KALU, Nnena (née en 1966)

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[CONNAISSANCEDESARTS.COM, 10 décembre 2025] Le Prix Turner 2025 a distingué Nnena Kalu lors de sa cérémonie à la Bradford Grammar School. Elle devient ainsi la première lauréate ouvertement autiste de ce prix prestigieux.

Consacrée mardi soir à la Bradford Grammar School, la cérémonie officielle du Prix Turner 2025 a couronné l’artiste britannico-nigérienne Nnena Kalu, saluée pour ses installations suspendues et ses dessins abstraits. Avec cette récompense, l’une des plus prestigieuses et hautes distinctions du monde de l’art contemporain, elle s’inscrit dans la lignée d’autres gagnants, aux côtés d’Anish Kapoor (1991), Wolfgang Tillmans (2000) et encore plus récemment Jesse Darling (2023). Porteuse d’un trouble autistique, Kalu devient la première artiste en situation de handicap à remporter ce prix prestigieux et les 25 000 £ qui l’accompagnent.

Le Prix Turner : un panorama de l’art contemporain britannique

Depuis sa création en 1984, le Prix Turner distingue chaque année des artistes à la production audacieuse et à la vision singulière, dont le travail, qu’il s’agisse de sculpture, peinture, dessin, photographie, installation ou encore création sonore, révèle des “nouvelles tendances de l’art contemporain britannique”. Dédié à la mémoire de J.M.W. Turner (1775-1851), dont on célèbre cette année le 250ème anniversaire, le Prix est organisé par la Tate Britain et circule tour à tour au sein d’institutions culturelles au Royaume-Uni. Pour l’édition 2025, c’est la Bradford Grammar School, au cœur de Bradford, Capitale de la Culture britannique 2025, qui a été choisie pour accueillir l’événement.

Un jury d’experts pour une sélection exigeante

Cette édition réunit un jury composé de figures majeures de la scène artistique – parmi lesquelles Sam Lackey, directrice de la Biennale de Liverpool, Priyesh Mistry, conservateur adjoint des projets d’art moderne et contemporain à la National Gallery et encore Alex Farquharson, directeur de la Tate Britain et président du jury – qui a salué l’originalité et l’audace des propositions présentées. Les membres ont également souligné “la diversité de leurs pratiques et la richesse de leur expérience” des quatre artistes nommés cette année : Nnena Kalu, Rene Matić, Mohammed Sami et Zadie Xa.

La puissance évocatrice des œuvres de Nnena Kalu

Si son handicap limite sa communication verbale, l’art de Nnena Kalu s’exprime avec une force qui a profondément impressionné le jury, “admiratif de la présence puissante qui s’en dégage”. L’artiste est récompensée pour deux projets déjà remarqués : Hanging Sculpture 1 to 10, montrée lors de la Biennale Manifesta 15 et Drawing 21, présenté dans l’exposition collective Conversations à la Walker Art Gallery.

Son installation réunit 10 sculptures suspendues aux couleurs vibrantes, façonnées à partir de matériaux variés, tubes, rubans, cordes, bandes colorées, papier ou encore bobines de cassette, enroulés et noués pour former des volumes hybrides, presque cocons. Ses dessins prolongent cette énergie formelle. Réalisés à l’encre, au stylo, au graphite ou encore à la craie sur un double support papier, ils naissent d’un geste répétitif et rythmé qui crée des courbes superposées à la manière de spirales. Debout face à la feuille, Kalu trace des lignes en tourbillons, construisant des compositions d’une grande abstraction. Cette intensité du geste et cette expressivité singulière ont valu à ses œuvres d’être qualifiées d’ “audacieuses” et de “captivantes” (…).

Thomas Mendes


Nnena Kalu © shift.jenniferlaurengallery.com

[RTBF.BE, 10 décembre 2025] L’artiste écossaise autiste Nnena Kalu, connue pour ses sculptures suspendues, a remporté mardi soir le prix Turner, prestigieuse récompense britannique dans l’art contemporain.

Nnena Kalu, 59 ans, atteinte d’un trouble limitant ses capacités de communication verbale, était notamment nommée pour son installation Hanging Sculpture 1-10, commandée pour un ancien site industriel à Barcelone.

Le jury du prix, créé en 1984 et qui récompense chaque année un artiste né ou vivant au Royaume-Uni, a salué son travail “audacieux et captivant” et loué “sa capacité à traduire avec vivacité un geste expressif en sculptures et dessins abstraits saisissants“. Il a aussi souligné la “présence puissante qui se dégage de ses œuvres“.

Ces dernières, aux couleurs vives, réalisées dans différents matériaux dont du tissu recyclé, du film plastique et des bandes VHS, forment des structures faisant penser à des nids ou des cocons.

