Tarot se referme sur lui-même. Cette fermeture n’est pas un blocage. Comme le cercle elle symbolise l’infini. Cet arcane du début ou de fin, peut encore intervenir à tout moment. N’ayant pas de repère chiffré, pas de coordonnées, il se situe en dehors de toutes les références qui résultent de notre éducation et sont base de notre façon d’exister. Cette carte représente la déambulation du personnage d’un univers à l’autre ; univers de perceptions et de sensations différentes. Si on le juge en fonction des critères de notre société c’est le marginal : le Fou. Folie ou Sagesse ? Il n’y a là qu’une différence de point de vue. Sur la carte, les titres et références sont situés hors du cadre. Le mouvement des formes de cette lame indique un déplacement dans le temps (la spirale) et dans l’espace (les rectangles). Ce mouvement poursuivi par la pensée devient une “mise en abîme.” La lettre Schin, renforce cette notion de déplacement, de mouvement spatial.”
Le Vagabond (Forêt enchantée)
“Le Vagabond se tient au cœur du cycle humain, dans le cercle le plus intérieur de la Roue, en suspens entre le commencement et la fin, attendant d’être guidé de l’autre côté de l’abîme de la prise de conscience dans le domaine de la connaissance archétypale.
DESCRIPTION : En équilibre sur le bord d’un escarpement de calcaire blanc, le Vagabond se prépare à passer de l’autre côté de l’abîme et à entrer dans la Forêt enchantée. Devant lui se dessine un léger arc-en-ciel qu’il doit emprunter. Ce saut par-dessus le vide est entrepris les bras ouverts et avec une grande confiance : les ailes de l’imagination et de l’honnêteté porteront le personnage jusqu’à l’herbe luxuriante d’un nouveau chemin.
Vêtu d’écorce, de mousse verte délicate et de feuillage symbolisant l’essence protectrice et curative de la nature, le Vagabond n’est ni homme ni femme, les deux genres se combinent dans son corps androgyne. Ses pieds nus effleurent l’herbe du bord de l’escarpement. De l’autre côté de l’abîme, les arbres à l’ombre immense attendent pour accueillir ce nouvel arrivant dans la Forêt enchantée. Un visage est à peine visible parmi les frondaisons enchevêtrées – c’est peut-être l’esprit du bois.
SIGNIFICATION : En ce moment, les fardeaux du passé sont laissés de côté – soit pour que le Vagabond les reprenne et les emporte avec lui, soit pour qu’il les abandonne derrière lui s’ils sont trop pesants. La Roue de l’année entame son grand cycle, apportant toute une nouvelle gamme de possibilités et de défis. Le Vagabond est prêt à sauter dans l’inconnu – il ne lui faut que la foi.
Le Vagabond représente la sagesse ou le courage de lâcher prise, de faire un pas dans le vide de ce qui est possible. Quelque chose en vous a peut-être déjà amorcé ce saut inconscient, instinctif, à travers l’abîme ; vous savez que le moment d’avancer est venu. Parfois, la peur de la perte ou de l’échec vous fera douter de la validité du changement. Vous voudrez attendre ou hésiterez au moment critique, car la sécurité est confortable, néanmoins, mais la vitesse de la Grande roue a propulsé déjà le véritable cœur du Vagabond dans l’avenir, l’incitant à sauter à travers le vide avec courage et joie. Maintenant, le personnage doit laisser tomber les fardeaux portés pendant si longtemps et se fier aux ailes de l’imagination.
Le Vagabond est en même temps une fin et un commencement. Un voyage est déjà revenu à son point de départ et, à mesure que vous distillez votre expérience de vie dans la mémoire sacrée et laissez de côté le passé et ses fardeaux, l’avenir attend patiemment que vous fassiez le premier pas.
Rappelez-vous que votre sagesse, votre force, vos expériences et vos savoir-faire personnels ne vous aideront pas maintenant. L’esprit honnête de la curiosité humaine vous conduit au-delà de vous-même, dans une nouvelle vie. Cette énergie inconsciente crée un pont arc-en-ciel qui monte et soutient vos pas. Il vous fera passer au-dessus du vide lorsque vous avancez, confiant et plein d’énergie, dans l’inconnu.
