Violences faites aux femmes : une chronologie en dix dates avec Benoîte Groult

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1976 : la féministe Benoîte Groult était reçue sur France Culture. Elle y revenait, riche de son savoir, de ses références, sur l’oppression de la femme depuis l’Antiquité. Petite anthologie de citations qui ébranlent, à l’heure de la Journée internationale contre la violence à l’égard des femmes…

Lire l’article d’Hélène COMBIS-SCHLUMBERGER sur FRANCECULTURE.FR (24 novembre 2016)

Orsay, nouveau temple des peintres Nabi

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Donation Hays, donation Marcie-Rivière, centre d’études des Nabis : en moins de deux mois, le musée d’Orsay vient d’enchaîner les annonces spectaculaires à propos des peintres Nabis dont il conserve désormais la première collection au monde. Les Nabis sont partout. Ces peintres de la fin du XIXeme siècle, regroupés sous le nom hébreu de « nabi » signifiant « prophète », seront bientôt à égalité  sur les cimaises du musée d’Orsay avec leurs confrères de la génération précédente, les Impressionnistes. Né avec la révélation artistique du jeune Paul Sérusier durant l’été 1888, passé à Pont-Aven aux côtés de Gauguin, leur mot d’ordre est de libérer la forme et d’user de couleurs pures et vives. Que le penseur de la bande, Maurice Denis, a résumé en un mot d’ordre pragmatique : « Se rappeler qu’un tableau […] est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ». Pierre Bonnard, Paul-Elie Ranson, Edouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel et d’autres ont inventé cette peinture novatrice dont les couleurs stridentes, cloisonnées de lignes serpentines, ont, depuis, prouvé leur charme irrésistible : à chacune des expositions consacrées aux Nabis, autrefois rares, désormais beaucoup moins, le public a toujours succombé.​..

Lire l’article de Sophie CACHON dans TELERAMA.FR (24 novembre 2016)

CAVAIGNAC : Les questions-réponses rouges (Dervy, 2018)

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La franc-maçonnerie – 101 questions sans un tabou (Dervy, 2018)

ISBN 97910 242 0252 5

Un jeu conçu, écrit et réalisé par : Yasmine Bonhomme, François Cavaignac et Valeria Cassisa. Ce jeu est constitué de 101 cartes réparties en trois domaines auxquels est associée une couleur pour les différencier :
. rouge pour ce qui se rapporte aux valeurs, à l’institution,
. vert pour ce qui se rapporte à l’histoire,
. bleu pour ce qui se rapporte aux symboles.

Questions rouges (1, niveau débutant)

      1. Où peut-on lire l’inscription “Si ta curiosité t’a conbuit ici, va-t’en !” ?
      2. Un membre d’extrême-droite peut être franc-maçon : vrai ou faux ?
      3. Qu’est-ce qu’une obédience ?
      4. Comment se nomme le moment où un candidat est auditionné par une Loge ?
      5. Qu’est-ce que la capitation ?
      6. Comment s’appelle le responsable d’une obédience ?
      7. Qu’est-ce que les agapes ?
      8. Comment s’appelle le travail présenté en loge par un franc-maçon ?

Questions rouges (2, niveau intermédiaire)

      1. Comment appelle-t~on les textes qui décrivent les cérémonies maçonniques ?
      2. Que promet de faire l’Apprenti  avec “zèle, constance et régularité” ?
      3. De quelle couleur sont les Loges où se réunissent les Apprentis, les Compagnons et les Maîtres ?
      4. La franc-maçonnerie et la religion sont incompatibles : vrai ou faux ?
      5. Que symbolise le compas ? a. L’intégrité ; b. La précision ; c. L’esprit humain ; d. La rationalité ; e. La pureté.
      6. Lequel de ces termes ne se rapporte pas à l’équerre ? a. La droiture ; b. L’équilibre ; c. L’esprit humain ; d. La matière.
      7. Comment positionner l’équerre et le compas pour indiquer le degré auquel la Loge est ouverte ?
      8. En quoi consiste le “tuilage” ?

Questions rouges (3, niveau avancé)

      1. Quelles sont les Trois Grandes Lumières de la franc-maçonnerie ?

Réponses rouges (1, niveau débutant)

      1. Où peut-on lire l’inscription “Si ta curiosité t’a conbuit ici, va-t’en !” ?
        C’est parmi les différentes citations qui figurent sur les murs du Cabinet de réflexion que l’on peut lire cette formule. Isolé dans la pénombre de ce petit local, le candidat est incité à descendre en lui-même, à faire le point sur son histoire personnelle et à réfléchir à ses engagements futurs, comme cela lui est demandé à travers le testament philosophique. Cette première étape de la cérémonie d’initiation est inconnue de la maçonnerie anglaise et semble avoir été introduite en France dans les années 1770, sous l’influence du mouvement occultiste. Elle fait correspondre le passage dans le Cabinet de réflexion à l’épreuve de la terre, les trois autres éléments (eau, air, feu) se retrouvant dans la cérémonie d’initiation elle-même.
        Le Cabinet de réflexion est la première épreuve rituelle de purification qui engage le processus personnel de questionnement sur soi-même.
      2. Un membre d’extrême-droite peut être franc-maçon : vrai ou faux ?
        Faux ! Les valeurs humanistes de tolérance, de respect de l’autre, de solidarité, et l’attachement aux Droits de l’homme prônés par la franc-maçonnerie libérale et adogmatique suffisent à montrer l’incompatibilité entre ces deux options : un membre d’un parti politique d’extrême-droite ne peut en aucun cas être membre de la franc-maçonnerie. Devant la progression des idées populistes, le Grand Orient de France a ajouté, dans le texte du serment prêté par l’Apprenti lors de l’initiation, une disposition rappelant cette contradiction absolue. Toutefois, dans notre monde postmoderne, qui remet en cause beaucoup de certitudes, une certaine porosité est parfois constatée, notamment dans certains milieux occultistes.
      3. Qu’est-ce qu’une obédience ?
        Une obédience, c’est un regroupement de Loges qui se sont associées pour bénéficier d’une gestion matérielle commune et d’une pratique homogène des rituels. Peu à peu, les obédiences se sont structurées au point de devenir de puissantes organisations administratives et initiatiques, chacune effectuant, selon sa philosophie institutionnelle et sa dimension historique, une répartition des pouvoirs entre ces deux domaines. Les grandes obédiences, telles que le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, la Grande Loge Nationale Française, la Grande Loge Féminine de France, disposent d’un patrimoine immobilier, de moyens d’information (revues, publications, sites internet) et d’accès aux médias. Un “Grand Orient” est une fédération de Loges souveraines pratiquant des rites différents ; une “Grande Loge” est une fédération de Loges pratiquant un même rite, les membres adhérant à l’obédience.
      4. Comment se nomme le moment où un candidat est auditionné par une Loge ?
        Dans la procédure de recrutement de la franc-maçonnerie, il s’agit du « passage sous le bandeau ». Cette occasion est particulière, car le candidat, les yeux recouverts d’un bandeau, ne peut voir aucun des membres de la Loge. Il doit répondre alors à une série de questions qui lui sont posées, mais aucune discussion ne doit s’engager entre lui et les interrogateurs. Il s’agit de mieux connaître le candidat et de mieux appréhender ses motivations. On lui demande d’être sincère, d’avoir des intentions pures et de montrer un caractère ferme. Cette étape, qui est une tradition maçonnique intangible, peut surprendre par son caractère secret. Elle permet en fait d’assurer une discrétion totale de part et d’autre : le candidat peut changer d’avis si la démarche l’inquiète et les membres de la Loge sont préservés de toute indiscrétion. Considérée comme une épreuve initiatique, elle constitue pour tout maçon un moment inoubliable et très intime.
      5. Qu’est-ce que la capitation ?
        La « capitation » est le nom maçonnique de la contribution financière que chaque membre actif d’une Loge doit verser à l’obédience afin d’assurer son fonctionnement et ses moyens d’action. Le montant en est fixé chaque année par les délégués de toutes les Loges lors de l’assemblée générale appelée Convent. Parallèlement, tout franc-maçon doit participer aux dépenses de fonctionnement courant de sa Loge, notamment les frais immobiliers – liés au statut de locataire ou de propriétaire – et les frais de gestion relatifs à tout regroupement associatif. Cette quote-part pour la Loge est plus couramment appelée
        cotisation. Toutefois, dans le langage courant, les deux termes ont tendance à devenir synonymes.
      6. Comment s’appelle le responsable d’une obédience ?
        Le Grand Maître. Ce titre honorifique est courant dans de nombreux ordres (religion, chevalerie, décorations), confréries et organisations (jeu d’échecs et arts martiaux). Il est manifestement emprunté au Moyen Âge où il a été attribué pour la première fois au XIIIème siècle à l’ordre des Hospitaliers. Les francs-maçons l’ont perpétué et l’utilisent dans quantité d’obédiences à travers le monde, avec certaines variantes quant aux attributs qualificatifs. Le Grand Orient de France, soucieux de ne pas pérenniser des titres rappelant trop le passé monarchique, l’a remplacé par la formule Président du Conseil de l’Ordre à la fin du XIXème siècle , mais il a fallu le réintroduire au xxème siècle, car l’usage s’était maintenu parmi les frères. En revanche, l’interpellation protocolaire de Sérénissime Grand Maître est désormais supprimée.
      7. Qu’est-ce que les agapes ?
        C’est le repas qui suit traditionnellement toute tenue maçonnique. Avant de se séparer, les maçons aiment partager un moment de commensalité et de convivialité entre eux. En Angleterre, les premières Loges de 1717 portaient le nom de la taverne où elles se réunissaient. Dans ses Constitutions (1723), Anderson y fait allusion et recommande aux frères de conserver un comportement digne durant ces moments de détente. En France, la coutume s’est transmise, correspondant largement au tempérament national. L’opinion publique, devant la multitude de restaurants accueillant les agapes maçonniques, a longtemps pensé, aux XVIII et XIXèmes siècles, que la franc-maçonnerie était une société bachique. Ironie de l’histoire : le terme, comme plusieurs autres en franc-maçonnerie, est emprunté au vocabulaire ecclésiastique qui désignait étymologiquement le repas fraternel des premiers chrétiens.
      8. Comment s’appelle le travail présenté en loge par un franc-maçon ?
        Une planche. La réflexion spéculative ayant remplacé le travail manuel des maçons opératifs dans la maçonnerie moderne, les maçons sont amenés à s’exprimer par écrit, malgré l’attachement de certains à une forme de tradition orale. Le terme de planche s’est généralisé pour désigner tout écrit maçonnique, qu’il provienne à titre individuel d’un maçon, d’une Loge ou d’une obédience. Ainsi toute présentation en Loge d’un travail est-il une planche. Antérieurement, les formules pièce d’architecture, planche à tracer ou planche tracée étaient utilisées, mais la simplicité et la commodité de la forme planche se sont imposées. La locution morceau d’architecture, considérée comme plus proche du métier d’origine, connaît un regain d’emploi dans plusieurs courants traditionalistes.

Réponses rouges (2, niveau intermédiaire)

      1. Comment appelle-t~on les textes qui décrivent les cérémonies maçonniques ?
        Les rituels. Les cérémonies maçonniques obéissent à des règles qui ont été codifiées au fur et à mesure des évolutions philosophiques des obédiences. Les textes qui reprennent l’ensemble des séquences à mettre en oeuvre sont appelés des rituels. Chaque degré maçonnique a un rituel particulier correspondant aux connaissances symboliques requises par ce degré. Le terme a manifestement été emprunté à l’Église catholique pour qui le rituel est un livre décrivant la liturgie que le prêtre et les fidèles doivent suivre en fonction du calendrier. Le texte considéré comme le premier rituel maçonnique est le Manuscrit d’Édimbourg (1696) qui contient une série de questions/réponses que les frères doivent s’adresser, ainsi que le rite particulier du “mot du maçon.” Le rituel représente la formalisation textuelle du rite, évitant ainsi une déperdition qui peut accompagner souvent la transmission
        orale.
      2. Que promet de faire l’Apprenti  avec “zèle, constance et régularité” ?
        Il promet de travailler ainsi à l’oeuvre de la franc-maçonnerie. Cette affirmation – qui est une ferme résolution puisqu’elle fait partie du serment prêté par l’Apprenti lors de son initiation – rappelle un aspect central de la méthode maçonnique. Par principe, la franc-maçonnerie estime que le travail est l’un des devoirs essentiels de tout homme, qu’il soit manuel ou intellectuel. Ainsi, symboliquement, toute Loge est un chantier en activité et tout maçon un ouvrier. Ce travail, tant sur soi-même que pour s’intégrer dans le groupe, doit être effectué sans relâche, car il s’agit de la recherche du perfectionnement spirituel et moral de l’humanité. Une célèbre formule du rituel rappelle, à la fermeture des travaux, que “de longs et pénibles efforts seront encore nécessaires ; […] L’heure du repos n’est donc
        pas arrivée.”
      3. De quelle couleur sont les Loges où se réunissent les Apprentis, les Compagnons et les Maîtres ?
        La maçonnerie symbolique des trois premiers grades est traditionnellement désignée comme la maçonnerie bleue. On se perd en conjectures chez les historiens et symbolistes pour trouver l’origine de cette appellation. Il est d’abord noté que cette expression est essentiellement française et peu répandue dans le monde anglo-saxon, même si elle est reprise aux États-Unis. Il semble que ce soit au milieu du XVIIIème siècle que cette couleur se soit imposée sur les tabliers, empruntée peut-être à certains anciens ordres de chevalerie français et anglais. Une explication plus symbolique est également avancée : le Temple maçonnique devant représenter l’univers, il était alors évident que le bleu ciel de la voûte céleste était la couleur qui se justifiait. Par glissement métonymique, le qualificatif s’est étendu aux trois grades traditionnels.
      4. La franc-maçonnerie et la religion sont incompatibles : vrai/faux ?
        Vrai et faux !
        L’histoire montre que la franc-maçonnerie a des racines religieuses incontestables : catholicisme des bâtisseurs médiévaux  protestantisme des fondateurs modernes, influence du syncrétisme chrétien issu de la Renaissance et de la tradition Juive. Les Constitutions d’Anderson (1723) demandent toutefois aux maçons de laisser chacun pratiquer librement sa religion, sans en parler en Loge. En 1877, le GODF a supprimé l’obligation de faire référence à une quelconque transcendance en érigeant le principe de la liberté absolue de conscience. L’Église, de son côté, interdit à tout fidèle, sous peine d’excommunication, d’être franc-maçon. Dans les faits, le questionnement du sens de la vie travaillé dans les Loges se rapproche des interrogations religieuses. Malgré les rappels des obédiences expliquant que la franc-maçonnerie n’est pas une religion, de nombreux francs-maçons***
      5. Que symbolise le compas ? a. L’intégrité ; b. La précision ; c. L’esprit humain ; d. La rationalité ; e. La pureté.
        c. L’esprit humain.
        Systématiquement associé à l’équerre, le compas est l’instrument initial qui permet de tracer des plans complexes avec précision ; l’articulation de ses branches lui confère une souplesse et une mobilité technique sans égales. Par convention symbolique, il représente l’esprit humain et se trouve être toujours associé à l’équerre, montrant ainsi combien le franc-maçon doit être équilibré dans sa recherche. Au grade de Maître, il est entrouvert à 45 degrés, soit la moitié de l’angle droit formé par l’équerre ; lorsqu’il est ouvert à 90 degrés, on dit qu’il devient l’équerre juste.
      6. Lequel de ces termes ne se rapporte pas à l’équerre ? a. La droiture ; b. L’équilibre ; c. L’esprit humain ; d. La matière.
        c. L’esprit humain.
        Outil opératif indispensable, l’équerre permet de tracer des angles droits sur les plans et de poser les pierres de façon rectiligne lors de l’édification du bâtiment. Cet instrument, avec lequel aucune construction de travers n’est autorisée, a été repris par les francs-maçons spéculatifs pour indiquer la droiture qu’ils doivent manifester dans leurs travaux. Parallèlement, par convention, l’équerre représente la matière. Progressivement, elle s’est imposée comme l’emblème de la conscience, de la rectitude et de l’équilibre, devenant alors l’un des attributs du Vénérable de la loge. Sa dimension méthodologique est attestée : le maçon à la recherche de la
        Vérité doit ordonner son raisonnement sur des bases solides dont les arguments s’ajustent pleinement les uns à la suite des autres. En maçonnerie, elle est systématiquement associée au compas.
      7. Comment positionner l’équerre et le compas pour indiquer le degré auquel la Loge est ouverte ?
        Les maçons utilisent la conjonction de l’équerre et du compas pour indiquer le grade auquel travaille la Loge.
        Au grade ou degré d’Apprenti, l’équerre est placée au-dessus du compas. L’équerre recouvre les deux branches du compas > Équerre sur le compas : la matière domine l’intellect.
        Au grade ou degré de Compagnon, les deux instruments sont entremêlés. Une branche du compas est placée sur l’équerre, tandis que l’autre est disposée sous celle-ci > Équerre et compas entrecroisés : le maçon a progressé, mais il est en position intermédiaire.
        Au grade ou degré de Maître, le compas est placé sur l’équerre >  Compas sur équerre : l’intelligence a pris le dessus surla matière.
      8. En quoi consiste le “tuilage” ?
        Le « tuilage » consiste à vérifier qu’un frère visiteur est porteur de la qualité maçonnique. En France, les maçons ont toujours été particulièrement attentifs à la protection des tenues devant d’éventuelles intrusions malveillantes. Reprenant les postures traditionnelles de la maçonnerie, ils ont appliqué la procédure du tuilage. Il est donc demandé au frère de prouver qu’il connaît les “mots, signes et attouchements” spécifiques au grade qu’il détient (formules des questions/réponses, âge rituel, mots de passe, etc.). Ces éléments de reconnaissance sont obligatoirement communiqués lors de toute cérémonie d’initiation et d’élévation de grade à l’impétrant. C’est le frère Expert – autrefois le frère Couvreur – qui est chargé de ce contrôle. Le mot provient du terme “tuileur”, ouvrier qui, dans les métiers du bâtiment, assure la couverture du gros oeuvre et, par extension, la protection du Temple.

Réponses rouges (3, niveau avancé)

      1. Quelles sont les Trois Grandes Lumières de la franc-maçonnerie ?
        La formulation « Trois Grandes Lumières» renvoie à l’association du livre, de l’équerre et du compas. La plupart du temps, le livre, dénommé le Volume de la Loi Sacrée, est une Bible, mais il peut s’agir aussi du Règlement général de l’obédience, d’un ouvrage profane auquel la Loge accorde une valeur prééminente ou encore d’un Livre blanc. Le livre constitue la référence que doit respecter tout maçon. l’équerre et le compas représentent les outils essentiels de la construction opérative, porteurs chacun d’une signification symbolique forte. Le regroupement de ces trois symboles manifeste toute l’étendue du travail maçonnique, autant intellectuel que matériel. Tout récipiendaire doit prêter serment sur ces trois objets réunis qui traduisent également l’idéalisation du métier comme valeur supérieure.

[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : partage, édition et iconographie | sources : dervy-almora.fr | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête © Le Lombard.


Plus de symboles en Wallonie…

CAVAIGNAC : Les questions-réponses bleues (Dervy, 2018)

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La franc-maçonnerie – 101 questions sans un tabou (Dervy, 2018)

ISBN 97910 242 0252 5

Un jeu conçu, écrit et réalisé par : Yasmine Bonhomme, François Cavaignac et Valeria Cassisa. Ce jeu est constitué de 101 cartes réparties en trois domaines auxquels est associée une couleur pour les différencier :
. rouge pour ce qui se rapporte aux valeurs, à l’institution,
. vert pour ce qui se rapporte à l’histoire,
. bleu pour ce qui se rapporte aux symboles.

Questions bleues (1, niveau débutant)

      1. Que désigne le “salaire” ?
      2. De quoi le profane doit-il se dépouiller ?
      3. Quel symbole exprime la dualité ?
      4. Pourquoi les francs-maçons portent-ils des gants blancs ?
      5. Quelle valeur est inséparable de l’éthique maçonnique ? a. La fidélité ; b. L’amitié ; c. La tolérance ; d. La sincérité.
      6. Quels outils de l’Apprenti sont indissolublement liés ?
      7. Quel outil permet de vérifier qu’un plan est horizontal ?
      8. Que symbolise le fil à plomb ? a. La droiture et l’équilibre ; b. La force et la progression ; c. L’impartialité et la logique.
      9. La ruche est un symbole maçonnique : vrai ou faux ?
      10. A quelle heure débutent et se finissent les travaux des maçons ?
      11. Selon la formule consacrée, que faut-il rassembler ?
      12. Quelle est la particularité de l’épée flamboyante ?
      13. L’expression tableau de Loge est plus correcte que tapis de Loge : vrai ou faux ?
      14. Le sablier est-il un symbole maçonnique ?
      15. Le langage maçonnique est symbolique : vrai ou faux ?
      16. Que représente la chaîne d’union ?
      17. A partir de quels éléments s’effectue le signe de l’Apprenti ?
      18. Quel symbole figure derrière le plateau du Vénérable ?
      19. Que représente le Grand Architecte de l’Univers ?
      20. Le levier est un symbole maçonnique : vrai ou faux ?