Cette victoire est “un moment important pour beaucoup de monde“, et “brise un plafond de verre très tenace“, a déclaré sur scène aux côtés de l’artiste Charlotte Hollinshead, membre de l’association britannique ActionSpace, qui travaille avec des artistes ayant des difficultés d’apprentissage.

Nnena Kalu, née à Glasgow et qui vit aujourd’hui à Londres, “obtient enfin la reconnaissance qu’elle mérite amplement“, a-t-elle ajouté, expliquant que lorsque son association a commencé à collaborer avec elle en 1999, “son travail n’était pas respecté, pas vu“.

La carrière de Nnena reflète le chemin long, et souvent frustrant, que nous avons parcouru ensemble […] pour remettre en question les idées préconçues sur les artistes aux capacités différentes, et plus particulièrement ceux ayant des difficultés d’apprentissage“, a-t-elle insisté.

Il ne s’agissait pas avant tout de vouloir décerner le prix à Nnena en tant que première artiste neurodivergente“, mais “plutôt d’une réelle conviction quant à la qualité et à l’originalité de sa pratique, indissociable de son identité“, a affirmé sur la BBC Alex Farquharson, directeur du musée Tate Britain et président du jury.

Avant l’annonce de sa victoire, l’organisateur avait indiqué que l’artiste écossaise était, à sa connaissance, la première artiste à être nominée à titre individuel pour le prix Turner. Un collectif d’artistes neurodivergents baptisé Project Art Works avait été finaliste en 2021. Parmi les précédents lauréats du prix Turner figurent des noms désormais célèbres tels que le duo Gilbert et George, Anish Kapoor, Steve McQueen et Damien Hirst (…).


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation, correction et décommercialisation par wallonica.org | sources : Connaissance des arts ; RTBF.be | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © bbc.com ; shift.jenniferlaurengallery.com


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JEUNES AUTEURS : Prologue (nouvelle, 2022)

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Cela fait quelques temps déjà que je n’arrête pas de te croiser…” Quelques lignes, quelques phrases inscrites à l’indélébile sous un pont. Ce n’était pas son idée de taguer ce pont. Elle a seize ans et fait chanter les mots. C’est la seule manière qu’elle ait de s’exprimer. C’est le seul talent qu’elle possède. Elle fait chanter les mots seule, chez elle, s’acharnant sur sa page pour évacuer ses peines et sa colère. Mais lorsqu’elle les fredonne, les autres l’écoutent. Ce sont ces autres qui ont eu l’idée d’écrire sous le pont. Elle, elle aime juste faire chanter les mots pour elle-même.

Souvent, lorsqu’elle sort de sa bulle, lorsque les mots ne doivent plus rimer ou se chanter, ils restent bloqués. Elle ne manie pas l’art de l’humour, et encore moins l’épreuve d’une conversation. Hors de sa bulle, elle reste muette durant des heures, consciente de l’absurdité de sa situation. Et si elle ne choisissait pas les bons mots ? Qu’est-elle supposée dire ? Quand est-elle supposée rire ? Pourquoi se mure-t-elle dans ce silence ridicule, alors que les autres semblent s’amuser sans se soucier une seconde des mots qui sortent de leurs bouches ? Elle reste malgré tout prisonnière de son mutisme, subissant les mots des autres. Dans sa tête, elle fait chanter les mots. Et lorsqu’elle en a assez de subir, elle se lève et rentre chez elle. Jusqu’à la semaine suivante…

[Invisible] 1- Qui n’est pas visible, qui échappe à la vue ou à la connaissance.
2- Qui ne se laisse pas voir, qui ne se montre pas. Synonyme : discret, discrète.

Les autres qui parlent autour d’elle sont différents, plus âgés. Elle aussi a grandi, elle a aujourd’hui dix-neuf ans. Ils sont différents, ces autres, mais semblent avoir cette même facilité à s’amuser sans se soucier une seconde de ce qu’il faudrait dire ou faire. Sans se l’avouer, elle les envie. Pourtant, en
chemin, elle a appris à manier les mots. Elle a enregistré les règles du jeu : voici ce qu’il faut répondre, voilà quand il faut rire… Et l’application des règles semble porter ses fruits. En tous cas, elle n’est plus prisonnière de son silence. Elle peut s’appuyer sur les règles, et les mots savants qu’elle apprend lui donnent un peu de contenance. Malgré tout, elle sent toujours peser sur ses épaules le poids de sa prison. Qu’est-ce que j’ai loupé ?

