REVERDY : textes

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REVERDY, Pierre
REVERDY, Pierre (1889-1960)​​

Tard dans la vie (​1960, paru dans La liberté des mers)​​

Je suis dur
Je suis tendre
Et j’ai perdu mon temps
A rêver sans dormir
A dormir en marchant
Partout où j’ai passé
J’ai trouvé mon absence
Je ne suis nulle part
Excepté le néant
Mais je porte caché au plus haut des entrailles
A la place où la foudre a frappé trop souvent
Un cœur où chaque mot a laissé son entaille
Et d’où ma vie s’égoutte au moindre mouvement


Citez-en d’autres :

Visiter Liège en 10 coups de coeur

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Le Pot au lait (Liège, BE)

“Liège n’est pas forcément la première ville qui vient à l’idée de visiter quand on voyage en Belgique, mais c’est pourtant une cité pleine de charme et de belles surprises. Renommée pour son ambiance chaleureuse et festive, on la surnomme d’ailleurs la Cité Ardente. Alors que voir et que faire à Liège? Petite revue de l’essentiel pour visiter Liège à travers mes dix coups de cœur…”

L’auteure y sélectionne :

  1. La gare de Liège-Guillemins ;
  2. Le Grand Curtius ;
  3. La promenade des Coteaux de la Citadelle ;
  4. L’escalier de la montagne de Bueren ;
  5. Les impasses du quartier Hors-Château ;
  6. Le street-art avec Paliss’Art ;
  7. La cité miroir ;
  8. La bière artisanale de la Brasserie C ;
  9. Les gaufres d’une gaufrette saperlipopette ;
  10. Un bar déjanté: le pot au lait.

Pour découvrir ces coups de cœur de ladite Sarah, visitez LEBLOGDESARAH.COM (article du 7 mai 2016)


Comment savoir vivre au quotidien ?

Anonyme (à notre connaissance…) : textes

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10 plantes dépolluantes pour purifier l’air intérieur

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“La pollution intérieure serait responsable de 99.000 décès par an en Europe. Elle provient des produits parfumés comme l’encens, les bougies ou les huiles essentielles, mais aussi des produits ménagers, déodorants, laque ou vernis. Mais que peut-on faire contre cette pollution ? Il existe des plantes très efficaces qui raffolent de ces polluants.

Bioépuration

Les plantes « respirent » par un phénomène qu’on appelle la photosynthèse qui leur permet de réduire naturellement le CO2. Mais en plus de ce mécanisme connu, certaines plantes et fleurs épurent l’air environnant. C’est ce qu’on appelle la « bioépuration » ou « purification par le vivant ». Les plantes qui en sont capables purifient l’air en stockant les produits chimiques toxiques dans leurs cellules ou en les transformant. Les scientifiques utilisent alors le terme de phytoremédiation, du grec phyto qui signifie plante et remédiation qui signifie remise en état. Quelles plantes choisir ? Malheureusement, toutes les plantes et fleurs n’ont pas cette fonction de purification de l’air face aux produits toxiques.

Voici une sélection de dix plantes, arbustes et fleurs qui seront bénéfiques pour votre intérieur :

  1. le chrysanthème ;
  2. le chlorophytum ;
  3. le dragonnier ;
  4. le ficus ;
  5. la fleur de lune ;
  6. la fougère de Boston ;
  7. la sansevière ;
  8. le palmier bambou ;
  9. l’aloes ;
  10. le flamant rose…”

Plus de détails dans l’article 10 plantes dépolluantes pour purifier l’air intérieur (la Rédaction, LESOIR.BE du 16 mars 2016)

Plus de presse…

HOWARD, MOORE & BUSH : Zootopia (2016)

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(c) Disney

A Zootopia, une métropole où cohabitent harmonieusement toutes les espèces animales, Judy Hopps, une adorable jeune lapine, fait son entrée dans la police de la ville et tente de s’imposer au milieu des gros durs de la profession. Pour prouver l’étendue de ses capacités, Judy se charge d’enquêter sur une difficile affaire de disparition. Mais elle se voit alors obligée de collaborer avec Nick Wilde, un renard malin, loquace et arnaqueur émérite. Accompagnée de ce compère à la langue bien pendue, Judy se retrouve bientôt confrontée à un événement mystérieux lorsque des animaux reviennent soudainement à l’état sauvage… (voir la fiche du film sur TELERAMA.FR)


Plus de cinéma…

ARNO : Lettre à Donald Trump (2016)

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HINTJENS, Arnold Charles Ernest alias ​ARNO (né en 1949)
Arno

Monsieur Trump,
Hier sur CNN, tu as catalogué Bruxelles de « hellhole ». À vrai dire, ça m’a fait rire, parce que je n’ai jamais fait l’expérience d’une telle fournaise. Cela fera bientôt 33 ans que j’habite dans « the capital of Europe », et je ne compte pas décamper d’aussitôt. Même un chien enrhumé le sentirait à des kilomètres : Bruxelles, c’est ma ville. Dans ma vie, j’ai habité un peu partout : à Londres, à Amsterdam, à Paris. Et en hiver, je m’exile souvent à la mer pour quelques jours. Mais la ville d’Ostende n’est rien d’autre que la fille de Bruxelles. Difficile donc de dire que je m’éloigne vraiment.
Nous sommes plus d’un million à habiter dans cette ville où l’on rencontre le monde entier et où toutes les nationalités se côtoient et s’entremêlent. Parfois, je rentre chez moi le soir sans me souvenir dans quelle langue s’est déroulée ma dernière conversation. J’étais à New York l’année passée d’ailleurs. En terrasse à la Meat Factory, le menu était bilingue anglais-français : je m’y suis senti comme chez moi.
Je ne pense pas que tu sois passé souvent par Bruxelles. Pour pas mal de Flamands et de Wallons, ça vaut également, en fait : ils pensent qu’ils doivent échanger leurs billets contre une monnaie étrangère quand ils descendent du train à la Gare Centrale. Bruxelles est une ville qui en inspire plus d’un : cela explique aussi pourquoi tant d’artistes atterrissent ici. Lemmy de Mötorhead y a habité. Quand Edith Piaf voulait sortir, elle venait à Bruxelles. Le chanteur de Joy Division y est tombé amoureux. On peut y être connu ou célèbre et pourtant rester anonyme. En tout cas, on m’adresse plus souvent la parole ici qu’à Paris. Il m’est arrivé de voir passer Madonna en vélo Rue Dansaert, et de remarquer David Bowie assis tout seul à une table en terrasse : personne ne le dérangeait. Bryan Ferry donnait ses interviews à l’Archiduc, sans être submergé par les foules. Faut l’essayer ailleurs qu’à Bruxelles, ça. Nous n’avons pas de « Star System » comme le vôtre aux Etats-Unis. Pour beaucoup de jeunes créatifs, Bruxelles est le nouveau Berlin : un lieu où ils peuvent se développer. Cinéma, salles de concert, théâtre, danse… toute la ville est culture.
Autre chose : Bruxelles est une des rares villes au monde où l’on peut consommer de l’alcool dès le petit matin. Pas dans un café, hein : dans une poissonnerie. Quand je sors avec des amis étrangers, ils n’en croient pas leurs yeux : c’est du jamais vu pour eux. Je connais des cafés et des bars dont les propriétaires ont paumé la clé de la porte d’entrée il y a des années. Nous avons notre cul dans une énorme motte de beurre ici, mec.
En même temps, je ne mentirai pas : Bruxelles est probablement la ville la plus laide au monde. C’est un gros bordel, et ça pue la merde. Mais c’est l’odeur d’une bonne merde. Quand j’ai déménagé vers Bruxelles, je me suis souvent réveillé avec un gros mal de tête – et ce n’était pas à cause de l’alcool, parce qu’à l’époque, je ne buvais pas encore. C’était à cause de l’odeur. Bruxelles est une « sale beauté ». Oui, il y a plein de trucs qui ne tournent pas rond ici, chaque grande ville a ses problèmes. Il y a beaucoup de jeunes chômeurs d’origine étrangère, il y a du racisme partout : chez les blancs-bleus belges, mais aussi dans d’autres communautés. Des gros cons, on en trouve partout : aucune communauté ne pourra en revendiquer l’exclusivité. Pour moi, la rue appartient à tous ceux qui ont deux narines, qu’il soit Juif, Arabe, Eskimo ou Africain. Peut-être as-tu peur de tous ces gens, et est-ce pour cela que tu dis que Bruxelles est l’enfer ?
Car en toute franchise : je trouve que toi, tu es un bonhomme dangereux, un psychopathe. Un type qui se met à bander dès qu’on lui accorde un peu d’attention. Quelqu’un qui verrait bien un retour aux années 1930, aussi, une époque à laquelle il y a avait une grosse crise et où tout le monde avait peur. S’est alors profilé un type moustachu en Allemagne, suivi d’un autre avec une moustache plus impressionnante encore, en Russie. Hitler et Stalin : tu les connais, n’est-ce pas ? Ta drôle de chevelure montre selon moi clairement que tu as été taillé dans le même bois.
Les Américains que je connais habitent New York, Los Angeles, Miami et Washington, et ils ne sont pas du tout impressionnés par ton discours. Mais il y a apparemment beaucoup d’Américains assez crédules qui adhèrent à tes propos ultraconservateurs. Quand les choses vont mal et que les gens ne sont pas rassurés, il est beaucoup plus facile de leur faire croire que tout est de la faute de l’autre. L’Histoire se répète, et on sait jamais comment une vache finira par attraper un lièvre. Mais ce que je sais, c’est que beaucoup d’Américains ont assassiné des populations entières de villages vietnamiens, et qu’il y a eu plus d’attentats à Paris qu’à Bruxelles. Et aussi que dans n’importe quelle grande ville américaine, chaque jour, plus de personnes sont tuées que chez nous. Tout ça « grâce » à la loi sur la possession d’armes – soutenue par les Républicains, d’ailleurs. S’il devait y avoir un « hellhole » sur cette Terre, il serait bien là me semble-t-il.
Tout le rapportage sur Bruxelles et Molenbeek dans les médias étrangers est d’ailleurs sérieusement sous influence. Il y a quelques semaines, un journaliste néerlandais est venu faire un reportage dans ma rue. Il disait que tous les magasins ferment leur porte à 18h pour des raisons de sécurité. C’est du bullshit pure souche. À la longue, on a l’impression que nous vivons dans une zone de guerre. C’est mauvais pour les cafés et les restos. Juste après les attentats à Paris, le chiffre d’affaires à Bruxelles a chuté de 85%. Je voulais donner une tournée générale dans un café, mais il n’y avait personne – bizarre. Quand à Bruxelles, il y a un truc qui merde, c’est la faute aux politiques : des gens aux grosses moustaches et aux drôles de chevelures.
Pour le moment, je donne beaucoup d’interviews à l’étranger, et tout le monde me demande quelle est la situation à Molenbeek. Molenbeek est devenue plus célèbre que la Belgique. Et quand je réponds que là aussi, il y a de l’eau qui sort des robinets, oui, on me regarde bizarrement. S’il y a des crapules qui se baladent à Molenbeek, il ne faut pas avoir pitié d’eux, non. Mais 95% de la population est constitué de gens accueillants et propres sur eux-mêmes. On y trouve plein de chouettes coins.
Juste une dernière chose : j’espère que tu sais que Jésus était Bruxellois ? James Ensor en a fait un beau petit tableau : la Joyeuse Entrée du Christ à Bruxelles. On peut l’admirer dans un musée à Los Angeles. Faudrait que t’ailles voir ça.
Salut en de kost,

Arno


Citez-en d’autres…

Terme français : déclinisme

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Chez les intellectuels, l’idée de la chute est en pleine ascension. Le déclinisme est l’idéologie montante. Se présentant comme les martyrs d’une pensée unique introuvable (en général, on désigne par là les idées de la gauche), des penseurs le plus souvent très marqués à droite tiennent le haut du pavé en multipliant les prédictions catastrophiques. Tous ? Non, une petite escouade résiste à ce délitement général. Ils cherchent non à jouer les Bisounours du futur mais à donner une définition neuve du progrès.

Laurent Joffrin, Libération, 10 juin 2015

Plus…

BECKETT : textes

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My very dear Alan,​​
I know your sorrow and I know that for the likes of us there is no ease to the heart to be had from words or reason and that in the very assurance of sorrow’s fading there is more sorrow.
So I offer you only my deeply affectionate and compassionate thoughts and wish for you only that the strange thing may never fail you, whatever it is, that gives us the strength to live on
and on with our wounds.
Ever,​
Sam

(Paris, 19.11.1963)

You’re on earth. There’s no cure for that.

Citez-en d’autres :

TOLKIEN : Le Seigneur des anneaux : La fraternité de l’anneau (CHRISTIAN BOURGOIS, 2014, nouvelle traduction)

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TOLKIEN, John Ronald Reuel Le Seigneur des anneaux : La fraternité de l’anneau (CHRISTIAN BOURGOIS, 2014, nouvelle traduction)
[ISBN : 978-2-267-02700-6]
Elle procure des émotions proches du texte anglais, en respecte au plus près l’univers et les qualités stylistiques… Vincent Ferré, connu pour ses travaux sur l’œuvre de Tolkien, commente la nouvelle traduction du “Seigneur des Anneaux”.
Après Le Hobbit en 2012, c’est au tour du Seigneur des Anneaux de se rhabiller de mots neufs, grâce à la nouvelle traduction proposée par le Québécois Daniel Lauzon. Les éditions Bourgois ont fait paraître le premier tome cet automne, le deuxième est attendu en 2015, et le troisième et dernier pour 2016. Comme nous l’écrivions dans Télérama mi-janvier, la lecture du premier tome retraduit procure un grand plaisir littéraire : le texte coule comme le Grand Fleuve de Lothlórien, les musiques des dialogues et des poèmes sont finement rendues, et l’on s’habitue vite aux nouveaux noms des personnages et des lieux, choisis selon les directives de l’auteur. Entretien avec Vincent Ferré, professeur de littérature générale et comparée à l’Université Paris Est Créteil, traducteur de Tolkien et directeur de la collection « Le Seigneur des Anneaux » aux éditions Bourgois…”

Lire la suite de l’article de Sophie BOURDAIS sur TELERAMA.FR (20 février 2015)

Lire le premier volume des aventures parallèles d’Aragorn et de Frodon : l’un ferraillant avec les Orques comme, en leur temps, Roland ou Beowulf (Moyen-Age héroïque), l’autre multipliant les épreuves initiatiques, en bon héros arthurien qu’il est (romances médiévales). Si Le Seigneur des Anneaux a créé l’air de son temps (dans les pays anglo-saxons, du moins), il s’agissait d’un temps ancestral que l’ami des vieux arbres connaissait mieux que quiconque. Pas de hasard et peu de pure invention chez Tolkien (qui n’écrivait pas encore des “sequels” à ses “prequels”…), mais une géniale compilation…

D’autres incontournables du savoir-lire :

LAWRENCE : textes

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Et il lui sembla qu’elle était comme la mer, toute en sombres vagues s’élevant et se gonflant en une montée puissante jusqu’à ce que, lentement, toute sa masse obscure fût en mouvement et qu’elle devint un océan roulant sa sombre masse muette. Et, tout en bas, au tréfonds d’elle-même, les profondeurs de la mer se séparaient et roulaient de part et d’autre, en longues vagues qui fuyaient au loin, et, toujours, au plus vif d’elle-même, les profondeurs se séparaient et s’en allaient en roulant de chaque côté du centre où le plongeur plongeait doucement, plongeait de plus en plus profond, la touchant de plus en plus bas ; et elle était atteinte de plus en plus profond, de plus en plus profond, et les vagues d’elle-même s’en allaient en roulant vers quelque rivage, la laissant découverte ; et, de plus en plus près, plongeait l’inconnu palpable, et de plus en plus loin roulaient loin d’elle les vagues d’elle-même qui l’abandonnaient, jusqu’à ce que soudain, en une douce et frémissante convulsion, le fluide même de son corps fût touché ; elle se sut touchée ; tout fût consommé ; elle disparut. Elle avait disparu, elle n’était plus, elle était née : une femme.