Questions bleues (2, niveau intermédiaire)

      1. Qu’est-ce qui doit être juste et parfait ? a. Le Vénérable ; b. La Loge ; c. La tenue ; d. Le Temple.
      2. Pour avertir qu’un profane est susceptible d’entendre ce qui est dit, quelle expression les maçons utilisent-ils ?
      3. Où peut-on voir des lacs d’amour ?
      4. En quoi consiste le secret maçonnique ?
      5. Comment est orientée une Loge ?
      6. Que symbolisent les grenades au sommet des colonnes bu temple ? a. L’amitié ; b. La connaissance ; c. La fécondité ; d. La fraternité.
      7. Que représentent les éléments gravés sur la planche à tracer ?
      8. A quel endroit du tableau de Loge ne figure pas de fenêtre ?
      9. Quel outil symbolise l’affection fraternelle ?
      10. À quelles occasions la corde est-elle utilisée ?
      11. Quelle erreur s’est glissée dans cette présentation vestimentaire du profane pour son initiation ? a. Sein gauche dénudé ; b. Genou droit découvert ; c. Pied droit déchaussé.
      12. Quel est le sens de l’initiation maçonnique ?
      13. Quel est le symbole cosmique présent dans tout temple maçonnique ?
      14. Quelles sont les trois purifications pratiquées au cours de l’initiation ?
      15. Pourquoi le crâne est-il un symbole en franc-maçonnerie ?
      16. Quels symboles remplacent les grenades sur le tableau de Loge du  compagnon ?
      17. Que désigne l’expression enfants de la veuve ?
      18. Que signifie la formule secrète V.I.T.R.I.O.L. ?
      19. Quelle est la formule secrète du grade d’Apprenti ?
      20. Qu’est-ce qu’un symbole ?
      21. Que veut dire l’expression : “être libre et de bonnes moeurs” ?

Questions bleues (3, niveau avancé)

      1. Lequel de ces outils n’est pas un bijou mobile ? a. La perpendiculaire ; b. Le niveau ; c. Le compas ; d. L’équerre.
      2. Quel emblème est associé à chaque Officier Dignitaire ?
      3. Comment appelle-t-on l’association du Soleil et de la Lune ?
      4. Que désigne l’Orient pour un franc-maçon ?
      5. Combien de marches l’Apprenti et le Compagnon doivent-ils gravir  chacun pour accéder au temple ?
      6. Que signifient les deux lettres inscrites sur les colonnes ?
      7. À quel mythe philosophique célèbre est assimilée l’initiation maçonnique ? a. Le mythe de la caverne ; b. Le mythe de Gygès ; c. Le mythe de Prométhée ; d. Le mythe de Faust.
      8. Pourquoi la franc-maçonnerie utilise-t-elle le symbolisme ?
      9. Quels sont les faux amis du symbole ?
      10. Pourquoi les grades se voient-ils attribuer chacun un âge particulier ?
      11. Quel mois marque le début du calendrier maçonnique ?
      12. Quels symboles du Cabinet de réflexion sont absents de la liste  suivante ? Crâne humain, ossements, cruche d’eau, miroir, sablier, sel, pain, mercure, soufre.
      13. Quelles sont les fonctions du symbole ?
      14. Pourquoi appelle-t-on la porte du temple la porte basse ?
      15. Lequel de ces outils n’est pas un bijou immobile ? a. Le maillet ; b. La pierre brute ; c. La pierre cubique à pointe ; d. La planche à tracer.

Réponses bleues (1, niveau débutant)

      1. Que désigne le “salaire” ?
        L’expression régulièrement utilisée par les francs-maçons lorsqu’ils sont satisfaits d’une tenue est “J’ai touché mon salaire” ou “J’ai bien reçu mon salaire.” Ils expriment ainsi leur contentement à l’égard d’une cérémonie rituellement réussie, d’une planche enrichissante ou de débats intéressants. La formule augmentation de salaire, quant à elle, veut dire passer au degré supérieur : d’Apprenti à Compagnon et de Compagnon à Maître. L’emploi du terme salaire évoque intuitivement une référence aux maçons médiévaux rémunérés quotidiennement pour leurs tâches. Il semble, toutefois, que cette locution soit une pénétration de l’esprit ouvriériste, qui a touché la franc-maçonnerie française au cours du XIXème siècle, les locutions chantier et atelier étant propices à une analogie de ce type. Mais personne auJourd’hui ne songerait à remettre en cause cette expression largement passée dans les moeurs maçonniques.
      2. De quoi le profane doit-il se dépouiller ?
        De ses métaux. Le dépouillement des métaux est l’un des symboles les plus caractéristiques de l’initiation maçonnique. Le rituel précise que le profane doit, avant le commencement de la cérémonie, se défaire de tous les objets métalliques qu’il porte sur lui. Par cette prescription il est invité à apprendre à se détacher des éléments matériels qui obstruent la vie humaine, un sens figuré étend cette demande aux préjugés intellectuels et moraux ainsi qu’aux considérations sociales. Ce principe oblige le récipiendaire à accepter l’égalité de tous dans la Loge, à penser désormais par lui-même et à éviter de laisser transparaître une quelconque supériorité issue de sa situation profane D’une grande portée méthodologique, ce principe implique une dimension psychologique évidente qui justifie l’abandon de toute passion susceptible de troubler l’ordre de la Loge.
      3. Quel symbole exprime la dualité ?
        Il s’agit du pavé mosaïque, symbole type des binaires qui émaillent l’enseignement maçonnique. Dans chaque Temple, un rectangle central est formé d’un damier alternant des dalles carrées noires et blanches. Le symbolisme de cette pièce est double : d’une part, il comprend l’alternance des couleurs avec le blanc et le noir, d’autre part, il rappelle la dualité apparente qui particularise souvent la vie humaine. Enfin, au plan moral, suivant l’affectation classique, il évoque le Bien et le Mal. Le symbolisme du pavé mosaïque est très riche et nourrit de nombreuses réflexions maçonniques d’autant que c’est sur lui que le tapis de Loge est déployé à chaque ouverture des travaux. Selon la tradition maçonnique, le pavé mosaïque figure au centre du Temple un espace sacré sur lequel il est absolument interdit de marcher tant que la tenue est en cours.
      4. Pourquoi les francs-maçons portent-ils des gants blancs ?
        Lors de son initiation, l’Apprenti reçoit deux paires de gants blancs : l’une pour son usage personnel en Loge, l’autre pour la personne qu’il estime le plus. Cet usage semble très ancien en franc-maçonnerie, car on le note dès les années 1740. La blancheur est évidemment symbole de pureté : pureté de l’esprit du maçon et pureté de ses actions. Les gants blancs représentent aussi un objet rituel : c’est une obligation pour le maçon d’en être vêtu pendant la tenue, tout comme du tablier. Ces deux symboles étaient des accessoires opératifs qui protégeaient des éclats de la pierre en cours de taille. Enfin, ils rappellent en permanence les engagements pris. Au niveau collectif, ils dégagent une impression de sérénité et ils ne sont ôtés que pour la cérémonie de la chaîne d’union.
      5. Quelle valeur est inséparable de l’éthique maçonnique ? a. La fidélité ; b. L’amitié ; c. La tolérance ; d. La sincérité.
        c. La tolérance. Dans le contexte de luttes politiques et religieuses de l’Angleterre des XVIIème et XVIIIème siècles, l’idée de tolérance émerge grâce à des philosophes tel Locke (1632-1704), repris sur le continent par Voltaire (1694-1778). Dans ses Constitutions (1723), Anderson explique que la franc-maçonnerie est un lieu où des hommes qui n’étaient pas prédisposés à se connaître pourront travailler ensemble, si on laisse à chacun ses propres opinions, et si chacun se comporte en homme loyal et probe. Toutes les obédiences maçonniques revendiquent de nos jours la pratique de la tolérance, devenue une vitrine essentielle vis-à-vis du monde profane. La tolérance est inséparable de l’éthique maçonnique ; elle est souvent difficile à vivre, car elle oblige à considérer que l’autre détient une part de vérité ; elle permet le travail de maîtrise de soi tout en autorisant aussi la liberté d’être soi. Sa seule limite est de savoir si l’on peut tolérer l’intolérance.
      6. Quels outils de l’Apprenti sont indissolublement liés ?
        L’Apprenti a pour mission première de dégrossir la pierre brute, c’est-à-dire de donner une forme au bloc de pierre que lui-même représente, et d’en supprimer les aspérités afin de l’insérer convenablement dans l’édifice en construction. Les deux outils indispensables à ce travail sont le maillet et le ciseau. De nombreuses interprétations symboliques sont accordées à chacun de ces outils considérés isolément, mais l’intérêt pour l’Apprenti réside dans l’indissolubilité pratique de ce tandem. En effet, séparés, le ciseau et le maillet sont impuissants. Dès lors il faut retenir l’acception traditionnelle qui veut que le maillet soit la volonté agissante, symbole d’énergie et de puissance, et que le ciseau, quoique instrument passif, doit être affûté en permanence pour être efficace. Enfin, la conjonction de ces deux outils implique une manière de faire – angle de frappe respectif-, donc une intellectualisation de l’action.
      7. Quel outil permet de vérifier qu’un plan est horizontal ?
        Tous les métiers qui ont besoin de vérifier l’horizontalité d’un plan ou d’une droite utilisent le niveau comme instrument de mesure. Les ouvriers médiévaux dont est issue la franc-maçonnerie ne dérogeaient pas à ce moyen. Le niveau du maçon est ainsi constitué d’un triangle – la plupart du temps en bois – au sommet duquel est accroché un fil à plomb ; les deux branches de ce triangle sont reliées par un élément transversal marquant la ligne horizontale. Il est nécessaire, quelle que soit la hauteur de l’édifice. Devenu un symbole très fort dans la franc-maçonnerie moderne, il est l’insigne du Premier Surveillant, rappelant que toute construction est fondée, pour être solide, sur la stabilité et l’équilibre. Il représente l’égalité qui préside aux travaux et aux comportements des francs-maçons ; toute élévation intellectuelle et symbolique en dépend.
      8. Que symbolise le fil à plomb ? a. La droiture et l’équilibre ; b. La force et la progression ; c. L’impartialité et la logique.
        a. La droiture et l’équilibre. Le fil à plomb est l’un des instruments les plus caractéristiques du métier de maçon, car il est lié à la hauteur, qui est elle-même le propre de toute construction d’édifice. Aucun mur ne peut être élevé sans un fil à plomb. Outil de base permettant de vérifier la verticalité, il est également d’une simplicité enfantine, celui-ci étant constitué d’un fil tendu par un poids, généralement en plomb, métal connu pour sa relative résistance à la corrosion. Il est dès lors aisé d’en comprendre la signification symbolique utilisée par les maçons spéculatifs : il est l’attribut du Second Surveillant vérifiant la verticalité du travail de l’Apprenti, donc sa rectitude et son équilibre ; il est la marque de l’indispensable recherche en soi et en profondeur afin de se construire par une élévation régulière et constante. Le fil à plomb, qui pend de la voûte étoilée, symbolise aussi l’axe du monde autour duquel est orientée la Loge.
      9. La ruche est un symbole maçonnique : vrai ou faux ?
        Vrai ! La ruche, indissociable des abeilles. a été un symbole maçonnique très employé au XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle. Elle figure sur de nombreux tabliers (comme sur celui offert par Helvétius à Voltaire le jour de son initiation, le 7 avril 1778), diplomes ou accessoires divers. Sous le Premier Empire, l’abeille étant l’un des emblèmes de Napoléon les maçons l’utilisèrent souvent comme une marque de loyalisme. Des revues maçonniques portèrent ce nom, L’Abeille maçonnique (1829-1830) et La Ruche maçonnique (1865). La ruche est largement tombée en désuétude depuis, bien que son symbolisme ne soit pas incompatible avec les orientations républicaines de la franc-maçonnerie à partir du milieu du XIXème siècle. Elle figure la Loge où le maçon doit extraire le meilleur de lui-même pour l’idéal commun, elle représente le travail perrnanent et par conséquent la persévérance.
      10. A quelle heure débutent et se finissent les travaux des maçons ?
        Les travaux commencent à midi et se terminent à minuit. Cette formule, qui est fractionnée entre l’ouverture et la fermeture des travaux à chaque tenue maçonnique, suscite toujours l’étonnement des jeunes initiés. L’explication spontanée et naturaliste consiste à constater qu’à midi le soleil est au zénith et répand la pleine lumière, ce qui permet effectivement le travail. Mais entre le coucher du soleil et minuit, il faut également relever que les travaux se dérouleraient dans l’obscurité, ce qui peut s’avérer difficile ! Cette formule donne lieu à des interprétations fumeuses où le symbolisme le plus débridé fait intervenir la lune ou la crucifixion du Christ ! Plus prosalquement, ce décalage symbolique des horaires nécessite de la part du maçon une prise de conscience du temps obligeant à une certaine distanciation au regard du réel. La formule rejoint en cela le travail de recherche propre à l’initiation.
      11. Selon la formule consacrée, que faut-il rassembler ?
        Il faut rassembler ce qui est épars. Parmi les nombreuses formulations du rituel qui marquent la démarche initiatique, celle-ci est souvent reprise comme un leitmotiv. Elle est spécifique du grade de Maître, car elle rappelle, en arrière-fond, le démembrement du corps du Maître Hiram et, plus avant encore, le mythe d’Isis et d’Osiris. Mais elle rejoint aussi une définition traditionnelle de la franc-maçonnerie (Constitutions d’Anderson) qui permet à des hommes que rien n’aurait prédisposé à se rencontrer à réfléchir ensemble dans une Loge. Sa signification classique est celle de l’idéal universel de la maçonnerie qui doit travailler au rassemblement des hommes, à la prise en compte de la diversité, à la conciliation des contraires. Si socialement cette formule est harmonieuse, sa traduction philosophique qui vise à la construction de l’Unité reste plus discutable. Symboliquement, la formule enjoint à l’initié de dépasser le strict niveau des apparences.
      12. Quelle est la particularité de l’épée flamboyante ?
        L’épée flamboyante dispose d’une lame ondulée depuis la garde jusqu’à la pointe. Elle est apparue tardivement en franc-maçonnerie (début du XIXème siècle) et cette innovation semble être empruntée à l’iconographie chrétienne par référence à un passage de la Bible où sont citées des épées de feu (Genèse, Ill, 24). Dès lors, les ondulations traduiraient les vibrations de toute flamme. L’épée flamboyante représente alors symboliquement la lumière intérieure et les vibrations de la vie. Elle joue un rôle déterminant dans la pratique maçonnique, car elle est obligatoirement utilisée par le Vénérable pour consacrer tout récipiendaire. En matière ésotérique, toute transmission s’accompagne de vibrations. Enfin, cette épée n’est pas une arme : elle est tenue de la main gauche par le Vénérable.
      13. L’expression tableau de Loge est plus correcte que tapis de Loge : vrai ou faux ?
        Faux. Les deux expressions sont synonymes. On peut toutefois supposer que la forme « tableau de Loge» a précédé celle de « tapis de Loge » Dans les débuts de la maçonnerie spéculative (ou moderne), les francs-maçons prirent l’habitude de dessiner sur le sol – à la craie ou avec du charbon – les symboles spécifiques du grade pratiqué (Apprenti, Compagnon ou Maître). Cet acte était censé transformer n’importe quel local où se réunissaient des maçons en Temple maçonnique. Le tableau était ensuite effacé à la fin de chaque tenue. Il semble que progressivement une toile peinte ait été utilisée par souci de commodité, ce qui a justifié le glissement synonymique vers le mot
        «tapis». L’habitude du dessin manuscrit du tableau a disparu avec la création de locaux spécifiques durant le XIX’ siècle, mais la pratique renaît de nos jours.
      14. Le sablier est-il un symbole maçonnique ?
        Oui, le sablier est un symbole maçonnique. À ce titre, il est présent dans le Cabinet de réflexion avec d’autres symboles (ossements, crâne et faux) pour rappeler en permanence au maçon la brièveté de la vie. L’écoulement rapide et la fluid ité des grains de sable illustrent le caractère passager de l’existence. Le maçon en retire donc la nécessité de relativiser les choses terrestres, mais aussi de saisir la plénitude de l’instant vécu. Ce relativisme et cet épicurisme ne font pas obstacle à l’engagement dans un idéal de solidarité, de fraternité et d’harmonie universelle. Très prisé des symbolistes et des ésotéristes, le sablier n’apparaît guère qu’au grade d’Apprenti, comme un rappel de l’évidence matérielle avant le travail d’approfondissement propre à la démarche maçonnique.
      15. Le langage maçonnique est symbolique : vrai ou faux ?
        Vrai ! Les francs-maçons, même les plus rationalistes, reprennent à leur compte avec aisance les formules des rituels empreintes de symbolisme. Le langage rituélique, destiné à permettre une prise de conscience du franc-maçon et une ouverture universelle au monde, utilise volontiers des formulations métaphoriques et allégoriques fondées sur des images ainsi que des fables ou récits, souvent imaginaires, à portée morale (paraboles ou apologues). Progressivement, une véritable imprégnation culturelle saisit le franc-maçon qui en vient à glisser dans son langage courant des formules rituelles apparemment anodines. Cela explique la surprise de personnes profanes qui constatent que deux interlocuteurs qui ne se connaissaient pas font preuve soudainement d’une proximité complice.
      16. Que représente la chaîne d’union ?
        La chaîne d’union consiste à former un cercle en se tenant par les mains dégantées et avec les bras croisés, celui de droite passé sur celui de gauche. Ce rite symbolise une chaîne destinée à montrer la solidarité qui doit prévaloir entre les membres de la Loge. La portée de cette cérémonie s’étend à tous les maçons du monde. Elle rappelle l’universalité de cette démarche à travers tous les Rites, tous les pays, dans le passé comme dans le futur. Elle réitère l’idéal de fraternité comme oeuvre indispensable de l’engagement maçonnique. L’une des
        premières manifestations rituelles d’intégration pour un Apprenti est celle de son insertion dans la chaîne d’union. L’interruption du rite se fait par une triple pression des mains et un triple balancement des bras sur commandement du Vénérable. Elle est effectuée à la fin de chaque tenue et parfois dans des moments où la communion des membres se justifie (joie ou douleur).
      17. A partir de quels éléments s’effectue le signe de l’Apprenti ?
        La formulation traditionnelle pour décrire le signe du maçon est la suivante : “par équerre, niveau et perpendiculaire.” Outre la référence symbolique aux outils de base du métier opératif au Moyen Âge, il a une signification morale : le maçon, dans ses actes, doit être juste et équitable, tout en travaillant à s’élever et à élever les autres. Par ce signe, le franc-maçon rappelle également qu’il préférerait “avoir la gorge tranchée que de manquer à son serment.” La gestuelle a toujours représenté un élément important de la pratique en Loge et de la reconnaissance entre maçons. De nombreux signes existent, spécifiques à chaque grade, dont un signe d’horreur, connu pour être propre au grade de Maître, ainsi qu’un signe de détresse, répandu durant les guerres napoléoniennes.
      18. Quel symbole figure derrière le plateau du Vénérable ?
        Parmi les nombreux symboles qui décorent un Temple maçonnique,  figure, à l’Orient, derrière le siège du Vénérable et placé au-dessus de lui afin qu’il soit visible de tous, un triangle appelé également “delta lumineux” (par homologie avec la forme majuscule de la lettre grecque “delta“). Généralement, ce delta contient un oeil, d’où émane, parfois, un rayonnement. Le triangle est la représentation traditionnelle de l’équilibre et l’oeil manifeste de son côté la vigilance et la conscience. Situé dans l’axe central du Temple et à égale distance du Soleil et de la Lune, le delta lumineux correspond à l’autorité morale que doit avoir le Vénérable nimbé de la lumière qui se lève à l’est, et devant maintenir l’équilibre de la Loge. Souvent, les trois côtés du delta sont assortis d’une formule, la plus courante étant la devise républicaine : “Liberté, Égalité, Fraternité.”
      19. Que représente le Grand Architecte de l’Univers ?
        C’est en 1723, dans les Constitutions d’Anderson, que le terme apparaît pour la première fois en franc-maçonnerie. Anderson utilise la formule : “Adam, notre premier ancêtre, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers […]“. L’unification des Loges anglaises en 1813 introduit l’obligation de croire en Dieu, “Glorieux Architecte de l’Univers du Ciel et de la Terre.” Cette position va engendrer la querelle du Grand Architecte de l’Univers :  en 1877, le Grand Orient de France supprime cette obligation, provoquant une scission avec la maçonnerie anglo-saxonne et américaine. De nos jours, la libre interprétation individuelle de ce symbole ne constitue plus un sujet d’affrontement. La grande diversité des options philosophiques proposées par les obédiences permet à chacun de s’orienter vers la Loge de son choix, en fonction de ses priorités personnelles.
      20. Le levier est un symbole maçonnique : vrai ou faux ?
        Vrai ! Cet outil, très utilisé par les maçons médiévaux pour soulever et mouvoir des pierres de grosses proportions, est l’un des symboles spécifiques du grade de Compagnon. C’est un instrument qui multiplie la force de celui qui l’utilise, ce qui nécessite une certaine expérience et justifie qu’il n’apparaisse pas au niveau de l’Apprenti. D’une simplicité déroutante (une barre de fer sur un point d’appui), il ne nécessite que la volonté du constructeur pour être opérant. Au niveau symbolique, il est systématiquement associé à la règle, laquelle permet de son côté la mesure. Il est considéré comme l’emblème de la puissance qui compense la faiblesse, comme le moyen de surmonter un obstacle et comme l’obligation de contrôler l’action et l’effort

