DUMAS, Marlene (née en 1953)

Temps de lecture : 10 minutes >

[ARTMAJEUR.COM, 12 novembre 2024] Marlene Dumas, née en 1953 au Cap, en Afrique du Sud, a grandi dans un contexte d’apartheid, profondément consciente des divisions sociales. Elle s’est installée aux Pays-Bas en 1976, où elle a étudié aux Ateliers 63, où elle a trouvé sa voix créative malgré l’isolement initial. Connue pour ses portraits psychologiquement intenses et politiquement chargés, l’œuvre de Dumas explore les thèmes de l’identité, des tensions sociales et de la vulnérabilité humaine. Son art s’inspire souvent de photos trouvées, utilisant des détails recadrés ou abstraits pour se plonger dans des sujets complexes, souvent dérangeants. Dumas a acquis une reconnaissance mondiale, ses œuvres étant exposées dans le monde entier et célébrées pour leur approche brute et expressive qui remet en question les normes sociétales.

Marlene Dumas : une vie à travers l’art et la provocation

Marlene Dumas est née le 3 août 1953 au Cap, en Afrique du Sud. Elle a passé ses premières années dans la région semi-rurale de Kuils River. Sa mère, Helena, était femme au foyer et son père, Johannes, gérait un petit vignoble familial appelé Jacobsdal, fondé en 1916. Marlene Dumas a grandi dans une famille afrikaner protestante avec ses deux frères aînés, Cornelis et Pieter. L’Église réformée néerlandaise, qui a joué un rôle important en Afrique du Sud depuis l’arrivée des premiers colons hollandais au Cap de Bonne-Espérance en 1652, a façonné une grande partie des valeurs de sa famille. Bien que l’apartheid ait rarement été évoqué directement, Marlene Dumas était consciente de sa présence. Elle se souvient : “Nous avions une femme qui travaillait à la maison et je m’asseyais avec elle pour lui faire la lecture. Nous étions très chaleureuses l’une envers l’autre, mais nous ne pouvions pas nous asseoir à la même table.”

Sa ville natale était relativement isolée, avec peu de divertissements et la culture populaire y avait peu d’influence. Des films étaient projetés dans les cinémas mais étaient fortement censurés. Dès son plus jeune âge, Dumas aimait collectionner des images et dessiner des filles de dessins animés. “Même quand j’étais petite, c’était toujours le visage ou la silhouette. Je n’ai jamais dessiné d’arbre.” En 1966, alors qu’elle avait douze ans, son père est décédé d’une maladie du foie. Son frère aîné a repris le vignoble familial, qu’il continue à exploiter. À la mort de son père, Dumas a remarqué que les discussions familiales devenaient plus politiques. Elle se souvient : “À la fin de mon adolescence, l’apartheid était défendu comme un système de développement “séparé mais égal”. Les gens pensaient que les colons européens blancs et les cultures indigènes noires étaient trop différentes pour se mélanger et que seuls les fauteurs de troubles étaient malheureux et violents. Ceux qui protestaient étaient qualifiés de terroristes et de communistes.”

Dumas a montré très tôt un vif intérêt pour l’art. De 1972 à 1975, elle a fréquenté la Michaelis School of Fine Art de l’Université du Cap. Ces années ont été formatrices, l’exposant à diverses disciplines artistiques et idées influentes, notamment l’art conceptuel, le body art et la performance. Parallèlement à l’art, elle a étudié l’éthique, la philosophie et la théorie. Son professeur de photographie, Dimitri Nicolas-Fanourakis, l’a encouragée à explorer les œuvres de photographes influents comme Diane Arbus, ce qui lui a ouvert les yeux sur le pouvoir de l’art visuel comme lien avec le présent. Dumas a commencé à peindre en 1973 et ses premières œuvres témoignent d’un intérêt pour la politique et sa propre identité de femme blanche en Afrique du Sud. Elle a expérimenté une gamme de médias, notamment le texte, le collage et l’aquarelle.

Mécontente du climat politique de son pays et aux prises avec des problèmes personnels, Dumas quitte l’Afrique du Sud en 1976. Elle obtient une bourse de deux ans pour étudier aux Ateliers 63, une école d’art indépendante de Haarlem, aux Pays-Bas (aujourd’hui appelée de Ateliers et basée à Amsterdam). Elle s’adapte difficilement à la vie là-bas ; elle est isolée et souvent jugée en raison de ses origines de Sud-Africaine blanche. Elle s’attendait à une contre-culture dynamique, mais le style de vie néerlandais lui paraît modéré. “Les années 60 étaient terminées”, dit-elle. “Les Hollandais n’étaient pas du tout extravagants, et j’étais déçue.” Elle finit par rejoindre des cercles artistiques, se liant d’amitié avec des personnalités comme Dick Jewell et Paul Andriesse. Libérée de la censure de son pays d’origine, elle embrasse un nouveau monde d’images, collectionnant et consommant des médias visuels. En plus de ses cours d’art aux Ateliers 63, elle a étudié la psychologie à l’Université d’Amsterdam de 1979 à 1980. Bien que ses débuts aux Pays-Bas aient été difficiles, elle a fini par ressentir un lien profond avec le pays et y est toujours aujourd’hui.