L’amant de Lady Chatterley (1928)

ISBN 9782070387434

“Le roman le plus connu de D.H. Lawrence. Son succès repose sur l’idée que c’est le chef-d’œuvre de la littérature érotique, l’histoire d’une épouse frustrée, au mari impuissant, et qui trouve l’épanouissement physique dans les bras vigoureux de son garde-chasse. Mais l’importance du livre est dans la peinture d’un choc historique et social qui constitue le monde moderne. Entre la communauté rurale anglaise et le monde industriel, c’est tout le tissu d’un pays qui se déchire. La forêt du roman, où vit Mellors, le garde-chasse, représente le dernier espace de sauvagerie et de liberté ; lady Chatterley l’y retrouve et s’y retrouve, tout en voyant basculer son univers habituel. Ce roman poétique doit être lu comme un mélange de voyage initiatique, de descente aux enfers, comme une grande lamentation sur l’état de l’Angleterre, aux échos bibliques. L’intrigue amoureuse séduit à une première lecture ; mais le roman a une valeur historique et symbolique…” (en savoir plus via GALLIMARD.FR)

ISBN 9782070295968

En 2006, Pascale Ferran (FR) adapte au cinéma une version antérieure du roman (Lady Chatterley et l’homme des bois) dont Jacques MANDELBAUM dira dans LEMONDE.FR (31 octobre 2006) : “La transposition de Pascale Ferran ne tire pas ses qualités du parfum de scandale provoqué, à l’époque, par la charge érotique du roman. Resserré autour de la relation entre les deux amants, le film tient au contraire tout entier dans la manière, admirable, dont est mis en scène leur insensible rapprochement, surmonté le grand écart social, culturel et physique qui fonde la mutuelle attirance de la belle fiévreuse et de la brute suspicieuse. Pour dire le vrai, on aura très rarement vu au cinéma l’amour et le sexe, la réticence et l’abandon, l’attente et la jouissance, le sentiment et la chair aussi bien filmés qu’à travers le lent apprivoisement de cet homme et de cette femme, pour cette raison qu’ils sont manifestement pensés, et donc filmés, ensemble. La beauté primitive et sensuelle qui habite le film, l’attention qu’il porte à la nature et à la matérialité des choses, aux couleurs, aux tons et aux rythmes changeants à travers lesquels se noue et se consomme la rencontre entre ces deux personnages, tout cela contribue à rendre caduques les questions de morale et de pudeur qui se posent ordinairement en la matière…”


Plus d’amour ?

FERRE Jean : Dictionnaire des symboles maçonniques (1997)

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ISBN 2268025446

“La Franc-maçonnerie est un univers de symboles. Depuis son entrée dans le cabinet de réflexion jusqu’à son accès à la chambre du milieu, le parcours de l’initié en est semé. Voilà qui intrigue le profane et plonge parfois le maçon lui-même dans une profonde perplexité. Pour aider le lecteur à se repérer parmi les symboles maçonniques, Jean FERRE s’attache à faire ressortir la diversité des interprétations, sans toutefois privilégier une école aux dépens d’une autre, et prend appui sur les textes fondateurs (anciens devoirs, manuscrits, rituels) pour retrouver les racines du symbole, sa progression historique, sa richesse. Il étudie chaque outil, précise le rôle des officiers et détaille les divers rites en vigueur. Le Dictionnaire des symboles maçonniques (Paris, Editions du Rocher, première édition en 1997, réédité en 2003), remarquable synthèse sur le monde maçonnique, est à la fois un outil de travail pour le franc-maçon soucieux d’approfondir le sens de sa démarche et un instrument de réflexion pour le profane désireux de pénétrer un monde imprégné de secret.” (Editions du Rocher)

L’auteur, Jean Ferré, avertit le lecteur au début de l’ouvrage : “Ce travail est une recherche, un effort de synthèse, qui vise à apporter des éclaircissements aux Maçons curieux, désireux d’apprendre. Cependant, nous avons décidé de ne pas jouer le jeu des polémistes qui sévissent au sein des différentes Obédiences. Nous avons essayé de travailler au-delà de tout dogmatisme afin de ne froisser aucune susceptibilité. Le présent ouvrage a pour but essentiel de faciliter le travail des Maçons que la Maçonnerie intéresse. Ils y trouveront matière à recherche, à approfondissement. Plutôt que de renvoyer sans cesse le lecteur d’un chapitre à l’autre, nous avons préféré, quand cela n’alourdissait pas trop le texte, re-citer les extraits déjà cités dans un autre article. Dans le même esprit, nous avons daté la source du texte, à chaque citation, afin de bien marquer la « progression historique » et ne pas obliger le lecteur à rechercher systématiquement la date de parution ou d’édition. Parfois, le symbolisme général a été quelque peu négligé, au profit des textes de référence : les Anciens Devoirs, les manuscrits, les divulgations, les rituels. Ainsi le lecteur peut-il mieux se rendre compte des évolutions, des transformations de l’Ordre, des apports et des disparitions d’éléments symboliques survenus au cours de I’histoire. Bien évidemment, en rédigeant ce dictionnaire, nous n’avons pas eu l’ambition d’écrire une oeuvre totale et définitive. Cet ouvrage n’est qu’une approche de la Maçonnerie. Il est destiné à “ouvrir des portes”, à indiquer des directions de recherche à des profanes qui veulent comprendre ce qu’est la Franc-Maçonnerie, à des Maçons qui veulent progresser dans l’Art Royal.

Quelques extraits dans wallonica.org [en construction] :


En savoir plus…

THYS (dir.) : Le cinéma belge (FLAMMARION, Ludion, La Cinémathèque royale de Belgique, 1999)

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THYS M., Le cinéma belge (FLAMMARION, Ludion, La Cinémathèque royale de Belgique, 1999)
  • Recherche et coordination de Marianne THYS
  • Textes de René MICHELEMS, Michel APERS, Jacqueline AUBENAS, Geneviève AUBERT, Guido CONVENTS, Francine DUBREUCQ, Dirk DUFOUR, Peter FRANS, Paul GEENS, André JOASSIN, Luc JORIS, Sabine LENK, Anne-Françoise LESUISSE, Serge MEURANT, Rik STALLAERTS, Marianne THYS
  • Traductions de René ANEMA, Peter BARY, Ludo BETTENS, Ailica CAMM, Philippe DELVOSALLE, Sam DESMET, Jean-Paul DORCHAIN, Eric DUMONT, Annick EVRARD, Bruno LECOMTE, Philippe NEYT, Christophe STEFANSKI, Ann SWALEF, Tommy THIELEMANS, Patrick THONART, Marianne THYS, Dick TOMASOVIC, Catherine WARNANT, Rolland WESTREICH, Chris WRIGHT
  • Préfaces de André DELVAUX et de Marianne THYS

Consulter le livre publié sous la direction de Marianne THYS (90-5544-234-8)

D’autres incontournables du savoir-lire :

D’autres incontournables du savoir-documenter :

van BEURDEN, R. & SHEPARD, S., The Meaning of HACCP in Food Safety Management and the Contribution of Lumac/L’importance des systèmes HACCP dans la gestion de la sécurité alimentaire – La contribution de Lumac (Landgraaf: Perstorp Analytical Lumac, 1995)

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À l’heure du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, nous sommes nombreux à souhaiter un mode de développement durable et respectueux de notre environnement. Cette nature que nous devrions protéger pourrait-elle nous y aider ? Elle et nous vivons dans le même monde, sommes sujets aux mêmes lois, aux mêmes contraintes physiques. Léonard de Vinci l’avait déjà compris. Parmi les millions d’espèces vivantes, y en aurait-il certaines qui auraient développé des solutions éprouvées par le temps, optimisées par l’évolution et transposables à nos défis technologiques et sociétaux ?” [d’après NEWS.ULIEGE.BE]

Qui aurait dit que -sans le faire vraiment exprès- nos lucioles des soirs d’été inspireraient aux ingénieurs du secteur agro-alimentaire une méthode aujourd’hui couramment utilisée : la bioluminescence.

Il s’agit ici de ce que l’on nomme du biomimétisme : une technologie est mise au point par imitation d’un processus qui existe déjà dans la nature. Je résume : la luciole produit sa petite lumière si charmante quand une enzyme qu’elle transporte dans son postérieur entre en contact avec des bactéries. Une fois transposée dans un milieu de test pour produits agro-alimentaires, la confrontation enzyme-bactérie produit une luminescence qui peut être mesurée.

En clair : je prélève un simple pot de yaourt dans une chaîne de production agro-alimentaire, j’y introduis l’enzyme de la luciole et je mesure la luminescence qui est produite ou non. S’il y a luminescence, il y a bactéries, donc danger pour la sécurité alimentaire (ex. salmonelles). Le reste du lot de production est suspect.

Il ne restait plus qu’à systématiser ces tests à des points de la chaîne de production dits ‘critiques’ et on appliquait la méthodologie HACCP aux tests par bioluminescence.

Intéressés ? Nous vous livrons ci-dessous les bonnes feuilles d’un ouvrage épuisé sur le sujet (nous en conservons une copie papier : si cela vous tente, contactez-nous). S’il s’agit d’un texte à teneur scientifique, il a été publié à des fins commerciales : à vous de faire la part des choses. Bonne lecture…

© Patrick Thonart

Table des matières

      1. Introduction à HACCP
      2. Mise en œuvre de l’HACCP dans le cadre d’un système de gestion de sécurité alimentaire
        • Etape 1 : Définition du cadre de référence
        • Etape 2 : Sélection de l’équipe HACCP
        • Etape 3 : Description du produit final et de la méthode de distribution
        • Etape 4 : Identification de l’usage escompté du produit
        • Etape 5 : Elaboration du diagramme de fabrication
        • Etape 6 : Vérification sur site du diagramme de fabrication
        • Etape 7 – Principe 1 : Analyse des dangers
        • Etape 8 – Principe 2 : Identification des CCP
        • Etape 9 -Principe 3 : Détermination des Niveaux-cibles et des Limites critiques
        • Etape 10 -Principe 4 : Elaboration du système de surveillance pour chaque CCP
        • Etape 11 -Principe 5 : Détermination des actions correctives à prendre pour remédier aux écarts observés
        • Etape 12 – Principe 6 : Elaboration d’un système d’archivage et de documentation
        • Etape 13 – Principe 7 : Vérification du système HACCP
        • Etape 14 – Principe 7 : Révision du plan HACCP
      3. Utilisation de méthodes microbiologiques rapides dans les programmes HACCP
        • Les systèmes basés sur la Bioluminescence ATP
        • La solution LUMAC appliquée aux programmes HACCP
      4. Systèmes HACCP dans l’industrie laitière : la solution LUMAC
        • Exigences microbiologiques d’un système d’évaluation de l’hygiène des citernes, des usines et des machines
        • Exigences microbiologiques d’un système de contrôle des matières premières
        • Exigences microbiologiques d’un système de contrôle des produits finis dérivés du lait
      5. Les systèmes HACCP et la Solution LUMAC pour l’industrie des boissons non alcoolisées (soft drinks)
        • Exigences microbiologiques d’un système d’évaluation de l’hygiène des citernes, des usines et des machines
        • Exigences microbiologiques d ‘un système de contrôle des matières premières
        • Exigences microbiologiques des systèmes de test de produits finis
      6. Les systèmes HACCP et la Solution LUMAC pour le secteur de la brasserie
        • Exigences microbiologiques d’un système d’évaluation de l’hygiène des citernes, des usines et des machines
        • Exigences microbiologiques d’un système de contrôle des matières premières
        • Exigences microbiologiques des systèmes de test de produits finis
      7. L’HACCP et la Solution LUMAC pour d’autres industries du secteur agro-alimentaire
        • L’HACCP et la Solution LUMAC pour le secteur de la boucherie
        • L’HACCP et la Solution LUMAC pour le secteur de la restauration

Préface

Aujourd’hui -et dans le monde entier- les systèmes HACCP sont considérés comme les moyens les plus sûrs d’assurer la sécurité des aliments. A la base de la forte expansion des procédures CCP au cours de la dernière décennie, on trouve divers éléments favorables dont les moindres ne sont pas les mesures de régulation et les dispositions légales prises face à la multiplication des cas d’empoisonnement alimentaire, le souci croissant de protéger l’environnement et les pertes financières encourues par les industriels du fait d’un contrôle insuffisant de la production et de la mauvaise qualité des matières premières. Sur la scène commerciale internationale, les différents opérateurs soutiennent l’HACCP, estimant qu’il leur permet de démontrer à leurs clients combien leurs produits alimentaires satisfont aux exigences qualitatives du marché. On ne compte actuellement plus les livres, les articles, les formations et les guides portant sur l’implémentation des systèmes HACCP ; la plupart d’entre eux sont basés sur les mêmes principes de départ, établis à l’origine par la Pillsbury Company aux USA. Dans le sillage du succès croissant des dispositifs HACCP, les méthodes d’analyse microbiologique rapide se sont également implantées de plus en plus dans l’industrie agro-alimentaire. Cette tendance à la hausse est principalement due à la haute compatibilité de ces applications, et plus particulièrement de la Bioluminescence ATP, avec les programmes HACCP. Si l’information en matière d’HACCP est facilement disponible, il est moins aisé de trouver des indications complètes sur l’implémentation de la Bioluminescence ATP dans le cadre de programmes HACCP. C’est dès lors la finalité que nous avons choisie pour le présent manuel, basé sur des données LUMAC réelles, collectées auprès des utilisateurs, et d’autres données encore, produites par notre département R&D. L’objectif est ici de proposer un manuel pratique exposant clairement la Solution LUMAC et, partant, de faciliter l’implémentation des programmes HACCP. Nous espérons que ce volume pourra vous être très utile et que vous pourrez tirer de multiples avantages de l’utilisation de la Solution LUMAC dans le cadre de votre programme HACCP. Vos commentaires, vos questions, vos remarques et vos compléments d’information sont toujours les bienvenus chez LUMAC : n’hésitez pas à prendre contact avec votre concessionnaire LUMAC, chaque fois que vous l’estimerez nécessaire.

Rob van Beurden & Sue Shepard Landgraaf (mai 1995)

Introduction à l’HACCP

Aperçu historique du système HACCP

La notion de HACCP (Hazard Analysis and Critical Control Point) telle que nous la connaissons aujourd’hui date de 1959. C’est à celte époque en effet que la NASA (National Aeronautics and Space Agency) demanda à la société américaine Pillsbury de produire une nourriture pouvant être consommée dans l’espace, en état d’apesanteur. Le problème -mal connu à l’époque- du comportement des aliments dans des conditions d’apesanteur fut vite résolu. Il restait cependant une partie plus délicate au programme : éliminer les dangers microbiens, chimiques ou physiques présentant un danger potentiel pour la santé des astronautes en mission. Pillsbury en vint rapidement à la conclusion qu’il était impossible de garantir la qualité de ces aliments spéciaux en utilisant les techniques existantes, essentiellement basées sur des méthodes d’analyses destructives du produit fini. Le système non destructif de contrôle de qualité mis au point par Pillsbury se basait sur des actions préventives : en contrôlant la totalité du processus (matières premières, process, distribution, nettoyage, personnel, etc.) et en procédant à un enregistrement rigoureux des données, il était possible de limiter les contrôles entraînant la destruction du produit fini.