Réponses bleues (2, niveau intermédiaire)

      1. Qu’est-ce qui doit être juste et parfait ? a. Le Vénérable ; b. La Loge ; c. La tenue ; d. Le Temple.
        b. La Loge. Les plus anciens rituels mentionnent que, pour qu’une Loge puisse régulièrement procéder à l’ouverture des travaux ou à des initiations, il faut qu’au moins sept membres de la Loge soient réunis. De plus, la compos1t1on requise est tradit1onnellement établie ainsi : “Trois la gouvernent” (le Vénérable Maître et les deux Surveillants) ; “Cinq l’éclairent” (aux trois précités s’ajoutent l’Orateur et le Secrétaire) ; enfin, “Sept la rendent juste et parfaite” (la seule obligation pour ces deux autres membres, c’est d’être au moins Compagnons). Le chiffre sept fait référence à la valeur hautement symbolique de perfection qui lui est traditionnellement accordée depuis des temps très anciens dans la plupart des cultures humaines et qui a été reprise par la franc-maçonnerie
      2. Pour avertir qu’un profane est susceptible d’entendre ce qui est dit, quelle expression les maçons utilisent-ils ?
        L’expression consacrée est : « il pleut ! » Elle apparaît dans plusieurs rituels anciens du XVIIIème siècle, elle est utilisée quels que soient les obédiences ou les Rites. À l’origine, cette métaphore signifie que le Temple doit être couvert, c’est-à-dire constituer un ensemble complètement clos, à l’abri des éléments extérieurs. La pluie est donc la preuve du contraire. Cette expression a été étendue à toute situation où des maçons peuvent se trouver en présence de profanes, y compris dans la rue. De par son caractère simpliste, sinon naïf, et la plupart du temps décalé, car il ne pleut pas systématiquement, elle prête souvent à étonnement et à confusion lorsqu’elle est captée par des personnes ignorantes de ce code langagier.
      3. Où peut-on voir des lacs d’amour ?
        Sur les tableaux d’Apprenti et de Compagnon figure une corde à noeuds – également appelée houppe dentelée – qui en fait le tour. Cette corde est directement issue de la corde à treize noeuds des bâtisseurs médiévaux, instrument indispensable aux mesures et aux repères nécessaires à tout arpentage et à toute construction. Dans la symbolique maçonnique, les noeuds ont été transformés en lacs d’amour : ils sont plus déliés et prennent la forme d’un 8 allongé ou du symbole mathématique de l’infini. Ils signifient l’union fraternelle indissoluble qui caractérise les francs-maçons entre eux ; ils représentent à la fois la fraternité et la solidité de toute chaîne. Par un glissement de sens, cette corde est assimilée à la chaîne d’union, qui est un rite – c’est-à-dire une action cérémonielle et non plus une représentation – maçonnique universel.
      4. En quoi consiste le secret maçonnique ?
        Cette disposition est l’une de celles qui, dès le commencement, ont le plus fait fantasmer les antimaçons. notamment l’Église catholique. Elle a pour origine la préservation des secrets techniques de fabrication des mortiers au Moyen Âge où la concurrence était âpre. Étendue à la franc-maçonnerie spéculative, elle a souvent été enfreinte, révélations et divulgations ayant lieu de tout temps. AuJourd’hui, outre le secret du contenu symbolique des grades, le secret maçonnique prend deux formes : d’une part, l’interdiction de révéler l’appartenance maçonnique d’un autre maçon afin de ne pas lui nuire, et, d’autre part, la défense de révéler ce qui est vu et dit dans le Temple. Au fond, il s’agit de préserver la liberté de tout homme de réfléchir avec qui il veut et comme il le souhaite, dans une démarche personnelle et intérieure.
      5. Comment est orientée une Loge ?
        Les édifices sacrés (les églises et les temples) sont orientés de deux façons : soit leur entrée est à l’est, le chœur se trouvant alors à l’ouest, car le soleil doit pouvoir pénétrer dans le corps de la construction, soit leur entrée est à l’ouest, tandis qu’à l’intérieur les fidèles tournés vers l’orient évoquent l’attente du soleil levant. La détermination des points cardinaux dépend de l’orient pris comme point de référence (orientation) pour les chrétiens, le soleil levant rappelle la résurrection du Christ. Pour leur part, les Temples maçonniques ont, symboliquement, toujours leur entrée à l’ouest, le siège du Vénérable étant à l’Orient, car il est censé représenter la Lumière qui illumine l’ensemble de l’édifice. Mais le Temple représente également le cosmos avec la voûte étoilée figurée au plafond. Une formule traditionnelle mentionne que, dans sa longueur, le Temple va de l’Occident à l’Orient, dans sa largeur, du Septentrion au Midi et, dans sa hauteur, du Nadir au Zénith.
      6. Que symbolisent les grenades au sommet des colonnes bu temple ? a. L’amitié ; b. La connaissance ; c. La fécondité ; d. La fraternité.
        c. La fécondité. Chacune des deux colonnes du Temple est surmontée  par trois grenades entrouvertes. Ce fruit d’origine orientale, qui est comestible alors que les racines de l’arbre sont toxiques, dont les grains sont savoureux alors qu’ils sont difficiles à séparer, dont la couleur est rouge alors que les graines baignent dans une pulpe transparente, donne lieu à de nombreuses interprétations. Si certains auteurs maçons y voient le symbole de l’amitié, donnant alors la priorité à la liaison entre les grains, la plupart lui confèrent, toutefois, la représentation de la fécondité dans une conception plus  intuitive et traditionnelle, rappelant ainsi la mission que la Bible attribue aux hommes de croître et de se multiplier. Quant aux thèmes de la connaissance et de la fraternité, parfois rencontrés, ils découlent de raisonnements ésotériques plutôt complexes.
      7. Que représentent les éléments gravés sur la planche à tracer ?
        Le symbole de la planche à tracer est constitué d’un rectangle à l’intérieur duquel figurent un carré dont les droites se croisent à chaque angle et la lettre X, dénommée aussi croix de Saint-André. Ces deux signes sont les matrices qui permettent, par déclinaison, de constituer l’alphabet maçonnique. Longtemps utilisé au XVIIIème siècle, celui-ci est parfois réemployé de nos jours. La planche à tracer concerne essentiellement le grade de Maître qui est seul capable d’établir des plans. Mais elle figure aussi sur les tableaux d’Apprenti et de Compagnon afin que son existence soit connue même si son usage est encore énigmatique à ces degrés. Ce symbole est bien évidemment issu des métiers médiévaux du bâtiment et sa dénomination même traduit l’importance du dessin dans l’expression maçonnique. Très souvent, plutôt que d’employer le verbe écrire, c’est la formulation tracer une planche qui est usitée.
      8. A quel endroit du tableau de Loge ne figure pas de fenêtre ?
        Les tableaux de Loge d’Apprenti et de Compagnon contiennent chacun trois fenêtres grillagées – de nombreuses interrogations subsistent sur les raisons de l’existence d’un grillage – systématiquement placées l’une à l’Orient, la deuxième au Midi et la troisième à l’Occident. Le seul endroit où il n’y a pas de représentation
        de fenêtre est donc au nord. L’explication traditionnelle repose sur l’assimilation de la position des fenêtres par rapport à la course du soleil, celui-ci ne passant Jamais au nord. De plus, cela correspond à la situation des Apprentis qui sont assis sur la colonne du nord, endroit symboliquement le moins éclairé de la Loge. On leur signifie ainsi qu’ils sont encore dans l’ombre et que le chemin vers la véritable conscience initiatique se fait par l’accès aux grades de Compagnon et de Maître.
      9. Quel outil symbolise l’affection fraternelle ?
        La truelle. Elle est l’outil indispensable au maçon. En permettant de gâcher le mortier et en étalant le ciment, elle établit le lien matériel entre les pierres. Sa forme triangulaire la rend précieuse pour affiner la pose et réaliser ainsi l’unité et la solidité de l’édifice. Elle est depuis toujours le symbole de la fraternité qui prévaut entre les francs-maçons, ainsi que l’emblème universel des sentiments de bienveillance envers le monde profane. La truelle est particulièrement mise en valeur par le Rite Français tandis qu’elle a été oubliée par le Rite Écossais Ancien Accepté. Sans la citer explicitement, Anderson, dans les Constitutions (1723), rappelle que l’amour fraternel est le ciment et la gloire de cette ancienne fraternité qu’est la maçonnerie.
      10. À quelles occasions la corde est-elle utilisée ?
        Cet instrument très ancien, tressé depuis les premiers temps pour toutes sortes d’opérations techniques (liens, tractions, guidages, etc.) a été repris par la franc-maçonnerie sous deux formes. D’abord, celle de la corde au cou : lorsque le récipiendaire est introduit dans le Temple pour la cérémonie d’initiation, il porte une corde à noeud coulant autour du cou, en signe d’humilité, qui lui rappelle symboliquement l’état d’esclavage dans lequel il est, et ce qui l’attend au cas où il trahirait ses engagements. Ensuite, celle de la corde à noeuds : instrument classique des chantiers opératifs, elle sert à tracer des plans, à mesurer dans les actions d’arpentage. Elle symbolise la nécessaire précision et rectitude que doit mettre en oeuvre le maçon dans son travail. Elle a été transposée sous la forme de la houppe dentelée.
      11. Quelle erreur s’est glissée dans cette présentation vestimentaire du profane pour son initiation ? a. Sein gauche dénudé ; b. Genou droit découvert ; c. Pied droit déchaussé.
        c. Pied droit déchaussé. Lorsqu’il pénètre dans le Temple, se courbant au passage de la porte basse, le récipiendaire a les yeux bandés et une corde autour du cou ; son bras gauche, son sein gauche et son genou droit sont découverts, il porte une pantoufle ou une chaussette au pied gauche. Cette séquence rituélique vise principalement à montrer au futur Apprenti – on n’est Apprenti maçon que lorsque l’on a prêté serment – que, après être passé par le Cabinet de réflexion où il a été confronté à la mort, il est encore dans un état d’infériorité et de dénuement manifestes. Cet habillement débraillé figure le vieil homme qui doit disparaître par l’accomplissement de l’initiation.
      12. Quel est le sens de l’initiation maçonnique ?
        L’initiation est un phénomène anthropologique universel mis en oeuvre par la franc-maçonnerie et est porteuse d’une grande subjectivité. Elle est auJourd’hui la clé de voûte de la franc-maçonnerie donnant lieu à des interprétations nombreuses, divergentes et parfois opposées, chaque franc-maçon, selon sa conception philosophique, ayant sa définition personnelle. Toutefois, on s’accorde à penser que c’est un long processus évolutif d’éveil à la conscience, reprenant à la fois la fonction de rite de passage et d’acte de socialisation. Il s’agit également d’un processus actif et personnel, car c’est l’individu qui doit se réaliser pleinement par l’enseignement et la méthode qui lui sont transmis. Enfin, spiritualistes et rationalistes se rejoignent pour admettre que l’initiation maçonnique concerne le sens de la condition humaine et son harmonie avec le monde.
      13. Quel est le symbole cosmique présent dans tout temple maçonnique ?
        La voûte étoilée. La dimension universelle de la franc-maçonnerie se traduit par l’ouverture du Temple vers le ciel, représenté de nuit et constellé d’étoiles. Ce symbolisme, classique dans la plupart des religions, a été manifestement repris dans une perspective contemplative, le franc-maçon étant ainsi confronté en permanence à une méditation sur la notion d’infini dépassant la condition humaine. Philosophiquement, cet usage confirme aussi son caractère naturaliste qui se retrouve également dans de nombreux autres symboles. La voûte étoilée, un symbole très riche permettant d’avoir accès à la notion d’infini, se retrouve dans le symbolisme de la grotte (mythe platonicien de la caverne) ou dans l’usage chevaleresque de la voûte d’acier (accueil d’un frère en Loge par tous les frères tenant une épée pointée vers le haut).
      14. Quelles sont les trois purifications pratiquées au cours de l’initiation ?
        Comme les trois mousquetaires, il y en a quatre en réalité, mais, par commodité, on parle de trois purifications, car la première se déroule en dehors du Temple. Depuis la plus haute antiquité, certains philosophes, tel Empédocle, ont proposé une explication du monde fondée sur quatre éléments : la terre, l’air, l’eau et le feu. Par l’intermédiaire du courant alchimiste qui l’a reprise, cette théorie s’est introduite en franc-maçonnerie Ainsi, lors de son passage dans le Cabinet de réflexion, l’impétrant est-il purifié par la terre avant de l’être par l’air, l’eau et le feu durant la cérémonie. Ces trois purifications sont concrétisées matériellement par l’envoi d’un souffle sur le visage, par le trempage d’une main dans un récipient d’eau et par le passage d’une flamme devant les yeux, ce qui, en raison des yeux bandés, constitue toujours des moments de surprise intense.
      15. Pourquoi le crâne est-il un symbole en franc-maçonnerie ?
        L’initiation maçonnique ayant pour but de transformer l’homme afin de l’éveiller à la conscience universelle et à l’harmonie, le symbolisme ne manque jamais de faire appel aux figurations traditionnelles de la mort. Ainsi apparaissent les ossements humains, le sablier, la faux et évidemment le crâne. Ces symboles sont présents dans le Cabinet de réflexion, mais le crâne, en raison de sa dimension symbolique exceptionnelle dans les différentes cultures humaines, occupe une place spécifique. Il est très probable également que la vogue des vanités au XVIIème siècle baroque ait influencé les premiers rédacteurs des rituels spéculatifs. On retrouve souvent le crâne posé sur le plateau du Vénérable durant les tenues des trois premiers degrés comme un rappel constant de l’inéluctable brièveté de la vie. De même, au grade de Maître et dans certains hauts grades, sa présence constitue un élément fondamental du rituel.
      16. Quels symboles remplacent les grenades sur le tableau de Loge du  compagnon ?
        Les sphères. Elles prennent place au-dessus de chacune des deux colonnes J et B en remplacement des grenades propres au grade d’Apprenti. L’une des sphères représente le globe terrestre, et l’autre la sphère céleste. L’emprunt de ce symbole sphérique aux sciences de la Renaissance est évident, car il n’est pas utilisé antérieurement ni cité dans la Bible. Quoique signe de modernité, il a été pérennisé dans la maçonnerie anglaise depuis le milieu du XVIIIème siècle. Il a pour but de montrer au Compagnon que sa recherche n’a pas de limite et doit s’étendre à toutes les dimensions de l’univers. Dans le prolongement de cette approche, il s’agit de montrer que l’Ordre maçonnique est véritablement universel.
      17. Que désigne l’expression enfants de la veuve ?
        Ce sont les maçons qui se désignent ainsi. Cette expression est fort répandue et admise dans le monde maçonnique alors que personne n’en connaît ni l’origine exacte ni la date précise de première utilisation, malgré de nombreux travaux de recherche. La signification majoritairement retenue est issue de la Bible (1 Rois, VII, 14). “Le roi Salomon envoya chercher Hiram de Tyr, fils d’une veuve de la tribu de Nephtali.” Tout maçon s’assimile à Hiram dont il perpétue le destin ; tout maçon est donc enfant de sa veuve. Des interprétations historiques, ésotériques et symboliques n’ont toutefois pas manqué : la franc-maçonnerie serait veuve de la mort de Jacques de Molay,  le dernier Grand Maître des Templiers, ou il s’agirait d’une reprise du mythe d’Isis, veuve d’Osiris. Des interprétations hermétistes et kabbalistiques existent aussi.
      18. Que signifie la formule secrète V.I.T.R.I.O.L. ?
        Il peut être surprenant de voir utiliser par des personnes attachées à l’harmonie universelle et au pacifisme un terme dont le sens classique désigne l’acide sulfurique, liquide corrosif à la réputation parfois criminelle. Il s’agit en fait d’une formule ésotérique en usage chez les alchimistes depuis au moins le XIIIème siècle. L’acronyme condense une formule latine : “Visita lnteriora Terrae Rectificandoque lnvenies Occultum Lapidem“, soit “Visite l’intérieur de la Terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée.” La franc-maçonnerie l’a empruntée au courant alchimiste, et l’emploie dès le Cabinet de réflexion pour signifier au candidat qu’il aura toujours à s’interroger sur sa propre nature intime, l’introspection étant la base de toute démarche de construction de soi, sous réserve d’être capable de rectifier. L’expression est très répandue chez les maçons en quête d’effort permanent.
      19. Quelle est la formule secrète du grade d’Apprenti ?
        Je ne sais ni lire, ni écrire…” Cette formule, qui fait partie des mots, signes et attouchements, est révélée à l’Apprenti lors de son instruction. À la demande “Donnez-moi le mot sacré”, il lui faut répondre par cette formule qu’il devra connaître par cœur. Il s’agit de transmettre un mot qui représente un symbole du grade, en épelant chacune de ses lettres : l’interrogateur donne la première, l’Apprenti la seconde et ainsi de suite. Cette modalité de transmission a une grande portée symbolique et philosophique : elle signifie que la connaissance est nécessairement fractionnée et que nul ne peut affirmer détenir pleinement la vérité. Cette formule secrète est structurante dans la démarche maçonnique, des maçons de longue date l’employant régulièrement Elle rappelle à l’impétrant que les connaissances acquises dans le monde profane ne suffisent pas pour accéder à la connaissance et qu’il doit acquérir de nouveaux langages.
      20. Qu’est-ce qu’un symbole ?
        Étymologiquement, le mot sumbolon veut dire en grec ancien “objet brisé.” C’était un signe de reconnaissance dont deux personnes qui avaient noué une relation d’hospitalité conservaient chacune une partie (la plupart du temps, un tesson d’argile). Dans un autre sens, le mot désignait à Athènes le jeton de présence pour les membres de l’assemblée du peuple ou pour les juges. Enfin, de façon extensive, le mot a désigné toute marque de reconnaissance, utile notamment dans les relations commerciales. Employé dans un sens figuré, il est devenu de manière courante la représentation d’une idée à travers un objet : un arbre représente la vie, la blancheur traduit l’innocence, une fleur signifie la beauté, une colombe est synonyme de paix. Adopté par les religions à mystères de l’Antiquité, le mot, dont les potentialités de sens sont infinies, a été repris par la franc-maçonnerie.
      21. Que veut dire l’expression : “être libre et de bonnes moeurs” ?
        C’est l’un des critères d’admission traditionnels en franc-maçonnerie : le candidat est supposé être libre et de bonnes moeurs. Cette formule est un résumé commode, passé depuis lors dans les rituels, des conditions fixées par les Constitutions d’Anderson (1723) dont le texte original est le suivant: “Les personnes admises membres d’une Loge doivent être hommes de bien et loyaux, nés libres et d’âge mûr et discret. ni esclaves, ni femmes, ni hommes immoraux et scandaleux, mais de bonne réputation.” La liberté requise est de nature économique, la personne devant assumer sa propre subsistance. La notion de bonnes moeurs ne concerne pas uniquement la conduite publique, mais s’applique aussi aux vertus personnelles telles que la sincérité, l’humilité et la maîtrise de soi. Enfin, l’exclusion des esclaves et des femmes reste un phénomène historiquement daté ; la franc-maçonnerie a rapidement lutté, dès le XVIIIème siècle, pour leur émancipation et leur liberté.