Ses premiers travaux, conceptuels et expérimentaux, ont rencontré un certain succès en Europe. En 1979, elle organise sa première exposition personnelle dans une galerie à Paris. Elle participe à la Documenta VII en 1982 et, un an plus tard, la galerie Helen van der Meij d’Amsterdam présente sa première exposition personnelle. En 1984, Dumas est invitée à la Biennale de Sydney, où son travail est exposé aux côtés d’artistes comme Mike Kelley et Anselm Kiefer. En repensant à cette expérience, elle dit : “J’avais une petite salle pour moi, où j’exposais un peu de ceci et un peu de cela. Ce n’était pas très cohérent et je n’étais pas connue à l’époque. Près de moi, il y avait ces pièces héroïques de ces gars-là, ce qui m’a donné envie de rivaliser un peu avec eux.”

Cette expérience est déterminante pour Dumas, qui revient à la peinture comme moyen d’expression principal. En 1985, elle organise sa première exposition personnelle avec Paul Andriesse, qui présente onze portraits de grand format. Ce passage à la peinture à l’huile de grand format marquera un tournant important dans sa carrière.

Comme Gerhard Richter dans les années 1960 et 1970, Dumas appartient à une génération d’artistes figuratifs qui utilisent des photographies, souvent tirées de journaux, de magazines ou de films, comme base de leur travail. Il est difficile de classer chronologiquement l’œuvre de Dumas, car elle développe des thèmes et des séries autour d’intérêts spécifiques, notamment les thèmes de la prostitution, de la guerre, de l’amour et de la mort.

Dumas est surtout connue pour ses portraits expressifs, qui la placent dans la tradition néerlandaise des tronies, ou portraits expressifs mettant l’accent sur les traits individuels intenses. Elle préfère travailler seule, évitant les modèles vivants : “Je ne veux pas de gens dans mon atelier. Je veux être seule quand je peins.” Elle reproduit rarement une image dans son intégralité, choisissant plutôt de recadrer ou d’agrandir les détails. Son travail comprend un large éventail de sujets, à la fois célèbres et anonymes, d’Amy Winehouse à Ben Laden, ainsi que des prostituées anonymes. Sa palette et son style sont reconnaissables, mêlant un sens du désordre sensuel et une douceur surréaliste à cheval entre réalité et illusion.

En 1987, Dumas donne naissance à sa fille, Helena, dont le père, Jan Andriesse, est un cousin de son marchand d’art Paul Andriesse. Sa fille apparaît dans de nombreuses de ses œuvres, notamment dans une série sur la grossesse et la naissance. Si Dumas explore rarement des thèmes autobiographiques, elle préfère aborder des sujets plus larges issus de la société contemporaine.

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, Dumas a collaboré avec le photographe Anton Corbijn sur un projet intitulé Stripping Girls, centré sur les clubs de striptease et les peep-shows d’Amsterdam. Les photographies de Corbijn ont servi de base aux peintures de Dumas, créant une série qui repoussait les limites de l’érotisme et du voyeurisme.

Dumas a reçu de nombreuses récompenses. En 1995, elle a représenté les Pays-Bas à la Biennale de Venise et en 1998, elle a remporté le prix David Roell. En 2012, elle a reçu le prix d’État néerlandais pour les arts et en 2017, elle a reçu le prix Hans Theo Richter pour le dessin et les arts graphiques, faisant don de son prix pour soutenir les jeunes artistes de Dresde.

En plus de ses œuvres d’art, Dumas enseigne régulièrement, considérant l’enseignement comme un échange précieux. Elle a déclaré : “Enseigner est important, non seulement parce que j’enseigne des choses, mais aussi à cause du dialogue, qui vous permet de découvrir ce que vous voulez vraiment. Je crois toujours au dialogue socratique.”

De 2007 à 2009, une rétrospective de l’œuvre de Dumas a voyagé sur trois continents. L’exposition a débuté au Japon sous le titre Broken White, puis s’est déplacée en Afrique du Sud sous le titre Intimate Relations, marquant la première grande exposition de son œuvre dans son pays natal. Elle s’est conclue aux États-Unis, avec une exposition au Museum of Contemporary Art de Los Angeles, au Museum of Modern Art de New York et à la Menil Collection de Houston, sous le titre Measuring Your Own Grave.

