VANKERKHOVE : Voyage dans l’art et l’esprit du Curtius (CHiCC, 2016)

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Le but de la conférence est d’illustrer cette citation de Luc Ferry : “En somme, une oeuvre d’art est la transposition d’une idée dans un matériau sensible.” Le voyage commence par l’évocation de l’homme fossile découvert par Philippe-Charles Schmerling. Les bronzes mithriaques d’Angleur permettent d’expliquer les cultes qui seront introduits chez nous, vers le premier siècle de notre ère, par les soldats et les marchands. Peu de liens se tissant entre le panthéon des divinités romaines et les fidèles, ceux-ci vont rechercher des conceptions religieuses plus proches de l’Homme, lui permettant de participer activement aux mystères (par initiations successives et dévoilement progressif des réalités supérieures).

Le Moyen Âge est abordé à partir du Xe siècle (début de l’art mosan) avec une personnalité hors du commun : Gerbert d’Aurillac, le futur pape Sylvestre II, précepteur du jeune Otton III, et ami du prince-évêque Notre. Sylvestre II sera à l’origine des Lumières de l’An mil. Il souhaite étudier Aristote et mettre l’accent sur le sensible. Il sera ainsi à l’origine de l’humanisation progressive dans la représentation des personnages sacrés (perceptible dans la Vierge de Dom Rupert, vers 1150). Il veut aussi mêler l’étude de la philosophie antique et le christianisme (tympan sculpté Les Mystères d’Apollon – 1170). Le Vitrail au Calvaire, du XIIe siècle, permet d’aborder un courant de pensée qui a imprégné toute la mystique spéculative du Moyen Âge, la “théologie de la Lumière“. Ce courant est à rattacher à un penseur du Ve siècle de notre ère : Pseudo-Denys ; néoplatoniste chrétien, il s’est fait passer pour l’évêque d’Athènes Denys, converti pas saint Paul au christianisme. Pseudo-Denys parle de l’émanation progressive de Dieu dans le monde, rendant possible la reconversion de l’Homme vers Dieu, et affirme que Dieu est “soleil, puissance, justice”.

Vierge de Dom Rupert © ialg.be

Le Moyen-Âge n’est pas cette époque à laquelle on fait trop souvent référence de manière péjorative : il a plutôt préparé les esprits à la réception de la Renaissance. Son terreau de pensée est l’Académie néoplatonicienne de Florence où se côtoyaient hommes politiques (Cosme et Laurent de Médicis), artistes (Botticelli, Alberti…) et philosophes (Pic de la Mirandole). Érard de la Marck, prince-évêque de Liège, sera notre Médicis et il va implanter à Liège l’humanisme chrétien de l’époque. La religion est repensée à partir du coeur de l’Homme, celui-ci n’ayant pas de forme donnée à l’avance peut choisir de se sculpter lui-même dans des formes inférieures et supérieures. En s’améliorant lui-même, il pourra aussi parachever activement la création divine et rapporter l’Univers à Dieu. L’Homme peut se diviniser et les personnages sacrés sont représentés de manière quasi laïque (cfr Vierge de Berselius du sculpteur Daniel Mauch). L’artiste attitré d’Erard de la Marck, Lambert Lombard (peintre, sculpteur et philosophe) est évoqué à partir du cycle de peintures Les Femmes vertueuses (vers 1550).

Le XVIIIe siècle prolonge l’humanisme renaissant mais en lui donnant un autre sens, tout dans le monde doit concourir à l’évolution de la société et poursuivre une finalité humaine. Le prince-évêque François-Charles de Velbrück n’eut de cesse, dans ses différentes réalisations, d’incarner les idéaux et les buts poursuivis par les philosophes français des Lumières (Voltaire, Diderot, Condorcet). Le XIXe siècle permettra d’aborder un autre humaniste digne d’admiration : Gustave Serrurier-Bovy. Il commence par réaliser des meubles artisanaux, coûteux, marqués par l’esthétique Art nouveau, pour l’élite industrielle de son temps. Mais il rêve de concilier esthétique et préoccupations morales, éthiques et sociales. Grand lecteur de Saint-Simon et de Comte, il veut permettre à tous, y compris aux ouvriers, d’avoir accès à un mobilier et à un intérieur de qualité. Il choisit ainsi d’abaisser le coût de sa production en passant, en 1902, à la mécanisation, l’utilisation d’un bois moins coûteux et des lignes plus géométriques. “C’est à cette catégorie d’artisans que je voudrais m’adresser pour leur montrer que l’art n’est nullement au service de la richesse seulement. Le goût a plus à craindre du luxe que de la modestie. Les exigences de la simplicité lui sont moins dangereuses que les facilités de l’opulence. Il faut que la grande masse participe à la vie artistique” (Gustave Serrurier-Bovy).