Réponses bleues (3, niveau avancé)

      1. Lequel de ces outils n’est pas un bijou mobile ? a. La perpendiculaire ; b. Le niveau ; c. Le compas ; d. L’équerre.
        c. Le compas.  Malgré toute sa valeur symbolique, le compas n’est pas un bijou mobile. La distinction entre bijoux mobiles et bijoux immobiles (6 au total) reste obscure en tant que telle, mais elle a pris une importance rituélique certaine, car elle apparaît dans les plus anciens textes maçonniques de la fin du XVIIème siècle. Les trois bijoux mobiles rappellent le rôle essentiel que doivent jouer les trois Lumières de la Loge. Le Vénérable porte l’équerre, car ses actions doivent être conformes à la Justice et à la droiture ; le 1er Surveillant porte le niveau afin d’assurer une parfaite égalité entre les maçons ; le 2nd Surveillant arbore la perpendiculaire pour que les Apprentis apprennent à travailler en restant d’aplomb sur des fondations stables et à s’élever avec rectitude. Les bijoux sont d’usage en franc-maçonnerie, car ils permettent d’authentifier la fonction exercée par son porteur.
      2. Quel emblème est associé à chaque Officier Dignitaire ?
        Le Collège des Officiers comprend dix frères et sœurs pour administrer une Loge. Chaque fonction se voit attribuer un symbole spécifique, généralement brodé sur leur sautoir.
        Vénérable : une équerre, signe de rectitude.
        ler Surveillant : un niveau, symbole d’égalité.
        2ème Surveillant : une perpendiculaire, recherche de l’élévation (verticalité).
        Orateur : un livre ouvert avec le mot “Loi”, car c’est lui qui fait appliquer les règlements.
        Secrétaire : deux plumes croisées, symbole de l’écriture.
        Trésorier : deux dés croisées, signe de protection des moyens financiers.
        Hospitalier : une bourse, pour récolter les aides en faveur des membres défavorisés.
        Grand Expert : un glaive croisé avec une règle et un œil, car il fait respecter le rituel qu’il doit connaltre parfaitement.
        Maître des Cérémonies : deux glaives croisés et une canne.
        Couvreur: un glaive en position verticale, poignée en bas, pour défendre l’entrée du Temple.
      3. Comment appelle-t-on l’association du Soleil et de la Lune ?
        Les “deux luminaires”. L’association entre le Soleil et la Lune est immémoriale, liée à l’alternance mécanique de ces deux astres dans la
        vie naturelle et reprise par le symbolisme universel. Par tradition, le Soleil est actif et placé à droite en regardant l’Orient de façon à éclairer la colonne du midi, il représente le feu. La Lune est l’élément passif, placée à gauche, devant la colonne des Apprentis, et représente l’eau. Ce couple symbolique indissociable donne lieu à des interprétations infinies fondées sur le naturalisme le plus simple jour et nuit, blanc et noir, Bien et Mal, etc. Les premiers textes de la maçonnerie moderne évoquent également une triade avec le Maître de la Loge. le Soleil gouverne le jour, la Lune la nuit et le Maître la Loge.
      4. Que désigne l’Orient pour un franc-maçon ?
        Le mot a trois significations :
        l. Un sens naturel compris par tout le monde, initié ou non : c’est la direction d’où vient la lumière. Cette notion a une importance fondamentale en franc-maçonnerie : être initié, c’est avoir reçu la Lumière.
        2. Un sens figuré : c’est la partie du Temple où siège le Vénérable Maître. Le Temple est toujours, symboliquement, orienté de l’Orient à l’Occident et le Vénérable, censé apporter la Lumière à la Loge, prend place à l’endroit où celle-ci apparaît.
        3. Un sens administratif : c’est la localisation géographique de la Loge. Plutôt que d’utiliser le terme de « ville » pour indiquer le lieu où est installée une Loge, les francs-maçons la situent par l’expression traditionnelle “Orient de…”
        Enfin, la formule Orient éternel signifie le décès d’un frère et traduit le lieu symbolique qu’il est présumé avoir atteint dans sa recherche de l’idéal maçonnique.
      5. Combien de marches l’Apprenti et le Compagnon doivent-ils gravir  chacun pour accéder au temple ?
        Respectivement 3 et 5 marches. La notion d’escalier, qui ne peut exister que par la présence de marches, signifie traditionnellement la montée progressive vers la connaissance. Le chiffre 3 étant attribué au grade d’Apprenti et le chiffre 5 à celui de Compagnon, il est normal que symboliquement le nombre de marches corresponde au chiffre de chaque grade. Au niveau de l’Apprenti, les trois marches représentent une étape fondamentale, car celles-ci sont l’une des nombreuses marques du passage ascensionnel du monde profane vers le monde initiatique, des ténèbres vers la lumière. L’accès au grade de Compagnon complète cette élévation. Une vision plus ésotériste considère que les trois marches de l’Apprenti traduisent les trois plans de l’Homme : corps, âme et esprit.
      6. Que signifient les deux lettres inscrites sur les colonnes ?
        Les deux colonnes représentent l’un des symboles les plus forts de la franc-maçonnerie ; elles sont considérées comme un élément essentiel de toute architecture, et comme l’une des particularités du Temple de Salomon, idéal indépassable de toute construction. Sur l’une des colonnes est inscrite la lettre « J », initiale du mot hébreu Jakin qui signifie « il établira », sur l’autre colonne est inscrite la lettre « B », initiale du mot hébreu Boaz qui signifie « en force ». De nombreuses controverses entre exégètes bibliques, historiens, archéologues et autres spécialistes des rituels ont eu lieu quant à l’emplacement des colonnes et à l’interprétation de ces termes. Selon
        ses convictions personnelles, le maçon considère que la combinaison des deux termes représente Dieu dans une conception spiritualiste, le Grand Architecte de l’Univers dans une vision symboliste, ou encore lui-même dans une perspective rationaliste.
      7. À quel mythe philosophique célèbre est assimilée l’initiation maçonnique ? a. Le mythe de la caverne ; b. Le mythe de Gygès ; c. Le mythe de Prométhée ; d. Le mythe de Faust.
        a. Le mythe de la caverne. La référence très souvent évoquée est celle du mythe de la caverne de Platon (La République, livre VII). Dans ce texte, Platon décrit la condition de l’homme à la recherche de la connaissance et de son émancipation. L’homme est prisonnier de son état, enchaîné et soumis à des illusions qui augmentent son ignorance ; il perçoit des ombres d’objets sur la paroi de la caverne et des reflets de l’extérieur. Pour atteindre la réalité du monde, il doit se libérer de ses liens. La caverne est donc le lieu symbolique universel de la renaissance. Par ces différentes interprétations possibles (cosmogonique avec le rôle du soleil et de la lumière, philosophique avec le travail de libération et d’éducation nécessaire à l’acquisition de la liberté), cette allégorie dont la portée est universelle contient de nombreux éléments propres au phénomène de l’initiation.
      8. Pourquoi la franc-maçonnerie utilise-t-elle le symbolisme ?
        Depuis la plus haute antiquité, les religions à mystères (Égypte, Grèce, Moyen-Orient) et les courants ésotéristes ont utilisé le symbolisme pour transmettre leur enseignement. En parallèle, il est acquis aujourd’hui par les historiens que les constructeurs médiévaux ne se contentaient pas d’exécuter un programme dicté par l’Église, mais avaient, à partir de leurs outils et des oeuvres d’art qu’ils produisaient, une interprétation très large de leur travail, parfois iconoclaste. Ayant réussi intellectuellement l’amalgame de ces deux mouvements de pensée, la franc-maçonnerie a donc tout naturellement utilisé le symbolisme comme moyen de réflexion ; mais cela ne s’est fait que progressivement, les grands textes maçonniques du Moyen Age étant orientés plutôt sur les règles du métier. C’est à partir de la fin du XVIIIème siècle que les rituels ont vraiment pris une consistance symbolique.
      9. Quels sont les faux amis du symbole ?
        Selon les auteurs symbolistes, il faut distinguer le symbole dans sa définition de toute une série de notions voisines :
        L’emblème : c’est une figure visible, adoptée conventionnellement pour représenter une idée (ex. : le drapeau est l’emblème de la patrie),
        L’attribut : c’est une image servant de signe distinctif (ex . : la balance, attribut de la Justice),
        L’allégorie : c’est la représentation d’un mot abstrait par une image (ex. : une femme ailée est l’allégorie de la victoire),
        La métaphore : c’est une comparaison implicite imagée (ex. : « L’or du soir qui tombe »),
        La parabole : c’est un récit contenant une signification morale, proche de l’apologue, qui est une fable imaginaire ayant aussi une portée morale,
        Le symptôme : c’est un signe traduisant une perturbation ou un conflit.
      10. Pourquoi les grades se voient-ils attribuer chacun un âge particulier ?
        Chaque degré se voit attribuer un âge symbolique exprimé en années : l’Apprenti a trois ans, le Compagnon cinq ans et le Maître sept ans et plus. Chacun de ces chiffres correspond au nombre symbolique du grade. La fixation d’un âge symbolique est plus importante que les maçons ne le croient souvent eux-mêmes : il s’agit de savoir se distancier du monde profane, conformément à l’un des enseignements de l’initiation, et de savoir évacuer son histoire personnelle pour le bien du groupe que représente la Loge. C’est aussi l’un des moyens d’affirmer l’égalité entre tous et d’avancer vers davantage de fraternité. Le rituel formalise expressément cette situation, ce qui permet de façon anodine de vérifier si une personne a été ou non initiée ; à la question: “Quel âge as-tu ?”, il faut répondre par l’âge maçonnique et non par l’âge civil.
      11. Quel mois marque le début du calendrier maçonnique ?
        C’est le mois de mars qui débute l’année maçonnique et le mois de février qui la termine. La franc-maçonnerie a repris l’agencement du calendrier républicain romain avant la réforme de Jules César. Par tradition, les maçons utilisent l’ère maçonnique pour dater leurs activités. Généralement, l’année est dénommée “Année de la Vraie Lumière” (A:.V:.L:.). Comme la légende fait remonter l’origine de la maçonnerie à la création du monde, c’est la chronologie biblique qui a été retenue. On ajoute donc quatre mille ans à la date de l’année civile en cours – dite “Ère vulgaire” (E:.v:.) – pour fixer la date maçonnique. Par cette singularité, la franc-maçonnerie veut montrer l’importance de la problématique du Temps, notion qui reste l’une des grandes interrogations de la philosophie et de la science. Ainsi l’année 2017, année du tricentenaire de la maçonnerie moderne, correspondait-elle
        à l’année 6017.
      12. Quels symboles du Cabinet de réflexion sont absents de la liste  suivante ? Crâne humain, ossements, cruche d’eau, miroir, sablier, sel, pain, mercure, soufre.
        À tous ces symboles auxquels le candidat est confronté dans le Cabinet de réflexion doivent être ajoutés la faux et le coq. La faux est le symbole classique de la mort qui met fin à la vie de façon radicale et souvent imprévisible. Elle complète ici le crâne, les ossements et le sablier pour indiquer, d’une part, la brièveté du passage sur terre et, d’autre part, la nécessité de la mort profane pour préparer une nouvelle vie après l’initiation. Le coq est une présence plus originale, les animaux étant peu représentés en franc-maçonnerie. Animal dynamique, courageux et fort, il traduit la vigilance attendue du candidat ainsi que le retour de la lumière du jour après la nuit. On notera parallèlement que l’ensemble de ces symboles a une signification alchimique évidente, montrant ainsi l’influence qu’a eue ce courant de pensée sur la franc-maçonnerie.
      13. Quelles sont les fonctions du symbole ?
        Pour les francs-maçons, le symbole est un moyen d’accès fondamental à la connaissance. Son utilisation permet d’atteindre un autre plan de conscience que l’évidence rationnelle, car il a la faculté d’admettre la coexistence des contraires, thème abordé depuis la plus haute antiquité par les philosophes. Il laisse la possibilité à l’individu de s’exprimer librement en dehors de toute contrainte culturelle. Spontanéité, sensibilité, affectivité sont les maîtres mots. Le symbole a pour fonction de traduire le vécu profond de l’être. La pensée symbolique est ainsi une pensée de l’imaginaire ; elle fonde son déroulement sur l’intuition, l’analogie et les correspondances. Le symboliste appréhende le réel directement par les sens.
      14. Pourquoi appelle-t-on la porte du temple la porte basse ?
        Le Temple est orienté dans le sens est-ouest, l’est étant l’Orient où siège le Vénérable Maître de la Loge. La porte du Temple se trouve donc à l’Occident, l’endroit de contact avec le monde profane plongé dans l’obscurité. Par tradition, les maçons estiment que cette porte doit être “étroite et basse”, pour signifier combien le passage vers la lumière initiatique nécessite d’efforts. La commodité de langage a transformé la formulation en “porte basse”. Le franchissement de cette porte, qui s’effectue la corde au cou, lors de la cérémonie d’initiation, oblige l’impétrant à se courber en deux en signe d’humilité. Ce moment difficile est souvent ressenti avec intensité et il est, parfois, assimilé à la venue au monde de l’enfant sortant du ventre de sa mère.
      15. Lequel de ces outils n’est pas un bijou immobile ? a. Le maillet ; b. La pierre brute ; c. La pierre cubique à pointe ; d. La planche à tracer.
        a. Le maillet. En dépit de sa valeur symbolique fondamentale en franc-maçonnerie, le maillet ne fait pas partie des “bijoux immobiles”. La distinction entre bijoux mobiles et bijoux immobiles (6 au total) reste obscure en tant que telle, mais elle a pris une importance rituélique certaine, car elle apparaît dans les plus anciens textes maçonniques de la fin du XVIIème siècle. Les trois bijoux immobiles sont la pierre brute, la pierre cubique à pointe et la planche à tracer. La pierre brute permet à l’Apprenti d’apprendre à travailler et, au plan moral, de polir ses propres aspérités ; la pierre cubique à pointe sert au Compagnon à finaliser ce travail d’Apprenti, afin de s’intégrer dans la Loge avec justesse et précision ; enfin, la planche à tracer est spécifique du Maître qui sait réaliser des plans et donner l’exemple du travail accompli. Les bijoux sont d’usage en franc-maçonnerie, car ils permettent d’authentifier la fonction exercée par son porteur.

[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : partage, édition et iconographie | sources : dervy-almora.fr | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête © Le Lombard.


Plus de symboles en Wallonie…

Pourquoi il faut haïr les journalistes

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​L’élection de Trump a fait le plus grand bien à ceux qui voulaient dire du mal des journalistes. Comme si cette profession était coproductrice de l’élection. «Je suis un journaliste, donc un déconnecté de la réalité. Chaque matin, mes enfants vont à l’école en taxi. Pire, en Uber. Le seul Français normal que je connaissais, c’était mon kiosquier, mais il a fermé. Désormais, je vis au sein d’une élite mondialisée coupée du monde social. Je n’ai pas vu venir le “Brexit”, pas prévu Trump. D’ailleurs, si “Brexit” et Trump il y eut, c’est à cause de moi. » Voilà les aveux qu’il conviendrait de faire lorsqu’on est journaliste. Car si les peuples sont devenus populistes, c’est la faute à l’entre-soi médiatique. Autrement dit, la meilleure manière de combattre Trump et les siens, c’est de combattre les journalistes. La meilleure manière de faire reculer la démagogie, c’est de surenchérir dans la démagogie…

Lire la suite de l’article de Guillaume ERNER sur CHARLIEHEBDO.FR (16 novembre 2016)

CAVAIGNAC : Les questions-réponses vertes (Dervy, 2018)

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La franc-maçonnerie – 101 questions sans un tabou (Dervy, 2018)

ISBN 97910 242 0252 5

Un jeu conçu, écrit et réalisé par : Yasmine Bonhomme, François Cavaignac et Valeria Cassisa. Ce jeu est constitué de 101 cartes réparties en trois domaines auxquels est associée une couleur pour les différencier :
. rouge pour ce qui se rapporte aux valeurs, à l’institution,
. vert pour ce qui se rapporte à l’histoire,
. bleu pour ce qui se rapporte aux symboles.

Questions vertes (1, niveau débutant)

      1. Quel est le rôle du Vénérable ?
      2. Combien y a-t-il de degrés en franc-maçonnerie ?
      3. Il existe des monuments maçonniques à Paris : vrai ou faux ?
      4. Comment s’appelle la réunion des francs-maçons en Loge ?
      5. Qu’est-ce qu’une Loge ?
      6. Pourquoi les francs-maçons portent-ils un tablier ?
      7. Sous quel nom est plus connue l’étoile à cinq branches ?
      8. Quel est le modèle du Temple maçonnique ?
      9. Existe-t-il un lien entre l’alchimie et la franc-maçonnerie ?
      10. Que signifient les initiales REAA ?
      11. Des scientifiques ont participé à la naissance de la franc-maçonnerie moberne : vrai ou faux ?

Questions vertes (2, niveau intermédiaire)

      1. La franc-maçonnerie et les arts sont incompatibles : vrai ou faux ?
      2. D’où vient l’appellation de «franc-maçon» ?
      3. Quel est le nom de la célèbre Loge où fut initié Voltaire ? a. La Candeur ; b. Les Neuf Soeurs ; c. L’Union.
      4. Pourquoi des épées servent-elles dans les cérémonies maçonniques ?
      5. L’Égypte est une source historique de la franc-maçonnerie : vrai ou faux ?
      6. A partir de quelle année les femmes ont-elles pu entrer au Grand Orient de France ? a. 1869 ; b. 1900 ; c. 1914 ; d. 2009 ; e. 2010.
      7. Quel a été l’apport de la franc-maçonnerie à la République [française] ?

Questions vertes (3, niveau avancé)

      1. À quelle date et où la franc-maçonnerie modeme est-elle née ?
      2. À quel théorème célèbre fait référence le bijou de Vénérable Maître ? a. Au théorème de Thalès ; b. Au théorème de Pythagore ; c. Au théorème d’Euclide ; d. Au théorème d’Archimède.
      3. Quelle a été la première obédience en France à être mixte ?
      4. Qui a dit : « Un maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale ; et s’il connaît bien l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux » ?
      5. Quel est l’intrus parmi ces mythes maçonniques ? a. Hiram ; b.  Salomon ; c. Prométhée ; d. Les Templiers ; e. La tour de Babel.
      6. Qui n’a jamais été franc-maçon ? a. Le marquis de Sade ; b. Napoléon I ; c. Victor Hugo ; d. Louise Michel ; e. Léon Blum ; f. Joséphine Baker.
      7. Par quels mots se termine cette formule célèbre : “Les francs-maçons
        sont partout et…” ?
      8. Pourquoi existe-t-il plusieurs Rites ?
      9. La franc-maçonnerie joua un rôle majeur dans la Révolution française : vrai ou faux ?
      10. La devise de la République est d’origine maçonnique : vrai ou faux ?

Réponses vertes (1, niveau débutant)