Ce programme spatial marqua le début du système HACCP actuel, qui est par essence une méthode préventive de contrôle de la qualité. Ce système repose sur une analyse approfondie e l’ensemble du circuit alimentaire, depuis les matières premières jusqu’au consommateur. Après analyse des processus, il est possible de localiser les dangers et de définir les points de contrôle.

Facteurs ayant influencé l’émergence de l’HACCP

On estime que chaque année, dans les pays occidentaux, quelque 30% de la population est victime de gastro-entérites causées par des agents pathogènes présents dans l’alimentation (Notermans & Van der Giessen, 1993). La salmonellose reste, à ce jour, la principale maladie d’origine alimentaire, et, ces dernières années, on a enregistré en Europe une augmentation du nombre d’épidémies. On pense que celte hausse ne peut uniquement s’expliquer par les modifications des procédures de recensement de ces maladies (Gerick, 1994).

Les maladies d’origine alimentaire représentent un coût élevé pour la société. A titre d’exemple, une étude réalisée au Royaume-Uni en 1986 révélait que l’entérite bénigne causée par le Campylobacter aurait coûté aux alentours de 600 £ par cas. En 1992, on a enregistré plus de 38.000 cas, ce qui représente déjà, même sur base du coût estimé six ans plus tôt, un montant de 22 millions £ rien que pour le Royaume-Uni (Phillips et al., 1994). Pour faire face à ce problème lié à la contamination bactérienne des aliments, il faut apporter des améliorations à tous les stades de la production. C’est là que l’HACCP révèle toute son importance, car la mise en œuvre d’un système HACCP dans une chaîne de fabrication alimentaire permet de superviser chaque étape de la transformation des aliments et de prévenir ainsi les dangers de contamination microbiologique.

S’il est vrai que la contamination microbiologique peut donner lieu à des pertes financières importantes, il ne faut pas sous-estimer l’importance de la contamination physique et chimique des aliments. Le système HACCP a été conçu de manière à couvrir l’ensemble de ces dangers.

L’approche préventive sur laquelle il repose a suscité l’intérêt de sociétés du secteur agro-alimentaire et des instances officielles de contrôle nationales et internationales, qui voient en ce système un moyen efficace de contrôler tous les aspects liés à la sécurité alimentaire.

Ces facteurs socio-économiques ont sans doute contribué à la multiplication, ces dernières années, des textes législatifs en rapport avec la sécurité alimentaire, l’hygiène et l’HACCP en Europe et aux Etats-Unis. Il existe actuellement deux Directives européennes qui soulignent la nécessité, pour les entreprises du secteur agro-alimentaire, de mettre en œuvre un système de suivi et de contrôle :

    1. 92/46/ CE, Directive concernant l’hygiène des produits laitiers, intitulée “Directive arrêtant les règles sanitaires pour la production et la mise sur le marché de lait cru, de lait traité thermiquement et de produits à base de lait
    2. 93/43/ CE; Directive générale concernant l’hygiène alimentaire, intitulée “Hygiène des denrées alimentaires

Le contenu de ces directives a été traduit dans les différentes législations européennes. Par exemple, au Royaume-Uni, le “Food Safety Act” a été modifié de façon à ce que toute directive CE puisse être appliquée dans le cadre du droit national. Ceci signifie que l’industrie britannique de l’agro-alimentaire devra se conformer à la législation instituée par la CE.

A l’instar de la CE, les Etats-Unis ont également reconnu la nécessité d’un contrôle plus strict dans le domaine de la sécurité des aliments. La FDA (Food and Drug Administration) recommande l’adoption des principes HACCP dans les entreprises du secteur alimentaire, même si, pour l’instant, ces directives ne font par partie du droit fédéral et n’ont pas force de loi.

Définitions et principes

En novembre 1989, le Comité Consultatif National américain pour les Critères Microbiologiques des Aliments (National Advisory Committee on Microbiological Criteria for Foods, ou NACMCF) a présenté un guide décrivant le principe des systèmes HACCP. Dans ce document, le comité concluait que l’HACCP constitue un outil efficace et rationnel de contrôle de la sécurité alimentaire (NACMCF, 1989). Ce document clé a été mis à jour en mars 1992 par le même comité (NACMCF, 1992).

L’HACCP peut être défini comme un système qui identifie des dangers spécifiques (c’est-à-dire toute propriété biologique, chimique ou physique qui affecte la sécurité des aliments) et spécifie les actions nécessaires à leur maîtrise. On entend par “Point de Contrôle Critique” (CCP) tout point de la chaîne de production alimentaire, depuis les matières premières jusqu’au produit fini, où une perte de contrôle pourrait faire courir un risque inacceptable (danger) à la sécurité alimentaire. Lorsqu’on met en œuvre un système HACCP, les tests microbiologiques traditionnels constituent rarement un moyen efficace de surveiller les CCP étant donné le temps nécessaire pour obtenir les résultats. Dans la plupart des cas, le mieux est d’assurer cette surveillance par le biais de tests physiques et chimiques, ainsi que par l’observation visuelle. Le Tableau 1.1 reprend quelques-uns des termes HACCP les plus importants ainsi que leurs définitions.

Les sept principes suivants constituent les règles de base du concept HACCP (NACMCF, 1989, Codex Alimentarius, 1993). Ces sept principes sont utilisés pour élaborer, mettre en œuvre, entretenir et améliorer le système HACCP. Ils constituent la base de l’HACCP et on les rencontre dons tous les textes qui traitent de ce sujet :

    1. Identifier le ou les dangers éventuels associés à la production alimentaire, à tous les stades depuis la culture ou l’élevage jusqu’à la consommation finale, en passant des matières premières et ingrédients à la fabrication, la distribution, la commercialisation, ainsi qu’à la préparation et la consommation de l’aliment (Analyse des dangers) et identifier les actions préventives nécessaires à leur maîtrise.
    2. Localiser les Points de Contrôle Critiques (CCP) qui doivent permettre de maîtriser des dangers identifiés ;
    3. Déterminer les “Niveaux-cibles” et les “Limites critiques” auxquels doit satisfaire chaque CCP ;
    4. Fixer les procédures de surveillance des CCP ;
    5. Déterminer les actions correctives à prendre lorsqu’un CCP donné est non maîtrisé ;
    6. Elaborer des systèmes efficaces d’enregistrement des données servant de base à l’élaboration du plan HACCP ;
    7. Définir les procédures destinées à vérifier que le système HACCP fonctionne correctement.

Ces principes seront expliqués de façon plus détaillée dons le Chapitre 2.

Tableau 1.1 : Définitions de termes HACCP importants
      • HACCP : Analyse des dangers points critiques pour leur maîtrise
      • Danger  : Propriété biologique, chimique ou physique susceptible de rendre un aliment impropre à la consommation
      • Analyse des dangers : Evaluation de toutes les procédures ayant trait à la production, la distribution et l’utilisation de matières premières et de denrées alimentaires, visant à :
        • Identifier les matières premières et les aliments présentant un danger potentiel
        • Identifier les sources potentielles de contamination
        • Déterminer la capacité de survie ou de prolifération de micro-organismes au cours de la période de production, de distribution, de stockage ou de consommation
        • Evaluer les dangers et la sévérité des dangers identifiés
      • Risque : Estimation de la probabilité que ce(s) danger(s) se présente(nt) effectivement
      • Sévérité : Gravité d’un danger
      • CCP Critical Control Point (Point Critique) : lieu, étape, procédure ou processus qui doit être maîtrisé en intervenant sur un ou plusieurs facteurs afin d’éliminer ou réduire un danger ou une de ses causes et de minimiser sa probabilité d’apparition.
      • Surveillance : Séquence planifiée d’observations ou de mesures pour déterminer si un CCP est maîtrisé et produire un document d’archive précis destiné à être utilisé ultérieurement à des fins de vérification

Avantages et problèmes potentiels du concept HACCP

Le concept de l’HACCP comporte de nombreux avantages :

    • Il est efficient, car il suppose une concentration des efforts de contrôle
    • Il est économique, car les méthodes de surveillance reposent essentiellement sur des techniques rapides et simples, et
    • il est extrêmement efficace, car il permet de prendre rapidement les actions correctives nécessaires.

Cette approche rationnelle et intégrée visant à garantir la sécurité des aliments a suscité l’intérêt de diverses instances chargées de la réglementation en la matière (offices de contrôle alimentaire , ministères de la santé et de l’agriculture, etc.). Leur attitude positive à l’égard de l’HACCP a également eu pour effet de renforcer l’intérêt des entreprises du secteur de la transformation des aliments. Comme c’est le cas lors de tout changement important au sein d’une entreprise, il y a quelques obstacles à franchir au moment de mettre en place un système HACCP sur mesure. Ces obstacles peuvent varier d’un cas à l’autre en raison des différences qui existent au niveau de l’organisation, de la culture d’entreprise et du degré d’engagement du personnel. Voici quelques-uns de ces problèmes et des solutions qui s’y rapportent (Pearson, 1994).

Résistance aux pratiques et aux protocoles de travail standardisés

Si le personnel n’est pas habitué à travailler selon des règles strictes, il se peut qu’il manifeste une résistance à la mise en œuvre d’un système HACCP. Il se peut que les travailleurs doivent changer certaines de leurs habitudes, le succès d’un tel système reposant en effet sur le respect scrupuleux des protocoles. Un aspect positif est que les nouveaux venus peuvent être rapidement opérationnels car toutes les activités sont décrites dans des documents. Une bonne information et une explication de l’impact du système sur la qualité des aliments devraient permettre de convaincre ceux qui se montrent réticents à adopter les actions nécessaires.

Nécessité éventuelle d’investissements

Dans certains cas, les installations de transformation des aliments sont vétustes et inefficaces, voire mal conçues. Pour pouvoir mettre en œuvre un système HACCP, il se peut qu’une partie de l’infrastructure doive être réorganisée, déplacée ou modernisée. Ces investissements de départ sont habituellement rentabilisés à long terme grâce à une diminution des coûts et une meilleure productivité.

Contrôle de l’hygiène personnelle des travailleurs

Les personnes qui manipulent les aliments ou qui sont impliquées dans leur transformation constituent une source possible de contamination. Il est donc important d’exercer un contrôle rigoureux de leur hygiène individuelle. Il se peut que certains travailleurs doivent changer leurs habitudes (coiffure, lavage des mains, éternuements, etc.) ou être temporairement déplacés s’ils souffrent de maladies d’origine alimentaire telle qu’une infection aux salmonelles. L’explication de quelques notions de base de microbiologie alimentaire peut contribuer à sensibiliser le personnel à l’importance de l’hygiène individuelle. Une plaque de gélose incubée avec l’empreinte digitale d’un travailleur peut être utilisée pour ouvrir les yeux des sceptiques !

Main d’œuvre mal formée

Une formation insuffisante peut induire un manque de respect des normes. Une mauvaise communication et des explications incomplètes des normes et des protocoles auront pour effet d’augmenter les réticences et de diminuer la motivation du personnel. Les travailleurs à temps partiel et le personnel temporaire sont souvent oubliés ou simplement exclus lorsqu’il est question de formation.

N’essayez pas de gagner du temps ou de l’argent en rognant sur les formations ! L’aspect humain est l’élément le plus important dans la réussite de l’HACCP !

Le travail contre la montre

Quand les produits doivent être fabriqués et livrés rapidement (notamment suite à une hausse soudaine de la demande), un personnel mis sous pression peut avoir tendance à être moins attentif aux normes et aux règles de production. C’est surtout durant ces périodes que le système HACCP risque d’être mis à l’épreuve et que l’on pourra se rendre compte du degré de motivation et de dévouement du personnel. Or, c’est en ces moments-là que les erreurs ou les “raccourcis” délibérés se rencontrent souvent…

Un bon planning de production et l’utilisation du personnel adéquat peuvent permettre d’éviter les  problèmes liés à ces périodes de travail sous pression.

Limitation de la créativité, de l’esprit d’innovation et du savoir-faire

Certains craignent parfois que la mise en œuvre d’un système HACCP ne vienne entraver la créativité, l’esprit d’innovation et le savoir-faire. Pourtant, le fait d’introduire une standardisation des pratiques et des procédures ne signifie pas qu’il faille supprimer ces éléments, son objectif étant simplement de garantir la sécurité des aliments produits.

Les obstacles potentiels mentionnés plus haut n’ont pas empêché l’industrie agro-alimentaire d’adopter le concept HACCP. Il est clair en effet que les avantages à long terme l’emporteront sur les éventuelles difficultés à court terme.

Pour être efficace, l’HACCP doit faire partie intégrante de la politique de l’entreprise en matière de qualité, et il peut donc être associé à un programme de “bonnes pratiques de fabrication” ou à la mise en œuvre de la norme ISO 9000. Cela nécessite d’importants investissements tant en heures de travail qu’en termes de ressources financières de l’entreprise. Pour réussir, un tel programme doit bénéficier de l’appui et de l’engagement total de la direction et du personnel, travaillant ensemble dans un esprit d’équipe.

L’amélioration du rapport coût/avantages lié à l’HACCP n’apparaîtra clairement qu’à long terme, au moment où l’utilisation de ce système se traduira par des économies engendrées notamment par un meilleur rendement et une réduction des rebuts. Certains avantages n’ont pas de retour financier tangible, mais contribuent à améliorer l’image et la réputation de l’entreprise. Un certain nombre d’avantages commerciaux du système HACCP sont repris dans la liste qui suit:

    • Augmentation de la sécurité alimentaire
    • Minimiser les dangers de produit non conformes
    • Conformité à la législation en matière d’alimentation et à la directive européenne sur l’hygiène
    • Meilleur rendement
    • Réduction des rebuts
    • Amélioration des conditions de travail
    • Amélioration du moral et réduction de la rotation du personnel
    • Fiabilité accrue permettant de rencontrer les exigences du client
    • Renforcement de la confiance du client
    • Elargissement des perspectives commerciales
    • Amélioration de l’image et de la réputation
    • Amélioration de la qualité des produits
    • Diminution du nombre de réclamations
    • Diminution du nombre de produits retirés de la vente
    • Réduction du risque de contre-publicité
    • Réduction des coûts
[…]

Références bibliographiques

      1. Gerick, K. 1994. Foodborne Disease Trends in Europe. Intervention à la Conférence sur la sécurité alimentaire, Laval, France, Juin 1994.
      2. National Advisory Committee for Microbiological Criteria for Food (NACMCF), 1989. HACCP principles for food production. USDA-FSIS Information Office Washington, DC.
      3. National Advisory Committee for Microbiological Criteria for Food (NACMCF), 1992. Hazard Analysis and Critical Control Point System. International Journal of Food Microbiology, 16, 1-23.
      4. Notermans, S., et Van der Giessen, A., 1993. Foodborne disease in the 1980s and 1990s. Food Control 4, 122-124.
      5. Pearson, R. 1994. Personal communication, Food Dialog, UK.
      6. Phillips, C., et J. T. George, 1994. Food Poisoning in context, International Food Hygiene, 5, 45-49.

Traduction : Patrick Thonart


Plus de technique…

LEBRUN : Souvenirs de chasse (1912-1920)

Temps de lecture : 41 minutes >

LEBRUN Georges, Souvenirs de chasse (rassemblés et coordonnées par son frère René LEBRUN, publié à compte d’auteur ? n.d.)