POINTS ESSENTIELS DE LA LECTURE : Vous êtes arrivé à un moment décisif de votre vie. Ce peut être l’impression que la chance a tourné ou que quelque chose va prendre place. D’une certaine manière, c’est déjà arrivé. Votre esprit doit avancer et le désir de sauter dans l’inconnu vous attire. Cela signifie abandonner les fardeaux anciens. Le moment est venu d’être clair et de ne pas laisser la peur de l’échec ou la déception envers l’univers vous empêcher d’avancer. Laissez-vous porter par votre imagination dans une nouvelle série de possibilités. Avancez avec espoir et faites bon accueil aux aspects inédits et excitants de l’univers.
Racines et branches Foi aveugle • Tableau blanc • Enfant intérieur • Saut dans l’inconnu • Suivre votre cœur • Quête de la connaissance ou de la vérité • Pulsion primale • Vision de l’illumination qui vous fait avancer”
Cuchulainn (tarot celtique)
“Bien qu’il soit le fils naturel ou adoptif de Lug, Cuchulainn n’est pas exactement un dieu. Il s’agit plutôt d’une figure héroïque, un guerrier semi-divin doué d’une habileté, d’une force et d’une fureur peu communes : une sorte d’Achille celtique à I’existence glorieuse mais brève, car voué à une fin tragique. Cuchulainn le sait pour en avoir été averti par des signes prémonitoires et par des visions (la corneille Badb, émanation de la sorcière Morrigan, ses armes qui tombent par terre, les lavandières en train de rincer ses vêtements souillés de sang), mais il se prépare quand même à combattre l’inéluctable, afin d’accomplir héroïquement son destin.
Le programme héroïque de Cuchulainn commence dès l’enfance, quand il étrangle le chien du forgeron Culann et se met à son service pour faire amende honorable. Entraîné à l’art du combat tout d’abord par son ami, puis par les guerrières Skatha et Aifa (qui devient sa maîtresse), Cuchulainn développe jusqu’à l’invraisemblable la folle fureur qui l’anime à la bataille, en l’obligeant à frapper aveuglément quiconque, ami ou ennemi, se trouve à sa portée: il se forme alors sur son front une bosse de la taille d’un poing, d’où s’écoule un jet de sang noir du sommet du crâne vers le haut, comme le mât d’un grand navire.
LA CARTE : Il a les traits déformés par la fureur et le regard d’un fou, les cheveux dressés sur la tête et rouges comme le feu ou le sang. Son manteau, rouge lui aussi, s’ouvre pour découvrir les lourdes écailles de la cotte. La fureur de Cuchulainn correspond à la furie du berserkr, le guerrier qui, consumé par l’ardeur du combat, se dépersonnalise et se change en bête féroce. Armé d’un bouclier, d’une cuirasse et d’une épée, le héros se prépare ici à l’assaut, peut-être le dernier, avec ses trois chiens (son nom même signifie chien de Culann) en guise de paladins..
SIGNIFICATION ÉSOTÉRIQUE : La fureur de Cuchulainn est celle du fou qui a su s’affranchir des règles pour déguster entièrement sa coupe de sage folie. Fils de Lug, le dieu habile en tout qui ouvre le jeu, il représente dans un certain sens son complément, à savoir la partie instinctuelle, irrationnelle de notre esprit qui s’avère indissociable de la partie logique et rationnelle.
Ce n’est pas un hasard si l’amour, la créativité et la vaticination relèvent de cette sorte de maladie nécessaire pour faire bouger les roues de la civilisation. Sans l’étincelle créatrice de la folie, il n’y aurait jamais eu ces progrès, ces envolées qui ont rendu certaines cultures du passé magnifiques et immortelles.
L’initié qui travaille la réalisation de l’androgyne qui est en lui sait parfaitement que pour remplir le verre, il faut commencer par le vider. Il convient en d’autres termes de se débarrasser de toute velléité, de toute ambition pour affronter, nu, son propre destin, exactement comme Cuchulainn, mystérieusement dépouillé de son armure qui tombe en morceaux à ses pieds, affronte le duel ultime avec un courage inébranlable.
MOTS CLEFS : fureur, affranchissement des règles, bizarrerie, inéluctabilité, destin.
A L’ENDROIT : fureur, force, héroïsme, acceptation héroïque du destin ; nouveaux projets, changements imprévus ; détermination, énergie, situation positive à saisir au vol, choix à effectuer ; enthousiasme, extravagance, impulsivité, indépendance, idées brillantes, intuition. prévoyance, insouciance, innocence ; arrivée d’un hôte, nouvelle aventure amoureuse ; inconnu, voyages, entreprises positives ; héritage ; guérison prochaine ; passage, lutte couronnée de succès.