      1. Quel est le rôle du Vénérable ?
        Comme dans toutes les institutions, il est nécessaire d’organiser le fonctionnement des individus selon les objectifs collectifs. Pour ce faire, les maçons désignent, chaque année, le président de leur loge. Véritable patron de la Loge, il porte le titre de « Vénérable ». Investi de la confiance de ses frères et soeurs, il a pour mission d’assurer la direction de la Loge, tant au niveau administratif (correspondances, convocations, maintien de la discipline interne, etc.) qu’au niveau symbolique et rituélique. C’est lui qui assure la transmission initiatique et la transmission des grades. Une telle autorité morale implique sagesse et discernement afin de concilier en permanence la variété des opinions. Il est assisté d’un Collège des Officiers de neuf membres, chacun d’eux ayant une fonction particulière.
      2. Combien y a-t-il de degrés en franc-maçonnerie ?
        La franc-maçonnerie symbolique comprend universellement 3 degrés : Apprenti, Compagnon et Maître. Ces degrés proviennent de la tradition opérative classique ; mais, dans les années 1730, une légende particulière, la légende d’Hiram, a été insérée dans le grade de Maître, traduisant ainsi dans les faits le passage au spéculatif de la maçonnerie moderne. La progression initiatique postérieure à la maîtrise, appelée également hauts grades ou degrés supérieurs, propose, selon les rites, un nombre de degrés différent Ainsi, par exemple, en tenant compte des trois premiers degrés précités, le Rite Français comprend 7 degrés, le Rite Écossais Rectifié 8 degrés, le Rite Écossais Ancien Accepté 33 degrés et les Rites égyptiens (Memphis-Misraïm) 33, 90 ou 99 degrés, selon les cas. À chaque degré correspond une légende, un enseignement ou une valeur morale ou philosophique propre.
      3. Il existe des monuments maçonniques à Paris : vrai ou faux ?
        Faux ! Les romans de Dan Brown ont popularisé l’idée que les francs-maçons avaient marqué de leur empreinte l’urbanisme occidental en insérant dans l’architecture des symboles ésotériques repérables par les seuls initiés. Paris, en raison de son prestige historique de Ville Lumière, est sujet à ce type de recherche. En vérité, les constructeurs modernes francs-maçons se sont contentés de glisser çà et là, discrètement, des décors allusifs, sans dévoiler de manière appuyée leur appartenance. Parallèlement, tout décor antiquisant donne lieu immédiatement à interprétation. Le monument des Droits de l’homme du Champ-de-Mars, la Grande Arche de la Défense, la pyramide du Louvre, le Panthéon, la réplique de la statue de la Liberté, l’axe de la Concorde avec l’obélisque de Louxor, la tour Eiffel ou encore le fronton de l’Assemblée nationale font fantasmer les ésotéristes patentés sans qu’aucun plan d’ensemble ne puisse être déduit de ces éléments disparates.
      4. Comment s’appelle la réunion des francs-maçons en Loge ?
        Les francs-maçons se réunissent en tenue, terme générique pour  désigner une réunion maçonnique. On ignore son étymologie exacte (religieuse ou judiciaire). Normalement, toute Loge tient deux tenues par mois, au cours desquelles la présence est obligatoire (sauf excuses). Une vingtaine de tenues ont lieu durant l’année maçonnique qui court de septembre à juin (il n’y a pas de tenues pendant les vacances). Certaines tenues sont réservées à des manifestations spécifiques : initiation de profanes, élévation à un grade, tenue funèbre, etc. Il existe également des tenues blanches, qui permettent d’accueillir des profanes. Dans une tenue blanche fermée, les participants sont maçons et le conférencier est profane ; dans une tenue blanche ouverte, les présents sont à la fois maçons et profanes, mais le conférencier est obligatoirement maçon.
      5. Qu’est-ce qu’une Loge ?
        Si l’étymologie du mot est incertaine (origine allemande ou  italienne), sa signification, en revanche, est attestée. Au Moyen Âge, il s’agit d’un local de chantier où les ouvriers pouvaient remiser leurs outils et se mettre également à l’abri. Par glissement, le terme a désigné le local où les francs-maçons se réunissent rituellement, puis, par élargissement, il a désigné le groupe de maçons lui-même qui pratique dans ce lieu. La Loge est la cellule de base de la franc-maçonnerie. Elle est à la fois une personne morale et une entité administrative obédientielle. Elle est identifiable par un titre distinctif et un lieu d’implantation. Les maçons ne peuvent travailler maçonniquement que dans une Loge, lieu où s’exerce pleinement la conscience collective d’appartenance. Lorsqu’un profane est initié, la Loge d’accueil demeure sa Loge mère.
      6. Pourquoi les francs-maçons portent-ils un tablier ?
        Le tablier est unanimement considéré par les maçons comme le symbole du travail. Issu des tailleurs de pierre médiévaux, il permet de se protéger des éclats de pierre. Il a progressivement été normalisé
        en franc-maçonnerie : il est composé d’un rectangle de cuir et d’une bavette triangulaire. li permet aussi de représenter le grade de celui qui le porte. Aux grades d’Apprenti et de Compagnon, il est blanc ; au grade de Maître, il est orné de décors, symboles et couleurs particuliers, en fonction de l’obédience et du rite pratiqué. Le port du tablier est obligatoire en Loge, aucun maçon ne pouvant être admis à l’ouverture des travaux s’il n’en dispose pas. Il traduit l’idéal de glorification du travail que les maçons présentent comme un de leurs principes fondamentaux.
      7. Sous quel nom est plus connue l’étoile à cinq branches ?
        C’est l’étoileflamboyante, qui est l’un des symboles essentiels du grade de Compagnon, mais dont la signification symbolique est universelle. Connue depuis la plus haute Antiquité, elle était révérée des Égyptiens et des Pythagoriciens. Elle a aussi été utilisée par les constructeurs médiévaux (tailleurs de pierre et architectes) et, ensuite, par les ésotéristes, tant ses capacités interprétatives sont nombreuses. Elle contient non seulement la représentation de l’Homme (on peut y inscrire un corps humain avec la tête et les quatre membres) mais ses propriétés géométriques et mathématiques révèlent qu’elle contient également la valeur du Nombre d’or. Dans le Temple, elle figure soit au Nord, soit à l’Orient, arborant parfois la lettre “G”. Cette initiale désigne le mot anglais God (Dieu), mais la maçonnerie française lui laisse une largesse d’interprétation : Géométrie, Génération, Gravitation, Gnose, etc.
      8. Quel est le modèle du Temple maçonnique ?
        Le Temple de Salomon. Selon la Bible, le chantier débuta à partir de 959 av. J.-C. et dura sept ans. La construction multiplia les prouesses techniques et esthétiques : pierres dégrossies en carrière et montées sur place sans l’intervention d’aucun outil de fer, lambris de cèdre recouverts d’or, parquetage en cyprès, candélabres d’or boiseries sculptées de chérubins et de motifs floraux, etc. Pour les francs-maçons, c’est le chantier exemplaire, l’expression symbolique de la perfection : le Temple représente le cosmos, signe d’universalité. Les églises médiévales ont souvent repris sa configuration (parvis, lieu saint et sanctuaire) avec une gradation de l’espace sacré. Avant la fin du XVIIème siècle, le Temple de Salomon était déjà idéalisé et spiritualisé dans la culture européenne. Sa valeur mythique indéniable explique son emprunt dans le corpus symbolique maçonnique en cours de constitution à ce moment-là.
      9. Existe-t-il un lien entre l’alchimie et la franc-maçonnerie ?
        Oui, car la franc-maçonnerie a emprunté plusieurs idées et symboles aux différents courants de pensée pratiqués en Occident. Il y a d’abord eu une proximité philosophique à travers la recherche personnelle de la maîtrise de soi et d’un perfectionnement du monde. Ensuite, à partir du XVIIIème siècle, de nombreux maçons ont simultanément pratiqué l’alchimie et ont diffusé des idées hermétistes au sein de l’Ordre. Enfin, plusieurs symboles alchimiques sont présents en franc-maçonnerie dont les trois principes alchimiques que sont le soufre, le sel et le mercure qui figurent dans le Cabinet de réflexion. Le soufre est le feu qui anime, c’est-à-dire l’esprit, le sel est la matière qui soutient, c’est-à-dire la science, le mercure est la forme des choses, représentée par le coq, attribut d’Hermès. Sans oublier la formule de forme alchimique, également présente dans le Cabinet de réflexion, V.I.T.R.I.O.L.
      10. Que signifient les initiales REAA ?
        Rite Écossais Ancien Accepté. Dès les premiers temps de la  franc-maçonnerie moderne, au début du XVIIIème siècle, certains maçons ont revendiqué une antériorité en pratiquant des grades dits écossais. Ils soutenaient que ces grades trouvaient leur origine en Ecosse, ce pays ayant été le premier à avoir admis dans les Loges opératives des hommes ne faisant pas partie du métier de maçon. Peu à peu, ce courant « écossais » s’est structuré en créant des grades spécifiques, et le regroupement de ceux-ci en 1801, à Charleston (États-Unis), grâce à l’apport de maçons français, a donné naissance à un Rite auquel on a donné le nom d’Écossais Ancien Accepté. Le terme d’écossais rappelle l’origine initiatique, celui d’ancien traduit l’antériorité historique et la forme, celui d’accepté remémore l’acceptation de membres spéculatifs. Dans la maçonnerie anglo-saxonne, le REAA est, uniquement, un système de hauts grades.
      11. Des scientifiques ont participé à la naissance de la franc-maçonnerie moberne : vrai ou faux ?
        Vrai ! Les fondateurs de la Grande Loge de Londres, en 1717, étaient pour la plupart férus de sciences expérimentales et très influencés par la Royal Society, société savante anglaise fondée en 1660. Jean-Théophile Désaguliers, corédacteur des Constitutions d’Anderson et troisième Grand Maître en 1719, était expérimentateur de Newton, ayant publié plusieurs études de haut niveau sur la mécanique, l’électricité, l’optique, les mathématiques. Le chevalier de Ramsay, auteur d’un discours fondateur en 1736, n’hésite pas à fixer comme objectif à cette franc-maçonnerie moderne l’union “de la vertu et de la science.” La démarche maçonnique et la recherche scientifique ont un certain nombre de points communs (recherche de la vérité, usage de la raison et du doute), ce qui à permis à de très nombreux scientifiques depuis le XVIIIème siècle de pratiquer la maçonnerie.

Réponses verte (2, niveau intermédiaire)

      1. La franc-maçonnerie et les arts sont incompatibles : vrai ou faux ?
        Faux. Dès l’origine, les maçons ont été sensibles à toutes les formes d’art. Ils se répartissent dans tous les domaines, cherchant l’inspiration et la beauté. Il faut se souvenir que la franc-maçonnerie était aussi appelée l’Art royal. Dans la musique : Mozart (1756-1791). Dans la littérature : Goethe (1749-1832), W. Scott (1777-1832), R. Kipling (1855-1936), sir A. Conan Doyle (1859-1930). Au théâtre, en France, on a pu recenser, au XIXème siècle, plus de quarante auteurs dramatiques francs-maçons. Au cinéma, aux États-Unis : J. Ford (1894-1973) et F. Capra (1897-1997). Les comédiens et artistes maçons sont nombreux, mais ils cultivent la discrétion. On peut toutefois citer le célèbre clown A. Zavatta (1915-1993) et la famille de peintres Vernet : Claude Joseph Vernet (1714-1789), son fils Carle Vernet (1758-1836) et son petit-fils, Horace Vernet (1789-1863), qui fut dignitaire du Suprême Conseil de France.
      2. D’où vient l’appellation de «franc-maçon» ?
        Trois étymologies sont en concurrence, sans que les preuves  documentaires aient pu jusqu’à présent les départager. Pour les uns, le terme, apparu en Angleterre au cours du XIVème siècle, serait la contraction du mot free-stone mason, c’est-à-dire tailleur de pierre franche [Pierre franche : calcaire à grains fins, facile à découper et à graver au ciseau et au marteau] ; pour les autres, le mot est de portée juridique et non plus technique : le mot franc signifierait libre et aurait trait à l’organisation des métiers, l’ouvrier de l’époque louant ses services à titre individuel sur un chantier ; enfin, le terme s’appliquerait au métier et signifierait la franchise, notamment fiscale, qui pouvait être accordée à la pratique des francs métiers. La tendance majoritaire actuelle tend à donner l’avantage à la première définition.
      3. Quel est le nom de la célèbre Loge où fut initié Voltaire ? a. La Candeur ; b. Les Neuf Soeurs ; c. L’Union.
        b. Les Neuf Soeurs. Elle fut fondée en 1776. Le titre distinctif des Neuf Soeurs fait référence aux Muses, les neuf soeurs du Parnasse. Issue du Parti philosophique qui représentait alors l’expression la plus vivante et la plus accomplie de l’Encyclopédie et des Lumières, cette Loge se consacra à la culture des sciences, des lettres et des arts. Elle fut fondée et dirigée par l’astronome Jérôme de Lalande (1732-1807). Elle eut une certaine influence dans le soutien français à la Révolution américaine et eut en son sein de nombreux hommes de renom, notamment Benjamin Franklin (1706-1790), le naturaliste Lacépède (1756-1825), le musicien Piccinni (1728-1 800) et les peintres Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) et Joseph Vernet (1714-1789). Elle initia Voltaire le 7 avril 1778, quelques semaines avant son décès survenu le 30 mai.
      4. Pourquoi des épées servent-elles dans les cérémonies maçonniques ?
        L’usage de l’épée est essentiellement lié au développement de la franc-maçonnerie française au milieu du XVIIIème siècle. De nombreux aristocrates fréquentant les Loges souhaitaient conserver cet attribut de leur ordre tandis que les bourgeois, dans le but d’imiter la noblesse, en acceptaient la présence. En outre, la référence chevaleresque dans les rituels justifiait l’épée. Dans un but d’égalité, la coutume s’installa de ne plus porter l’épée sur le côté, mais de garder le baudrier. L’épée est l’emblème particulier du Couvreur et de l’Expert, elle est utilisée en plusieurs occasions dans les cérémonies. Elle est la plupart du temps tenue de la main gauche pour manifester davantage le soutien que l’action belliqueuse. Son symbolisme est riche : elle évoque les idées de justice, de courage, de protection et d’autorité, tandis que les francs-maçons spiritualistes (francs-maçons chrétiens) l’identifient à la croix.
      5. L’Égypte est une source historique de la franc-maçonnerie : vrai ou faux ?
        Faux ! Historiquement, la franc-maçonnerie n’a pas son origine dans l’ancienne Égypte. Mais dans l’imaginaire occidental, l’attrait de l’Orient égyptien, largement entretenu par la culture biblique, mêlé à l’ésotérisme présumé de la période pharaonique ont donné naissance, à l’occasion de l’expédition de Napoléon en 1799, à une mouvance rituélique directement inspirée de l’Égypte, considérée comme le berceau religieux de la Tradition primordiale. Au début du XIXème siècle, plusieurs rites se revendiquent d’une origine – historique ou philosophique – égyptienne : Rite de Misraïm et Rite de Memphis. Finalement, ces deux rites s’unifient en 1887, sous la houlette de Garibaldi, Grand Maître du Grand Orient d’Italie. Malgré de nombreuses vicissitudes (scissions en chapelles rivales, notamment) qui ont émaillé son histoire, le Rite égyptien a connu un réveil vivifiant à la fin du XXème siècle, même au sein du Grand Orient de France.
      6. A partir de quelle année les femmes ont-elles pu entrer au Grand Orient de France ? a. 1869 ; b. 1900 ; c. 1914 ; d. 2009 ; e. 2010.
        e. À partir de 2010. La question de la mixité préoccupe depuis longtemps le Grand Orient de France : elle a été posée pour la 1ère fois au Convent de 1869 et, de 1900 à 1914, elle a été présentée 72 fois sans succès. Le Convent de 2009, malgré des avis partagés, a fait évoluer les choses en votant qu’il ne pouvait y avoir de discrimination de sexe dans le recrutement du GODF, ce qui de facto permettait l’accès des femmes. Plusieurs Loges avaient anticipé ce mouvement en initiant des femmes, contrairement au règlement général, suscitant ainsi beaucoup d’interrogations. Prenant acte de cette situation, et dans le souci manifeste de laisser à chaque membre sa liberté de conscience, le Convent 2010 a confirmé le vote de 2009. Contrairement aux prévisions pessimistes de certains, ce passage à la mixité n’a pas provoqué de démissions massives. Désormais, un flux régulier de demandes féminines arrive au GODF où chacun peut pratiquer la maçonnerie.
      7. Quel a été l’apport de la franc-maçonnerie à la République [française] ?
        Grâce à la réflexion effectuée dans les Loges -particulièrement dans celles du Grand Orient de France qui a joué un rôle majeur en France entre 1880 et 1914-, de nombreuses lois de progrès ont stabilisé le régime et réglé à la fois la question sociale et la question religieuse. On peut ainsi citer les lois sur l’enseignement primaire obligatoire, laïque et gratuit (1882 et 1886) ; sur les libertés publiques (1881 liberté de réunion ; 1884 : organisation communale et légalisation du divorce ; 1901 : liberté d’association) ; sur la séparation des Églises et de l’État (1905) ; sur la protection sociale (1886 : développement des caisses de retraites vieillesse ; 1892 : réglementation et limitation du travail des femmes et des enfants ; 1910 : retraites ouvrières et paysannes) ; sur la législation du travail (1884 autorisation et légalisation des syndicats professionnels). Plus proche de nous, plusieurs francs-maçons ont participé activement à la légalisation du droit à l’avortement (loi Veil, 1975).

Réponses VERTES (3, niveau avancé)

      1. À quelle date et où la franc-maçonnerie modeme est-elle née ?
        Depuis une trentaine d’années, les recherches menées par les historiens ont permis de préciser plusieurs points, mais la question reste encore obscure à certains égards. la franc-maçonnerie spéculative moderne est formellement constituée lorsque, en 1717, quatre Loges anglaises (Londres et Westminster) décident de fonder la Grande Loge de Londres. En 1723, un texte spécifique, les Constitutions d’Anderson, organise le fonctionnement de cette nouvelle institution en présentant l’histoire légendaire du métier de maçon, les règlements généraux et obligations s’imposant aux maçons et les valeurs auxquelles ils doivent se référer. Mais cette origine uniquement anglaise est remise en cause aujourd’hui par la découverte de pratiques maçonniques antérieures (XVIIème siècle) en Écosse et en Irlande. En revanche, dans l’état actuel des connaissances, la franc-maçonnerie moderne est née dans les îles Britanniques.
      2. À quel théorème célèbre fait référence le bijou de Vénérable Maître ? a. Au théorème de Thalès ; b. Au théorème de Pythagore ; c. Au théorème d’Euclide ; d. Au théorème d’Archimède.
        a. Au théorème de Pythagore. Le bijou accroché au sautoir du Vénérable est une équerre dont les mesures qui la constituent vérifient le théorème de Pythagore. Le bijou qu’arborent les Vénérables d’honneur, ces anciens Vénérables distingués par la Loge pour leur action maçonnique, pousse plus loin la référence. En effet, une représentation géométrique du théorème figure dans un carré suspendu aux branches de leur équerre. Ce théorème de géométrie euclidienne prouve que “le carré de l’hypoténuse d’un triangle rectangle est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés.” Les applications de cette démonstration ont été historiquement très importantes. Pour les francs-maçons, ce bijou symbolise toute la science maçonnique que doit posséder celui qui en est porteur.
      3. Quelle a été la première obédience en France à être mixte ?
        Le Droit Humain. En 1882, la Loge Les Libres-Penseurs du Pecq, ayant décidé d’être autonome, initie Maria Deraismes, journaliste et militante des Droits de la femme et de l’enfant. qui a mené des campagnes en faveur des droits civils et politiques avec le Dr Georges Martin, sénateur et franc-maçon Elle devient ainsi la première femme franc-maçonne en France, en violation des règles traditionnelles de la franc-maçonnerie, mais dans le but avoué d’établir l’égalité intellectuelle et sociale des femmes. Elle fonde à son tour, dix ans plus tard, en 1893, une Grande Loge Symbolique Écossaise mixte de France en initiant une quinzaine de ses amies et relations et en leur faisant approuver la constitution d’une nouvelle obédience. En 1901, cette obédience se transforme en Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain.
      4. Qui a dit : « Un maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale ; et s’il connaît bien l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux » ?
        Il s’agit de la première phrase de l’article 1 des Obligations d’un franc-maçon, dites Constitutions d’Anderson. En 1721, le pasteur Anderson est chargé de rédiger un texte organisant et unifiant les pratiques de la toute nouvelle Grande Loge de Londres et de Westminster créée en 1717. Ce règlement est publié en 1723, et débute par l’extrait précité. Il a donné lieu, depuis lors, à d’innombrables interprétations, notamment avec l’installation progressive d’une franc-maçonnerie moderne, éloignée des dogmes religieux. Les tenants de la Tradition maintiennent qu’un athée est systématiquement stupide et un libertin irréligieux. Les partisans de la maçonnerie libérale soutiennent, quant à eux, que le contexte culturel et moral de l’époque n’autorisait guère d’autres conceptions. Il a fallu attendre les années 1860 pour que, en Belgique et en France, des maçons athées fassent émerger l’idée qu’une franc-maçonnerie adogmatique était possible.
      5. Quel est l’intrus parmi ces mythes maçonniques ? a. Hiram ; b.  Salomon ; c. Prométhée ; d. Les Templiers ; e. La tour de Babel.
        c. Prométhée. C’est un mythe grec qui ne se retrouve nulle part dans les textes maçonniques médiévaux ou modernes même si plusieurs Loges l’ont pris comme titre distinctif en raison de sa dimension philosophique universelle. En revanche, Hiram, créé au début du XVIIIème siècle en Angleterre, est le mythe fondateur de la franc-maçonnerie moderne. Salomon, quant à lui, est porteur d’un double mythe : celui de la construction du Temple, idéal absolu de tout maçon, et celui de la sagesse, source de justice. La tour de Babel, empruntée également à la culture biblique, rappelle la culpabilité de l’homme comme problématique éternelle et la recherche d’un langage universel. Enfin, les Templiers sont au coeur de l’un des plus célèbres hauts grades, le 30ème degré du REAA.
      6. Qui n’a jamais été franc-maçon ? a. Le marquis de Sade ; b. Napoléon I ; c. Victor Hugo ; d. Louise Michel ; e. Léon Blum ; f. Joséphine Baker.
        b. Napoléon Ier ; c. Victor Hugo ; e. Léon Blum. Les francs-maçons se laissent aller parfois à revendiquer l’appartenance de certaines célébrités, mais ce sont surtout les anti-maçons qui fantasment à l’envi sur une adhésion supposée à l’Ordre. Napoléon ler n’a jamais été initié bien qu’il ait supervisé et encadré le développement de la franc-maçonnerie. Victor Hugo et Léon Blum non plus, ils sont ce que les maçons appellent des faux frères. En revanche, Sade fut initié en 1780 (Loge Les Amis de la Liberté, à Paris), mais ne put guère fréquenter sa Loge en raison de ses nombreux internements ; Louise Michel fut initiée en 1903 (Loge La Philosophie sociale à Paris) et Joséphine Baker à la Grande Loge Féminine de France (date et titre distinctif  de la Loge non communiqués par l’obédience).
      7. Par quels mots se termine cette formule célèbre : “Les francs-maçons sont partout et… ?
        …la franc-maçonnerie nulle part.” L’idée que, en raison du secret maçonnique, les francs maçons ne se dévoilent pas permet le fantasme complotiste selon lequel ils infiltreraient tous les secteurs de la société. Le rôle politique historique de la maçonnerie en France a longtemps accrédité cette idée. Mais on peut penser que la formulation est davantage esthétique que réelle. Prise au pied de la lettre, elle laisse penser, en effet, qu’on ne discerne nulle part la présence de la franc-maçonnerie. Or, les obédiences maçonniques sont des assoc1at1ons déclarées, elles ont pignon sur rue et disposent de moyens d’information publics (sites Internet, revues, émissions radios, etc.), un nombre croissant de publications maçonniques présentent les idéaux humanistes et les Grands Maîtres participent régulièrement à des émissions de télévision.
      8. Pourquoi existe-t-il plusieurs Rites ?
        La matière première rituélique provient de la maçonnerie opérative pratiquée en Écosse entre 1690 et 1730. Dans les années 1750, des maçons irlandais catholiques créent un Rite dit des Anciens, par opposition au rite établi à Londres en 1717, dit des Modernes. Ce sont des éléments empruntés aux traditions symboliques et ésotériques datant de la Renaissance qui enrichissent la confection de ces Rites. Parallèlement, les hauts grades se développent en France et en Allemagne avec une composante ésotérique et chevaleresque. Entre 1760 et 1780, les maçons organisent, codifient et uniformisent ces Rites. Ainsi, selon les modalités de travail et les orientations philosophiques des rédacteurs qui adaptent les textes aux conditions régionales, historiques et culturelles des pays, on a abouti à une certaine variété des Rites maçonniques : le REAA, le Rite Écossais Rectifié, le Rite Français, le Rite Suédois, le Rite Émulation, le Rite de Memphis-Misraïm, etc.
      9. La franc-maçonnerie joua un rôle majeur dans la Révolution française : vrai ou faux ?
        Faux ! Ce point d’histoire a donné lieu à tous les fantasmes possibles tant il a été débattu, notamment après les écrits du père jésuite Barruel (1741-1820), qui soutint la thèse conspirationniste selon laquelle la Révolution avait été préparée de longue date par les francs-maçons dans le but de détruire l’ordre ancien, monarchique et religieux. La vérité historique oblige à indiquer que plusieurs francs-maçons jouèrent un rôle actif dans les événements, mais que les maçons se répartirent dans tous les partis et mouvances politiques, certains n’échappant pas à la guillotine. Pendant la Terreur (1793-1794), les maçons furent contraints de cesser leurs activités. La franc-maçonnerie fut en fait particulièrement touchée par la Révolution : près de 600 Loges existaient en 1789, à peine une soixantaine en 1800.
        Beau succès pour une institution supposée tirer les ficelles de l’Histoire !
      10. La devise de la République est d’origine maçonnique : vrai ou faux ?
        Vrai et faux ! Les francs-maçons se sont toujours attribué un rôle  décisif dans l’élaboration et la reconnaissance de cette devise. Le triptyque Liberté, Égalité, Fraternité est apparu dans le débat public vers 1790. Il a une origine diffuse en tant que formule unifiée, car l’idée de fraternité était ignorée des cahiers de doléances et n’était pas inscrite dans la Déclaration de 1789. C’est en 1848 que l’inclusion du mot fraternité a été admise comme d’origine maçonnique et que la IIème République l’adopte comme devise officielle. En 1880, la IIIème République la reprend comme symbole officiel. Le Grand Orient de France précisait, en 1849, que “sa devise a été de tous temps. Liberté, Égalité, Fraternité.” Ce ternaire ne s’est véritablement introduit dans les Loges qu’après 1860, avant de devenir l’acclamation obligatoire de
        début et de fin des travaux maçonniques.

