PLANCHAR : Les Planchar, maîtres de fosses dans la Seigneurie de Montegnée (CHiCC, 2010)

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La houille à Montegnée

L’existence de la houille en Hesbaye liégeoise est attestée dès 1195 et la Seigneurie de Montegnée-Berleur est au coeur même des développements charbonniers liégeois. Les Planchar, que l’on appelait alors “Planchâ“, sont, dès 1419, une ligne modeste d’exploitants houillers. Les trois premiers charbonniers de la lignée des sept Planchar, connus avec certitude, entrent en scène en 1560.

Les trois charbonniers pionniers

Jean-le-vieux Planchâ (1560-1613) et Lambert-le-vieux Planchâ (1590-1650) “profondent” des bures, grattent, peinent et creusent, puis font creuser à Montegnée. Ils réunissent les conditions pour que le fils, Jean-le-jeune Planchaz (la graphie est modifiée) accède “à la chaussée, là où se tiennent les grands.” Il jouit d’une certaine aisance et passe du niveau de “charbonnier” à celui de “maître de fosses”. Ces trois charbonniers ont préparé l’entrée en scène de leurs deux successeurs : Pier et Jean.

Pier Planchar (1657-1737)

Pier fut exploitant agricole, repreneur de dîmes, grand propriétaire immobilier. Il est également propriétaire de bures à Montegnée, Grâce-Berleur, Glain, Ans et Saint-Nicolas.

Jean-Baptiste Planchar (1709-1758)

Fils de Jean, il deviendra lieutenant bailli, échevin, commissaire de la cité et connaîtra une remarquable ascension sociale. Il eut deux fils : Jean-Gilles, lieutenant-bailli de la cathédrale puis conseiller de la Régence, et Wery-François, bailli d’Ans et Moulin. Sans postérité, cette branche de la famille s’éteint.

Le fils aîné de Pier : Pierre

Pier eut quatre fils dont deux maîtres de fosses : Pierre (1690-1742) et Lambert (1694-1793) qui hériteront du petit empire.

Jean-Lambert (1730-1815)

Fils de Pierre, petit-fils de Pier. Il connaîtra une grande célébrité ; anobli, avocat jurisconsulte à la curie romaine, intelligent, travailleur, il mènera un combat sans fin contre les eaux. Il meurt sans descendance.

Lambert (1694-1793)

Lambert, l’autre fils de Pier, devient propriétaire de la Maison Planchar et de sa vingtaine de bonniers (17 ha environ). Échevin et greffier de la cour de Montegnée et Berleur, conseiller régent de la cité, constructeur de voiries, il aura un fils : Pier-Lambert.

La machine à feu (pompe à feu de Thomas Newcomen)

Les seuls moyens d’exhaure étaient des “tinnes” élevées en noria par un treuil à bras puis, plus tard, par des tourniquets à chevaux (les “hernaz“). Lambert va prendre le problème de ces eaux qui inondent les mines à bras le corps. L’innovation majeure avait été de créer des rigoles d’écoulement, creusées à flanc (les araines).

Dans le Devon, au XVIIe siècle, l’évacuation des eaux des mines d’étain posait les mêmes graves problèmes qu’en Principauté. Newcomen proposa une machine à balancier utilisant la théorie de la pression atmosphérique de Pascal avec un dispositif de pompe aspirante. Cette machine, inventée en 1705, fut installée à Liège dès 1720 !

Plusieurs tentatives et expériences se succédèrent avec des résultats mitigés, mais Lambert Planchar améliora le système jusqu’en 1748 avant d’acquérir deux engins performants  en 1772 pour deux bures (Espérance et Bons-Buveurs). La révolution technique était en marche et les simples fosses à houille devenaient des charbonnages, l’extraction de la houille se transformait en exploitation industrielle. La transformation utile de l’énergie thermique en énergie mécanique, suite à des améliorations du système, permettait d’éviter à certains de se tuer à la tâche.

La Révolution

Ayant brillamment mené l’Espérance et les Bons-Buveurs avec son cousin Jean-Lambert, Pierre-Lambert Planchar (1746-1808) avait aussi gravi bien des échelons épiscopaux. Les premiers troubles révolutionnaires surviennent dès 1782 à Montegnée. Après les péripéties entre les troupes françaises et les Autrichiens, et le retour d’Antoine de Méan au Palais en 1793, Pierre-Lambert devient l’ultime haut dignitaire épiscopal de la Principauté, honneur dangereux vu les changements de régime.

En 1794, il est contraint de quitter Montegnée pour Francfort avec toute sa famille et, en 1795, la Principauté devient un département de la France. Ses biens sont mis sous séquestre et il sera considéré comme “émigré”. Il perdra quatre enfants et son épouse avant son retour à Montegnée. La loi Mirabeau et l’interdiction de toute concession aux “émigrés” l’obligea à demander une pension à ses anciens alliés. Trahi par une de ses soeurs et un féal neveu “patriote”, il s’éteignit en 1808 non rétabli dans ses droits.

d’après Robert-Armand Planchar