Explorer l’identité et les recoins sombres de la société

Marlene Dumas explore les dessous de l’identité humaine et de la société. Son travail interroge : qui sommes-nous derrière nos apparences soigneusement travaillées ? Quelles vérités inconfortables se cachent sous la vie quotidienne ? Ayant grandi dans l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid, Dumas a appris très tôt les contradictions de la vie. Aujourd’hui, elle est célébrée comme l’une des artistes les plus emblématiques du XXIe siècle, connue pour ses portraits intimes mais émotionnellement détachés qui révèlent les complexités de l’identité et ses œuvres chargées politiquement qui remettent en question les normes sociales.

Les œuvres de Dumas se caractérisent souvent par une qualité onirique obtenue grâce à son utilisation habile de l’huile et de l’aquarelle, avec des couleurs douces et atténuées et un contraste entre des lignes nettes et floues. Son langage visuel unique a fait d’elle une artiste emblématique. Dans chaque œuvre, elle génère une énergie tendue et viscérale qui brouille la frontière entre les apparences extérieures et les réalités cachées, demandant aux spectateurs de réfléchir à ce qu’ils voient et à ce qu’ils ne voient pas. Dumas travaille souvent à partir de photographies tirées de journaux, de magazines et de photos de films, déconstruisant ou abstrayant le contexte d’origine pour offrir une nouvelle perspective.

Ses œuvres sont marquées par un dialogue constant entre violence et innocence, encourageant le spectateur à affronter les problèmes les plus sombres de la société comme la mort, la guerre, le racisme et la sexualité. Dumas estime qu’ “il n’y a pas de beauté sans un reflet des côtés les plus sombres de la vie”.

Dumas fait partie d’un groupe distingué d’artistes féminines qui ont élevé le portrait au-delà de la simple vanité pour explorer des thèmes psychologiques, sociaux et politiques. Elle partage cet espace avec des artistes comme Jenny Saville, Lisa Yuskavage, Cecily Brown et Elizabeth Peyton. En 2008, Dumas est devenue l’une des artistes féminines les plus appréciées, établissant un record lorsque son tableau The Visitor (1995) a été vendu pour 6,3 millions de dollars chez Sotheby’s.

Selena Mattei


Marlene Dumas, “Liaisons” © Anton Corbijn

[CONNAISSANCEDESARTS.COM, 12 novembre 2025] En décembre [2025], l’ancien Pavillon des Sessions, situé au cœur du Louvre, rouvrira sous un nouveau nom : la Galerie des Cinq Continents. À l’occasion de cette réouverture, le Louvre a invité Marlene Dumas, peintre néerlandaise d’origine sud-africaine, à concevoir une œuvre pérenne pour la Porte des Lions. Entretien avec l’artiste réalisé par Timothée Chaillou.

Composée de neuf grands portraits, cette œuvre représente des visages issus d’une mémoire collective, sans distinction d’âge, de genre ou d’origine. Dumas offre ici une réflexion sur la diversité humaine et sur ce qui, au-delà des différences, nous relie. Avec cette commande, Marlene Dumas devient la première femme artiste vivante à entrer au Louvre. Rencontre avec une figure majeure de la peinture contemporaine, aussi discrète qu’influente, dont le travail interroge depuis plus de quarante ans la beauté, la vulnérabilité et la complexité du regard humain. Pour le lieu, il continuera d’abriter les chefs-d’œuvre des collections du musée du quai Branly–Jacques Chirac, tout en affirmant une volonté renouvelée de dialogue entre les cultures mondiales.

Vous avez peint uniquement des visages.
Je suis primitive, dans le sens enfantin. Souvent, quand un enfant dessine une personne, il commence par son visage. Ici, ce sont des visages issus de notre mémoire collective, plutôt que le portrait d’individus en particulier. C’est le “visage collectif”, la condition humaine, qui m’intéresse. Le visage comme lieu d’émotions et d’histoire, non comme image biographique.

Hommes et femmes ?
On ne sait pas. J’ai souvent brouillé cette distinction. Par exemple, quand j’ai illustré Vénus et Adonis de Shakespeare, j’avais en tête une image très douloureuse d’une Vénus qui hurle. J’ai pensé à une photo que j’avais vue d’un footballeur blessé, la jambe brisée. J’ai utilisé son cri pour ma Vénus. Je n’ai jamais fait, dans mon travail, de distinction nette entre homme et femme. Sauf pour ma série The Great Men : là oui, je me suis intéressée spécifiquement aux grands hommes homosexuels.

Pourquoi neuf œuvres formant un ensemble ?
Je voulais que ces peintures fassent partie d’un ensemble collectif, comme des fragments qui se répondent, plutôt qu’une composition murale unifiée et harmonieuse. Ces peintures dialoguent entre elles, avec vous.

L’œuvre étant à l’entrée de la Galerie des Cinq Continents, vous êtes-vous inspirée des œuvres qui y sont exposées ?
Une peinture est liée à une figure océanique en bois, une autre à un masque de pierre canadien. Je travaille avec des reproductions. Ça me met déjà à distance. Quand je travaille, je commence avec une image en tête, et je me laisse aller là où la peinture veut aller, là où elle me pousse. Par exemple, pour l’une des peintures bleues, je me suis inspirée d’une figure protectrice censée apporter l’abondance. Au final, elle s’est mise à ressembler à Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux ou à L’Homme au masque de fer. On part d’un “point” et puis la peinture vous emmène ailleurs. Je suis moi-même spectatrice et je découvre.