[Programme informatique] Séquence d’instructions qui spécifie étape par étape les opérations à effectuer pour obtenir un résultat. Il est exprimé sous une forme qui permet de l’utiliser avec une machine comme un ordinateur pour exécuter les instructions.
[Ordinateur] Machine électronique qui fonctionne par la lecture séquentielle d’un ensemble d’instructions, organisées en programmes. Dès sa mise sous tension, un ordinateur exécute, l’une après l’autre, des instructions qui lui font lire, manipuler, puis réécrire un ensemble de données.

Elle se souvient qu’elle savait faire chanter les mots. Elle aime le sentiment que lui procure une page blanche qui se remplit peu à peu de ce trop-plein d’émotions et d’idées qui l’enserrent. Alors lorsque l’occasion se présente, elle décide de les chanter pour les autres. Elle hésite, panique, baisse les yeux, puis se lance et fredonne quelques mots, quelques phrases. Sa voix manque d’assurance, et chaque note qui franchit ses lèvres est une question lancinante : “Suis-je ridicule ?” – Bien sûr que tu l’es.Comment ne pas l’être ? – Tu le seras quoi que tu fasses.” Une part d’elle sait que ce n’est pas ce qu’elle veut, qu’elle n’est pas à sa place derrière ce micro. Mais elle l’étouffe au plus profond d’elle-même. Elle a toujours su faire chanter les mots, on l’appréciait pour ça. – On ne t’appréciait QUE pour ça. Alors c’est décidé, elle n’a pas d’autre choix, elle continuera. La musique sera son exutoire et
sa reconnaissance. Mais passer de la page à la scène ne s’improvise pas… Il lui faudra acquérir de la technique, il lui faudra se montrer, se mettre en danger. Tant pis, tu apprendras… C’est tout ce que tu sais faire, alors chante tes mots ! Et la question lancinante la poursuivra à chaque note…

© Getty Images

Les années ont passé, la vie a poursuivi son cours avec ses méandres, ses rapides et ses chutes implacables. A vingt-sept ans, elle est passée maître en art de la parole. Les conversations sont soutenues, les thèmes sérieux ou futiles… Connaître les règles lui permet de donner le change, parfois même de briller. Elle sait désormais ce qu’on attend d’elle à chaque réplique et donne à son interlocuteur ce qu’il veut entendre. Et pourtant, elle sent que le puzzle n’est pas complet. Il lui manque une règle – LA règle. Mais elle a beau observer, analyser, imiter… rien n’y fait. Qu’importe cette foutue règle ! Elle est devenue quelqu’un, et le regard que les autres posent sur elle a changé. Elle lit dans leurs yeux du respect, parfois teinté d’un soupçon d’envie. Si seulement ils savaient ce qu’il y a derrière le masque. En secret, la même question lancinante – Suis-je ridicule ? – se pose à chaque mot, à chaque phrase.

You’re a fraud and you know it…

Gotye, Smoke and Mirrors

Elle chante toujours, et a décidé depuis plusieurs années d’apprendre ces règles-là aussi. Il n’y a que comme ça que tu ne seras pas ridicule. La technique vocale d’abord : résonateurs, respiration diaphragmatique, ancrage du corps… Elle s’applique, en bonne élève qu’elle a toujours été. Chacune de ses représentations reste une épreuve, mais elle préfère l’ignorer. Il n’est pas question ici de prendre du plaisir mais de démontrer ce qu’elle vaut. Elle s’accroche à cette idée. Elle aime faire chanter les mots. Après tout, que sais-tu faire d’autre ? Et si les règles vocales ne suffisent pas pour devenir une vraie chanteuse, c’est (évidemment) parce qu’il lui faut également connaître les règles de la musique. Harmonie, modes mineur ou majeur, échelle des quintes… Elle performe dans la discipline et s’ouvre ainsi la voie vers la composition. Quoi de mieux que d’écrire la musique qui portera ses mots et ses émotions ? Arrête, tu sais que ce n’est pas la bonne voie… Elle a beau essayer, elle sent peu à peu qu’il y a quelque chose qui cloche. Comme si tout cela n’avait aucun sens. Comme si ce n’était pas ce dont elle avait… envie ? – Envie ? – On lui a déjà parlé d’un truc comme ça. Ce serait la fameuse pièce manquante du puzzle. – Ok… Et ? – C’est tout. La dernière règle, c’est d’avoir envie. Ce n’est qu’une règle de plus parmi les autres. En bonne élève, elle l’appliquera donc de son mieux. Car il faut faire les choses bien.

[Intellectualisation] Nom féminin. 1- Action d’observer et d’analyser les choses d’un point de vue intellectuel. 2- Processus de défense par lequel l’homme essaie de dominer ses émotions en utilisant le raisonnement et la logique (Psychanalyse).