A L’ENVERS : lutte vaine, colère, douleur, vide, chaos ; fuite, abandon, dépression ; catastrophe naturelle, bouleversement du destin, fausse route ; blocage, lenteur, apathie, hésitation, immaturité ; manies, excentricité, ostentation, coup de tête, crise existentielle, incohérence, excès, désordre ; matérialisme, amoralité, légèreté, indiscrétion ; entreprise déconseillée, besoin de reconsidérer un projet, optimisme excessif, utopie ; problèmes insolubles, projets stériles ; déception, mensonge, tromperie, envie, arrogance ; vengeance, violence, guerre, espionnage ; jalousie, trahison, violente rupture d’une relation, angoisse pour la famille ; solitude volontaire, indécision à l’égard d’un lien définitif ; voyages risqués, entreprises ratées ; stress, folie, crises de dépression, toxicomanie, alcoolisme, malaises physiques, intoxication ; dangers généralisés.
LE TEMPS : mardi, novembre.
SIGNE DU ZODIAQUE : Scorpion, Verseau.
LE CONSEIL : sortez des schémas préconstitués, oubliez les conditionnements et remettez-vous en piste comme un homme neuf ; c’est seulement après avoir vidé la coupe que vous pourrez la remplir à nouveau.“
[RTBF.BE, 8 mai 2018] Marie-Thérèse Dinant (73 ans), Simone Leclere (82 ans), et Germaine Meunier (90 ans) vivent encore à deux pas du lavoir de la Petite Chairière, à Vresse-sur-Semois. Elles y ont toutes trois fait leur lessive jusque dans les années 60. De leur maison, elles amènent alors le linge en brouette jusqu’à cette cabane de pierres. “C’est la fontaine du village en fait,explique Marie-Thérèse, avec un abreuvoir extérieur où les gens venaient faire boire leurs bêtes, et d’où l’eau coule ensuite vers le lavoir, à l’intérieur.” C’est une petite pièce, avec trois bacs en pierre qui se suivent dans la longueur : un bac de lavage, et deux bacs de rinçage… Il n’y a pas de porte, encore moins de chauffage, c’est plutôt spartiate.
“En hiver, il fallait amener de l’eau chaude pour les mains, parce que l’eau était glacée, se souvient Simone en nous montrant ses mains usées, et parfois il gelait quand on pendait le linge, alors il était tout dur quand on allait le chercher.” Marie-Thérèse et Simone sont encore capables de reproduire les gestes qu’elles faisaient autrefois. “On se mettait à genoux, ici, le long du bac, sur une planche en bois pour que ce soit un petit peu plus confortable. On lavait le linge, puis on le mettait dans le bac de rinçage. On plaçait un drap dans le fond du bac pour ne pas ramasser les saletés, et on rinçait à grande eau. Ensuite, il fallait tordre tout ça. Si c’était un grand drap, on s’y mettait à deux.“
Un vrai lieu de vie
Mais, à l’époque, on ne lave pas tout le linge au lavoir. Le blanc est d’abord passé dans une lessiveuse à champignon, l’ancêtre de nos machines à laver. Les parents de Marie-Thérèse Dinant en ont reçu une en cadeau de mariage, au début des années 40. Elle la décrit comme une bassine en tôle, avec une cheminée en son centre, coiffée d’une sorte de champignon troué, comme sur un arrosoir. “Dans le fond, on mettait de l’eau et du savon, puis on mettait le linge autour du cylindre, et on faisait chauffer. En chauffant, l’eau montait dans le tuyau, sortait par le champignon et arrosait tout le linge. On mettait ça sur le feu une bonne heure. Ensuite, on amenait la bassine au lavoir pour le rinçage. On savonnait les tâches qui restaient avec une brosse à chiendent, puis on jetait le linge dans le bac de rinçage.“
La tâche était ardue mais Germaine Meunier, la doyenne de 90 ans, garde un bon souvenir de ce temps-là : “C’était gai d’aller à la fontaine, parce qu’il y avait d’autres personnes, on se parlait, on se donnait des nouvelles. Je me souviens de Suzanne, elle prenait toujours la meilleure place !“C’est un vrai lieu de vie en somme, un endroit de rencontre au centre du village, presqu’exclusivement réservé aux femmes. D’après Marie-Thérèse Dinant, les hommes ne venaient presque jamais, si ce n’est pour conduire la brouette pleine de linge. “Ils avaient leur travail, aux champs, à la ferme. Mais je ne sais pas si les femmes auraient aimé que les hommes viennent, c’était leur quartier !“
Du bleu pour du linge plus blanc