© René Lebrun

Georges Lebrun est né à Namur le 9 avril 1884 et décédé à Kwamouth (Congo belge) le 5 juillet 1920. L’ouvrage transcrit ici a été remis par son petit-neveu, Michel Lebrun, à l’équipe de wallonica.org en 2025, aux fins de conservation et de partage avec les plus jeunes générations, peut-être moins conscientes que la violence et le respect forment un duo antagoniste qui a varié selon les lieux et les époques. Comme expliqué dans notre article RUWET : Les carnets de chasse de Georges Lebrun au Congo belge (1912-1920), une lecture critique de ce livre [en cours de transcription] permet de comprendre que ledit Congo belge et l’époque coloniale étaient un lieu et une époque où le respect n’était pas le facteur dominant dans le duo. C’est notre histoire. C’est notre Travail de Mémoire. Nous livrons ce témoignage tel quel : lisez curieux !


Préface

Cette publication n’est pas, ce que pourraient croire beaucoup de mes lecteurs, un essai d’œuvre littéraire. Ces quelques pages ne sont, hélas, qu’un récit bien simple de la vie d’un administrateur territorial qui, en dehors de ses fonctions administratives et quelques années seulement, parvint à consacrer ses rares moments de loisir à un sport favori, la chasse, et utiliser en même temps ses connaissances zoologiques à l’étude des animaux qui peuplent notre merveilleuse colonie.

D’après la correspondance et divers documents trouvés dans la succession de mon frère bien-aimé, j’ai pu recueillir et coordonner ces quelques notes.

Je regrette de ne pouvoir accompagner· ce texte de la publication des magnifiques photographies laissées par Georges Lebrun. Ces photographies, tant au point de vue scientifique que documentaire, présentent un intérêt tout primordial qui eût rendu plus vivante et plus altrayante encore la narration de quelques randonnées dans les provinces orientales et particulièrement dans l’Uele où je vais essayer de vous guider en imagination.

Georges Lebrun fut un de nos meilleurs chasseurs d’Afrique. Embarqué pour la première fois en 1912, comme administrateur territorial, pendant ce terme déjà, malgré le travail absorbant que lui occasionnaient ses fonctions administratives dans les régions alors très troublées de l’Uele, il parvint à constituer des collections extrêmement intéressantes.

Rentré en 1915, il repart quelques mois après, pour reprendre ses fonctions au Congo et rentre en Belgique en août 1919 avec une magnifique collection d’animaux vivants parmi lesquels figurait un okapi, le premier qui fit son apparition dans les jardins zoologiques d’Europe.

Les pensionnaires de Lebrun aidèrent puissamment le Jardin Zoologique d’Anvers à reconstituer ses collections disséminées pendant la guerre.

Ce magnifique succès valut à Lebrun d’être renvoyé au Congo en mission scientifique. Il s’embarque au mois de mai 1920. Mais, hélas, dans son acharnement à accomplir son œuvre, il commit des excès de fatigue tels que, deux mois à peine après son arrivée en Afrique, il tomba gravement malade et succomba le 5 juillet 1920.

Je prie mes lecteurs d’excuser parfois la sécheresse de certaines notes. Ils n’y verront, j’en suis certain, qu’un réel souci de ma part de respecter l’authenticité des récits laissés par ce jeune voyageur.

René LEBRUN


Léopoldville – Bumba

Depuis samedi dernier, 29 juin, date à laquelle nous avons quitté Léopoldville, nous naviguons sur le fleuve Congo.

Le steamer Hainaut au Congo belge © lookandlearn.com

Notre vie à bord du Hainaut est des plus monotone. Lever à cinq heures et demie. Les boys apportent l’eau, cirent les souliers et font la toilette des cabines. Mon boy me coûte cinq francs pour la trav·ersée, plus deux francs par semaine pour la nourriture. Il lave et repasse très bien, mais il met quatre heures pour repasser un veston.

Déjeuner à sept heures et demie ; on flâne ensuite, on joue, on cause, ou bien on se met à l’affût des crocodiles et des hippopotames.

Deuxième déjeuner à douze heures. L’après-midi semble toujours très longue. Heureusement, vers dix-huit heures, on arrive d’habitude à l’étape, où l’on fait du bois pour le chauffage du steamer et où l’on reste jusqu’au lendemain matin. Une demi-heure après l’arrivée à l’étape, on dîne joyeusement et à 9 heures tout le monde est couché.

Il y a deux jours, le bateau ayant très bien marché, nous sommes arrivés à Bolobo vers seize heures. Nous en avons profité, un officier et moi, pour faire une tournée de chasse dans les environs.

Tandis que l’officier, monté dans la forêt, avait la bonne fortune de tirer une antilope, je suivais la rive le fusil sur l’épaule, accompagné du boy portant ma carabine 405. De trois balles de celle-ci, je tuai un croco énorme mesurant trois rnètres· cinquante de long et, avec mon fusil, je pus abattre deux pigeons sauvages et un aigle pêcheur. Il y a dans ces parages un nombre incroyable de crocodiles. Presque sur chaque banc de sable, un de ces monstres se prélasse, tel un énorme lézard se chauffant au soleil.

Les hippopotames sont moins nombreux, mais, hélas, on ne peut les atteindre.

A Bolobo, j’ai vu aussi tout un groupe d’indigènes atteints de la maladie du sommeil venant du Kwango et que l’on dirigeait sur Léopoldville.

Les ravages causés par cette maladie sont épouvantables.

Aussi, encore impressionné par ce triste spectacle, ce ne fut point sans une forte appréhension, que ce matin, alors que nous passions à proximité d’une île, je vis un nuage de mouches Tsé-Tsé envahir le bateau. Il est prudent de ne pas dormir sur le pont sans moustiquaire.

Nous avons croisé le Brabant, bateau descendant du Haut-Congo. Les fonctionnaires venant de l’Uele nous ont appris que, par suite de la baisse des eaux, les steamers ne voyagent plus sur l’ltimbiri. Quel contre-temps ! Cela va nous valoir une bonne vingtaine de jours en pirogue.

Nous arrivons au poste de Nouvel-Anvers le 9 juillet.

Quel n’est pas mon étonnement de voir monter à bord un de mes anciens camarades de l’Université de Louvain. Il remplit au Congo les fonctions de Substitut et pour l’instant, il se rend à Lisala. Il m’édifie sur les égards à observer vis-à-vis des indigènes, pour ne pas encourir les amendes qui, parait- il, vous tombent sur le dos sans beaucoup de ménagements. Deux détenus blancs montent également à bord. Je n’ai pu arriver à connaître les motifs de leur détention. Quoi qu’il en soit, il est pénible de voir dans un pays comme le Congo, des blancs mériter l’incarcération.

A Mobeka, nous faisons escale le 10 juillet 1912. Une tornade d’une violence extrême vient nous y surprendre. Très impressionné, j’assiste pour la première fois à ce spectacle.

Le steamer veut démarrer, mais la force du vent est telle qu’il ne peut avancer. Violemment même, il est rejeté contre la rive. Sous la force du choc, une pirogue de sauvetage qui se trouvait à bord, est brisée comme un fétu de paille.

Un peu avant Lisala, nous saluons l’épave du steamer Ville de Bruges qui, en 1908, surpris et désemparé par une tornade, sombra en plein fleuve. Les blancs se trouvant à bord, essayèrent de gagner la rive à la nage, mais ils n’en eurent pas le temps. Les indigènes de la fameuse tribu des Budjas, veillaient ! Afin de piller à leur aise, ils tuèrent et mangèrent les malheureux naufragés. Une quarantaine de noirs qui accompagnaient ces européens furent également exterminés et mangés. Le mécanicien du steamer parvint seul à se sauver.

Le pauvre diable fut tellement épouvanté qu’il en a perdu quelque peu la raison. Il est toujours au service de la Colonie.

Les blancs étaient des fins-de-terme qui, le cœur joyeux et la bourse bien garnie, rentraient en Europe.

Arrivés le soir du 11 juillet 1912 à Bumba, nous faisons la connaissance du chef de poste, qui a l’amabilité de nous apprendre qu’il ne dispose point, pour le moment, de maison pour nous loger ! Diable ! Nous voilà encore obligés de coucher à bord !

Le lendemain, je suis debout à cinq heures du matin. M’empressant de faire décharger les bagages, je surveille mon installation dans l’espèce d’abri qui est mis à ma disposition. Abri ! oui vraiment ! Car on ne peut qualifier du nom de maison, la baraque qui doit me servir d’habitation pendant quelques jours.

Qu’importe ! Le principal, pour l’instant, est d’être protégé contre les violentes pluies d’orages, qui, en quelques minutes, vous transpercent jusqu’aux os.

Après un déjeuner très frugal, je me mets à la recherche de mon boy. Le bandit a disparu me laissant au milieu de mes colis. J’enrage ! Le nouveau boy, que j’engage sur le champ, ne sait malheureusement rien en fait de cuisine.

Mon vieux Lebrun ; il s’agit de mettre toi-même la main à la pâte !

Les anciens africains sont d’une affabilité spéciale pour le débutant. Ainsi, je demande à l’un d’eux quelques renseignements. D’un ton bourru, il me répond : “Ici, chacun pour soi ! Vous n’avez qu’à tirer votre plan !” Ecoutant donc ce fraternel et charitable conseil, je me suis empressé de me mettre à la besogne.

Le boy achète pour moi : deux poules, dix kilos de riz, une boîte de confiture, de l’huile de palme et je me mets en devoir de composer le menu suivant : Potage aux tomates – Poulet à l’huile – Riz au lait -Confitures diverses et biscuits – café… à volonté !

Le poulet, un peu maigre, sentait fort l’huile ; le riz, sans œufs, n’était pas cuit à la perfection, mais j’avais une faim de loup et le tout m’a parfaitement plu.

© Penseur étoile

Le boy ne connait pas un mot de français et je ne sais encore rien de la langue du pays. A nous voir gesticuler t0us les deux, on pourrait nous prendre pour des acteurs de pantomime. Parfois, je m’impatiente et une claque retentissante vient clore cette discussion silencieuse. C’est étonnant comme alors ce petit diable comprend et exécute mes désirs !

Décidément, je fais des progrès dans l’art culinaire. Le repas du soir m’a paru excellent. Content de ma journée, je m’étends sur la chaise longue et, tout en fumant une de ces délicieuses cigarettes dont j’ai fait une ample provision, je me mets à rêver.

C’est ma première soirée passée seul. Seul ! Non pas, car je fais connaissance avec un tas d’êtres qui me considèrent les uns comme un intrus, les autres comme leur hôte. Rats, souris, mille-pieds – de quelle taille ! blattes, fourmis, moustiques, cigales. Tout cela court, rampe, gratte, mord, saute et chante à qui mieux mieux. Et là-bas, sur le coin d’une malle, dans la demi-obscurité, une mante religieuse, gracieuse comme une jolie demoiselle, semble plongée dans une profonde et dévote méditation.

Le 16 juillet 1921 [corrigé en 1912], nous sommes toujours à Bumba. Le steamer, qui doit nous conduire à Gô, ayant été avarié, nous ne partirons pas avant le samedi 20.

C’est un contre temps bien fâcheux, car il nous immobilise dans un pays où les vivres sont très chères. Voici, à titre documentaire, un aperçu des quelques prix de cette année : poules : 1 Franc (elles ne sont pas plus grosses que des pigeons) ; le kilo de riz : quatre francs ; une bouteille de bière : deux francs ; le kilo de beurre : sept francs ; le kilo de sel : deux francs.

Il n’est pas possible d’admettre que les fonctionnaires, qui séjournent dans ce poste, peuvent vivre sans dépasser les indemnités de nourriture.

Autrefois, le ravitaillement d’un agent revenait à l’Etat à raison de sept mille francs. Il est aisé de comprendre que le gouvernement a jugé plus simple de dire au même agent : “Voici quatre mille francs et pourvoyez vous-même à votre ravitaillement.” – Il y a deux ans, l’Etat fournissait également à chaque agent deux boys, qu’il payait à raison de cinq francs par mois. Actuellement, l’agent doit se procurer ses serviteurs et les payer. Un de mes boys est Ababua (race anthropophage). Je le paye huit francs par mois. L’autre, mon cuisinier, s’appelle Gukibay. Il est Azandé – race guerrière – et je lui donne dix francs par mois. Mais ce n’est pas tout ! Il y aussi une contribution de dix francs par boy et par an, à payer à l’Etat. Hélas, les temps sont changés !

A bord d’un steamer descendant vers Léopoldville, nous voyons passer le fameux sultan Azandé, Zaza, de l’Uele, capturé il y a peu de temps lors d’une opération militaire dirigée contre lui. Son territoire est soumis actuellement et le pauvre bougre va s’entendre condamner à Boma.

Un orage épouvantable accompagné de tornade, éclate pendant la nuit au dessus de Bumba. C’est effrayant ! Le toit de mon habitation est à moitié enlevé. Je démonte au plus vite mon lit et ma moustiquaire afin qu’ils ne soient pas trop mouillés et je vais m’asseoir sous la véranda.

Le spectacle est à la fois beau et terrifiant. Il fait aussi clair qu’en plein jour tant les éclairs se succèdent sans interruption. Le fracas du tonnerre est épouvantable et le vent est d’une telle violence, que de nombreux arbres à caoutchouc sont tordus et arrachés de terre. Deux gros manguiers, qui se trouvaient à quelques mètres de chez moi, sont déracinés et s’écrasent sur le sol. Un objet assez volumineux vient heurter violemment un pilier de ma barza. C’est la tente d’un agent de factorerie qui, tordue et déchirée par le vent, a été enlevée et projetée au loin comme une feuille de papier. Qu’est devenu son malheureux propriétaire ?

Tout à coup, un éclair d’une intensité plus éblouissante sillonne la nue. La foudre, avec un bruit tumultueux et déchirant tombe à septante-cinq mètres de moi, sur la hampe de drapeau du poste.

La rapidité, avec laquelle dans ce pays le déchaînement des éléments cesse brusquement est un phénomène assez curieux. Le vent subitement tombe, la pluie cesse, le tonnerre ne gronde plus. Pendant quelques instants encore les éclairs se succèdent. Le calme enfin revient et grillons et crapauds reprennnent alors leur monotone chanson.

Bumba – Jamba

Le 20 juillet 1912, nous quittons Bumba. Enfin nous avons pu embarquer sur le steamer qui doit nous transporter à Gô.

Steamer, est plutôt une appellation fort élogieuse ! Nous sommes sept passagers et le bateau n’a qu’une cabine. Elle est d’ailleurs occupée par un malade. Les cales sont combles de marchandises et le pont est encombré de bois pour le chauffage de la machine ; impossible donc de s’y installer. Les hommes de peine du bord, nègres et soldats rapatriés se casent où ils peuvent. Tous les sept, nous occupons l’espace laissé libre entre le bois et la chaudière. Inutile de penser à faire la cuisine, ou de vouloir dormir.

Chaque soir, au gîte d’étape, où nous arrivons entre seize et quinze heures, nous installons notre campement à terre, pour y passer la nuit. C’est seulement alors qu’il nous est possible de manger.

A notre première escale, je trouve à Moenge une maison convenable, mais hélas, je ne puis dormir. Les rats font un bruit infernal en rendant visite à mes casseroles et les moustiques se livrent à de copieuses libations sur ma peau.

Le lendemain, 21 juillet 1912, il faut être debout à cinq heures du matin. Tandis que les boys démontent le lit et transportent à bord tous les objets qui ont servi pour établir le campement, j’essaie d’acheter des vivres frais. Les noirs refusent mon argent, car, dans cette région, le sel est encore la monnaie préférée d’échange. Heureusement, j’en ai assez bien et je puis me procurer une tortue comestible, un canard, une poule et un ananas.

