La Paix de Fexhe (1316) est un texte mythique qui conditionnera implicitement l’histoire de la principauté de Liège, et c’est en son nom que les Liégeois feront la révolution à partir de 1789. Ce texte appartient au patrimoine immatériel de notre histoire et de l’histoire de la démocratie, puisqu’il limite les pouvoirs du Prince. Il est à l’origine du développement et du rôle que joue, dans le gouvernement de la Principauté, l’assemblée des 3 États (Sens du Pays). Au fil du temps, le Prince tentera de limiter ces libertés allouées et la Paix de Fexhe ne devra sa longévité et son maintien que grâce à une institution née dans sa foulée, qui en sera le prolongement et le garant : le tribunal des XXII.
Le XIVe siècle est très différent du nôtre :
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- L’individu seul ne se conçoit pas, il s’inscrit dans une solidarité familiale, de caste, de village et de corporation ensuite ;
- La société n’est pas égalitaire, tous les hommes ne naissent pas libres et égaux ;
- À chaque catégorie sociale correspond un système judiciaire qui lui est propre : clergé, paysans, bourgeois, chevaliers (avec l’usage de la vengeance privée, droit qui leur est reconnu) ;
- Dans cette société inégalitaire, ce sont les villes qui manifestent le plus de dynamisme et obtiennent des chartes dites “de franchises” qui réglementent leurs rapports avec l’autorité. À l’intérieur des villes, les marchands entrepreneurs monopolisent le gouvernement de la ville. Dans le courant du XIIIe siècle, les métiers lutteront pour obtenir un partage du pouvoir ;
- Le souverain, au départ, gouverne en maître absolu.
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Quels étaient les systèmes politiques à cette époque ?
En Angleterre, la Grande Charte (Magna Carta) entraîne le respect des lois, une bonne justice et le contrôle du pouvoir royal par le clergé et les barons. En France, le pouvoir royal devient absolu, “ci veult le roi ci veult la loi.” La Principauté de Liège est terre d’empire, le Prince est nommé par le Pape avec les interventions soit du roi de France soit du Saint-Empire. Elle représente une terre riche, convoitée par les voisins, d’où nécessité de la protéger et, particulièrement, le plateau de Hesbaye, difficile à défendre. Un système défensif s’installe, avec des forteresses (Aigremont, Waleffe, Waremme) dont le Prince nomme les châtelains, ainsi que des châteaux, maisons fortes et tours, points de défense secondaires confiés à des chevaliers.

La guerre des Awans contre les Waroux
Humbert Corbeau d’Awans exerce un leadership jusqu’à contester les droits de la cité de Liège. Antagonistes, les Waroux et les Awans, ainsi que leurs clans, se font la guerre sur base du code d’honneur qui régit cette société de chevaliers et permet la vengeance. Face à ces désordres incessants, guérillas et pillages, le Mal-Saint-Martin, le Prince-Évêque Adolphe II de la Marck ordonne la tolérance zéro : tout délit prouvé sera sanctionné (affaire d’Eustache de Hognoul, en 1315). Les adversaires, épuisés, sont contraints à se réconcilier par un traité, en 1316…
La Paix de Fexhe
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- Chacun doit être jugé conformément à la loi selon la condition du prévenu et la nature du délit ;
- Si le représentant de l’évêque, ou l’évêque lui-même, refuse de conduire la procédure “par loi et par jugement“, l’exercice de la justice peut être suspendu ;
- Le gardien et l’interprète des lois et coutumes ne peut être que le Sens du pays (la sagesse du pays), commission juridique regroupant le chapitre cathédral, les chevaliers, les villes et le Prince ; soit l’évêque et les trois états (en fait, les trois ordres : clergé, guerriers et travailleurs).
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Ces dispositions seront complétées en 1373 par le tribunal des XXII, élu chaque année par le chapitre cathédral, les chevaliers et les villes, et dont la mission sera de juger les officiers épiscopaux accusés de prévarication.
d’après Anne GODINAS
- Illustration en tête de l’article : Emile Delperée, La Paix de Fexhe (détail) (Liège, Palais provincial) © bastjaens.com
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La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte est le résumé d’une conférence de Anne GODINAS, organisée en décembre 2014 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne… |
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De modes en innovations, les orgues ont été adaptées au goût et aux techniques du jour à deux reprises : une première fois en 1852, par Merklin & Schütze de Bruxelles, ensuite par Pereboom & Leyser de Maastricht en 1880. Les travaux de restauration entrepris en 1964 et 1984 par la firme Flentrop de Zaandam ont rendu à ce splendide orgue Séverin tout son éclat : un son brillant en parfaite harmonie avec la magnificence des décors du buffet et des volets.
L’église elle~même s’est vue transformée au fil des ans. Pour la protéger de l’eau, le sol a été rehaussé et, partant, le jubé également. Triste option par laquelle l’orgue s’est vu reléguer un emplacement à l’acoustique exécrable, derrière l’arceau d’une tour. En 1950, Verschueren de Heythuysen a tenté de rendre à l’orgue sa disposition originale, sans grand succès : les bonnes intentions n’ont pas suffi, les connaissances d’alors restant insuffisantes. La restauration générale de Saint~Matthieu en 1988~1990 a permis aux responsables de l’église de rétablir l’orgue dans son statut originel. Le sol étant rabaissé au niveau initial, il a été possible de construire un balcon qui puisse offrir à l’orgue une perspective acoustiquement plus favorable. Sous l’égide du Rijksdienst voor de Monumentenzorg, la firme Flentrop Orgelbouw a su restaurer en profondeur l’orgue de Saint~Matthieu ainsi que ses commandes, en respectant la disposition authentique. Parlera-t-on ici de point d’orgue ? L’orgue enfin conforme à son ancêtre s’est vu parer de sculptures fines de la main du Maître ébéniste et sculpteur Jean Mullens de Liège.
Entre 1852 et 1855, l’option fut d’étendre encore les possibilités de l’instrument. Pereboom & Leyser de Maastricht ajoutèrent des jeux de pédales de chaque côté du buffet, augmentèrent le nombre de registres, et complétèrent leur intervention en installant un rouleau de crescendo.