Liaisons est le titre de l’ensemble.
J’avais en tête Les Liaisons dangereuses, le livre, le film. Je voulais un titre qui n’ait pas besoin de traduction – un mot qui évoque la rencontre, la séduction et la trahison. Le titre parle de liens – entre les gens et les idées, entre les peintures et leurs spectateurs. Il parle d’attraction, de distance et de l’impossibilité de la possession. Les neuf peintures entretiennent entre elles des “relations instables”. Elles se modifient selon les associations qui se créent entre elles. Les œuvres se répondent, se trahissent.

Trahir, encore.
Les œuvres d’art fonctionnent comme des corps sensuels. Elles essayent de séduire les spectateurs pour qu’ils tombent amoureux d’elles, tout en sachant qu’elles ne peuvent être fidèles à un seul spectateur ou à une seule signification. Les œuvres ne sont pas non plus liées aux intentions de leur créateur. Elles “trahiront” l’artiste dès qu’une signification plus attrayante, plus puissante leur sera présentée.

Quelle place avez-vous donnée à l’imprévu ?
Je déteste rester debout longtemps à mélanger la peinture. Je m’impatiente. Quand je projette de la peinture – avec beaucoup de térébenthine – sur la toile je dois la maîtriser, sinon elle coule de partout. Choisir de la laisser telle quelle, c’est aussi une décision. Cela a toujours fait partie de mon travail : je perds le contrôle, puis je le regagne. Et ce moment où l’on reprend le contrôle est crucial, parce qu’il est pleinement conscient.

Vous avez choisi quatre couleurs différentes pour chacune de ces peintures.
Ces couleurs sont très importantes, elles ont leur propre volonté. Elles se “moquent” du sujet en imposant leur propre puissance et leur propre direction. Quand la lumière du jour change, les couleurs changent, et tout change en même temps. À un moment donné, j’avais la sensation d’avoir fait trop de peintures jaunes ou rouges… que ça paraissait un peu pierreux, automnal. Alors, j’ai fait une peinture verte en pensant à quelqu’un que je connaissais. Puis elle est partie dans une tout autre direction lorsque j’ai regardé Grinch, avec ce personnage vert qui gâche Noël. En peignant, tout à coup, j’ai vu ce vert comme un “vert empoisonné” : l’absinthe c’est la fée verte. Après avoir terminé cette peinture, j’en ai fait une en pensant à un Bouddha.

Vous sentiez-vous un peu en concurrence avec les œuvres du Louvre ?
J’ai toujours été un peu jalouse des poètes : leur langage atteint des lieux que ma peinture ne peut qu’approcher. J’aimerais que mes tableaux procurent le même plaisir que la poésie, cette petite protection contre le désespoir absolu. Jeune, quand on me demandait “Pourquoi fais-tu de l’art ?”, je disais “Je ne sais pas… Peut-être juste pour dire “j’existe, je suis là.” “C’est pour ça que j’aime le graffiti. Il y a un très bon graffiti – une tête bleue avec de grands yeux jaunes – près de mon hôtel à Paris. Voilà où est ma vraie concurrence.

Timothée Chaillou


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation, correction et décommercialisation par wallonica.org | sources : connaissancedesarts.com ; armateur.com  | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © hollandse hoogte ; © Anton Corbijn


Plus d’arts visuels en Wallonie et à Bruxelles…

COUPRA, Ivan dit VANO (1947-2018)

Temps de lecture : 3 minutes >

Né en 1947, Ivan Coupra grandit à Sinnamary. Il se forme à la photographie à l’École Louis Lumière, à Paris. À son retour au pays, il prend le nom de Vano.

En 1976, Vano ouvre un studio à Cayenne. Il y voit défiler tous les habitants du département qui viennent se faire tirer le portrait. Il se déplace pour photographier les mariages et les communions. Alliant l’œil photographique qui capte un regard à un véritable doigté d’artisan qui peaufine ses tirages lors du développement, la collection de portraits de Vano est exceptionnelle et intense.

En 1989, Vano ferme son studio à Cayenne et devient le photographe officiel du Conseil régional. Il suivra son cousin Élie Castor lors de tous ses déplacements sur le territoire et dans l’Hexagone. Le photographe découvre la Guyane des communes isolées, accessibles uniquement en pirogue. La création de dispensaires dans ces villages éloignés le marque fortement. En arpentant ainsi le territoire, Vano devient également le témoin d’une Guyane en pleine métamorphose.