Elle regarde d’un air absent le tableau qui se dresse devant elle. Un ensemble de règles qui, soigneusement appliquées, permettent de s’adapter à toute situation, voire même d’être appréciée… Que faudrait-il de plus ? A trente ans, elle a atteint une forme de reconnaissance sociale et n’a objectivement pas à se plaindre de sa vie. Alors quoi ?
Il reste cette dernière règle qui lui donne du fil à retordre. L’envie… Ce qu’elle pensait n’être qu’une règle de plus parmi les autres s’avère plus compliquée à appliquer que prévu. C’est une règle qui, étrangement, n’a pas de bonne réponse. Pour toutes les autres, c’est facile : il suffit d’observer la réaction des autres et d’agir selon ce qui semble donner les meilleurs résultats. Mais dans ce cas précis, il n’y a qu’elle qui puisse décider de la bonne réponse à donner. Et c’est bien ça le problème : elle ne s’est jamais posée cette question.

Touch, I remember touch
Where do I belong ?
I remember touch
I need something more…

Daft Punk, Touch

Elle se souvient qu’elle a toujours fait chanter les mots. Elle aime le sentiment que lui procure une page blanche qui se remplit peu à peu de ce trop-plein d’émotions et d’idées qui l’enserrent. Les mots chantent sur la page sans avoir besoin de sa voix. Serait-ce sa voie ? Si telle est – peut-être ? – son envie, écrire ne s’improvise pas. Ecrire quoi ? Un poème ? Une nouvelle ? Un roman ? Il y a sans doute des règles dans l’écriture. Par quel bout commencer ? Faut-il une idée générale de l’histoire avant d’écrire le premier chapitre ? Et pour y raconter quoi ? Cela doit avoir un sens, un message fort. Comme une métaphore de la vie à laquelle le lecteur pourra s’identifier. Ecrire n’est pas si simple, il ne suffit pas de se lancer. Il faut toujours faire les choses bien.

[Lâcher-prise] Nom masculin. Moyen de libération psychologique consistant à se détacher du désir de maîtrise.

A trente-et-un an, elle s’installa devant son ordinateur et se mit à écrire.


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : partage, correction et iconographie | auteur : anonyme, connue de la rédaction | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © AFFA ; © Getty Images.


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Ces femmes autistes qui s’ignorent

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Planche extraite de « La différence invisible » par Mademoiselle Caroline et Julie Dachez. “Ou comment Marguerite, une jeune femme que rien ne distingue des autres en apparence, va se découvrir autiste Asperger.” (Delcourt/Mirages)

Adeline Lacroix, titulaire d’un master 1 de psychologie et elle-même diagnostiquée en 2014 autiste Asperger, travaille sur une revue de la littérature scientifique concernant les spécificités des femmes autistes de haut niveau. Dans le cadre d’une reconversion professionnelle, elle s’oriente vers la neuropsychologie et les neurosciences. Associée aux travaux de Fabienne Cazalis, elle a participé à l’écriture de cet article.

Nous l’appellerons Sophie. Le portrait que nous allons dresser de cette jeune personne pourrait être celui de n’importe laquelle des femmes qui entrent, sans le savoir, dans le spectre autistique. Parce qu’elles sont intelligentes, parce qu’elles sont habituées à compenser des difficultés de communication dont elles n’ont pas forcément conscience, ces femmes passent à travers les mailles du filet encore trop lâche du dispositif national de diagnostic.

A l’occasion du lancement, le 6 juillet, de la concertation autour du 4ᵉ plan autisme, la question du sous-diagnostic chez les femmes mérite d’être posée : combien sont-elles à ignorer ainsi leur différence neurodéveloppementale ? Les études font état d’1 femme pour 9 hommes avec le diagnostic d’autisme dit « de haut niveau », c’est à dire sans déficience intellectuelle. Si l’on compare au ratio d’1 femme pour 4 hommes observé dans l’autisme dit « de bas niveau », où elles sont mieux repérées, on peut penser que beaucoup manquent à l’appel.

Sophie, donc, passe aujourd’hui un entretien d’embauche. À la voir tortiller nerveusement une mèche de ses cheveux, on pourrait la croire anxieuse, comme tout un chacun en pareilles circonstances. On aurait tort. Sophie est en réalité au bord de la crise de panique. À 27 ans, elle vient de perdre son job de vendeuse – le huitième en trois ans – car elle cumulait les erreurs de caisse. Elle qui a tant aimé ses études en mathématiques, à la fac, en ressent une honte indescriptible. Elle espère que le recruteur ne lui posera pas trop de questions à ce sujet car elle ne trouve aucune justification à ses échecs professionnels et se sait incapable d’en inventer une…”

Lire la suite de l’article de Fabienne CAZALIS sur THECONVERSATION.COM (6 juillet 2017)…

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