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Plus de symboles en Wallonie…

Sloterdijk, en arrière toute

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Dans «Après nous le déluge», le philosophe allemand pointe le risque que court la modernité : en oubliant les traditions, elle condamne l’humanité à un présent éphémère. Yeux bleus, petites lunettes coincées au bout du nez, moustache, cheveux longs, physique de Viking… Sans doute est-ce à cause de sa télégénie et de son intérêt pour à peu près tout, entre autres pour ce qui intéresse rarement les intellectuels, l’œnologie, le nucléaire, le football, le cyclisme (il a grimpé le mont Ventoux, tel un coureur du Tour de France !), que Peter Sloterdijk est considéré comme étant plus qu’un philosophe, presque une rock star. Peut-être aussi parce qu’il est lui-même déconcertant, toujours prêt à dribbler les opinions courantes par l’ironie, le paradoxe ou la provocation. Et plus sûrement encore parce que ses livres, depuis la Critique de la raison cynique (1983), débordent toujours les aires académiques pour devenir des objets médiatiques, des controverses publiques âpres et enflammées (Règles pour le parc humain lui a même valu l’accusation d’apologie de l’eugénisme), qui, loin d’être purement rhétoriques, appuient «là où ça fait mal», touchent les questions éthiques, sociales, politiques, technologiques, écologiques à propos desquelles se manifestent les principaux clivages des sociétés contemporaines.​

Lire la suite de l’article de Robert MAGGIORI sur LIBERATION.FR | NEXT (9 novembre 2016)

Les carnets secrets de Turner : l’oeuvre érotique du peintre anglais

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[FRANCEINFO.FR, 7 novembre 2016] John Mallord William Turner, peintre adulé par les Anglais et le monde entier pour ses célèbres marines et la lumière si particulière baignant ses paysages avait une oeuvre érotique cachée. C’est ce que met en lumière Alain Jaubert dans un livre qui vient de paraître chez Cohen et Cohen : J.M.W. Turner. Les carnets secrets. Des carnets précieusement conservés à la Tate Britain de Londres.

Quand il meurt en 1851, Joseph Mallord William Turner est au faîte d’un gloire universelle. L’Angleterre victorienne est sous le coup d’un retour au conservatisme après le siècle des Lumières.

John Ruskin, l’exécuteur testamentaire et grand admirateur du peintre, est chargé de recenser ses œuvres. Une tâche dont il s’acquitte minutieusement. C’est là qu’il découvre des tableaux érotiques. Il en est tellement choqué qu’il dit avoir tout brûlé. Quelques oeuvres sont passées au travers de son courroux. Elles ont dormi pendant plus d’un siècle et demi à la Tate Gallery.

165 ans après sa mort, Alain Jaubert se penche sur les carnets secrets de Turner qui recèlent croquis et aquarelles érotiques du grand peintre. Ils sont conservés à la Tate Britain, le musée londonien consacré à Turner.

Ce qui est intéressant dans ses dessins anatomiques, c’est surtout son point de vue. Toujours un point de vue un peu pervers, un peu original. C’est ce côté ténébreux, le Dark Side de Turner qui m’a intéressé.

Alain Jaubert

 

Turner dessinait énormément. Dans une journée, il pouvait peindre une église et une femme dénudée. Il peignait finalement son environnement car il a fréquenté auberges de petite vertu et lieux libertins.

Mais, alors que les musées français exposent nombre d’œuvres dénudées signées Courbet, Degas, Toulouse-Lautrec, il y a, outre-Manche, une forme de pudeur qui a longtemps jeté un voile sur cet aspect de l’œuvre de Turner.

Dans son ouvrage, Alain Jaubert raconte les conditions dans lesquelles ces carnets érotiques ont été retrouvés, la légende des “dessins brûlés”. Il présente aussi, pour la première fois en France ces dessins parfois très obscènes qui gênent même les employés de la Tate : “Les gens sont intéressés par ces dessins figuratifs et érotiques, déclare l’une des employés mais ce n’est pas vraiment son meilleur travail.

Alain Jaubert

L’auteur : Marin avant d’être journaliste scientifique, chroniqueur, enseignant… réalisateur de nombreux documentaires, Alain Jaubert est l’auteur de la série Palettes diffusée depuis 1989 sur Arte et dans le monde entier. Il est l’auteur de plusieurs romans et essais publiés aux éditions Gallimard, parmi lesquels Val Paradis (Goncourt du premier roman en 2005), Tableaux noirs (2011), Au bord de la mer violette (2013), Les moustaches d’Adolf Hitler (recueil d’essais)


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Plus d’arts visuels en Wallonie…

Dick Annegarn ouvre l’unique ‘verbothèque’ au monde, au pied des Pyrénées

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Le chanteur Dick Annegarn, qui a pris racine dans les Petites Pyrénées, vient d’y ouvrir​, à Saint-Martory (Haute-Garonne), la première “Verbothèque”, lieu de collecte du patrimoine de la littérature orale (“l’oraliture”…) qu’avec son équipe des Amis du Verbe il enregistre partout en France…

Lire l’article de Vincent ALBINET sur FRANCETVINFO.FR (5 novembre 2016)

Peter Sloterdijk: «On a toujours éliminé les surhommes»

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Penseur contemporain majeur, l’Allemand Peter Sloterdijk raconte le «super-homme» du futur et l’utopie dont est porteuse la recherche génétique.
Dans un français parfait, Peter Sloterdijk nous reçoit chez lui, à Karlsruhe, et revient sur une interrogation qui parcourt, en filigrane, toute son œuvre: la «fabrication de l’homme». A la fin des années 1990, il en avait déjà dressé les enjeux philosophiques dans «La Domestication de l’être». Ses ouvrages (une trentaine à ce jour) n’ont rien de sec.

Erudits, ils offrent à la fois une vision philosophique et une mise en perspective historique. Surtout, leur souffle prophétique fait de Peter Sloterdijk un écrivain-poète. En témoigne, cet automne, la publication en Allemagne de son second roman, «Das Schelling-Projekt», «une méditation sur la nature de l’orgasme féminin, qui biologiquement ne «sert» à rien», ou comment l’orgasme devient le signe d’une poétisation de la nature. Les lecteurs francophones peuvent découvrir quant à eux son dernier essai traduit, «Après nous le déluge», qui analyse l’incapacité de nos sociétés à se projeter dans l’avenir. Deux œuvres qui continuent d’interroger, à leur manière, l’homme et son devenir.

Lire l’interview de Peter SLOTERDIJK par Julien Burri pour LETEMPS.CH (5 novembre 2016)

Idée reçue : L’austérité est le seul remède à la crise

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Dans l’Allemagne du chancelier Brüning, le Chili du général Pinochet ou le Portugal de Salazar, partout où elle fut appliquée, l’austérité a produit l’inverse des effets annoncés : loin de relancer la croissance, elle a fragilisé les populations, déstabilisé les sociétés et affaibli les économies. Mais l’Union européenne n’en démord pas : la rigueur est le remède miracle contre la crise des finances publiques. Rien ne pourra se faire de crédible sans une coupe dans les dépenses publiques », écrivait en 2011 un éditorialiste du Figaro. Deux ans plus tard, sur Europe 1, un autre commentateur abondait dans ce sens, prônant « la baisse des dépenses de santé, le recul des crédits aux collectivités locales et, surtout, plus de réformes structurelles pour la compétitivité ». Depuis le début de la « grande récession » (lire Naissance de l’économie de spéculation), nombre de journalistes, dirigeants politiques, économistes s’emploient à présenter l’austérité – c’est-à-dire la diminution des dépenses publiques – comme la condition nécessaire du retour à la croissance. La rengaine est connue : le fardeau que la dette ferait peser sur les générations futures obligerait au sacrifice de tous et à l’effort de chacun…

Lire l’article de Allan POPELARD et Paul VANNIER sur MONDE-DIPLOMATIQUE.FR (1 novembre 2016)

Talking Sex Robots With Warm Genitals Will Be on Sale Next Year

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They’ll cost about $15,000 and, presumably, a little bit of your dignity.
A trip to Westworld costs $40,000 a day, but by next year, you’ll be able to simulate at least part of the experience for less than half that price, because a new line of upsettingly realistic sex robots is going to hit the market. They might not have cowboy hats by default, but they do have warm genitals. Writing in The Daily Mail, robotics expert David Levy predicted that sex robots with the ability to talk and respond to touch will be commercially available in 2017.​..

Lire l’article (en anglais) de James GREBEY sur INVERSE.COM (31 octobre 2016)

Plus de presse…

Embrasser Fanny, un rituel singulier

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Ceux qui «jouent aux boules» le savent : lorsqu’une partie de pétanque est perdue sur le score infamant de 13 à 0, les vaincus doivent embrasser le postérieur d’une dame nue appelée Fanny. Farce ou messe ?​

Lire l’article d’Agnès GIARD sur LIBERATION.FR | Les 400 culs (31 octobre 2016)

Abdennour Bidar : “La fraternité, c’est un dénominateur commun à tous les humanismes”

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Abdennour Bidar (2016)

Il faut opposer la fraternité au capitalisme sauvage et aux replis identitaires. C’est ce qu’affirme le philosophe Abdennour Bidar, président de Fraternité générale. ​Le philosophe Abdennour Bidar est le président de Fraternité générale. Un mouvement qui entend mobiliser les Français autour de cette valeur universelle, du 2 au 10 novembre, partout dans le pays. Loin de fournir des recettes clés en main, Fraternité générale encourage les initiatives populaires : expositions, concerts, débats, journées sportives… Le philosophe revient ici sur la nécessité de construire la fraternité.​..

Lire l’artice de Xavier THOMANN sur TELERAMA.FR (31 octobre 2016)

Pourquoi les fausses sciences gouvernent le monde (et pourquoi il faut mettre un terme à ce règne)

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“La saison de remise des Prix Nobel est l’occasion de parler positivement des sciences dans les médias. Malheureusement, le reste de l’année les fausses sciences tiennent le haut du pavé. Comme la plupart de mes collègues chercheurs, depuis quelques années, j’observe la dégradation du niveau de l’information scientifique, ouvrant ainsi grand le marché de l’information aux «prêcheurs d’apocalypse». En tant qu’expert des biotechnologies végétales, j’ai reçu –bien malgré moi– un entraînement poussé dans la capacité de débusquer la science de mauvaise qualité et les visions biaisées par l’idéologie. Depuis que la première cargaison de soja génétiquement modifié a été livrée sur le continent européen en 1996, les scientifiques n’ont pas cessé d’être sous le feu de ce trinôme inséparable: les activistes voulant en découdre avec la société industrielle, les médias friands de peurs et la face la plus sombre d’internet. Les recettes de la désinformation rodées sur les OGM sont aujourd’hui déclinées dans d’autres domaines technologiques. Il devient presque impossible pour un citoyen ordinaire (j’en suis un dans bien des domaines scientifiques) de distinguer le vrai du faux.”

Lire la suite de la tribune de Marcel KUNTZ sur SLATE.FR (30 octobre 2016)

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16 octobre 2016 : Discours de Paul MAGNETTE contre le CETA

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Le Parlement de Wallonie a posé son veto à la signature de l’accord commercial entre l’UE et le Canada. Le processus s’en trouve bloqué“, titre Libération, le 14 octobre 2016. C’est ensuite avec le discours reproduit ci-contre que le Ministre-Président wallon, Paul MAGNETTE (photo), a expliqué la prise de position de sa région contre la signature du CETA par les instances européennes.

Monsieur le Président, chers collègues,

C’est pour notre Parlement et la Wallonie, un moment extrêmement important.

