NOËL : L’église Sainte-Marie des Anges (Liège) (CHiCC, 2012)

Temps de lecture : 4 minutes >

Suite à la ‘réforme pastorale‘ d’il y a une dizaine d’années [en 2012], les paroisses de Sainte-Véronique, Sainte-Marie des Anges, Notre-Dame du Rosaire à Sclessin et du Sacré-Coeur à Cointe constituent l’unité pastorale Saint-Benoît aux portes d’Avroy. Dans l’Ancien Régime, Sainte-Véronique était une paroisse très étendue (sud de la ville, Tilleur, une partie de Saint-Nicolas et, sur la rive droite, Fétinne et Angleur), puis elle se limita au sud de Liège, englobant ce qui deviendra la paroisse Sainte-Marie, Cointe, le Laveu et Saint-Christophe. L’église Sainte-Véronique existait au début du XIXe siècle (les affirmations de sa consécration en présence de Charlemagne relèvent de la légende).

Ce qui est aujourd’hui la paroisse Sainte-Marie relève donc de Sainte-Véronique jusque vers le milieu du XIXe siècle. Ce territoire était peu peuplé et occupé par des terres agricoles (42% cotillages, 17% houblonnières, 10% vergers, selon le plan cadastral de 1827). Ce qui deviendra Sainte-Marie avait ses lieux de culte à ses extrémités : l’abbaye du Val-Benoît, la chapelle Saint-Maur à Cointe (début XVe) et, enfin et surtout, la chapelle du Paradis, édifiée en 1649 à l’initiative du grand verrier Henri Bonhomme pour abriter une statue réputée miraculeuse, Notre-Dame de Grèce, statue aujourd’hui honorée à Sainte-Marie. La chapelle du Paradis occupait l’emplacement du building construit actuellement au coin du quai de Rome et de la rue de Fragnée.

Sociologiquement, vers la moitié du XIXe siècle, Fragnée se modifie et se peuple. Le train arrive aux Guillemins en 1842, l’industrie se développe, les terrains agricoles se muent en habitations et l’érection d’une seconde paroisse à Sainte-Véronique devient nécessaire. En 1886, après discussions sur les intérêts immobiliers et financiers du projet, les autorités politiques décident du plan d’urbanisme de la place des Franchises, des rues qui y aboutissent et de l’emplacement de l’église. Le 5 avril 1869, l’arrêté royal établissant la paroisse est signé par Léopold II et, le même jour, l’évêque de Liège, monseigneur de Montpellier, fait de même au plan religieux.

Le terrain est offert par le baron Charles de Potesta et la famille Lesoinne pour recevoir l’église, un presbytère, une maison vicariale et d’autres habitations pour les employés de l’église. Les subsides viendront de la Ville pour un tiers, d’autres [subsides] de l’État et de la Province, et l’intervention des fidèles financera le reste. C’est l’architecte Évariste Halkin qui établit les plans mais il décède à 45 ans, avant la fin des travaux. Il semble que son fils, âgé  de 21 ans, ait pris le relais (mais les deux Halkin signaient de la même manière, par un E majuscule, initiale de leur prénom).

L’édifice est construit dans un style de transition entre le roman et le gothique. La structure extérieure est en moellons de grès équarris du bord de l’Ourthe. L’ensemble est très sobre, la façade peu ornée, le clocher, carré, à deux étages est couvert d’un toit pyramidal. La longueur intérieure est de 60 mètres, le transept fait un peu moins de 30 mètres et la largeur des nefs est de 20 mètres. Les vitraux sont du verrier Osterrath et les petites nefs sont ornées des quinze mystères du Rosaire par Grosset. L’autel principal est réalisé dans un très beau marbre de Tunisie par un dénommé Fincoeur et la peinture par Jules Helbig.

L’église est consacrée le 19 mai 1874 par monseigneur de Montpellier et la première messe célébrée par monseigneur de Mercy-Argenteau, archevêque de Tyr. La cérémonie a été longue et grandiose. En 1876, les orgues sont inaugurées, le buffet a été sculpté par la maison Merveille, tout comme les confessionnaux. Plus tard seulement on aménagera la chapelle Notre-Dame de Grèce et le très beau chemin de croix en terre cuite (1925).

Contrairement à la Première Guerre, la Seconde Guerre mondiale occasionnera de très graves dégâts : fin mai 1944, suite aux bombardement américains (toiture, voûtes, vitraux), et par après, la chute d’un V1 à proximité rendra l’église inutilisable. La paix revenue, l’église reçoit de nouvelles cloches (les anciennes avaient été enlevées par les Allemands pour être fondues) et de nouveaux vitraux, dessinés par monsieur Louis, jeune professeur à l’Académie, et offerts par monsieur et madame Stiels. Entre 1950 et 1963, les dommages de guerre reçus et les dons des fidèles permettront la mise en place de nouvelles verrières ainsi que la peinture d’une grande fresque de la Vierge.

d’après Juliette NOËL

  • Illustration en tête de l’article : intérieur de l’église © Manu Utility

La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Juliette NOËL, organisée en novembre 2012 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

Plus de CHiCC ?