Vano abandonne la photo avec l’arrivée du numérique. Il quitte ce monde en juin 2018. Plus de 13 000 négatifs reflètent sa prolifique carrière et constituent un patrimoine précieux pour la Guyane.

d’après LA1ERE.FRANCETVINFO.FR


S’il a passé sa vie à mettre les autres en lumière, Vano, lui, préfère rester dans l’ombre. Car Ivan Coupra de son vrai nom est un grand timide qui ne se montre plus guère et déteste (faire) parler de lui. “On m’a demandé d’apparaître à la télévision, souffle-t-il au moment de nous recevoir chez lui, dans le quartier de la Madeleine à Cayenne. Mais ça, jamais ! Je me suis toujours caché derrière un appareil photo. Je faisais ce que je voulais de mes modèles. Je me sentais fort…

Avant notre entretien, il prévient aussi Muriel Guaveïa, la co-directrice des Rencontres photographiques de Guyane : “Jeudi (lors du vernissage, ndlr), je ne ferai pas de discours. Sinon, je ne viendrai pas. Mes photos parlent pour moi.” Tout est dit ? Pas vraiment. Car lorsqu’il se sent en confiance, Vano devient bavard. Intarissable même.

Né à Cayenne en 1947, le jeune Ivan est un artiste né. “On ne devient pas photographe, confie-t-il. On naît photographe. C’est un don je crois.” Le jeune homme refuse de reprendre la bijouterie de son père mais, devant l’insistance de son oncle, part suivre des études d’optique dans le Jura. Quand il revient en Guyane, il est embauché chez le seul opticien de Cayenne, Robez Masson. “Je montais les verres dans l’arrière-boutique, se souvient-il. Et puis un jour, on m’a demandé si je voulais faire les photos d’identité.”

Le déclic est immédiat. Car depuis qu’il a vu le film Z, avec Yves Montand, Vano a un rêve secret. “Il utilisait un Nikon à moteur et je me suis dit qu’un jour, j’en aurai un aussi. J’adorais ce bruit clac clac clac clac” (il tente de reproduire le son émis par le moteur). Le photographe restera d’ailleurs toujours fidèle à cette marque d’appareil.

Portraitiste, le Cayennais immortalise la société guyanaise dans ce qu’elle a de vrai, de simple, de beau. Quand son cousin Elie Castor accède à la présidence du conseil général, Ivan en devient le photographe officiel. Et se rend régulièrement à l’Assemblée nationale ou accompagne François Mitterrand au sommet de Rio. Personne n’échappe alors à son objectif. Dans ses rêves les plus fous, Vano est toujours photographe. Mais aujourd’hui, ses anciens appareils sont exposés chez lui, comme dans un musée (une collection impressionnante comprenant même un appareil en bois datant du XIXe siècle). On y trouve aussi ses portraits fétiches et une vitrine abritant de vieux films ainsi que sa carte de presse. “J’ai arrêté, dit-il. Je déteste le numérique, c’est trop facile. Avant, la photographie était une véritable science. Mais je ne regrette rien, j’ai eu beaucoup de chance. “

d’après FRANCEGUYANE.FR


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation, correction et décommercialisation par wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Vano 


Plus d’arts des médias…


JAUNATRE : Manu (2011, Artothèque, Lg)

Temps de lecture : 2 minutes >

JAUNATRE Ludovic, Manu
(photographie, 70 X 57 cm, 2011)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Ludovic Jaunatre © letelegramme.fr

Né à Nantes en 1974, Ludovic JAUNATRE a été diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles en 2013. Il a notamment exposé à la galerie Satellite à Liège en 2014. Ludovic Jaunatre mène ses recherches plastiques à travers diverses actions où la photographie tient une place centrale mais se décline sous forme d’expositions évidemment, mais aussi de livre auto-édités, de diaporamas ou encore dans le cadre de Wilderness, un projet collectif, mené à l’occasion de la “nofound photo fair”, à Paris. (d’après GALERIESATELLITE.WORDPRESS.COM)

Ludovic Jaunatre semble poursuivre une quête qui l’amène, série après série, à tenter de s’approcher des relations entre la nature humaine et la nature tout court. Le portrait et le paysage sont omniprésents dans son travail, toujours se répondant dans la continuité d’une énigme silencieuse et d’une parenté étrange. La simplicité du portrait de Manu (fond blanc, peau blanche, crinière de cheveux roux, frontalité), loin de l’appauvrir, renforce encore la force plastique de cette photographie. (d’après GALERIESATELLITE.WORDPRESS.COM)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Ludovic Jaunatre ;  letelegramme.fr| remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

NIMMALAIKAEW, Uttaporn (né en 1980)

Temps de lecture : 3 minutes >

Uttaporn Nimmalaikaew est né à Bangkok en 1980. Il a obtenu son M.F.A. Painting au King Mongkut’s Institute of Technology (2004) et son M.F.A. Painting à la Silapakorn University (2006). Il est actuellement “Art Instructor of Painting” à la Faculté d’Architecture du King Mongkut’s Institute of Technology. Il vit et travaille à Bangkok.