A seize heures, nous arrivons au gite d’étape, C’est la pleine brousse ! Un simple hangar, c’est-à-dire quatre troncs d’arbre supportant un toit de palmier, nous sert refuge. Avec anxiété, je pense aux tornades éventuelles.

On se fait heureusement à tout ! Après une nuit calme, je regagne, frais et dispos, le bateau qui démarre à cinq heures et demie du matin. Le 22 juillet 1912, nous passons donc par Mandungu et nous arrivons, deux heures plus tard, au gîte d’étape.

Hélas, le logement est encore plus primitif que celui d’hier. Peu tenté de loger dans une case indigène, propice aux infections, je fais installer mon lit à la belle étoile, en face du bateau. S’il pleut, j’en serai quitte pour plier armes et bagages au plus tôt et regagner le steamer.

Pendant que mon cuisinier prépare le diner, je prends mon fusil et, accompagné de l’autre boy, je vais faire un tour dans la forêt.

La chasse, dans ce pays, est d’un tout autre genre que la chasse d’Europe. Il faut d’abord rechercher la piste du gibier. Mon boy semble s’y connaitre, car, rapidement, il me montre les traces d’une petite antilope de forêt. La piste que nous suivons se dirige, selon toute probabilité, vers la rivière ou vers une mare.

Le major Grubert a chassé… © Moebius

La nature sauvage semble cependant vouloir garder le secret de ses forêts, car, au chasseur téméraire, elle oppose mille difficultés. Un épais rideau de verdure arrête la marche. Des troncs d’arbres séculaires, couchés sur le sol, barrent la route. Les marécages immenses et pleins d’imprévus, s’étendent sous le dôme de la forêt. Mais tout cela ne peut nous arrêter. Escaladant les uns, traversant les autres, taillant à coups de machette un passage au travers du fouillis de la végétation, nous arrivons, enfin, auprès à une petite mare. Là, le boy me fait signe de ne plus bouger ; puis se bouchant les orifices nasaux, il imite le cri de l’antilope femelle. Rien ne répond à son appel.

Une demi-heure après, piteux, nous revenions sur nos pas. Ne voulant point cependant rentrer bredouile au campement, je tire un macaque et un aigle, que mes boys mangeront.

La chasse est dure en forêt et le produit recueilli est avant tout une bonne fièvre !

Furieux, désappointé et fiévreux, je m’étends au plus vite sur mon lit. Mais ma déconvenue n’est pas terminée. Quelle nuit épouvantable ! Une tornade renverse ma moustiquaire et, sous une pluie battante, je transporte mon lit sur le steamer. Hélas, mon matelas est trempé et je suis obligé d’achever la nuit sur une chaise longue.

Le lendemain, 23 juillet 1912, nous faisons escale, vers douze heures, à llembo. Les médecins nous passent tous en inspection, blancs et noirs, afin de voir si nous ne sommes pas atteints de la maladie du sommeil.

Ilembo est le premier poste de l’Uele et comme ce district n’est pas contaminé, on est excessivement sévère. L’entrée en est refusée à quiconque présente les plus petits symptômes de la maladie. Nous réembarquons aussitôt après l’inspection.

Au gite d’étape suivant, ayant trouvé une habitation convenable, nous pouvons passer une nuit excellente, troublée seulement par le cri des léopards et des singes.

Le 24 juillet 1912, nous arrivons enfin à Go, point terminus de notre steamer.

De Go à Jamba, il y a plusieurs rapides que l’on ne passe qu’en baleinière. A Jamba, il faut reprendre un autre bateau qui conduit à Buta.

Le lendemain donc, dès six heures du matin, des porteurs enlèvent mes colis et les chargent sur des petits wagonnets, pour les transporter à une demi-lieue de l’autre coté de Go. Là, ils seront déchargés et embarqués à bord d’une baleinière, pour passer les rapides. Moi-même, je prends place dans une embarcation avec vingt pagayeurs et un capita. Dans le premier rapide, nous manquons de sombrer. Il y en a trois très dangereux à traverser et cela me défrise quelque peu. Le second cependant est passé sans incident. Néanmoins, je préfère effectuer la traversée du troisième par voie de terre. C’est avec une certaine impatience, que j’attends, au delà du rapide, l’arrivée de mon embarcation. Fort heureusement tout va bien, et nous arrivons sains et saufs à Jamba. J’en suis enchanté, car c’est dans ces rapides, parait-il, que tant d’agents ont vu disparaitre leurs malles et objets d’équipement.

Nous nous trouvons le 26 juillet 1912 à Jamba. C’est là que doit nous prendre le steamer qui nous conduira en deux jours et demi à Buta. Ce bateau ne marche qu’à l’époque où les eaux sont suffisamment fortes, c’est-à-dire pendant la saison des pluies, depuis la mi-juillet jusque fin décembre. En d’autres temps, la montée se fait en pirogue et huit jours sont nécessaires pour ce voyage.

Le steamer n’étant pas encore arrivé, je profite du temps libre pour faire un tour en forêt en compagnie de mon boy.

A peine sommes-nous sous les arbres, que nous voyons devant nous, à une trentaine de mètres, quatre superbes éléphants. Un instant leur regard s’arrête sur nous, puis, après avoir agité leurs oreilles comme d’immenses éventails, paisiblement et d’un pas de sénateur, ils disparaissent sous le couvert.

Quel coup magnifique, si au lieu de mon fusil, j’avais pris ma carabine Winchester. Je dois me contenter d’abattre trois pigeons verts et une pintade.

Au loin, le tam-tam indigène retentit et le boy me fait comprendre que, le steamer venant d’arriver, il est temps de retourner au poste.

Jamba-Buta

Le lendemain, nous quittons Jamba. Hélas, nous sommes encore plus mal logés que sur le steamer précédent ! Rien ne sert de se plaindre ; il faut se faire à tout dans ce damné pays.

Nous naviguons à présent sur le Rubi, continuation de l’ltimbiri et le paysage qui défile à présent sous nos yeux, ne manque pas de pittoresque.

Le soir, je comptais trouver à l’escale un gîte et bonne table. Malheureusement, pas le moindre vivre frais et, pour m’en procurer, je me rends à un village distant d’une heure environ de notre campement. Le chef m’y reçoit avec beaucoup de salamalecs. Il me fait cadeau d’une peau d’antilope et m’apporte dix œufs et deux poules. Je paie le tout trois francs.

Le 28 juillet 1912, sous une pluie torrentielle, nous quittons l’étape à cinq heures du matin. Les porteurs, sous la drache, ne veulent pas enlever mes bagages. Il faut les malmener quelque peu. Bougres ! C’est à croire qu’ils n’obéissent qu’à la chicotte ! L’un d’eux, en descendant la berge, laisse tomber à l’eau les colis qu’il transporte. On repêche heureusement la malle aux costumes ; mais hélas, ma boîte avec les baguettes à nettoyer les fusils et carabines est perdue. Pauvre nègre ! Cela lui a valu une maîtresse raclée du capita.

Partant du principe que les cadeaux entretiennent l’amitié et stimulent surtout le zèle, peut-ètre aussi un peu par reconnaissance pour la punitions infligée, tant j’étais vexé de la perte de mes baguettes, je fais cadeau au brave capita de la peau d’un superbe crocodile, tiré dans la matinée.

Enfin, à onze heures du matin, le 29 juillet 1912, nous arrivons à Buta. La pluie n’a pas cessé. Après les présentations d’usage, où nous faisons connaissance avec les résidants du poste, on nous conduit à notre logement. Comme partout ailleurs, les maisons convenables sont rares. Avec trois passagers blancs, je loge dans une petite chambre où semblent s’être réunis tom les rats et araignées de la contrée. Il y a peu de moustiques, mais en revanche les maringouins, petites mouches grosses comme une tête d’épingle, vous harcèlent sans cesse. Leur morsure est extrêmement douloureuse.

Buta, me dit le méJecin du poste, malgré les pluies fréquentes, n’est pas un endroit mauvais. Certes, l’humidité y est grande et il y a beaucoup de rhumatismes. La syphilis est fort répandue, tant chez les blancs que chez les noirs. J’en ai vu quelques affreux échantillons. Le commerce des femmes est, parait-il, dans l’Uele, un des plus grands dangers pour les européens. Deux pauvres diables viennent encore d’être dirigés sur Léopoldville et llebo pour y être soignés.

Le médecin, ce qui est triste à dire, doit rester impuissant devant les ravages de ce terrible mal, car il ne possède pas les médicaments nécessaires pour le soigner. En général, les remèdes absolument indispensables lui font défaut. Je ne parviens même pas à découvrir à la pharmacie du poste le moindre gramme d’aspirine. Heureusement qu’en homme prudent, j’avais eu la sage précaution de me munir du nécessaire. Je me demande comment je m’en tirerais avec le pénible lumbago qui m’accable tout-à-c0up. L’aspirine que j’absorbe, les massages à l’alcool camphré, que me fait le boy, me soulagent beaucoup. Néanmoins, je commence à croire que, malgré les dires du médecin, Buta est un vilain trou. La vie y est d’ailleurs, excessivement chère et peu variée.

Buta-Titule

Enfin, le 1er août 1912, sur le coup de midi, les porteurs tant attendus font subitement leur apparition. Rapidement tous les objets sont réintégrés dans les valises, malles et caisses et je distribue tous ces colis à mes vingt-quatre porteurs. Il s’agit maintenant de franchir les 221 kilomètres qui nous séparent de Bambili.

Nous allons par cette fameuse route d’auto Buta-Titule dont l’entretien nécessite tant d’argent. Cette route est de 140 kilomètres environ, divisée en sept étapes de vingt kilomètres en moyenne.

Notre première étape m’a paru terriblement longue. Nous avançons, il est vrai, sous un soleil de plomb. Deux autres blancs voyagent avec moi jusque Titule. Ils ont chacun entre vingt et vingt-cinq porteurs. Bref, avec les boys indigènes, qui nous accompagnent, nous formons une caravane de nonante personnes environ, se suivant à la file indienne et dont le silence est parfois troublé par les hurlements curieux de certains porteurs Ababua.

Partis à 13 heures 1/2 de Buta, nous arrivons au gîte d’étape, au kilomètre 17, vers 17 heures 1/2. Nous y trouvons une maison confortable, que je partage avec le Docteur P… , médecin de la zone de Rubi, qui, avec une trentaine de porteurs, quitte demain le gîte d’étape en même temps que nous. Il se dirige sur Bambili pour aller soigner un cas d’hématurie. Or, il y a onze jours de marche et le patient hématurique a tout le temps de se guérir lui-même ou de clore les yeux à jamais pendant ces quelques jours.

Je suis ému de pitié à la vue des malheureux porteurs. Ces hommes marchent cinq heures durant avec trente kilos sur la tête ou sur le dos. Certains sont d’une endurance surprenante, mais d’autres par contre, n’en peuvent vraiment plus, quand ils arrivent au gîte d’étape. Certes, le portage est barbare, mais de Bambili à Dungu, c’est encore actuellement le seul moyen de transport.

Combien d’années faudra-t-il encore pour que ces pays sauvages deviennent praticables aux voyageurs ? Eloigné de tout ce qui est confort européen, aux prises avec les mille difficultés de la vie d’Afrique, le blanc et le noir se rend aisément compte des bienfaits sans nombre de la civilisation.

Mes porteurs, comme tous les autres d’ailleurs, sont de race Ababua. Ils se caractérisent par les tatouages qu’ils font subir à leur visage et spécialement aux oreilles dont ils enlèvent tout le centre du pavillon.

Le lendemain 2 Août 1912, nous nous remettons en marche dès quatre heures du matin, alors qu’il fait encore nuit. Après avoir couvert 23 kilomètres sans incident et sans fatigue, nous arrivons au gite d’étape (Km. 40). Le reste de la journée se passe en dolce farniente et, à la soirée, je me décide enfin d’abattre deux pigeons pour mon déjeuner de demain. Le docteur P… a continué sa route et logera vraisemblablement ce soir au km. 58. Heureux homme, il voyage en hamac.

A six heures du soir, une de mes malles n’étant pas encore arrivée, j’envoie un boy à sa recherche. Le colis arrive enfin et une palabre s’élève parmi mes porteurs. Ma pitié s’est atténuée au point que, impatienté, furieux, je distribue force coups de pieds et fais donner par mon boy une raclée au retardataire. Cette légitime punition me procure la satisfaction de détendre la mauvaise humeur que ce retard avait provoqué et me permet de faire une curieuse constatation : un nègre reçoit toujours les coups sans songer les rendre, ni même à se défendre.

Notre troisième étape s’effectue normalement et le 3 août, vers dix heures du matin, nous nous arrêtons au kilomètre 58.

Hélas, il est très difficile de se procurer des vivres frais. Le Chef indigène voisin voit que nous sommes des bleus bon teint et il se paie notre tête : Heureusement, j’ai les deux pigeons tués hier et… mon fusil. Le gibier ne manque pas dans les environs et voilà, bien vite, un menu excellent composé. La qualité de l’eau fait peut-être défaut. Ce que l’on appelle ici Maliba moke – traduction littérale “petite eau de source” – est une eau croupissante et bien verte ! Il ne faut pas être difficile !

Après une étape de vingt et un kilomètres, accablé de fatigue, je dormais d’un sommeil de plomb, quand des hurlements me réveillèrent en sursaut. A tâtons, dans la demi-obscurité, je cherche ma montre. Il est une heure du matin. Pourquoi tout ce bruit ? Plus intrigué qu’inquiet, je vais au dehors. Les porteurs sont en grande discussion et font un vacarme épouvantable. Il y a un clair de lune superbe, disent-ils, et le soleil demain, dès le matin sera excessivement chaud ; il vaut donc mieux partir de suite. Un peu ahuris, maugréant, nous plions bagages et une demi-heure après, nous quittons en colonne serrée le km. 79.

Léopard au Congo belge (carte postale) © geneanet.org

C’est mon tour de tenir la fin de la colonne. Vers trois heures, ralentissant la marche, je dis à mon boy de rester en arrière avec moi, car je voulais satisfaire un besoin impérieux. Je procédais à une opération préliminaire, quand, tout à coup, le boy, jetant devant moi fusil et cartouchière, se met à hurler ! ! !

Mondélé ! Kopi ! Kopi ! adjali sina nago ! ! !” (“Monsieur, léopard ! léopard ! il est devant toi !”) et… de toute la vitesse de ses jambes, il disparaît.

Je suis seul ! En face de moi, dans le clair de lune, je distingue pas très loin, sous le couvert, au milieu d’une tache sombre, deux gros points brillants, dont la fixité me glace d’horreur. Je veux courir mais, comme plongé dans un rêve, je reste toujours accroupi dans le fossé. Machinalement ou instinctivement, je tends la main et saisit le fusil, qui se trouve heureusement à mes pieds. Il est chargé de zéro et de balettes. Je fais le signe de la Croix et tire les deux coups dans la direction des deux globes de feu, qui semblent suivre tous mes mouvements. Ce qui s’est passé ensuite, je ne pourrais le dire. Mon émotion fut plus forte que mon courage et je m’évanouis. Lorsque je revins à la réalité, des porteurs avec des bois enflammés, mes boys et un des blancs faisant partie de la caravane, se trouvaient autour de moi. Aux cris du boy et au bruit des coups de feu, ils étaient accourus avec des tisons et m’avaient trouvé, inanimé sur le sol, couché sur mon fusil. Le léopard avait été tué sur place .

Si toi pas tuer la bête, méchante bête tuait toi“, me dit le boy, qui s’était montré si couard et me désignait à présent d’un air fanfaron l’animal que l’on avait amené et étendu en travers de la route. Imbécile ! Cette réflexion, qu’il aurait pu garder pour un autre moment, lui vaut de ma part une paire de gifles retentissantes.