Ce dont nous parlons, ici, ce n’est pas seulement d’un traité commercial entre l’Union européenne et le Canada. Ce dont nous parlons, ici, c’est de toute la philosophie des échanges commerciaux tels qu’ils se construiront pour les 10, 15, 20 ou peut-être 30 prochaines années.
Cela tombe sur le traité CETA mais la discussion que nous avons, au-delà de toute l’amitié qui nous lie aux Canadiens, est dans le fond une discussion de principe, est une discussion évidemment politique et même, à certains égards, une discussion philosophique. Sur le sens même de ce qu’est le commerce et sur la manière dont il faut le mener. C’est pour cela qu’il y a dans ce débat tant de gravité.
Je commencerai comme vous, Monsieur Jeholet, par vraiment me réjouir du fond du cœur de la qualité des débats que nous avons eus dans ce Parlement sur ces sujets et qui font que ces débats qu’aujourd’hui, nous pouvons très sereinement assumer notre opposition à l’égard de l’ensemble de nos partenaires qu’ils soient européens ou canadiens.
Il y a très peu d’autres parlements qui ont mené un débat aussi riche que le nôtre. Il y a eu un débat très fort aussi au Parlement néerlandais. Je me suis entretenu hier soir encore avec la ministre néerlandaise du Commerce extérieur qui m’a confié qu’un certain nombre de difficultés que nous rencontrons, elle les rencontre également dans son propre Parlement.
Il y a eu un débat également à la Chambre basse du Parlement autrichien qui a lui aussi été très approfondi. Là aussi, le Chancelier autrichien avec qui je me suis entretenu, à plusieurs reprises, m’a dit la même chose: «Plus on débat, plus on analyse, plus effectivement les parlementaires se posent des questions».
S’il y a un débat, ici, en Wallonie, et s’il y a des réticences, ici, en Wallonie, ce n’est pas parce que nous sommes plus bornés que les autres, ce n’est pas parce que nous prendrions plaisir à être le «petit village gaulois», ce n’est pas parce que nous rêvons d’autarcie. C’est tout simplement parce que dans cette Région, il y a deux particularités que l’on rencontre assez peu, ailleurs en Europe. La première particularité, c’est que la Wallonie a toujours été une terre de grande vitalité démocratique. Nous avons des organisations syndicales, des mutualités, des associations, dans tous les secteurs, extrêmement actives, dynamiques, vigilantes, mobilisées qui ont étudié ce texte avec beaucoup de sérieux, qui ont consulté les meilleurs experts, qui ont remis des avis et qui ont alimenté nos propres travaux. Cette vitalité démocratique de notre propre population, nous ne pouvons pas en faire fi; nous ne pouvons pas le balayer du revers de la main sous prétexte que nous risquons d’être isolés. Être isolés de sa propre population, être isolés de ses propres citoyens, à une époque, au début du XXIe siècle, où la démocratie est déjà tellement profondément en crise, ce serait au moins aussi grave que d’être diplomatiquement isolés. Nous devons faire en sorte que ces liens très forts que nous avons soient préservés. C’est un premier élément du débat.
Deuxièmement, nous sommes — cela nous a été rappelé, ici, par M. le Professeur Koen Lenaerts, par ailleurs Président de la Cour de justice de l’Union européenne — l’une des très rares régions en Europe qui a constitutionnellement le même privilège, en termes de droit international, que les parlements nationaux. Nous avons, le Gouvernement wallon a le pouvoir de signer et donc aussi de ne pas signer un traité et votre Parlement a le pouvoir de ratifier et donc aussi celui de ne pas ratifier un traité.
Ceci donne évidemment une très grande gravité à nos débats. Si nous n’avions pas ce privilège, nous n’aurions pas le panel de caméras, venues des quatre coins de l’Europe. Pas grand monde ne se soucierait de l’avis de la Wallonie, si l’avis de la Wallonie n’était pas décisif.
Nous avons donc, de ce point de vue-là, une responsabilité politique majeure. Tout l’art de la politique, c’est de savoir utiliser ces responsabilités. Dire, comme Mme Defrang-Firket: «Nous avons un pouvoir formidable, nous avons une société civile qui s’est mobilisée, c’est très bien. Mais enfin bon, à quoi bon, laissons tomber, signez, ratifiez et puis allons de l’avant et ignorons tout le travail que nous avons fait», ce se serait remettre en cause nos propres compétences constitutionnelles et notre propre vitalité démocratique. À quoi sert alors un parlement, s’il faut de toute façon signer, s’il faut de toute façon ratifier?
À l’inverse, dire: «Mettons tout cela à la poubelle, cela ne sert à rien de discuter», ce serait non seulement confirmer un isolement complet mais ce serait aussi ne pas utiliser pleinement le pouvoir qui est le nôtre.
Bien sûr, nous utilisons pleinement ce pouvoir mais nous l’utilisons pour obtenir quelque chose, pas juste pour crier non, pas juste pour dire que nous ne sommes pas d’accord. Pas d’accord, pas d’accord, pas d’accord! Quand on a dit qu’on n’était pas d’accord, il faut ensuite dire ce que l’on veut et il faut utiliser le rapport de force que l’on a construit pour obtenir des concessions qui vont dans le sens de ce que sont nos inspirations et de ce que sont les aspirations de notre population. C’est cela la politique et c’est cela que nous sommes en train de faire. C’est difficile mais malgré tout, il faut aller au bout de cet exercice.
Bien sûr, nous ne sommes pas contre le commerce. Bien sûr, nous ne sommes pas contre le Canada. Si l’on pouvait déjà s’épargner ces caricatures, si l’on pouvait s’épargner ces simplismes, l’on gagnerait non seulement beaucoup de temps mais on gagnerait aussi beaucoup de la qualité des relations avec nos partenaires européens, avec nos partenaires canadiens.
Bien sûr que les Canadiens sont nos amis. Bien sûr que nous regrettons finalement que cette discussion — je l’ai dit — qui est une discussion de principe qui tombe sur ce traité avec le Canada, lequel est certainement l’un des pays les plus proches de nous au monde, qui tombe sur ce traité qui est certainement l’un des plus avancés aujourd’hui au monde. Ce n’est pas parce que nos amis sont nos amis et ce n’est pas parce que ce traité est moins mauvais que d’autres que nous devrions renoncer à exercer notre responsabilité et notre devoir de vigilance démocratique.
Nous sommes un partenaire commercial important du Canada. L’année dernière, nous avions d’ailleurs un excédent commercial de 115 millions vis-à-vis du Canada. C’est la preuve que l’on commerce très bien avec le Canada et que, même sans le CETA, nous ne sommes pas en train de nous refermer sur nous-mêmes, de nous «racrapoter», comme certains le disent et le prétendent.
Je reviens du Japon. J’ai passé trois jours à défendre nos entreprises présentes sur place pour les aider à exporter davantage, à essayer d’attirer chez nous des investisseurs étrangers. Je n’ai pas deux discours. Je suis convaincu que la Wallonie doit être une Wallonie ouverte. Je suis convaincu que la Wallonie doit exporter et qu’elle doit attirer des investissements étrangers. Je sais que, pour ce faire, nous avons besoin d’instruments juridiques.
À nouveau, cela ne veut pas dire que l’on doit tout accepter, que l’on doit se priver du pouvoir que nous avons d’avoir un véritable examen critique.
Sachons faire la part des choses. Nous ne sommes pas contre le commerce. Nous ne sommes pas contre le Canada. Je dirais d’ailleurs que c’est justement, Madame Defrang-Firket, parce que les Canadiens sont nos amis que nous pouvons nous permettre de leur dire que nous ne sommes pas d’accord avec un certain nombre de choses.
Je n’aime pas quand la discussion, tout d’un coup, commence à glisser vers la menace, comme on a pu l’entendre ces derniers jours: «Attention, il y aura des conséquences. Attention, il y aura des rétorsions» et cetera. Je n’aime pas cela du tout. Je trouve que ce n’est pas digne d’un débat démocratique. Je n’aime pas non plus quand cela commence à glisser tout doucement vers des choses qui s’apparentent à de l’injure. J’espère que, justement parce que nous sommes des amis, nous pouvons éviter entre nous les menaces et les propos plus ou moins injurieux; que nous pouvons nous dire les choses franchement, en toute sincérité, en toute compréhension réciproque.
Quand on a un ami qui a des difficultés, on l’écoute et on essaie de comprendre ses difficultés. On essaie de voir avec lui comment on peut les surmonter ensemble. Cela vaut autant dans les relations diplomatiques bilatérales que dans la vie de tous les jours. C’est le message que nous voulons faire passer.
Nos difficultés sont bien connues.
Elles sont d’abord sur la forme.
Je vous rejoins, Madame Ryckmans et Monsieur Hazée, là-dessus assez largement. Vous avez été applaudis d’ailleurs sur les bancs de la majorité à certains moments. Il y a un vrai problème avec la manière dont on négocie ces traités commerciaux. Ceux qui, aujourd’hui, ne le comprennent pas, sont en train de préparer une crise du commerce bilatéral exactement équivalente à celle que nous avons connue il y a 15 ans avec la crise du commerce bilatéral.
En 2001, souvenez-vous, l’OMC nous a dit: «On ouvre le site de Doha, un nouveau grand cycle de libéralisation multilatérale.» Formidable, ouvert, on fait de grandes négociations secrètes, mais on prépare une petite salle dans le coin où les ONG peuvent faire semblant d’être tenues informées et, de temps en temps, on vient leur faire coucou en leur demandant si cela va, si elles veulent encore un peu d’eau, encore un peu de café, mais sans rien leur donner comme véritable élément d’information et sans débat. Cela ne marche pas et cela ne marchera plus jamais. Les rounds de Doha sont enlisés depuis 15 ans.
C’est pour cela que nous faisons aujourd’hui des discussions bilatérales. C’est justement parce que le multilatéral ne fonctionne plus que l’Europe essaie de renouer des relations avec les partenaires les plus proches, avec le Canada, avec le Japon, demain avec les États-Unis et de le faire sur d’autres bases, de le faire en incluant dans ses relations des normes, des règles sociales, environnementales, de respect des droits de l’homme, de respect de l’exception culturelle qui sont plus fortes et beaucoup plus solides que celles que l’on peut trouver dans les traités de libéralisation multilatéraux. C’est pour cela que nous devons, si nous sommes progressistes et si nous sommes ouverts au monde, si nous voulons, nous, Européens, continuer de jouer un rôle sur la scène mondiale, nous devons défendre l’idée de traités bilatéraux qui fixent des normes et des standards élevés.
Moi, je ne suis pas, Monsieur Gillot, pour dire: «On met le traité à la poubelle». Cela veut dire que l’on met le traité à la poubelle et puis quoi? Rien. Puis, on aura exactement ce que l’on a encore aujourd’hui: des multinationales avec parfois des chiffres d’affaires supérieurs au PIB de certains États membres qui pensent qu’elles peuvent fixer la loi, des multinationales qui recourent à des juridictions privées ou à la menace du désinvestissement, à la menace de retrait, à la menace de rétorsion. C’est cela, le monde réel d’aujourd’hui.
C’est ce que nous voulons éviter, ce dont nous voulons sortir, précisément en édictant des règles socio-économiques et environnementales à l’échelle mondiale, qui transposent dans les relations entre les États ce que nous sommes parvenus à construire dans le chef de nos États décennie après décennie au nom de longs combats sociaux. Les droits sociaux ne sont pas venus comme cela en une fois. Les normes environnementales ne sont pas venues comme cela en une fois. Elles sont le résultat d’une longue mobilisation de la société, qui s’est traduite à un moment donné par une législation.
Il en va exactement de même à l’échelle internationale.
Si nous voulons, demain, qu’il y ait de vraies normes sociales, si nous voulons que les conventions de l’OIT soient applicables, respectées, contraignantes, si nous voulons qu’il y ait de vraies règles en matière des droits de l’homme, du développement durable, il faut faire un travail de négociation pour obtenir un premier traité qui fixe les standards si hauts que cela deviendra la norme européenne. C’est l’enjeu fondamental du CETA.
C’est pour cela que nous devons dire «non» pour négocier. Non pas «non» pour tout saborder et donner un coup de pied dans la fourmilière, mais «non» pour créer un rapport de force qui nous permette d’obtenir plus de normes sociales, plus de normes environnementales, plus de clauses de respect des services publics et qui nous permette, demain, de dire: «Voilà le standard européen». Quand l’Union européenne ouvrira une négociation avec le Japon, avec les États-Unis ou avec n’importe qui d’autre, c’est à partir de ce standard-là que l’on discutera. C’est cela l’enjeu fondamental et c’est pour cela qu’aujourd’hui, ces débats sont aussi forts.
Une telle négociation, on ne peut évidemment pas la mener selon les méthodes habituelles. On ne peut pas faire du nouveau avec les méthodes à l’ancienne. «Un mode de pensée qui a produit les problèmes d’aujourd’hui ne peut pas produire les solutions de demain», disait en substance Albert Einstein. C’est toute la manière de faire des négociations commerciales qui doit changer.
Dans le traité « Vers la paix perpétuelle », Emmanuel Kant disait: «Toutes les actions relatives au droit d’autrui, dont la maxime n’est pas susceptible de publicité, sont injustes». C’est devenu un principe fondamental du droit international. En d’autres termes, tout ce que l’on n’a pas à cacher, on ne doit pas le cacher.
Si l’on n’a rien à cacher dans ces accords commerciaux, si vraiment le CETA est bon pour les petites et moyennes entreprises, si le CETA est bon pour les agriculteurs, si le CETA est bon pour les services publics, si le CETA est bon pour la croissance, alors pourquoi faut-il le négocier en secret ? Pourquoi n’a-t-on pas la confiance de le faire devant les citoyens ? Il y a là une contradiction fondamentale dans la méthode. Elle s’est appliquée depuis le début.
Madame Defrang-Firket, ce n’est pas que nous nous soyons réveillés après 10 ans. Un mandat d’une vingtaine de pages a été donné en 2009. Il fixe les balises et le cadre. Entre 2009 et 2015, la Commission négocie au nom de l’Union européenne, c’est son rôle, mais ne rend pratiquement aucun compte, ne donne pratiquement aucune information sur ce que sont ces négociations en cours. Puis, on arrive en 2015 en disant: «Bonjour, voilà, c’est fini». Les 20 pages sont devenues 1.600 pages et maintenant on vous demande de dire amen. Non, c’est précisément ce qui ne marche pas. C’est précisément parce que nous ne pouvons plus accepter cette manière de faire de la négociation commerciale que nous avons, dès septembre 2015, dès que les textes nous ont été connus, tiré la sonnette d’alarme.
Je ne vais pas vous refaire l’interminable liste des contacts que nous avons eus depuis plus d’un an, mais je voudrais rappeler quand même que c’est le 18 septembre 2015 que j’ai indiqué à la ministre québécoise des Relations internationales ces difficultés que nous avions avec le CETA. C’est quelques jours plus tard, le 2 octobre 2015, il y a plus d’un an, que je me suis rendu au bureau de Mme Malmström, la commissaire en charge du Commerce, au Berlaymont, pour lui expliquer très clairement les difficultés que nous avions avec ce traité. Tout au long de l’année, nous n’avons pas cessé d’avoir des contacts avec nos partenaires européens, avec la Commission, avec le Canada, mais tout cela n’a pratiquement rien donné.
La première réunion de coordination intrabelge a eu lieu le 6 juillet 2016. Entre octobre et juillet, pendant 10 mois, il ne s’est rien passé. Tout à coup, en juillet 2016, on a commencé à se dire: «Tiens, ces Wallons ont l’air déterminés. Ces Wallons ont l’air de savoir ce qu’ils veulent et ils ont l’air de vouloir aller au bout. Il va donc falloir commencer à discuter avec eux».
Quelques jours plus tard, j’appelais le Premier ministre québécois, M. Couillard, en lui disant: «Je comprends que ce soit difficile de tout renégocier, mais comprenez que nous avons, dans une résolution, énoncé quelques balises fondamentales et nous voudrions pouvoir rediscuter sur ces balises dans un instrument juridique à définir. Cela peut être un protocole, cela peut être une convention additionnelle, cela peut être une déclaration interprétative, du moment que c’est juridiquement contraignant». À ce moment-là, on m’a dit: «Pourquoi pas, cela pourrait être une bonne idée», mais rien n’a suivi.
J’ai répété ceci fin septembre à l’envoyé spécial de M. Trudeau, M. Pettigrew, et aux ambassadeurs, mais il a fallu attendre le 4 octobre pour que l’on donne oralement les premiers éléments de ce qu’était la table des matières d’une éventuelle déclaration interprétative, en nous disant: «S’il vous plaît, nous sommes déjà en retard, essayez d’être d’accord pour le 11 octobre, en tout cas, au grand plus tard pour le 18 octobre qui est la réunion du COREPER». Que nous est-il arrivé — qui nous a été présenté oralement — seulement le 6 ou le 7 octobre en soirée, dans une version partielle et dont nous recevons encore chaque jour des petits compléments.
Tous les jours, je reçois un petit bout de déclaration interprétative en plus, avec un peu l’idée: «Allez, ce n’est pas assez, tiens, en voilà encore un petit morceau, un petit morceau, vous finirez bien par dire oui».
Mais cela ne va pas. Sur la méthode, cela ne va pas. Je le répète et je l’ai redit. Je l’ai redit hier au président Hollande, je l’ai dit hier soir au président de la Commission, Jean-Claude Juncker; je l’ai dit à tous ceux qui ont eu la gentillesse et la courtoisie de m’appeler pour me poser la question de la situation de la Wallonie. Nous voulons bien discuter, mais nous voulons nous mettre autour d’une table, en toute transparence, dans le respect des règles démocratiques.
Nous voulons pouvoir dire: «Nous, Wallons, voici les balises que nous voulons absolument retrouver dans un traité» et c’est seulement à l’issue d’une telle négociation, et si les partenaires européens et canadiens rencontrent l’essentiel de nos préoccupations, que nous pourrons vous dire: «Oui, c’est un traité qui fixe des standards très élevés et il mérite d’être défendu».
Mais à l’heure qu’il est, je n’ai toujours pas de réponse. J’ai appelé, ce matin encore, le ministre fédéral des Affaires étrangères, Didier Reynders, pour lui expliquer cette piste. J’ai senti un intérêt. J’espère que nous pourrons avancer dans cette direction; c’est fondamentalement ma volonté. Mais il faut, pour cela, qu’il y ait une vraie volonté de changer la méthode et de démontrer, en bout de course au moins — mieux vaut tard que jamais — que face à des régions qui ont des difficultés, et nous sommes moins isolés qu’on le pense. Bien sûr, personne n’ose sortir le premier, c’est toujours le même jeu, on se dit que celui qui sortira le premier sera celui qui se fera blâmer, c’est lui qui aura les mesures de rétorsion, c’est lui qui sera mis sous pression. Beaucoup attendent en se disant: «Tiens, les Wallons vont-ils sortir les premiers, ce qui me permettra de ne pas devoir sortir puisque tout le processus sera paralysé»; petit jeu tout à fait classique.
Je peux vous dire que, des très nombreux entretiens bilatéraux que j’ai eus, que des réticences il y en a dans au moins quatre ou cinq États membres et que la Commission européenne en est parfaitement consciente!
Il n’y a que dans un jeu politique belgo-belge que l’on essaie de faire croire qu’il n’y a que la Wallonie qui a des réticences avec ce traité, à ce stade.
Si la situation est celle-là, mettons-nous à table, clairement, en toute transparence discutons; voyons si nos demandes, légitimes, peuvent être rencontrées.
Les demandes que vous avez formulées, dans vos résolutions  je ne me cache pas devant le Parlement – demander au Parlement de faire un travail d’analyse, d’auditionner, de recevoir, de se prononcer, de fixer des balises dans une résolution, c’est un élément de vitalité démocratique plutôt que de se cacher. Je n’ai pas besoin du prétexte du Parlement. Je veux pouvoir démontrer que je m’appuie sur une majorité parlementaire très large et qui dépasse le cadre de la majorité.
Quand on dit: «Nous avons des difficultés avec l’ICS, le fameux mécanisme d’arbitrage tel qu’il est toujours là», on est loin d’être les seuls. Lisez l’arrêt de la cour constitutionnelle allemande d’hier soir qui dit: «Oui, l’Allemagne peut signer, mais pas ce mécanisme d’arbitrage et quoi qu’il arrive, il ne pourra pas entrer en vigueur, même pas de manière provisoire». La cour constitutionnelle allemande est quand même une institution qui pèse en Europe. Si elle le dit, c’est que ce ne sont pas seulement nous, les petits Wallons, qui avons un problème avec ce mécanisme. Elle retient exactement les mêmes critiques d’un risque de privatisation rampante de la justice que nous avons émises, que vous avez émises dans vos résolutions.
Quand nous disons: «La déclaration interprétative est pleine de bonnes intentions», c’est vrai. Les messages politiques qui sont exprimés sont des messages qui rencontrent nos aspirations, sur les droits de l’homme, sur l’exception culturelle, sur la protection des normes environnementales, sur le conventions de l’OIT, sur le droit du travail, sur la capacité de réguler, sur le principe de précaution, et autres, puisqu’il en arrive des nouvelles pages tous les jours. Tous ces éléments vont dans le bon sens, qui rencontrent ce qu’ont été nos aspirations.
Mais telle, qu’elle est formulée aujourd’hui, cette déclaration interprétative n’est pas suffisante; elle ne nous donne pas suffisamment de garanties.
Je ne vais pas entrer ici dans un débat de juristes, les expertises que nous avons demandées à différents cabinets d’avocats et différents universitaires nous disent qu’une déclaration interprétative peut, quand elle est écrite d’une certaine manière, avoir une force juridique totalement contraignante si elle est acceptée par les deux parties, opposable aux tiers, reconnue comme étant opposable aux tiers et si elle est libellée de manière très précise elle a exactement la même valeur que le traité lui-même.
Si l’on dit dans la déclaration interprétative, à l’article 30, alinéa 5: «Il faut comprendre tel mot comme ayant tel sens», cela a tout à fait la même valeur juridique qu’un amendement. C’est, de fait, un amendement au traité.
La question n’est pas «Faut-il une déclaration interprétative ou un autre instrument juridique?». La question c’est «Comment libelle-t-on ces observations?». C’est ce que j’ai dit aussi à tous ceux qui m’ont appelé. Si vous acceptez que nous rouvrions la discussion, nous demanderons que l’on relibelle, que l’on reformule un certain nombre de remarques qui sont dans la déclaration interprétative, que l’on en apporte quelques autres complémentaires.
Je suis convaincu que beaucoup d’autres États européens, pour avoir eu de nombreux contacts, nous soutiendront parce qu’eux aussi, aspirent à avoir des clauses beaucoup plus précises en matière de protection des services publics, de protection des droits du travail.
C’est ce message-là que nous devons faire passer. Politiquement, ce n’est pas facile, évidemment que ce n’est pas facile. On prend des risques, quoi que l’on fasse. On prend le risque soit de s’isoler de sa population. Si l’on veut se dire «Ne nous prenons pas pour plus importants que nous sommes, acceptons le traité tel quel, ce n’est déjà pas si mal. Tant pis pour les quelques petites imperfections». Je crois que l’on ne fera que renforcer la défiance déjà très profonde dans le personnel politique et on ne fera que renforcer la défiance encore plus profonde à l’égard des négociations internationales et du commerce.
On peut se dire, à l’inverse: «Disons non, un point c’est tout, puis allons faire un feu d’artifice, en se réjouissant d’avoir fait échouer le bateau CETA. Et quoi demain? Demain tant pis». Cela ne me paraît pas non plus être une position de responsabilité politique.
Par contre, on peut dire non mais expliquer pourquoi on dit non et expliquer à quelles conditions nous accepterions de négocier à nouveau. Cela a toujours été notre position et cela reste notre position.
Ce que je dirai, à l’ensemble de ceux qui me poseront la question, ce que j’ai dit et que je confirmerai au ministre fédéral des Affaires étrangères tout à l’heure, c’est ceci: aujourd’hui, le Parlement wallon a réexaminé la déclaration interprétative. De nouveaux documents arrivent aujourd’hui, arriveront encore sans doute demain, peut-être lundi. Nous continuerons de les examiner, parce que c’est ce sérieux, c’est cette rigueur dans l’analyse qui nous donnent de la crédibilité dans notre démarche. Toutefois, aujourd’hui, à l’analyse, ceci ne donne pas de garanties suffisantes.
Comme je m’y étais engagé formellement devant vous, je ne donnerai pas les pleins pouvoirs au Gouvernement fédéral et la Belgique ne signera pas le CETA le 18 octobre.
Je ne prends pas ceci comme un enterrement, je ne prends pas ceci comme un veto sans condition, je prends ceci comme une demande de rouvrir des négociations pour que de légitimes attentes d’une société civile organisée, transparente, qui ont été exprimées avec force, puissent être entendues par les dirigeants européens et pour que nous puissions ensemble contribuer, non seulement à notre prospérité mais aussi à reconstruire la confiance politique entre les citoyens et leurs élus.

Texte intégral du discours prononcé devant le parlement wallon,
par Paul MAGNETTE, Ministre-Président wallon, le 14 octobre 2016

Un toit pour mon vélo

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La peur de se faire voler sa bicyclette et les tracas d’un vélo abîmé par les intempéries : c’est décourageant pour de nombreux cyclistes. Quel dommage ! Obtenir du stationnement longue durée : c’est le sens de la campagne du GRACQ “Un toit pour mon vélo”. À partir du 1er octobre 2016, les groupes locaux du GRACQ, les membres, les sympathisants et n’importe quels cyclistes qui le souhaitent, peuvent interpeller leur commune ou leur employeur pour leur signifier leur besoin de stationnement de longue durée.

Protéger son vélo…

Ga Bu Zo Meu : les Shadoks expliqués à ceux qui sont nés après 1990

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“Ovni télévisuel, « Les Shadoks » ont passionné la France dès la fin des années 1960. Retour sur un phénomène : […]

La naissance des Shadoks

Les aventures des Shadoks, créatures imaginées par Jacques Rouxel, font irruption à la télévision française en avril 1968, avec leur graphisme simple et une voix off pleine d’emphase : celle du comédien Claude Piéplu. Elles ont donné lieu à deux cent huit épisodes et quatre saisons (trois de 1968 à 1973, puis une dernière en janvier 2000). Chaque épisode, de deux minutes trente, narre les péripéties fantaisistes de deux groupes antagonistes : les Shadoks et les Gibis.

Qui sont les Shadoks ?

Volatiles ronds hissés sur de longues pattes, les Shadoks sont bêtes et méchants. Leur langue se compose de quatre mots monosyllabiques (combinables) : Ga, Bu, Zo, Meu, et leur activité principale consiste à construire des machines absurdes. Et à pomper.

Ils habitent une planète aux formes changeantes, tant bien que mal occupée sur le dessus par les Shadoks dont les jambes vont vers le bas, et par le dessous par les Shadoks dont les jambes vont vers le haut. Certains tombent parfois dans le vide intergalactique. Leur objectif est de partir sur la Terre, ce qu’ils tentent de faire sans succès : leurs ailes sont trop petites pour voler, leurs inventions, ratées.

Parmi la population shadok, quatre personnages se détachent : le chef shadok ; le professeur Shadoko (barbu et instruit) ; le devin Plombier (sorte de sorcier chevelu et à cornes, très respecté) ; et le marin shadok (ancien pirate, poète et porté sur la boisson).

La reproduction des Shadoks est complexe. Alors qu’ils pondaient à l’origine des œufs classiques, ils ont dû opter pour des œufs en fer, car les coquilles se brisaient en tombant du haut de leurs longues pattes. Le problème des œufs en fer, c’est d’en perdre la clé. Lorsque c’est le cas, le parent (asexué) attend que l’œuf rouille pour que l’enfant puisse s’en extraire… mais avec un tel délai, les bébés sont déjà vieux à la naissance…”

Lire la suite de l’article d’Emmanuelle JARDONNET sur LEMONDE.FR (18 août 2016)

Plus de Presse ?

Alouette des champs (Alauda arvensis)

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Alouette des champs (Alauda arvensis) • Crédits : J.P. Siblet – INPN

Sous l’apparence somme toute un peu banale de l’alouette, se cache l’un des plus grands mélomanes au monde. Chose que savait parfaitement Shakespeare lui-même puisqu’il fait dire à Roméo que l’alouette, messagère du matin, « frappe de notes si hautes la voûte du ciel, au dessus de nos têtes ».

C’est un petit oiseau au plumage brun qui a priori ne paie pas de mine. 19 cm de hauteur pour 50 grammes. Une petite houppette qui se hérisse sur le sommet du crâne de temps en temps. On le trouve un peu partout à la campagne, en milieu ouvert ou à la lisière des forêts. Mais sous cette apparence somme toute un peu banale, se cache l’un des plus grands mélomanes au monde. Chose que savait parfaitement Shakespeare lui-même puisqu’il fait dire à Roméo que l’alouette, messagère du matin, « frappe de notes si hautes la voûte du ciel, au dessus de nos têtes ».

Pendant la période des amours, le mâle chante en survolant son territoire. Un chant qui sert autant à délimiter un espace, qu’à mettre les autres mâles à distance et à attirer une partenaire femelle. Mais ce qui rend l’alouette des champs exceptionnelle, c’est la richesse de son répertoire, car elle possède plus de 600 notes contrairement par exemple au coucou qui en produit 2 : « coucou ». Ces notes, que les spécialistes des oiseaux vont d’ailleurs appeler syllabes, vont être organisées suivant un ordre bien précis, sous forme de phrases, avec une syntaxe particulière. Phrases qui une fois traduites vont nous donner pleins de précisions sur notre alouette des champs. Écoutons-la…”

Lire la suite de l’article de Céline du CHENE sur FRANCECULTURE.FR (12 juillet 2016)

Plus de vie…

Mitiku Belachew, le seigneur de l’anneau

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(c) Emeline Wuilbercq

Berger jusqu’à 12 ans, cet Ethiopien est devenu un chirurgien de renommée internationale en inventant l’anneau gastrique par cœlioscopie.