Uttaporn Nimmalaikaew peint des portraits sur plusieurs couches de filets fins ou sur du tulle, produisant un effet 3D. “Il faut voir ses œuvres comme des strates, des strates de peinture, assemblées les unes aux autres en feuilletage. Comme des calques que l’on superpose avec différentes couches d’informations disposées sur chacun d’eux.” Ses sujets semblent assis sur des chaises ou étendus sur des lits. Ils se métamorphosent et changent de forme en fonction de la distance et de l’emplacement du spectateur et la technique picturale se dévoile.

Les peintures de Uttaporn Nimmalaikaew ressemblent ainsi à des hologrammes chatoyants. Il a découvert cette technique alors qu’il étudiait à l’Université de Silpakorn à Bangkok après qu’une goutte de peinture se soit égarée sur une moustiquaire dans son atelier. Il a alors commencé à explorer une nouvelle façon de peindre sur ce matériau. Pour chaque pièce, l’artiste commence par un dessin numérique qu’il imprime ensuite en taille réelle pour déterminer la forme et la texture du sujet. Il commence alors à peindre par strates avec de la peinture à l’huile dans un style qu’il appelle “style tulle-peinture“.

© nimmalaikaew.com

Un visage pensif, mélancolique est au centre de chaque œuvre. Les sujets translucides apparaissent éthérés et fantomatiques sur ces minces écrans de tissu. Ceux-ci sont souvent sa famille, il voit en effet son travail comme une façon de préserver leur esprit dans le temps. “L’une des caractéristiques de mon travail”, déclare Uttaporn Nimmalaikaew, “est que cela change l’expérience du spectateur. L’œuvre d’art comme illusion trompe la perception. De devant, le spectateur verra le travail au milieu de l’espace vide. Je dessine des formes humaines sur un tissu blanc clairsemé avec de la peinture à l’huile de couleur. Les détails sont différents en raison du volume, de la couleur, de la lumière et de la couche de tissu. Au fil du temps, j’ai appris queue le tulle exige une autre façon de créer de la lumière et de l’ombre réalistes. La couche supérieure donne des détails pour l’illusion d’optique. Ensuite, chaque couche se combine avec les autres pour donner de la profondeur dans l’image.”

[Avec] “Dimension of Hope”, [on a pu] découvrir la nouvelle technique de l’artiste qui consiste à encadrer ses œuvres de techniques mixtes dans un cadre en acrylique transparent, ce qui rehausse l’apparence d’apesanteur et “l’incorporeality” des portraits de l’artiste. La pratique de Uttaporn Nimmalaikaew est fondée sur la philosophie bouddhiste et dans “Dimension of Hope “, il continue d’explorer ces thèmes, en particulier le “dukkha”, un terme central du bouddhisme le plus couramment utilisé pour décrire la souffrance ou le mécontentement dans la vie ordinaire.

© nimmalaikaew.com

Ces nouvelles œuvres plongent dans les angoisses et les incertitudes de la vie contemporaine, provoquées par d’importants changements politiques et sociaux dans le monde. Ces portraits dépeignent des membres de sa famille à différents stades de la vie. Il y a une qualité méditative dans ces œuvres, un sens de compréhension et d’acceptation des angoisses de la vie alors que l’artiste tisse son fil à travers les couches délicates. Uttaporn Nimmalaikaew présente aussi des scènes de pause et de contemplation, une façon de considérer comme l’artiste le  fait.

d’après CREATIONCONTEMPORAINE-ASIE.COM


[INFOS QUALITÉ] statut : validé | mode d’édition : partage, décommercalisation et correction par wallonica | commanditaire : wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : image en tête de l’article, portrait holographique réalisé par Uttaporn Nimmalaikaew © journal-du-design.fr ; nimmalaikaew.com | En savoir plus :


Plus d’arts visuels…

Il y a 100 ans, la retouche des portraits avant Photoshop

Temps de lecture : 4 minutes >

Vous pensiez que la retouche des portraits est liée à l’arrivée de Photoshop ? Détrompez-vous ! L’art d’embellir les photos de portrait existe depuis les débuts de la photographie, comme en témoigne un manuel d’apprentissage, publié il y a plus d’un siècle.

L’embellissement des portraits bien avant l’arrivée de l’informatique

Publié en 1909 par l’American School of Art and Photographie, la Bibliothèque complète d’apprentissage autodidacte de la photographie compte un total de 10 volumes à destination des apprentis photographes. L’ouvrage aborde de manière concrète tous les volets de la photographie de l’époque, tant pour la technique photographique que pour l’étude des sujets.

Ainsi, le 10ème et dernier ouvrage de cette collection s’attarde sur la retouche des négatifs. En quelques 43 chapitres, il aborde les différentes techniques utiles pour supprimer les imperfections et embellir les photographies de portrait en retouchant les contours du visage, les lèvres, le nez et les sourcils, etc.