Je regarde la bête, elle n’est pas de grande taille.

Mes deux coups de fusil avaient presque fait balle, l’un à la tête, l’autre dans le cou. Vraiment, j’ai du tirer bien précipitamment, pour qu’ils soient si près l’un de l’autre.

Les léopards sont nombreux ici, ils suivent les caravanes marchant la nuit et malheur au retardataire isolé. Les cas de porteurs morts de cette façon sont fréquents. N’est-il pas ridicule de penser que ces brutes considèrent le léopard comme un animal sacré !

Nous laissons la bête et nous nous remettons en route. Les porteurs reprennent leur marche rythmée par des chants bizarres qui me font l’effet de hurlements.

Enfin, après avoir couvert vingt et un kilomètres, nous arrivons au gîte d’étape (km. 100), à sept heures du matin.

Je n’en suis pas fêché, car l’émotion de cette nuit a ébranlé mon système nerveux et je suis très fatigué. Mon lit aussitôt dressé, je m’étends. Tous les tams-tams indigènes ne seraient pas capables de me sortir de mon sommeil.

En m’éveillant, j’éprouve dans le genou droit une vive douleur. Ai-je fait un effort ou bien n’est-ce pas plutôt l’humidité de cette nuit, qui me vaudrait une nouvelle pointe de rhumatisme. Je fus en effet mouillé jusqu’à mi-cuisse.

Enfin nous verrons bien demain matin. Je me recouche et repique un nouveau somme. Hélas, le 5 août au matin, en me levant, j’éprouve des douleurs horribles dans les genoux.

Ils sont gonflés et chaque mouvement de flexion ou d’extension des jambes me cause un mal terrible. Je marche. tout de même, mais très lentement. Quel supplice ! Ah ! Je me souviendrai longtemps de la souffrance éprouvée durant cette étape. Plus d’une fois le courage faillit me manquer. J’aurais voulu pouvoir m’étendre et ne plus bouger. Mais, chaque fois, mon amour-propre reprenait le dessus. J’avais honte de moi-même et je ne voulais pa·s qu’un seul de ces mauricauds pût rire de ma faiblesse. Un instant hésitant, serrant les dents pour ne pas crier de douleur, je reprenais ma route me disant : “Courage, mon petit ! Va jusqu’au bout ! Souffre, crève, mais ne le laisse pas voir.

Parti à cinq heures et demie, j’arrive seulement au gite d’étape à treize heures et demie. Six heures pour faire vingt kilomètres ! La force humaine cependant a des limites. Il me sera impossible de marcher demain dans l’état où je suis. Faisant venir le chef indigène du village voisin, je lui donne l’ordre de mettre à la disposition quatre de ses sujets au minimum, ainsi qu’un tipoy hamac pour me porter à l’étape suivante.

Bien, me dit-il, des hommes viendront te prendre demain matin ?

Tranquille et content, je me badigeonne les genoux à la teinture d’iode, mets un pansement de flanelle, prends un gramme d’aspirine et me couche.

Mais la douleur est trop forte et je passe une mauvaise nuit, presque sans sommeil. Le moindre mouvement à présent me fait horriblement souffrir.

A 5 heures et demie, la caravane se mettait en marche, me laissant seul avec mon boy. Une heure après, j’attendais toujours mon tipoy et les porteurs promis par le chef indigène. Celui-ci m’aurait-il trompé ? Je fais venir la sentinelle du chef et tâche de m’expliquer. Je finis par comprendre que les hommes du village, apprenant la corvée qui leur était imposée, se sont enfuis dans la forêt. Bandits ! Je demande le chef, mais lui aussi, le misérable s’est éclipsé. Comment faire ? Marcher m’est impossible !Je n’ai plus mes colis ici. J’enrage, je crie, je hurle sur la sentinelle, la menaçant des pires calamités. “Chien, je te ferai fouetter ! Tu entends : douze coups de fouet ! Tu entends, tu auras de la chicotte si tu ne me trouves pas de suite un tipoy ! Prends garde, je vais écrire au chef de poste voisin. Gare à la prison !

Le bougre est gris de peur. La perspective de la chicotte le fait sans doute réfléchir, car bien vite il m’apporte un filet dont se servent les indigènes pour la chasse et quatre gamins commencent à me monter un tipoy rudimentaire. Pendant ce temps, mon boy va à la recherche des indigènes qui se sont enfuis et me les ramène à coups de bâtons. Six fort diables me sont amenés de celte façon peut-être brutale, mais nécessaire… Enfin, la situation est sauve. Après avoir encore déversé ma bile en un flot de paroles vengeresses à l’égard du chef, je suis chargé sur les épaules et nous nous mettons en route.

Secoué, ahuri, je suis abasourdi par les chants que hurlent mes hommes. Qu’importe ! Le principal est que je ne sois pas obligé de marcher.

En cours de route, je croise le Docteur P… Il lui est inutile de continuer sa route. Un autre docteur d’Abba descendant fin de terme et de passage à Bambili, a fait sa besogne et un courrier l’a prié de rejoindre Buta.

Examinant mes jambes, il diagnostique une sinovite. Aimablement, il me donne un mot pour le chef de poste de Titule, le priant de me tenir au repos pendant dix jours et stipulant par moi l’obligation de voyager en hamac ! Je suis un veinard dans mon malheur. Qu’aurais-je fait, si cet accroc m’était arrivé entre Titule et Bambili ou entre Bambili et Niangara, où il n’y a pas de médecin. Brave docteur, il ne peut s’imaginer combien je lui suis reconnaissant.

Après une dernière et cordiale poignée de mains, nous nous remettons en route. Tandis qu’il s’en va vers Buta, nous continuons notre marche vers l’étape, où nous arrivons sans incident. Immédiatement, je convoque le chef indigène et lui ordonne de prendre les mesures nécessaires pour me donner des porteurs pour le lendemain.

Le 7 Août 1912, nous quittons l’étape à 7 heures. Il faut encore crier, jurer, menacer pour obtenir mes porteurs. Le chef, cependant, montre plus de bonne volonté et il me fait conduire six solides gaillards, qui, en trois heures et demie, franchissent les dix-huit kilomètres qui me séparent de Titule.

Aussitot arrivé, je rends visite au chet de poste à qui je remets le mot du docteur. Comme je suis ici pour une dizaine de jours, je prends mes dispositions pour établir mon campement dans le gite qui m’est octroyé et j’informe le chef de zône de la décision du médecin.

Les genoux me font moins mal. A la pharmacie du poste, je trouve du salicilate et immédiatement j’en fais un onguent que j’applique sur les parties douloureuses, avec un pansement très serré.

Le 11 août 1912, je suis toujours au repos à Tilule, y passant des jours très monotones. Les genoux vont beaucoup mieux et j’espère bientôt continuer mon voyage. En attendant je vais faire la causette avec le chef de poste, M. Sénégalia, agent de factorerie, je lis, je collectionne les papillons, bref, je m’efforce de passer mon temps le plus agréablement possible.

Titule et la vie au Poste

Titule se trouve à 1.350 mètres d’altitude. Du point de vue économique, le pays offre peu de ressources. Les vivres sont peu abondants et chers. Les poules sont rares et coûtent un franc. Les œufs valent une division sel, c’est-à-dire cinq centimes, les prix du sel étant de deux francs le kilo ; le canard se paie quatre francs. Il paraît qu’entre Bambili et Niangara le prix du canard atteint quinze francs. La quantité des fruits est nulle.

Du point de vue climatérique, je ne pourrais mieux comparer la température de cette région qu’à celle de nos plus fortes chaleurs d’été avec la différence cependant que, soir et matin, il fait très frais. Je dors sous deux couvertures de laine, et quoique je porte la nuit une ceinture de flanelle, je n’ai pas trop chaud.

L’humidité est assez grande et la rosée extnordinairement abondante jusqu’à dix heures du matin.

Nous sommes pour le moment au commencement de la saison des pluies, aussi avons-nous de fréquentes averses.

La faune est assez bien fournie. Pour la première fois, je puis la voir un peu plus attentivement. On trouve des chèvres un peu partout. Les mulets et les ânes sont en très grandes quantités, seulement ils souffrent de la maladie du sommeil. Un mulet coûte de six à huit cents francs et un âne de cent à trois cents francs. On voit aussi des petits chevaux très nerveux. Les serpents sont nombreux, même dans les habitations. Araignées de toutes sortes, plus qu’on n’en désire et de taille formidable ! Ce matin, j’en voyais. deux sur ma moustiquaire, de la famille des Tégénères, elles étaient aussi grandes que la main.

Nous ne parlerons pas des rats et souris, cancrelas, puces, fourmis de toute taille, qui sont les compagnons de nuit habituels, et dont la société finit par devenir naturelle, je dirais même indifférente, excepté lorsque ces maudites bêtes vous dévorent votre manger et vos objets en bois et en cuir.

A ce sujet, il m’est arrivé un bizarre incident. Sous le toit qui m’abrite, j’avais laissé, à même le sol, une caisse de 28 kilos, contenant des bougies, du savon et des allumettes. Mon étonnement fut grand un matin en m’éveillant, de trouver à la place de la caisse existant le soir, une termitière de 75 centimètres de haut. Je fais démolir la termitière et ne trouve plus que les boites en zinc, que contenait la caisse de bois. Celle-ci avait été entièrement rongée par les termites ou fourmis blanches. C’est de ma faute, j’aurais mis des briques sous cette, caisse ou je l’aurais placée sur une malle de fer cela ne serait pas arrivé.

Celui qui veut voir des fourmis au travail, n’a qu’à venir ici. Outre l’expérience d’hier, j’ai déjà eu l’occasion de voir plus de quinze caravanes de fourmis noires. Elles ont environ un centimètre et même plus. Lorsqu’elles tiennent dans leur mandibule soit vos souliers, soit vos jambières, soit votre peau, il faut les casser et la tête doit être arrachée.

Les gardiennes des caravanes, qui sont les fourmis soldats, beaucoup plus grandes que les autres, marchent sur les deux pattes de derrière, prêtes à l’attaque. On ne saurait mieux les comparer qu’aux policemen gardant un défilé. Elles produisent des morsures très cuisantes et ne lâchent prise que mortes. Le nombre de ces bestioles est tellement grand qu’une caravane peut défiler ainsi pendant plusieurs jours sans arrêter et rien ne peut la détourner du chemin qu’elle s’est tracé. Si par malheur elle passe par l’emplacement que vous habitez, vous n’avez qu’à prendre vos bagages et aller vous installer ailleurs.

Les acridiens sont couverts des couleurs les plus chatoyantes ; ils sont légions et donnent jour et nuit le concert le plus désagréable qu’il soit possible de rêver.

Les papillons de toutes tailles, rivalisent de beauté par leur coloris.

La gent ailée offre une des plus grandes variétés de teintes. On croirait que le Créateur s’est plu à parer les oiseaux de tout ce qu’il y a de plus beau comme plumage. Je n’ai pas encore vu un laid oiseau et il est aisé de faire dans ce pays une ample récolte de plumes et d’ailes, qui doivent atteindre une très grande valeur chez nos modistes européennes.

Nous sommes encore dans le pays des Ababuas, mais à peu de distance cependant commence le territoire des Azandés.

J’ai vu un de ces chefs Azandés. Il se nommait Lalani (zolane). Chic type, habillé à l’européenne, possédant pousse-pousse, cheval et bicyclette, il peut mettre à la disposition du Bula-Matari quinze cents porteurs, qui sont en général des esclaves.

Monsieur Sénégalia., dont je parlais plus haut, est une curiosité de l’endroit. Ancien fonctionnaire, après huit années de bons et loyaux services à l’Etat et blessures reçues dans des batailles livrées à un chef Azandé, il fut révoqué pour avoir donné une raclée au boy d’un juge.

Il se promène toujours accompagné d’une chèvre apprivoisée comme un chien, d’un phacochère ou sanglier des marais, également domestiqué, et d’un superbe singe à manteau dont la valeur en Europe atteindrait plusieurs milliers de francs. Ce singe est réellement curieux et sa docilité surprenante. Monsieur Sénégalia possède aussi un chien galeux, un chat, un perroquet et enfin une ânesse, Joséphine, qui accourt au moindre appel. Tous ces animaux font bon ménage et rien n’est plus amusant que de voir notre homme s’avancer d’un pas majestueux, au milieu de sa petite ménagerie.

Eu Europe, on se demande en quoi la vie d’Afrique peut être attrayante pour le blanc. Il faut tout d’abod distinguer entre le Haut et le Bas-Congo.

Pour les blancs vivant dans le Bas-Congo, où il fait mauvais et où les conditions de vie sont plus dures qu’en Europe, je ne vois que l’attrait d’une situation éventuelle, qu’ils ne peuvent certainement se faire dans leur pays. Pour ma part, je donnerais ma démission, si j’étais obligé d’habiter Boma, Matadi ou un autre lieu de cette région.

La vie dans le Haut-Congo, malgré l’absence totale de confort, n’est pas dépourvue de charme ; mais il faut être très débrouillard. On est son maitre absolu et on est royalement servi. Le blanc est craint et respecté. Le nègre a encore trop présent à la mémoire les nombreuses batailles livrées lors de la soumission du territoire.

Il existe cependant une troisième catégorie de blancs. Les vrais Africains ! Ceux qui, détestant l’Europe, ont une affection inexpliquée pour l’Afrique et dont le grand désir est d’y passer leurs derniers jours. J’en connais un de ce genre ; il habite non loin d’ici. Chasseur par sport et pour sa subsistance, il lui est arrivé les plus terribles aventures. Il sait qu’un jour il mourra tragiquement, mais cela le laisse indifférent. Il prend à l’Etat jusqu’à vingt permis à la fois ; or, chaque permis coûte quatre cents francs.

Un autre exploite une ferme très importante. Il a épousé une négresse, qui lui a donné de nombreux enfants.

Titule Bambili

Le 15 Août 1912, à la tête de ma caravane, je quitte Titule. Ce voyage en hamac me paraît long et fastidieux et s’il n’y avait point la recommandation du médecin, je marcherais à côté de mes hommes. La route, le gîte d’étape, les étapes elles-mêmes, tout me parait long et désagréable jusqu’à Bambili où j’arrive enfin le 19 août, après avoir couvert 87 kilomètres.

Bambili est un très joli poste situé au confluent de l’Uele et du Bomokandi. On y trouve des maisons en briques pour les Européens et dans quelques coins bien aménagés, on a de magnifiques points de vue.

A Bambili, 0n ne mange pas de vivres d’Europe et de vivres frais. Les poules grosses comme le poing se paient un franc et un franc cinquante. Il n’y a pas de légumes et pas de fruits. La farine coûte deux francs le kilo, le café : trois francs cinquante les cinq cents grammes. Ni sel, ni sucre, ni lait.

Les boys avaient la main légère et je suis obligé de les mettre à la porte. Ils sont partis sans être payés.

Bambili – Dungu

Le 21 août 1 912, nous nous remettons en route. Toujours les mêmes indigènes composent ma caravane. Ce sont des Ababuas, malheureusement pourvus d’un mauvais caractère. Se moquant en général pas mal du blanc et commettant en route tous les larcins, ils provoquent ainsi des palabres continuelles. Cette race est encore soupçonnée d’être antropophage.

Le petit nègre Ababua, que je viens d’engager comme boy, me parait très intelligent.
– Boy, lui demandai-je un jour, as-tu déjà mangé de la chair humaine?
– Non, mais mon frère beaucoup, me répondit-il laconiquement.
D’après ce gamin, les gens de sa race mangent les femmes ; mais les femmes ne mangent jamais la chair humaine.