Les femmes avaient sans doute leurs secrets… Et elles avaient aussi leurs trucs, leurs techniques pour un linge impeccable : ajouter des petites boules de bleu indigo ou étaler le linge dans l’herbe, sur la rosée du matin. Enfin, dans les années 50, Marie-Thérèse et sa mère connaissent leur première machine électrique mais c’est toujours assez basique. “C’était une machine en bois, avec un mouvement de rotation. Il fallait ajouter de l’eau chaude et du savon, on laissait tourner une heure puis on enlevait le linge et on le rinçait au lavoir comme pour la lessiveuse.“
Pour le rinçage et l’essorage, les dames de Vresse-sur-Semois devront attendre les années 60. Elles bénéficieront alors enfin de l’assistance des machines à laver automatiques venues d’Allemagne ou des Etats-Unis. Jusque là, il fallait une journée entière uniquement pour faire la lessive, sans compter le repassage. Autant dire que ça a changé leur vie. “Maman me disait : ‘J’embrasserais bien ma machine’. C’était un soulagement, et puis, ensuite, avec l’aspirateur, le mixeur, etc. Ça a vraiment libéré la femme !” Ca n’empêche pas Germaine Meunier d’être nostalgique : “Je regrette cette période-là, oui, parce que maintenant, je suis seule avec ma machine !” C’est à peine si elle n’envie pas leurs grands-mères qui, elles, lavaient encore directement leur linge dans la Semois…
Autrefois, faire la lessive se disait faire la buée ou faire la bue, termes à l’origine de l’étymologie de buanderie et de buerie. Dès le XIIe siècle, la lessive du gros linge s’effectue une fois l’an, après les fêtes de Pâques. Puis, les lessives sont devenues plus fréquentes. Au début du XIXe siècle, on parle des grandes lessives ou grandes buées qui s’effectuaient au printemps et à l’automne. Après un long et dur travail de préparation et de coulées du linge dans les buanderies, le linge était rincé au lavoir.
Les grandes lessives d’autrefois s’effectuaient généralement aux époques où il y avait peu de travaux aux champs. Au XIXe siècle, les lessives prenaient plusieurs formes :
les grandes lessives ou grandes buées (bugado du celte bugat, lessive) étaient des opérations d’envergure, qui avaient lieu une fois à l’automne et une fois au printemps. On comprend pourquoi les trousseaux de l’époque était aussi volumineux. Dans les familles aisées, une grande buée pouvait compter, en moyenne, 70 draps, autant de chemises, et des dizaines de torchons et de mouchoirs. C’était l’occasion de s’entraider entre voisines ;
les petites lessives ou petites buées avaient lieu une fois par semaine, généralement le lundi, pour des petites quantités de linge, essentiellement des vêtements. Le linge était lavé chez soi puis on venait le rincer au lavoir.
Les familles plus aisées faisaient appel aux lavandières, des laveuses professionnelles, qui allaient au lavoir tous les jours. En fonction du volume de linge à laver, les grandes buées duraient plusieurs jours, généralement trois appelés Purgatoire, Enfer et Paradis :
au premier jour, nommé Purgatoire, avait lieu le triage puis le trempage. Dans un cuvier, on disposait le linge en couches. Une fois rempli, le cuvier était rempli d’eau froide. Le linge y trempait toute la nuit pour éliminer un maximum de crasse ;
le deuxième jour, nommé Enfer, on vidait l’eau de trempage, puis on procédait au coulage en arrosant régulièrement le cuvier avec de l’eau de plus en plus chaude, puis bouillante, parfois parfumée avec des plantes aromatiques (lavande, thym, ortie, laurier selon les régions), l’eau s’écoulant par la bonde au fond du cuvier. Ce jour était appelé l’Enfer à cause des vapeurs qui se dégageaient du linge bouilli une bonne demi-journée et touillé de temps à autre à l’aide d’un grand pieu solide ;
le troisième jour, nommé Paradis, le linge refroidi était conduit au lavoir pour y être battu (le battoir permettait d’extraire le maximum d’eau de lessive), rincé et essoré. Quand ce travail était terminé, le linge était alors ramené au foyer pour y être séché. Le linge retrouvait sa pureté originelle, d’où le nom de Paradis donné à cette journée.
Ces grandes lessives d’autrefois donnaient lieu à de grandes fêtes, avec repas festifs, souvent préparés par les grands-mères…
Pour en savoir plus (e.a. les techniques de lavage), visitez espritdepays.com