La retouche des portraits : une demande bien réelle

L’introduction de l’ouvrage s’avère intéressante, car elle explique comment les évolutions techniques de la photographie ont engendré une demande de retouche des portraits. “En livrant votre travail à vos clients, vous ne leur remettez pas les négatifs, mais un tirage réalisé à partir de ces négatifs.”

Dans les premiers temps de la photographie, lorsqu’étaient utilisées les plaques au collodion humide, les tirages étaient réalisés directement à partir des négatifs, sans aucune altération, puisque les plaques humides offraient un rendu plus doux que celui obtenu avec les plaques sèches. Les imperfections étaient moins visibles, et à cette époque le grand public était satisfait de la restitution de leur image.

Avec l’avènement des plaques sèches, en revanche, les défauts présents sur les visages sont beaucoup plus visibles sur le négatif. Ainsi est née une demande pour des lignes plus douces et un retrait des imperfections les plus évidentes. Dans un premier temps, ces derniers étaient retirés, au moyen de pinceaux et de couleurs, de chaque tirage.

Mais plus le nombre d’imperfections est élevé, plus le travail de retouche sur chaque tirage devenait important. Aussi, le photographe se devait de trouver un moyen d’appliquer ces corrections directement sur le négatif, afin que chaque tirage effectué à partir de ce négatif soit déjà débarrassé de ses imperfections. Ces recherches ont donc mené à la retouche des négatifs.

© phototrend.fr
Retoucher les portraits : jusqu’à quel point ?

L’auteur de l’ouvrage en profite également pour interroger la quantité de retouche nécessaire pour un portrait. Plus de 100 ans avant l’arrivée des “filtres beauté” incontournables sur les réseaux sociaux, la question se posait déjà pour la retouche des négatifs.

Voici un extrait de l’ouvrage sur la question de la quantité de retouche à effectuer : “Bien que peu de photographes soient d’accord sur la quantité exacte de retouche requise, tous s’accordent à dire qu’une certaine quantité est absolument indispensable pour que le négatif soit en parfait état pour le tirage.

Certains prétendent que seule une infime quantité de mine à plomb doit être appliquée à la plaque pour enlever les défauts les plus apparents. À l’opposé, certains recouvrent littéralement le négatif de mine à plomb, en retouchant sans aucun égard pour le modelé, sans même tenter de conserver la ressemblance avec l’individu. Leur but est donc d’idéaliser le sujet.

Bien qu’une utilisation judicieuse de la mine de plomb et de l’eau-forte permette cela, le caractère et l’expression du visage sont perdus à cause de la retouche excessive. Ainsi, comme dans toute autre branche de la photographie, la retouche doit être appliquée avec discernement, et le photographe doit tendre vers un équilibre entre ces deux extrêmes”.

Enfin, rappelons que l’embellissement des portraits est loin d’être l’apanage de la photographie. Bien avant l’invention des premiers procédés photographiques, les peintres classiques avaient une certaine tendance à embellir le visage de leurs sujets – et d’autant plus lorsqu’il s’agissait d’une commande.

Cependant, il paraît évident que la puissance des outils de retouche dont nous disposons aujourd’hui accentue encore davantage ce phénomène – ce qui n’est pas sans conséquence pour la santé mentale de nombreuses personnes… [d’après PHOTOTREND.FR]


[INFOS QUALITÉ] statut : validé | mode d’édition : partage, décommercalisation et correction par wallonica | commanditaire : wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © phototrend.fr


Plus d’arts des médias…

CLOSE, Chuck (1940-2021)

Temps de lecture : 4 minutes >

“Jeudi 19 août [2021], la Pace Gallery a annoncé dans un communiqué la mort du peintre Chuck CLOSE. Principal représentant du courant hyperréaliste, il a défié les modes de représentation durant plus de 50 ans et a rencontré un succès international. Célèbre pour ses portraits innovants et conceptuels, il explorait notamment, depuis la fin des années 1970, la transposition de portraits photographiés en œuvres peintes quadrillées. Arne Glimcher, le fondateur de la Pace Gallery, a déclaré : ses contributions sont indissociables des accomplissements de l’art des XXe et XXIe siècles”.

De l’expressionnisme abstrait aux expérimentations hyperréalistes

Chuck Close souffrait de diverses difficultés physiques et liées à l’apprentissage, dont une altération de la capacité à reconnaître ou différencier les visages humains. Dès l’enfance, il a alors utilisé l’art comme une manière de contourner ces handicaps. Plus tard étudiant à l’université de Washington puis à Yale, il essaie de se rapprocher du style d’Arshile Gorky et de Willem de Kooning, considérant lui-même faire partie d’une troisième vague d’expressionnisme abstrait. Il passe ainsi de formes biomorphiques à la figuration.