Les Ababuas sont très forts pour le portage, mais, par contre, ils sont têtus comme des mulets. Ils ne prétendent pas porter leur charge à deux et font de vingt à vingt-cinq kilomètres ayant sur le dos des caisses de quarante à cinquante kilos. Malgré ces fardeaux, ils n’arrivent pas les derniers au gite d’étape.

Le pays que nous traversons est très montagneux et le paysage change d’aspect à tout instant. Certains endroits même ne manquent pas de majesté et il m’est arrivé plus d’une fois de m’arrêter ébloui par la beauté de la nature.

Tantôt de profondes vallées boisées, d’où surgissent d’immenses forêts de palmiers, étendent à nos pieds leur tapis de verdure. Tantôt les plateaux et les coteaux, envahis par la savane, offrent à nos yeux le spectacle sauvage d’une végétation principalement composée de hautes herbes et d’arbres rabougris rôtis par le soleil.

Plus nous avançons vers le Nord, plus le pays devient pittoresque. Le long de la route, grâce à mon fusil, je fais une hécatombe de gibier. Pigeons, perdix, pintades aux chairs délicieuses font l’ordinaire de mes repas. J’ai même le bonheur d’abattre un sanglier et une petite antilope.

Le 27 août, je passe par Amadi, un des postes les mieux abrités que j’ai vu sur cette route et admirablement situé sur l’Uele. Les maisons en briques y sont très bien entretenues.

Dix soldats, ayant pris part à la campagne de Sasa, se joignent à ma caravane. Ils se rendent à Niangara pour être examinés par le médecin, qui désire voir s’ils ne sont pas atteints par la maladie du sommeil. Jusqu’à ce poste, je convoie en même temps trois prisonniers. Pour la première fois, je fais de l’équitation, car j’utilise la mule qui doit rejoindre un lieutenant au camp de La Tota et, tel un général surveillant la marche de ses hommes, je puis, du haut de mon perchoir, suivre l’avance de la longue file de mes porteurs.

Les Ababuas se sont arrêtés à Amadi et ont été remplacés par d’autres indigènes. A présent, la majeure partie de mes hommes est composée d’Abarangos.

Cette race est caractérisée par la déformation que subit le crâne dès le jeune âge. A la naissance d’un enfant, ces indigènes arrangent la tête du petit être en forme de pain de sucre et maintiennent cette forme bizarre jusqu’à ce que les os se soient solidifiés. Adultes, ils portent sur leur tête des colis pesant jusque trente-cinq kilos.

Malheureusement, je n’ai pu trouver assez de porteurs et une partie de mes bagages a été expédiée par pirogue.

J’arrive à Surunga le 29 août, ayant fait 78 kilomètres en trois jours. Une étape a été doublée. Dix heures de marche avec repos et à dos de mule, inutile de dire que je suis fatigué. Cependant, j’ai hâte d’être à Niangara et, le 2 septembre suivant, je me remets en route. Je remercie la Providence de m’avoir fait souffrir de rhumatisme à Titule, car si je n’avais pas eu, grâce à mon certificat médical, des porteurs de hamac j’aurais du marcher pendant des jours dans l’eau jusqu’à mi-cuisses.

Enfin, le 5 septembre, je suis à Niangara. Je n’y reste cependant pas longtemps et j’y laisse mon cuisinier. Le bandit est arrêté par la police, pour avoir voulu empoisonner son maître précédent. De plus, c’est un joueur invétéré. N’empêche que me voilà maintenant diablement embarrassé. Que vais-je manger à présent ?

En outre, mes porteurs sont de mauvais bougres et je vois le moment où ils abandonneront mes malles sur la route. Comble de déveine, je n’ai plus mes soldats, qui pouvaient, le cas échéant, me prêter main-forte.

Mon petit boy prépare mes repas à la façon indigène. C’est horrible, mais quand on a faim, on mange tout. La première fois, il me sert une tartine avec une couche de miel et… non, devinez ! !… une couche de fourmis grillées ! Le gosse m’affirmait que c’était excellent. Je mords. Pouah ! Quelle horreur ! Pardonnez-moi, mais la première bouchée me donna des nausées. Le Congo, dans de telles circonstances, est loin d’être un pays de rêves, On s’y fait cependant, car, la faim aidant, j’ai mangé la tartine toute entière !

Dungu & la vie au Poste

Dungu enfin ! Le 11 septembre 1912, je fais mon entrée au poste. Il était temps ! Depuis la dernière étape, mes porteurs se sont montrés indisciplinés et j’ai dû rigoureusement sévir pour me faire obéir. Pendant œ voyage, j’ai pu étudier à mon aise l’indigène et en observer les qualités et défauts.

On peut comparer les noirs, non seulement à de grands enfants, mais à des enfants terribles, aux penchants mauvais. Si vous êtes trop bon, vous ne devez attendre aucune reconnaissance de leur part. Ils sont la fourberie personnifiée et, à mon avis, ils ont gardé les mauvais instincts du passé.

La complaisance et la serviabilité leur sont inconnues. Sans ordre ou menaces, ils seraient occupés toute la journée à regarder le ciel. De plus, ils sont couards. Un bras levé, un regard menaçant, mettent en fuite une trentaine de ces moricauds.

Le nègre est extraordinairement lâche et paresseux. En voici la preuve. Depuis Surungo, j’avais pris en affection un petit singe, que j’essayais d’élever. Pour me faire de la peine, voyant que j’y tenais, ils me l’ont empoisonné aujourd’hui. J’ai reçu un jeune léopard, que j’élève également ; mais je ne me fait pas d’illusion, il aura son tour. Seulement, malheur au coupable si je le pince ! Ils m’ont également tué deux poules traitreusement, pour le simple motif qu’il était ennuyeux de les porter.

Ils viennent ensuite vous donner mielleusement un tas d’explications, fort embrouillées, et vous ne savez jamais quel est l’auteur du méfait. (Un nègre ne vend jamais un nègre).

Lorsqu’il s’agit de porter, ils se plaignent d’être fatigués, mais leur charge à peine déposée, ils dansent d’une façon stupide jusque bien tard dans la nuit. S’ils craignent encore maintenant le blanc, c’est un souvenir du passé. Le chef seul a réellement de l’influence sur l’indigène. Lui seul a de l’empire sur ses serviteurs, lui seul est obéi. Le blanc ne l’est presque plus et le sera toujours de moins en moins.

Hier, j’étais chez un des plus grands chefs des environs. Le recensement lui attribue 4.500 sujets. De ce fait, et d’après le régime actuel, il recevra plus de huit mille francs de traitement. Il faut compter aussi le produit de la vente de l’ivoire, celui de la vente des objets fabriqués par les esclaves et enfin l’argent que rapporte les porteurs, car un chef nègre monopolise tout.

Dungu est situé au confluent du Kibali et de la Dungu à 3°26 latitude nord et 28°37 longitude.

Au point de vue météorologique c’est actuellement, de juin à novembre, la saison , des pluies. La température maximum est de 29 et 30°. La température minimum de 18 et 19°. Il y a donc un écart de 11°. La température moyenne est assez uniforme. Je crois que cette uniformité est due à l’intervention des vents Nord-Est, qui soufflent journellement à partir de treize heures avec assez bien d’intensité. A l’ombre, la température maximum est de 27°. Contrairement à ce que l’on remarque dans le Bas-Congo, la température est plus élevée en saison sèche qu’en saison de pluie. Cela provient vraisemblablement de ce que le ciel est plus rarement couvert en saison sèche.

La pluie est d’une durée variable, généralement de treize à seize heures et pendant la saison, il pleut presque tous les jours, mais rarement pendant la journée entière. Les pluies sont très copieuses, surtout celles qu’accompagnent les orages. Quant à ceux-ci, ils sont, dans l’Uele et à Dungu principalement, d’une fréquence inouïe et d’une violence telle qu’on ne peut les comparer aux plus violents orages d’Europe ; aussi, les morts causées par la foudre sont nombreuses.

Les tornades sont très fréquentes et très fortes. On a également des tornades sèches. Peu de brouillard, mais des rosées abondantes.

Au point de vue topographique et hydrographique, abstraction faite de quelques hauteurs isolées, le pays ne présente que quelques ondulations peu marquées et une seule ligne de collines, qui va de l’est à l’ouest, indique la séparation des bassins de l’Uele et du Bomokandi.

Les forêts alternent avec des espaces considérables couverts d’herbes ayant jusqu’à trois mètres de hauteur. Ces dernières dominent dans tous les environs. En général, c’est la brousse, avec ses hautes herbes rabougries et clairsemées, sillonnées par de larges galeries forestières, qui longent les cours d’eau.

Les rivières et les sources sont nombreuses et elles servent à l’indigène comme points de repères pour compter la longueur d’une route. Tel village, diront-ils, est séparé de celui-ci par cinq ou six ruisseaux. Ils s’y référent également pour déterminer les limites de leur territoire ou chefferie.

Par suite de la composition argileuse du sol et de son degré d’imperméabilité, assez prononcé, par suite aussi de la pente très faible des deux versants principaux, les marécages sont nombreux, surtout pendant la saison des pluies. En beaucoup d’endroits, ils constituent même avec les hautes herbes, les principaux obstacles de la région.

Le sol est rouge brun et on y trouve du fer un peu partout et en grandes quantités. Fondus dans des fourneaux par les indigènes, les minerais donnent le Libago, bloc de fer, qui sert de monnaie pour l’achat des femmes.

Les affleurements de roche par place sont assez rares, on les trouve dans le lit des rivières et dans quelques collines isolées.

La roche dominante est, je crois, du granit. Des roches éruptives basaltiques se rencontrent au fur et à mesure que l’on avance vers le nord-est. On voit des collines de plusieurs centaines de mètres, déterminées par des gisements importants d’hématite. La forteresse de Dungu est construite sur une de ces vieilles assises. C’est, je pense, une des causes pour lesquelles les orages sont si terribles en cet endroit. Sur de grandes étendues aussi, le sol est formé de roches limoniteuses, ayant l’aspect de scories ou d’éponges. Le ruissellement des eaux a dégagé ces roches latéralement en gros blocs isolés ou multipliés.

Ces roches attirent l’attention du voyageur et lui causent de singulières surprises. Leur aspect spongieux trompe sur la valeur de leur poids, et l’on fait singulière figure, lorsqu’on veut les soulever. Elles sont aussi un agent destructeur des paires de bottines.

Le sol, en certains endroits, paraît être d’une grande fertilité. Les plantations de bananiers sont superbes. Il donne aussi du manioc, des arachides, de l’huile de palme, du sorgho, du maïs, des fèves, des courges, du riz et des patates douces. Il y a aussi une grande variété de fruits : l’ananas, la papaye, semblable au melon ; les mangues, qui sont délicieuses ; l’abricot d’Europe, mais avec un petit goût de thérébentine ; le cœur de bœuf ; le goyave, que je trouve trop parfumé et enfin la banane qui sert à la fois de légume et de fruit.

Dans les forêts à galeries, les arbres sont beaux. On rencontre surtout le palmier si décoratif et qui fournit des produits très précieux.

L’huile extraite du fruit de cet arbre sert au graissage des chaussures du blanc et à l’éclairage. Les indigènes l’emploient également pour le graissage du corps et pour la fabrication d’une espèce de savon.

Le vin de palme est assez agréable à boire. Il sert au blanc surtout omme levain pour la confection du pain.

Le palmier produit encore un chou renommé. Manger un de ces choux est au Congo le plus grand luxe que l’on puisse se payer. Pour l’obtenir, il faut abattre l’arbre et celui qui permettrait une telle infraction aux règlements, se verrait infliger une amende de quinze cents francs. Je ne crois pas qu’il existe même en Europe des plats coûtant aussi cher.

La faune est très importante dans cette contrée. Parmi les félins, on rencontre fréquemment le léopard et le lion. Parmi les pachydermes : l’éléphant, plus nombreux qu’ailleurs, l’hippopotame et le rhinocéros. Comme mammifères, on trouve un grand nombre de butfles, des sangliers et des antilopes. Ces dernières, depuis la plus petite jusqu’à l’antilope cheval. Il y a aussi une grande variété de petits mammifères, comme les lapins et autres rongeurs, que l’on voit surtout aux environs de Dungu.

Les singes ne manquent pas. Il y a ici principalement le singe de brousse à figure noire. Je citerai aussi les mes sauvages, les zèbres et même les girafes, dont on rencontre quelques beaux spécimens sur la montagne à l’est de Dungu.

Les rivières sont comme da11s tout le Congo, peuplées de poissons et crustacés, mais, hélas aussi, de crocodiles.

Quant aux oiseaux, nous trouvons ici tout ce que l’on peut imaginer. Le Congo, au point de vue de la faune ailée contient des oiseaux du monde entier et l’Uele est l’un des districts le plus riche en espèces différentes. Comme gibier à plumes, il faut citer les perroquets, excellents à manger, pigeons, pintades, canards, perdreaux, faucons, outardes, bécassines et bien d’autres encore et tout à foison.

Je ne parlerai pas des animaux inférieurs, qu’ils soient insectes, myriapodes, crustacés, mollusques, ou vers ; en général, leur compagnie est peu agréable et fort souvent, hélas, ils vivent à. nos dépens.

A signaler encore les reptiles, depuis le serpent le plus petit jusqu’à ceux ayant cinq ou six mètres de long, et les batraciens. A Dungu, j’ai rencontré assez souvent un sorte de serpent tout vert et très venimeux. Il y aussi de très grosses couleuvres.

Les lézards sont tellement communs qu’ils forment en quelque sorte la base de la nourriture des poules et des chats.

Qyelques mots maintenant sur les maladies.

La maladie du sommeil est malheureusement en voie de pénétration dans le district de l’Uele qui jusqu’à présent, était resté à peu près indemne. Plus, d’un noir, ayant pris part à la campagne de Sasa, est revenu suspect. Ils passent tous à la visite médicale et malgré cela la maladie continue ses ravages.

Il y a actuellement au poste un officier qui, depuis quelque temps, se sent tout drôle. Il a les ganglions du cou engorgés d’une façon effrayante. Il voudrait se rassurer et voir un médecin; mais il ne le peut, car, étant commandant de compagnie, il doit recevoir l’autorisation du chef de zone, pour remettre ses pouvoirs à un subordonné et se rendre chez un médecin à quatre jours d’ici.

L’Uele, comme partout ailleurs, est une région à malaria ; quoique relativement salubre, il ne mérite pas la grande renommée, qu’on a bien voulu lui faire. Le pourcentage de mortalité y est plus élevé qu’autre part. Il serait principalement dû aux suites funestes de l’hématurie. Epée de Damoclès suspendue sur la tête des coloniaux de l’Uele.

Mais d’autres facteurs interviennent encore : refroidissements brusques provoqués par les différentes températures trop marquées, jour et nuit, matin et soir. Excès de boissons alcooliques, car on boit ici plus que dans les autres parties du Congo ; principalement le whisky, à cause de la proximité de la frontière anglaise. Enfin, excès et abus de la femme. Les maladies vénériennes sont ici fréquentes et d’une violence extraordinaire.

Je suis touiours à la recherche d’un boy-cuisinier. Heureusement que j’ai toujours mon boy Ababua. Il fait toutes les fonctions : cuisinier, boy de maison, garçon de course, gardien de mes poules et voleur. Il me fait une cuisine atroce. Cela se comprend, il était auparavant boy de mon cuisinier. Il a neuf ans seulement, mais il est très intelligent.