Mitiku Belachew se souvient encore de son regard implorant. L’infirmière était obèse et malheureuse : « Aidez-moi à guérir », l’avait-elle supplié il y a quarante ans à l’hôpital civil de Bavière, à Liège. Le chirurgien savait qu’il existait outre-Atlantique une solution chirurgicale pour le traitement de l’obésité morbide. C’était marginal, les complications étaient dangereuses. « Peu importe, lui répond sa patiente. Pour moi, maintenant, c’est une question de vie ou de mort. » Après une bonne préparation, Mitiku Belachew l’opère. Le bouche-à-oreille s’emballe. « A partir de ce moment-là et malgré moi, je suis devenu un spécialiste de la chirurgie de l’obésité », s’amuse-t-il aujourd’hui.

Malgré lui, car jamais Mitiku Belachew n’aurait cru emprunter cette voie. Pour parler de son parcours, l’Ethiopien de 74 ans aime citer Gandhi : « Il y a mille vies dans une vie. » Avant de devenir un chirurgien de renommée internationale, Mitiku Belachew était berger. Né dans une famille de neuf enfants, il prenait soin des vaches, des taureaux et des chèvres dans un village situé à 150 kilomètres d’Addis-Abeba.

« J’y suis allé au culot. J’ai commencé ma vie avec ce qui était disponible », dit-il. C’est-à-dire pas grand-chose : pas de route pour se déplacer, pas d’hôpital pour se soigner, pas d’école pour étudier. Ou plutôt une seule école, « celle de la nature ». La mort inexpliquée d’un frère « grand, beau et fort » le fait changer de trajectoire. Il sera médecin.

A 12 ans, il quitte village et troupeau pour les bancs de l’école de la capitale. Sa mémoire d’éléphant lui permet de sauter plusieurs classes. « J’étais sans le sou, alors j’y suis allé au culot : j’ai demandé à un couple britannique de financer mes études en échange de travaux domestiques », raconte-t-il. L’élève prodige impressionne, obtient les meilleures notes et ne garde pas longtemps son job de garçon de maison.

Au début des années 1960, bac et bourse en poche, il peut entrer dans les plus prestigieuses universités anglo-saxonnes. Contre toute attente, il choisit la Belgique, qu’il baptise le « pays du soleil froid ». « C’était un pays détesté à l’époque pour son action au Congo, précise M. Mitiku. Je ne parlais pas un mot de français mais j’aimais les défis. » Le jour, il étudie la médecine à Liège. La nuit, il plonge dans la littérature pour parfaire son français et traduit mot à mot Fanny de Marcel Pagnol avec un vieux dictionnaire.

L’étudiant s’acclimate au « petit racisme ordinaire » qui s’estompera avec les années et la notoriété. En 1968, il est aux premières loges de la « révolution » qui a gagné la Belgique. Mais son goût pour la politique prendra fin quand, en 1974, le régime militaire du Derg qui renversa Haïlé Sélassié fit couler le sang de ses compatriotes pour justifier un idéal révolutionnaire. Il se concentre sur ses études et obtient son diplômé en 1970. A Liège, puis à Huy, une petite ville de 21 000 âmes, Mitiku Belachew se familiarise avec sa spécialisation : la chirurgie digestive…”

Lire la suite de l’article d’Emeline WUILBERCQ sur LEMONDE.FR…

ISBN 9782823112979

En savoir plus sur le berger devenu chirurgien en visitant son site officiel…

Découvrir son autobiographie aux Editions Persée…

Plus d’articles sur les DISPOSITIFS, entre autres scientifiques…

L’efficacité intellectuelle varie au cours de la journée (et au gré des saisons)

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“Obliger les individus à travailler de 9 à 17 heures est contre-productif, voire néfaste pour leur santé. Connaître son horloge génétique et respecter le rythme des saisons permet de mieux vivre et travailler.

Les rythmes de travail sont-ils adaptés à nos besoins corporels? Au cours d’une intervention au British Science Festival, Paul Kelley a récemment comparé le rythme d’une journée de travail standard (9h-17h) à de la «torture». Pour ce professeur en neurosciences et spécialiste du sommeil, nous vivons dans une société qui nous prive de sommeil et qui ne respecte pas nos rythmes biologiques. «Les adultes de moins de 55 ans ne devraient pas débuter leur journée avant 10 heures», a-t-il affirmé. Outre les conséquences désastreuses sur la productivité, l’humeur et la mémoire, aller à l’encontre de son horloge interne rendrait irritable, anxieux et augmenterait les niveaux de stress. La prise de poids, l’hypertension et des problèmes de foie et de cœur feraient également partie des symptômes. Ce cortège de maux serait pourtant facilement évitable et traitable si le début du travail quotidien était repoussé de quelques heures, a assuré Paul Kelley…”

Lire la suite de l’article d’Amanda CASTILLO sur LETEMPS.CH (16 juin 2016)

Plus de presse…

Trois courts-métrages délirants à découvrir au “Très court Festival”

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© rollinwild.com

Animaux gonflés à bloc, nonne déterminée et accros aux smartphones sans-cœur, le festival dédié au film de moins de trois minutes ne manque pas de ressources ni de caractère. Parmi les 150 courts-métrages en compétition cette année, voici les trois dont l’absurdité loufoque nous a le plus charmés.

Au Très court International Film Festival, la variété et l’originalité sont reines. Du 3 au 12 juin 2016, ce sont près de 150 (très) courts-métrages en compétition, qui seront projetés simultanément dans quatre-vingt villes de trente pays dispersés sur les cinq continents. Avec des sélections aux noms évocateurs (Ils ont osé Trash’n’Glam, Différences ou Paroles de femmes…) et de sujets (actu sensible, fictions délirantes ou engagées), les contenus se veulent éclectiques et feront le bonheur des petits comme des grands. Un format « mini » qui a l’avantage de pousser les réalisateurs à aller droit à l’essentiel en privilégiant une créativité innovante pour atteindre le spectateur en un minimum de temps…”

Découvrir plus dans l’article de Mona PRUDHOMME sur TELERAMA.FR (7 juin 2016)

D’autres clips sont disponibles sur le site officiel ROLLINWILD.COM


Plus de presse au long et court…

Visiter Liège en 10 coups de coeur

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Le Pot au lait (Liège, BE)

“Liège n’est pas forcément la première ville qui vient à l’idée de visiter quand on voyage en Belgique, mais c’est pourtant une cité pleine de charme et de belles surprises. Renommée pour son ambiance chaleureuse et festive, on la surnomme d’ailleurs la Cité Ardente. Alors que voir et que faire à Liège? Petite revue de l’essentiel pour visiter Liège à travers mes dix coups de cœur…”

L’auteure y sélectionne :

  1. La gare de Liège-Guillemins ;
  2. Le Grand Curtius ;
  3. La promenade des Coteaux de la Citadelle ;
  4. L’escalier de la montagne de Bueren ;
  5. Les impasses du quartier Hors-Château ;
  6. Le street-art avec Paliss’Art ;
  7. La cité miroir ;
  8. La bière artisanale de la Brasserie C ;
  9. Les gaufres d’une gaufrette saperlipopette ;
  10. Un bar déjanté: le pot au lait.

Pour découvrir ces coups de cœur de ladite Sarah, visitez LEBLOGDESARAH.COM (article du 7 mai 2016)


Comment savoir vivre au quotidien ?

Dénoncer le fléau du «volontourisme» en Afrique avec des poupées Barbie

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Le comportement de l’humanitaire blanc en Afrique a déjà été mille fois dénoncé. Mais peut-être jamais de manière aussi drôle et féroce que sur le compte Instagram «White Savior Barbie», tenue par deux femmes anonymes –mais qui ont confié au site Quartz avoir travaillé plusieurs années dans l’humanitaire en Afrique de l’Est. Le concept de ce compte? Une Barbie travaille dans une ONG imaginaire, qui fournit de l’eau aux populations locales et est prise en photo dans son quotidien. Les montages sont très souvent hilarants… et très proches des véritables images que peuvent poster sur les réseaux sociaux des blancs engagés dans l’humanitaire en Afrique. «Nous ne sommes pas africains parce que nous sommes nés en Afrique, mais parce que l’Afrique est née en nous», écrit ici Barbie, qui imite le style générique d’un humanitaire au grand cœur. Pour exemple, les photos postées sur l’application de rencontre Tinder par des occidentaux qui travaillent pour des ONG ou autres organisations sur le continent; des images collectées par le site «Humanitarians of Tinder» sur lesquelles on peut voir des jeunes prenant la pose au milieu de dizaines d’enfants, de manière plus ou moins ostentatoire…

Lire la suite de l’article de Camille BELSOEUR sur SLATE.FR (22 avril 2016)

Top 100 des pires pochettes d’album de l’histoire de la musique, celles qui mettent mal à l’aise…

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Notre mère à tous est sponsorisée par la NRA ?

“On a fait des tops sur les pochettes d’albums : les plus belles, les plus laides, les plus animées, les plus controversées, les plus chats, les plus réelles…”

Des artistes liégeoises ?

Pour découvrir les plus pires, lisez la suite de l’article de PIPS sur TOPITO.COM (20 avril 2016)


Pour s’amuser encore…

Que signifie “aimer” ?

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«Suis-je sûre de l’aimer ?». Il est difficile d’évaluer la nature des sentiments que l’on éprouve. Dans Pratique de l’amour, le sociologue Michel Bozon apporte des réponses lumineuses à la question de savoir comment définir l’amour.

Il existe sur l’amour deux discours dominants : le premier, idéaliste, fait apparaître l’amour comme le supplément d’âme d’un monde désenchanté. L’amour en Occident serait devenu le seul et dernier territoire du sacré, l’ultime rempart de l’humanité, un espace vierge de tout calcul, dédié au don de soi sans contrepartie… Le second discours, matérialiste, ne voit dans les relations amoureuses que des stratégies de captation de services (sexuels) et de biens (matériels et symboliques) : les individus cherchant à «se placer sur le marché matrimonial» de la façon la plus avantageuse utiliseraient les affects comme des appâts. L’expérience de l’amour serait d’ailleurs conditionnée par des mécanismes d’ordre biologique – hormonaux, génétiques, psycho-comportementaux – visant à assurer la survie de l’espèce.

Amour : est-ce une question de «grands sentiments» ?

Entre ces deux discours – l’utopiste et le néo-darwiniste – il ne semblait guère y avoir de place pour beaucoup de réflexion. Mais voilà qu’en 2014 le philosophe Ruwen Ogien attaque dans un essai truculent ceux qui font l’éloge de l’amour : l’amour n’a pas de valeur morale, dit-il. Cessons de véhiculer les clichés rebattus du «coeur qui s’offre pour toujours», dans un contexte d’absolu. Pour Ruwen Ogien, il faut s’intéresser à ceux qui «font» l’amour et comment ils le font, plutôt qu’aux théoriciens qui en parlent. Son livre, cependant, déconstruit plus les mythes qu’il n’apporte de réponse. Qu’est-ce que l’amour ? Après avoir lu (dévoré) Ruwen Ogien, on n’est pas tellement plus avancé. Et puis voilà qu’en mars 2016 arrive l’essai du sociologue Michel Bozon, rempli de réponses éclairantes. Dans Pratique de l’amour, publié aux éditions Payot, Michel Bozon résume treize années de cogitations d’une plume simple et tranquille.

L’amour ne se dit pas, il se «pratique»

Sa théorie est la suivante : l’amour relève de la pratique. On sait qu’on aime quand on effectue un certain nombre d’actes qui correspondent à des étapes balisées par la société dans laquelle on vit. Ces actes codifiés reposent sur un projet : celui de se faire aimer. Pour se faire aimer, il faut se remettre soi-même entre les mains de l’autre :

L’amour ne naît pas de bons et nobles sentiments – générosité, désintéressement ou bienveillance ‒ même s’il peut en produire. L’abandon de soi, ou la remise de soi, est un moment essentiel de toute relation amoureuse : on décide de se déprendre de soi et de donner prise à une autre personne…

Lire la suite de l’article d’Agnès GIARD sur LIBERATION.FR | Les 400 culs (12 avril 2016)

Matthew B. Crawford: «Notre attention est une ressource limitée»

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CRAWFORD-Matthew

A l’avènement de «l’âge de la distraction», le philosophe américain Matthew B. Crawford plaide pour une réappropriation de l’individualité ancrée dans le réel, afin de mieux renaître au monde. On le retrouve dans un trois-étoiles parisien, bien loin des odeurs de cambouis. Rasé de près, des faux airs de Lance Armstrong, Matthew B. Crawford est un iconoclaste d’un genre qu’on ne voit qu’aux Etats-Unis: à la fois philosophe (enseignant à l’université de Virginie) et réparateur de motos (dans son garage de Richmond). Son Eloge du carburateur, essai sur le sens et la valeur du travail (1), réhabilitation du travail manuel et best-seller surprise aux Etats-Unis (150 000 exemplaires vendus), en a fait un conférencier demandé un peu partout sur la planète. Conséquence: l’essayiste de 50 ans a passé beaucoup de temps aux quatre coins du monde, dans des aéroports bombardés par des publicités en tous genres.
Il en a tiré le point de départ d’une nouvelle réflexion, sur ce qu’il appelle«la crise de l’attention» à «l’âge de la distraction». Dans Contact, pourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver (1), Matthew B. Crawford  s’élève contre les exploiteurs du «temps de cerveau disponible», regrette que le silence soit devenu un luxe privatisé et tente de trouver un remède à la fragmentation de notre vie mentale, qui nous rend constamment à la fois amnésique, anxieux et en colère, bien souvent contre nous-mêmes. Pour Crawford, les publicitaires ne sont pas les seuls responsables: c’est notre manière toute entière de concevoir l’individualité, la liberté et le réel, qui est à revoir, afin de revenir au monde, de façon plus «incarnée».
Contrairement à beaucoup, vous ne liez pas directement «la crise de l’attention» à l’avènement d’Internet.
La technologie joue évidemment un rôle, mais notre vulnérabilité à celle-ci prend sens quand on la considère par rapport à des tendances culturelles plus anciennes. Le point de départ de ce livre, c’est ce moment où je retire de l’argent au supermarché, à un distributeur de billets. A chaque étape de la transaction, je suis forcé de regarder une publicité, tout simplement parce que quelqu’un a compris que j’étais un utilisateur captif à ce moment précis. C’est le dernier horizon du capitalisme: la monétisation brutale de chaque instant disponible de notre cerveau. Notre attention est une ressource limitée, comme l’eau ou l’air, mais personne ne prend position contre son exploitation décomplexée. Ce qui est en jeu, c’est notre capacité à penser, à avoir une conversation. C’est pour cela que plutôt que de se battre pour un droit à la vie privée, qui est une idée volatile et floue, il faudrait brandir le droit de ne pas être interpellé. Evidemment, les modalités d’application de ce droit sont compliquées à mettre en œuvre dans la vie de tous les jours, mais en tant que concept, je trouve cela plus clair…

Lire la suite de l’article de Guillaume GENDRON dans Libération.fr (8 mars 2016)

5 trucs pour lui toucher la bite sans passer pour une salope

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Vous mourez d’envie de lui toucher la bite mais vous n’osez pas ? Pas de panique ! Madame Gorafi a pensé à tout pour que vous puissiez vous faire plaisir sans avoir l’air d’une salope !

  1. Allez-y franchement ! Puis prétendez que vous ne l’avez pas fait exprès. Par exemple, touchez-lui la bite puis dites « je suis désolée, ma main est obsédée ces derniers temps ! » ou « Oh excuse-moi, je savais pas que ta bite était ici ! ». Ça marche à tous les coups !…”

Lire la suite des bons conseils de madame Gorafi sur LEGORAFI.FR (3 mars 2016)


On veut de l’amour en Wallonie…

Michel Erman : Les amis échangent de l’être, et non de l’avoir

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(c) Chloé Poizat

D’Aristote à Facebook en passant par Montaigne, le philosophe explicite la notion d’amitié. Longtemps considéré comme tiède, ce sentiment, qui n’a d’autre but que la bienveillance, pourrait pourtant raviver nos liens sociaux.

Parce que c’était lui ; parce que c’était moi, disait Montaigne à propos de son lien privilégié avec Etienne de La Boétie. Il y a, autant que dans l’amour, de l’inexplicable et de l’intensité dans l’amitié. Dans le Lien d’amitié, une force d’âme (Paris, Plon, 2016), le philosophe Michel Erman explore avec brio les manifestations diverses des affinités amicales. Quelle différence entre un camarade, un copain et un véritable ami ? Quelle place pour le corps ? Que change Facebook ? Pour le professeur à l’université de Bourgogne, par la bienveillance, la fidélité et la générosité qui lui sont propres, l’amitié comporte la possibilité de réanimer le lien social.

Qu’est-ce que l’amitié a de moins ou de plus que l’amour pour que sa valeur semble, selon beaucoup de gens, inférieure à celle de l’amour ?
L’amour est une passion qui peut nous amener à abdiquer une partie de notre liberté alors que l’amitié est un sentiment qui s’étaye sur des dispositions, comme la générosité ou le respect, et exige de nous un engagement libre. Depuis le romantisme qui tient l’amour pour la grande affaire de l’existence, ainsi que le disait Stendhal, l’amitié est considérée comme un sentiment tiède. Seul l’amour permettrait de se réaliser et de s’épanouir ! Sans oublier l’anthropologie freudienne qui fait reposer le développement psychique sur la libido. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Montaigne, par exemple, préférait la «chaleur constante» de l’amitié au «feu téméraire et volage» de l’amour.
La tradition platonicienne nous a transmis un lexique et une grammaire pour penser éros, mais cette langue échoue souvent à exprimer la réciprocité. Pensez à l’amour courtois, un des grands mythes de notre civilisation dans lequel la dame placée sur un piédestal fait de l’amant son obligé. Au contraire, pour Aristote, le philosophe de l’amitié, la philia(ou «amitié») est un lien qui implique la bienveillance et la réciprocité car il repose sur une manière d’être, un désir de perfectionner sa nature et non pas sur une passion qui échappe à la volonté. Dans son Ethique à Nicomaque, où on peut lire que «sans amis, personne ne choisirait de vivre», il est admirable de constater que pour l’homme d’aujourd’hui, toutes les résonances de l’amitié sont présentes. Il faut ajouter que, selon Aristote, l’amitié était à la fois un sentiment personnel et une pratique sociale, c’est-à-dire qu’on était citoyen en étant ami. Les citoyens de la belle cité grecque étaient donc susceptibles d’agir ensemble pour leur propre bonheur, mais aussi pour faire régner la concorde…”

Lire la suite de l’interview de Michel ERMAN,  menée par Robert MAGGIORI et Anastasia VECRIN sur LIBERATION.FR (26 février 2016)…

Plus de presse…

CONRADT : Histoires des bains et bassins de natation de Liège, du 17ème siècle à nos jours

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L’auteur liégeois Marcel Conradt s’était déjà plongé dans l’histoire de sa ville en retraçant notamment celles de ses théâtres, de son Grand Bazar, de sa place Saint-Lambert, de ses hôtels ou de ses quais de la Meuse et de la Dérivation.

Cité Miroir, espace Rosa Parks (Liège, BE)

Son nouvel ouvrage – publié aux Editions de la Province de Liège – nous plonge cette fois dans les “Histoires des bains et bassins de natation de Liège, du 17e siècle à nos jours”. Logique, quand on sait que Marcel Conradt a notamment été un des premiers “bébés-nageurs” de Liège…”

CONRADT Marcel, Histoire des bains et bassins de natation de Liège, du 17ème siècle à nos jours (Liège, Editions de la Province de Liège, 2016, épuisé)

Lire la suite de l’article de Martial GIOT sur RTBF.BE (12 janvier 2016)…

Petit bassin de la Sauvenière en 1956 (Liège, BE)

Plus de sport…

Noël ou l’impossible surprise

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​”Le vrai est une surprise du destin. Étonnamment, il faut du courage pour se laisser surprendre. La crainte de ce qui nous attend nous fait faire des détours, conjurer le futur avec les mots du passé et s’en tenir à ce qu’on sait. Pour palier les déceptions de la vie, on provoque des surprises. Mais on ne veut pas être soumis à leurs apparitions. Ou bien on fait des listes. Listes de ce qu’on aimerait trouver sous le sapin. Liste de ce qui est demandé à l’autre, à soi, au monde. Liste qui nous rappelle sans cesse notre défaillance de mortels, notre insuffisance, notre pauvreté spirituelle. La névrose a horreur de l’inattendu, c’est une chose entendue. Elle aime les compromis tranquilles passés en douce avec le réel, les arrières assurés, les petites transactions honteuses mais utiles, les obéissances silencieuses pour que le mal-être n’envahisse pas tout. Comme les trop bonnes mères, elle vous propose de ne pas mettre le nez dehors pour que «tout se passe bien», traduisez par : pour qu’il n’arrive rien. De bouleversant, de renversant, d’inespéré […]”

Extrait de DUFOURMANTELLE A., Noël ou l’impossible surprise (Libération, 25 décembre 2015)


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