Après un passage à l’Akademie der Bildenden Künste (Académie des arts visuels) de Vienne, il revient aux États-Unis et enseigne à l’université du Massachusetts, où il présente également sa première exposition. Il rompt alors avec le style gestuel qui caractérisait sa peinture, et se tourne vers une figuration imprégnée de pop. C’est à la fin des années 1970 qu’il commence à explorer la mise en grille de ses portraits, que beaucoup considèrent comme la quintessence de son travail. Face à ces œuvres, l’œil du spectateur fait fusionner les couleurs, formes et lignes juxtaposées de sorte à former une image unifiée. Depuis les années 1990, il expérimentait des portraits réalisés en tapisserie.

Un succès international de longue date

Recent Work, sa première exposition majeure dans un musée, s’est tenue en 1971 au Los Angeles County Museum of Art. C’est ensuite en 1980 qu’eut lieu sa première rétrospective, d’abord organisée au Walker Art Center de Minneapolis, avant de voyager du Missouri à New York en passant par Chicago. Il participa à un nombre considérable d’expositions à travers le monde tout au long de sa carrière – pour n’en citer qu’une, la Documenta 5Enquête sur la réalité, l’imagerie d’aujourd’hui” de Kassel en 1972. Plus récemment, l’exposition itinérante Chuck Close Photographs (Photographies de Chuck Close) a ouvert en 2016 au NSU Art Museum en Floride, et il a dévoilé en 2017 des portraits en mosaïque dans une station de métro new yorkaise. Il fait actuellement l’objet d’une exposition individuelle coorganisée par la Pace Gallery et la galerie Tatintsian à Moscou.” [d’après CONNAISSANCEDESARTS.COM]

Chuck Close, “Barack Obama (2)” (2012) © artsobserver.com

Charles Thomas “Chuck” Close est un peintre et photographe américain. Il est né le 5 juillet 1940 à Monroe (…). Il étudie en 1958 à l’université de Seattle. Il est l’un des principaux représentants du courant hyperréaliste, qui dans les années 1970, ont mis l’Amérique à plat en transposant son image photographique en peinture avec un sens fanatique du détail. Son thème de prédilection est le portrait, qu’il peint souvent au moyen d’une gigantesque échelle (son premier tableau majeur, Big Nude, mesurait 3 mètres de haut sur 6,5 mètres de large).

S’il a d’abord visé à la reproduction photoréaliste des visages, il expérimente depuis un certain temps avec la pixellisation. Ainsi dans les années 80, Chuck Close, handicapé par un sévère problème médical a  développé de nouvelles techniques pour surmonter son handicap et produire les plus dynamiques et les plus inspirées de ses toiles. En tant que photographe, Chuck Close est lauréat du World Press Photo 2007, 2ème prix catégorie Portraits simples.

Sa technique de création

Les modèles de ses œuvres sont ses amies, des membres de sa famille, des artistes, ou bien lui-même. Il les représente en gros plan et de face sur de très grands formats verticaux. Chuck Close utilise le polaroïd comme un support à la réalisation de ses portraits peints, il prend des sortes de photos d’identité au grand format 60/51cm. Il utilise la technique de quadrillage pour reproduire sa photo en grand : préalablement quadrillé, le portrait est reproduit carré après carré mais commence la peinture en travaillant par groupe de quatre cases afin d’obtenir des images gigantesques et incroyablement détaillées, qui vues à distance sont dotées d’une grande fidélité photographiques, mais qui de près ne laissent voir qu’une multitude de taches colorées abstraites, de sorte que les surfaces apparaissent comme des sortes d’écrans pixelisés. Sa démarche artistiques est de retranscrire les détails les plus infimes et les moindres défauts des visages de ses sujets, produisant ainsi des images souvent sans concession.

Hyperréaliste et hypergrand

Ils ne sont pas si nombreux à avoir résisté aux années 1980. Malcolm Morley incontestablement et Chuck Close sûrement, figures cultes de la peinture américaine. De figure il est d’ailleurs presque toujours question chez ce dernier. “Ce n’est pas une reproduction photographique, se souvient Close en 2000. Je regardais quelque chose de  petit et net, et j’ai fait quelque chose de grand et net. Dans un processus mécanique d’agrandissement, ce qui est petit et net devient grand et flou.”

Dans le protocole : gros plan, visage en noir et blanc puis en couleur, les modèles sont d’abord photographiés de façon à faire le point sur les yeux et les lèvres. Résultat, les zones à l’avant et à l’arrière du visage glissent vers le flou, le tout en très grand format.

Et c’est en respectant ces variations de texture que Close construit sa peinture, elle-même structurée par une trame quadrillée. “Je pense que le visage est une sorte de carte routière de la vie d’une personne”, mais l’hyperréaliste figuratif se limite au référent photographique et au jeu de la mise à distance des icônes. Chuck Close est et sera une référence pour tous les illustrateurs, dessinateurs et peintres réalistes actuels.” [d’après ACTUART.ORG]


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : compilation par wallonica | commanditaire : wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : Chuck Close ; arts observer.com