Je ne vous conterai pas les trucs qu’il emploie pour me tromper et voler. C’est incroyable pour un enfant ! Paresseux comme une marmotte, sale comme une salamandre, ne l’ai-je pas vu l’autre jour nettoyer mes assiettes dans le récipient qui, en Europe, a sa place habituelle dans un meuble à la tête du lit et qu’ici reste tout simplement par terre, sous votre couche !

Il me met parfois dans des états qui m’obligent à lui distribuer force calottes. Il pleure alors devant moi, chose extraordinaire chez un noir, et aussitôt que j’ai le dos tourné, il se met à rire.

J’y tiens cependaht, car il m’est tout dévoué. Absent ou rentrant tard, je le trouve couché devant ma porte comme un chien attendant son maitre. Si un orage est sur le point d’éclater, dans quelque lieu que je sois, sans l’avoir prévenu de l’endroit où je me trouve, toujours mon Ababua arrive avec mon imperméable.

Pour le moment, in suis attaché comme adjoint au lieutenant chef de poste. Il est probable que lorsque je serai au courant. je reprendrai le poste de Nungue ou un autre.

Le chef de poste. en général, cumule de nombreuses fonctions. Ici, il a tout d’abord la direction et le maintien de l’ordre d’environ 350 travailleurs. Il est officier de police judiciaire et agent de transports. Il s’occupe des réquisitions porteurs. Il surveille les marchés indigènes et est commissaire de police, officier de l’état civil, gardien du cimetière pour blancs et noirs, collecteurs d’impôts. Il doit s’intéresser à la politique des indigènes et des chefferies de son territoire.

Haut comptable, il établit les salaires, tient les comptes journaliers de transports et de magasin. Il est aussi commerçant, car il a la gérance des magasins de l’Etat : articles d’échange, magasin de transit, conserves diverses, légumes, beurres, farine et d’autres multiples marchandises.

Les responsabilités pécuniaires sont grandes. Toute erreur si minime qu’elle soit, est toujours au détriment du chef de poste, qui a également la gérance du fond de caisse, environ deux mille francs. Dans certains postes de moindre importance, le chef est encore commandant de compagnie, pharmacien, gardien de prison, percepteur des postes, géomètre, cartographe, observateur météorologique et cultivateur. Enfin, il doit s’occuper du bétail, savoir faire et diriger la construction d’une habitation.

J’étais à peine arrivé de quelques jours, qu’on annonce la visite du Commissaire de district. Tous les fonctionnaires ayant rang pour porter la grande tenue vont à sa rencontre. Les indigènes font un vacarme indescriptible, et le clairon sonne quinze “garde à vous.”

Le personnage cause d’une telle démonstration, le “Motito-na-bula-Matari” (enfant du noir), comme disent les indigènes, daigne à peine accorder un regard aux agents, tel un chef nègre vis-à-vis de ses esclaves, et fait son entrée triomphale dans Dungu.

Quatre sentinelles relevées toutes les quatre heures montent la garde autour de sa demeure et veillent sur lui. On ne pourrait, ma foi, faire plus pour notre Roi.

Le lendemain, je me présentais chez lui. Il m’a reçu comme il reçoit tous les agents, c’est-à-dire le plus bourrument possible. Ce monsieur, ancien requin, croit probablement avoir toujours à faire à la catégorie des gens qui venaient jadis au Congo, fuyant le suicide ou la prison en Europe. Il déteste avant tout les jeunes gens, qui viennent en Afrique avec des diplômes que jamais il n’est parvenu à obtenir.

A Dungu, il n’y a pas de mission et la plus proche se trouve à neuf jours de marche. Certains demanderont peut-être d’où provient cette animosité soulevée au Congo à l’égard des missionnaires.

Pour ma part, je n’ai rien à leur reprocher et j’ai toujours eu d’excellents rapports avec eux. Mais que voulez-vous, les deux antagonistes du blanc sont au Congo, les Pères et les Juges ; parce que tous deux prennent la défense du noir. Les missionnaires mettent trop le doigt dans la plaie. Ne font-ils pas remarquer bien souvent à certains blancs, que leur conduite est parfois moins civilisée, que celle des nègres et que leurs mœurs sont souvent plus sauvages.

Cependant, d’après certaines observations que j’ai pu faire, il m’a été donné de remarquer, que l’influence des missionnaires n’était pas toujours favorable aux noirs.

En général, les boys qui ont passé par leurs mains sont les plus mauvais boys qui existent. Ils n’approfondissent pas les enseignements religieux. S’ils sont chrétiens, ils prétendent vous traiter d’égal à égal et il n’est point rare alors d’entendre· ces paroles qu’ils vous débitent avec imperturbabilité : “Tu es chrétien, moi aussi, ne suis-je pas ton frère ? -Pouquoi alors me fais-tu travailler ?”

Ils deviennent insubordonnés et orgueilleux ; se croient d’une essence supérieure aux autres noirs. A la moindre gifle, ils courent chez le Père et se plaignent de leur blanc, ce qui amène toujours d’énervantes et interminables palabres. Ces braves Pères ne se doutent pas que leurs catéchumènes sont des entremetteurs, qui, pour du sel ou un autre objet volé, procurent des femmes à leurs congénères. Le nègre se fait chrétien pour les cérémonies et les dehors de la religion ; pour avoir une femme sans paiement ; mais aucun ne se civilise par religion.

En plus de ses vices, le noir prend ceux du blanc. Quoiqu’on fasse, un nègre reste toujours nègre et je ne crois pas qu’il soit possible de lui enlever les défauts de sa race.

Tout ceci paraitra peut-être exagéré, mais soyez persuadés, chers lecteurs, que je n’en veux aucunement aux missionnaires, ni à leur manière de faire de la propagande chez le noir, pas plus que je n’en veux aux autres agents qui s’occupent de civilisation, de quelque secte qu’ils soient. Je parle ici en toute liberté d’esprit, après avoir observé et étudié l’indigène de près. La vérité se résume en peu de mots, qui paraissent paradoxaux : les plus mauvais nègres sont les nègres civilisés !

Quant aux fameuses brutalités des blancs envers les nègres, c’est, je crois, une fable d’Europe, mise en avant par quelques illuminés, qui se font les champions de nations avides de ravir notre colonie.

Le régime est au contraire trop à la protection de l’indigène, qui, pour obéir, a besoin très souvent de correction. La bonté et la douceur ne donnent rien. Par exemple, je serais curieux de savoir comment pourrait s’y prendre un juge, pour faire obéir trois cents travailleurs, sans employer la chicotte.

Soyez persuadés que le blanc pourra quitter vivement le sol d’Afrique le jour, où supprimant la chicotte ou les autres moyens semblables de correction, on fera goûter aux nègres en toute liberté les bienfaits et les défauts de notre civilisation.

Il fait si difficile de maintenir l’ordre. Le bruit ne circule-t-il pas actuellement que, dans un mois ou deux, la région sera occupée militairement.

Le Sultan Bokoyo aurait, parait-il, commis des actes de cruauté sur ses sujets et le gouvernement aurait décidé de faire une campagne contre lui pour réprimer ses excès.

J’ai recensé pour ce chef près de quatre cents fusils ; il a certainement un milier de pistonniers et sept à huit cents lanciers. Ainsi, pour le moment, il se trouve au poste. Mielleusement, il est venu protester de son dévouement au “Bula-Matari” ; il m’apporte en même temps des poules et me fait cadeau d’une pointe d’ivoire.

C’est un grand fort diable, alcoolique invétéré. Vraisemblablement, c’est sous l’influence de l’alcool qu’il a commis les crimes que la justice lui reproche. On le dit un des chefs les plus cruels et partant le plus craint de tout le territoire.

[La suite est en cours de dématérialisation]


Table des matières

      1. La traversée Anvers-Borna [manquant]
      2. Voyage de Borna à Dungu : [manquant]
        1. Borna-Matadi [manquant]
        2. Matadi-Léopoldville [manquant]
        3. Léopoldville-Bumba
        4. Bumba-Jamba
        5. Jamba-Buta
        6. Buta-Titulé
        7. Titulé et la vie au poste
        8. Titulé-Bambili
        9. Bambili-Dungu
      3. Dungu et la vie au poste
      4. Quelques épisodes des premières opérations de recensement : Villages Bokoyo, Namasi, Denge, Palamasi et Ekibonde
      5. Premier Buffle abattu au cours d’une chasse à l’antilope
      6. Chasses dans les environs de Gangara. Chefferie de Beka
      7. Chez Renzi, Sultan de l’Uelé
      8. L’ Azande : sa vie et ses mœurs
      9. Quelques chasses dans les chefferies de Faradje
      10. Chasses émouvantes de Rhinocéros chez Azanga et Bere
      11. Nouvelle tournée pour collection de l’impôt et opération policière chez les Lundris révoltés
      12. Nouvelles chasses en brousse :
        1. Un doublé de Rhinocéros
        2. L’affût à l’Hyène
        3. Les Rhinocéros et les Eléphants chez eux
        4. Le Chimpanzé
        5. L’Elan
        6. L’Eléphant
        7. Le Buffle
        8. Tableau de chasse : Bêtes tuées de mars 1913 à mars 1915
      13. Les amis d’un chasseur naturaliste
      14. Séjour au poste d’lbembo :
        1. Lionne
        2. L’Antilope Dinker
        3. Okapi
      15. Dernier séjour en Afrique : Mission d’étude
      16. La mort du chasseur.

[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : dématérialisation, édition, correction et iconographie | sources : Famille de Georges Lebrun | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, Un rhinocéros blanc abattu dans les Uele en 1912 © ‘Trophée’ et photos G. Lebrun | Remerciements à Michel Lebrun.


Plus de témoignages en Wallonie…

PETITS PRODUCTEURS : l’autre salade liégeoise (recette)

Temps de lecture : 2 minutes >

C’est la fin des haricots ! Qu’à cela ne tienne, on les remplace par de la verdure de saison. Quel choix ! Pourpier, roquette, mâche… En mélange, c’est un délice vitaminé.


L’autre salade liégeoise

© lespetitsproducteurs.be
      • Régimes alimentaires : omnivore, sans gluten
      • Budget : bon marché
      • Saisons : automne, été, printemps
      • Type de recette : salé
      • Préparation : 15 min
      • Cuisson : 20 min

Ingrédients pour 4 personnes :

      • 8 grosses poignées de verdures de saison au choix : roquette, mâche (ou doucette), pourpier (ou claytone de Cuba),
      • 8 tranches de lard salé ou non selon votre goût,
      • 2 oignons jaunes,
      • 12 grosses pommes de terre à chair ferme,
      • 4 càs de vinaigre de vin,
      • 1 noquette de beurre,
      • Sel, poivre.

Préparation :

    • Lavez les pommes de terre, faites-les cuire avec leur peau dans l’eau bouillante salée ou à la vapeur. Égouttez-les ;
    • Lavez et essorez la verdure ;
    • Tranchez le lard en tronçons de 2 cm ;
    • Épluchez les oignons. Découpez-les en rondelles ;
    • Faites fondre le beurre dans une poêle. Faites-y rôtir le lard et les oignons. Salez, poivrez et déglacez avec le vinaigre ;
    • Dans un saladier, mélangez la verdure, les pommes de terre, le lard et les oignons. Recouvrez avec le jus de cuisson au vinaigre.

Pour en savoir plus, visitez lespetitsproducteurs.be


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : compilation, édition et iconographie | sources : lespetitsproducteurs.be | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, champ de mâche © Hof ter Dreef ; © lespetitsproducteurs.be.


S’attabler en Wallonie…

THONART : textes

Temps de lecture : 3 minutes >
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        14. Concert KulturA : Left Lane Cruiser (US) + Renaud Lesire (BE) (quatremille.be, 2017)
        15. Interview exclusive : l’éditeur de wallonica.org nous dit tout… (2019)
        16. Universaux : des mouvements primaires pour mieux lire les rêves ? (wallonica, 2020)
        17. Dieu est mort : c’est vrai, je l’ai vu sur les réseaux sociaux… (wallonica, 2020)
        18. L’existence précède l’essence… et lycée de Versailles (wallonica, 2020)
        19. Développez votre complexité personnelle grâce à wallonica.org (wallonica, 2020)
        20. Doktor Frankenstein et le body-building… (wallonica, 2021)
        21. WAGAMESE : Les étoiles s’éteignent à l’aube (wallonica, 2021)
        22. Culture-HoReCa, même combat : ce que nous en faisons, chez wallonica… (wallonica, 2022)
        23. Suis-je une infox ? (conférence, wallonica, 2022)
        24. Poularde Valentine Thonart : le retour… (chronique, wallonica, 2022)
Contes, dits & fabulettes
        1. La belle histoire de Petite-Fille et du Cœur de Hérisson (2011)
        2. Il était une fois une Méchante Reine… malgré elle (2011)
        3. L’ours, la renarde et le héron (2014)
        4. Le Chêne fait bois amer à celles dont la Mère boit (2014)
        5. Il était plusieurs fois (2014)
        6. Cendrillon et le Diable (2017)
        7. Le doux conte de Jolie-Femme et du Hérisson de cœur (2019)
        8. Souricette et la pétarade à vents (2019)
        9. Tite-Belette et sa pelisse (2019)
Essais & monographies
        1. Tolkien or the Fictitious Compiler (1984)
          1. Acknowledgements
          2. Introduction
          3. Chapter 1 – The Lord of the Rings as more than a Romance
          4. Chapter 2 – The Quest
          5. Chapter 3 – The Sword
          6. Chapter 4 – The Ring
          7. Conclusion
          8. Bibliography & Bibliographical Codes
        2. Être à sa place. Petit guide de survie des vivants dans un monde idéalisé (à paraître)
Paix d’Ours : un recueil de l’attente (poèmes)
        1. Quelque part dans la forêt (2011)
        2. Le matin du Bon Jour (2014)
        3. L’Ours lève la truffe (2014)
        4. L’Ours titube dans la Forêt (2014)
        5. Un jour viendra, couleur d’orange (2014)
        6. A la kermesse des notables (2014)
        7. La larme de l’Ours l’avait trahi (2014)
        8. L’Ours et la Renarde se regardaient (2014)
Autres poèmes & chansons sans musique
        1. L’oeil de l’Homme est dans le lac
        2. Tu as jeté sur moi (2014)
        3. Pleurs (2014)
        4. Bohémien sans répit (2014)
        5. La Lumière est si joyeuse (2014)
        6. Les armoires alignées (2014)
        7. Tu es là, vivante à mon cœur comme l’épousée (2019)
        8. C’est la nuit, c’est le marbre (2019)
        9. Tu es ma rive (2019)
        10. Hier est loin (2019)
Traductions publiées
        1. THYS (dir.) : Le cinéma belge (FLAMMARION, Ludion, La Cinémathèque royale de Belgique, 1999)
        2. van BEURDEN, R. & SHEPARD, S., The Meaning of HACCP in Food Safety Management and the Contribution of Lumac/L’importance des systèmes HACCP dans la gestion de la sécurité alimentaire – La contribution de Lumac (Landgraaf: Perstorp Analytical Lumac, 1995)
        3. JANSSENS L., L’organisation professionnelle des Maîtres-Menuisiers de Bruxelles à travers les âges (catalogue de l’exposition, 1988)
        4. OLIVER M., Jour d’été (poème, wallonica, 2021)
        5. OLIVER M., Printemps (poème, wallonica, 2022)
        6. LEIJNSE E., Laurence Alma Tadema (1865-1940), auteure et rivale de Georgette Leblanc (monographie, FUNDP, 2022).

préparé par Patrick THONART

Illustration de l’article : DOTREMONT C., Par voie d’origine (ca. 1968)


Par où commencer ? Qui ne sait choisir laisse la main au hasard…